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Kallocaïne

Karin BOYE

Titre original : Kallocaïn, 1940
Première parution : Stockhom, Suède : Bonniers, 1940
Traduction de Leo DHAYER
Illustration de R. Nial BRADSHAW

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES , coll. Hélios n° 43
Dépôt légal : janvier 2016
Réédition
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 7,90 €
ISBN : 978-2-36183-230-8
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction

En pages intérieures, le titre du roman devient "Kallocaïne Roman du XXIe siècle".


Autres éditions

Sous le titre La Kallocaïne   FORTUNY, 1947
Sous le titre Kallocaïne
   LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, 2018
Sous le titre La Kallocaïne
   OMBRES, 1988, 2015
Sous le titre Kallocaïne
   OREA, 1988

Quatrième de couverture
     Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Leo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait. En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?

     On considère Kallocaïne, publié en 1940 en Suède, comme l’une des quatre principales dystopies du XXe siècle avec Nous autres (Zamiatine, 1920), Le Meilleur des mondes (Huxley, 1932), et 1984 (Orwell, 1949).
Critiques

     Kallocaïne, de la Suédoise Karin Boye, est une dystopie classique, dans la lignée de Nous autres et du Meilleur des mondes, et antérieure à 1984. On y retrouve les ingrédients essentiels du genre, sans doute d’autant mieux intégrés qu’ils se fondent sur ce que l’auteure avait pu discerner lors de voyages dans l’URSS stalinienne et l’Allemagne nazie.

     Elle y décrit donc, de l’intérieur, un prétendu « État Mondial », avec ses cohortes de camarades-soldats dociles et même volontaires. Un État totalitaire, donc, tellement paranoïaque qu’il en devient autophage, tellement cauchemardesque qu’il en devient presque drôle – horriblement – à l’occasion.

     Karin Boye met notamment l’accent sur la thématique de la surveillance – des caméras et micros dans les appartements anticipent Big Brother, mais l’essentiel réside surtout dans la délation généralisée, des époux entre eux, des subordonnés par rapport à leurs chefs ou le contraire… Elle a cependant un corollaire essentiel, qui fournit la matière du roman : la kallocaïne, drogue inventée par le médiocre (mais ambitieux) chimiste Leo Kall, de la Ville de Chimie n° 4, narrateur du roman – un sérum de vérité ultime qui force à tout déballer, douloureusement et en pleine conscience.

     C’est ainsi que le petit chimiste devient auxiliaire de police, tandis que sa solution miracle révèle toujours plus de « traîtres ». Son supérieur, l’ambigu Rissen, le lui a assez répété : dans l’État Mondial, tout le monde a par essence quelque chose à se reprocher. Peu importe si les « traîtres », ici, ne sont guère des résistants/terroristes en lutte ouverte contre la machine totalitaire ; ces rêveurs, ces « fous », se contentent la plupart du temps d’entrevoir, via des rites ou des mythes abscons, la possibilité bien timide d’un autre monde guère moins intrusif. Mais ces détails suffisent…

     Leo Kall est pleinement convaincu du bien-fondé de l’État Mondial. « L’humanité », à ses yeux, n’a rien d’un critère pertinent : seuls comptent le dévouement et le sacrifice pour le bien commun ; les camarades-soldats sont des outils au service d’une entité qui les englobe et les dépasse, et on ne saurait concevoir autre chose – rien en tout cas qu’on puisse qualifier de « civilisation ». Les conséquences de l’usage de la kallocaïne pèseront bien sur lui, sans surprise, l’amenant à très vaguement « douter »… Mais c’est en fin de compte dans le peu, le quasi rien de sphère privée qui demeure dans cette société cauchemardesque, que se jouera le roman – la suspicion de Leo Kall quant aux sentiments réels de son épouse Linda n’ayant finalement pas grand-chose à envier à la brutalité policière de l’État Mondial.

     Le propos final est peut-être plus ou moins convaincant, à cet égard du moins, mais le roman dans son ensemble est d’une force indéniable. Le portrait que dresse Karin Boye de cette société totalitaire glace le sang, en se montrant habile et convaincant, crédible, enfin, jusque dans son outrance ; l’urgence de 1940 rendait sans doute le roman d’une actualité brûlante… mais, hélas, il n’a sans doute rien perdu de sa portée aujourd’hui. Réédition bienvenue d’un excellent roman, à redécouvrir.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/4/2016 dans Bifrost 82
Mise en ligne le : 16/8/2022

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition OREA, Les Hypermondes (1988)

 
     Enfin réédité après quarante ans d'oubli en France, toujours très connu en Scandinavie, ce roman suédois prend place parmi les grandes contre-utopies du 20e siècle : Nous Autres, Le Meilleur des Mondes, 1984. Comme dans les deux premières, l'auteur nous présente au travers des yeux d'un de ses membres une société scientiste, dictatoriale, déshumanisée qui vit au rythme de la division du travail avec ses villes de chimistes ou de cordonniers. Léo Kall est chimiste, partisan convaincu et naïf du régime, et son invention, qui donne son titre au livre, permettra une nouvelle étape dans l'évolution de l'Etat Mondial en dévoilant à la police les pensées les plus secrètes de ses citoyens.
     Boye, seule femme dans notre quarteron de contre-utopistes (Zamiatine, Huxley, Orwell), innove dans les rapports sentimentaux de son héros : ce n'est pas une liaison sexuelle illégale qui va lui ouvrir les portes de la révolte ; au contraire son épouse légitime échoue à le faire revenir à des sentiments humains, et il ne se révolte jamais, si ce n'est contre les imperfections d'un système qui accueille son invention avec méfiance, car on se rend compte que la franchise totale des aveux enverrait trop de gens en prison pour que le système puisse fonctionner (Orwell surmontera ce dilemme avec l'invention de la double pensée). Rédigé de ce point de vue inhabituel, le roman est une réussite littéraire autant que politique.
     Deux éditions françaises du livre se disputent en ce moment les faveurs des acheteurs. La traduction est la même, inchangée depuis les années quarante. Celle donnée en référence coûte 20 FF de moins et comporte en prime un panorama des anticipations scandinaves jusqu'en 1940, et je ne saurais trop la recommander.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/9/1988
dans Fiction 400
Mise en ligne le : 22/2/2015

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