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Les Résidents

Maurice G. DANTEC

Première parution : Inculte, 27 août 2014

Illustration de Rémi PÉPIN

INCULTE (Paris, France)
Dépôt légal : août 2014
Première édition
Roman
ISBN : 979-10-91887-98-4
Genre : Imaginaire



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org
Ressources externes sur cette édition de l'œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture

Ils meurent. Parfois ils souffrent, parfois non. Répartition strictement statistique.

Rien de volontaire, il y a longtemps que sa volonté n’est plus qu’une extension paradoxale de sa puissance, qui est un grand vide, où se conglomèrent tous les vides dont cette planète habitée est constituée, autant dire cette planète en son entier.

Alors ils meurent. Les raisons pour lesquelles ils meurent sont innombrables, mais peuvent se résumer à une poignée d’explications connexes et très simples : ils n’auraient pas dû se trouver là. Pas à ce moment précis. Il ne fallait pas qu’ils la voient. Il ne fallait pas qu’elle les croise. Il ne fallait pas qu’ils aient l’outrecuidance d’être vus. Enregistrés, même pour une micro-seconde, par son nerf optique.

Ils habitent ce monde. Ils vivent. Alors elle les expulse, elle les tue.
 

Vingt ans après La Sirène Rouge et Les Racines du Mal, Maurice G. Dantec revient au roman noir avec une œuvre totale, Les Résidents. Un roman trinitaire qui suit les destins croisés de Sharon, jeune américaine laissant derrière elle de nombreux cadavres au bord de la route, de Novak, un immigré serbe coupable d'une tuerie de masse dans son lycée canadien et de Venus, séquestrée par son père pendant quinze ans.

Intimiste et puissant, Les Résidents balaye avec un style précis et chirurgical les travers de notre société contemporaine : tueries de masse, pornographie par internet, société en réseau, intelligence artificielle, théories de la conspiration, luttes avortées des seventies.

Critiques

         Soyons clairs. Pour être objectif, il va falloir oublier tout ce que Maurice G. Dantec a publié depuis 1996, année où Les Racines du mal furent couronnées du Grand Prix de l’Imaginaire : tout ce fatras de romans plus foireux qu’expérimentaux ; tous ces journaux qui n’auraient jamais dû sortir du tiroir de son bureau ; tous ces textes absurdement édités pour surfer sur la vague du succès ; tout mettre à la poubelle, sans poser de question.

         « Le monde était parfois d’une beauté absolue. Surtout quand il était au bord de la destruction. »

         De nos jours, ou dans peu de temps, aux États-Unis, trois humains en phase terminale d’évolution suivent, sans le savoir, des trajectoires visant le même point singulier : Sharon, tueuse en série, semble avoir sombré dans la schizophrénie depuis qu’une bande d’inconnus très bien organisés l’a droguée, violée et presque détruite ; Venus, tueuse à gages, a lentement muté durant les quinze années qu’elle a passées cachée dans le sous-sol de son père à subir toutes les sexualités possibles qu’un esprit sain se refuserait à imaginer ; Novak, tueur né, a nettoyé son établissement scolaire des mauvais plaisants qui s’y trouvaient et, enfin devenu lui-même, apprend plus vite que la lumière.

         « Être aveuglé jusqu’à la fusion de la rétine ou bien coudre ses paupières. »

         Tous trois convergent vers Trinity-Station, base ultra-secrète où les réponses auxquelles ils aspirent génèreront de nouvelles questions, mais où chacun trouvera sa feuille de route et pourra enfin embrasser la voie qui est sienne.

         « Il admit très vite la légitimité de l’homicide pour une virgule mal placée, mais plus encore pour le fait d’admirer Puff Daddy, les Pussycat Dolls ou 50 Cents. »

         Sans pour autant nous priver des provocations jubilatoires dont il a toujours eu le secret, Dantec maîtrise enfin ce style qu’il recherche depuis près de vingt ans : la forme sert le fond, références musicales et phrasé de kalachnikov tissent peu à peu une toile qui devient bien plus grande que ses constituants.

         « Venus Vanderberg n’avait pas atteint son septième anniversaire lorsqu’elle fut enlevée et séquestrée par son père. »

         Extrême, Dantec ne nous épargne à aucun moment. Les mots sont aussi crus que les situations, mais l’auteur contrôle parfaitement la plongée dans l’horreur absolue qu’il impose à son lecteur. Les processus de mutation des personnages prennent progressivement le pas sur les faits les plus sordides et permettent, sans qu’on s’en aperçoive, d’adopter le recul nécessaire à la juste appréciation d’une transformation majeure de l’espèce humaine.

         Les Résidents est un très grand roman, extrêmement bien construit, qui ose s’aventurer dans des contrées sombres et difficiles à traiter pour finalement, et contre toute attente, instiller quelques gouttes d’espoir dans le cœur du lecteur.

         Après avoir publié n’importe quoi pendant une période bien trop longue, Maurice G. Dantec mériterait bien un second Grand Prix de l’Imaginaire.

Grégory DRAKE
Première parution : 1/10/2014 dans Bifrost 76
Mise en ligne le : 12/11/2022

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition ACTES SUD, Babel Noir (2016)

Tout Dantec condensé en un seul roman passionnant

Trois personnages hors normes et aux destinées déjà marquées par le sang versé sont en route vers Trinity-Station, un centre d'expérimentation ultra-secret où va se jouer rien moins que l'avenir de l'humanité. Sharon, une jeune américaine autrefois victime d'un viol collectif, et qui à présent essaime les cadavres  le long de sa route. Novak, immigré serbe qui s'est rendu coupable d'une tuerie de masse dans son lycée canadien. Venus, qui, enlevée et séquestrée par son père a subi quinze années durant les pires sévices sexuels. Ils seront briefés et encadrés par des barbouzes expérimentés aux CV nytroglycérinés. Ça, c'est le pitch de base, celui qui va attirer les amateurs de Dantec, du moins ceux qui ne l'ont pas abandonné en route depuis quelques années, et je fais partie de ces fidèles. Derrière cette vitrine alléchante, qu'y a-t-il exactement ?

Même si cet épais roman est constitué de trois livres, mon ressenti est qu'il y a deux grandes parties dans Les Résidents. Dans la première (livre 1), l'auteur revient avec bonheur à ce qu'il sait faire de mieux, se débarrassant de toutes les circonvolutions métaphysiques et de tous les excès linguistiques de ses opus précédents. Des trois héros maudits, Venus Vanderberg est celle sur laquelle Dantec s'attarde – et s'attache ?... et s'acharne ! – le plus, revenant au cours d'un long flashback sur ses années de souffrance. On passera ici sur les “détails” des sévices qu'elle subit, mais rien n'est épargné à la petite “Stardoll”. Et à ceux qui taxeraient l'auteur de complaisance, disons que si l'on veut terrasser la bête, il faut d'abord la regarder dans les yeux. Plongeant dans les abymes, Dantec est littéralement de retour aux “Racines du mal” dans cette partie qui atteint en qualité et en intensité les sommets de ses meilleures oeuvres.

Au-délà de cette éprouvante expérience, l'intérêt de cet arc consacré à Venus est la façon dont l'auteur nous fait comprendre que la victime, par delà l'apparente soumission à ses bourreaux, élabore toute une stratégie de survie et de (re)construction : mission survie d'abord, en se dédoublant en un corps truqué/corps miroir (allusion revendiquée à Philip K. Dick) qui lui permet de se détacher des horreurs qu'elle subit ; mission formation ensuite, Venus arrive malgré tout à se cultiver, à décrypter et déjouer le vaste monde simulacre même si les informations lui sont interdites : mission évasion/vengeance enfin, en entretenant comme une arme de combat le corps-machine que son père et ses complices porcs profanent (on pense à La Femme automate de Bacigalupi) et exhibent dans un spectacle malsain, façon Truman Show version hardcore. Une passionnante plongée dans les ténèbres qui atteint les sommets de la Sirène rouge ou des Racines du Mal, il y a vingt ans déjà.

Et puis... retour au présent (Livres 2 et 3). Aussi bien du point de vue narratif que stylistique, on revient vers Cosmos Incorporated (sans atteindre les excès de Villa Vortex rassurez-vous). Les enjeux ne sont plus individuels, et l'on bascule dans un arc où c'est tout “simplement” l'avenir de la civilisation qui est en jeu. On a le sentiment que Dantec a voulu dans un premier temps prouver avec brio qu'il savait encore faire du “Dantec à l'ancienne”, avant de revenir aux théories du complot (il y va de sa révélation sur l'assassinat de JFK), au rock'n'roll qui sauve le monde, aux cerveaux en fusion, au méga-conceptuel retro feedback meta-fumette et consorts, bref à ce qui déroute un peu ses lecteurs depuis quelque temps déjà. On ne comprend pas toujours tout – oui osons le dire, on se sentira moins seul – mais c'est comme ça, on l'accepte, on se laisse porter, voire bousculer par cette dark techno-poésie pré-post-apocalyptique jusqu'au feu d'artifice final. Comme tout grand auteur, Dantec n'est prisonnier que d'une chose : ses obsessions.

Hervé LAGOGUEY
Première parution : 1/6/2016
(SF Mag 92, juin 2016)
Mise en ligne le : 25/3/2019

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