Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
La Faim du loup

Stephen MARCHE

Titre original : The Hunger of the Wolf, 2015
Traduction de Laure MANCEAU
Illustration de Freyja SCHIMKUS

ACTES SUD (Arles, France), coll. Exofictions
Dépôt légal : mars 2016, Achevé d'imprimer : février 2016
Première édition
Roman, 304 pages, catégorie / prix : 22,50 €
ISBN : 978-2-330-06105-0
Format : 13,5 x 21,5 cm
Genre : Fantastique



Quatrième de couverture
Dans le Grand Nord canadien, des chasseurs ont retrouvé un corps nu dans la neige. Ben Wylie, l’héritier de la deuxième fortune des États-Unis, est mort. Loin de là, à New York, Jamie Cabot, le fils des domestiques des Wylie, journaliste, cherche à comprendre comment, et surtout pourquoi. Il sait que la réponse se trouve dans l’histoire torturée de la dynastie Wylie, qui en trois générations a édifié un empire colossal de plusieurs milliards de dollars dans l’immobilier, le pétrole et les médias, en dépit d’un terrible secret que le monde doit ignorer.
     Dans ce roman audacieux à mi-chemin de la saga fitzgeraldienne et du conte sanglant, Stephen Marche livre une subtile et glaçante métaphore de la bestialité du capitalisme.
 
     Stephen Marche est romancier. Il tient également une chronique mensuelle dans Esquire et contribue régulièrement à The Atlantic, au New York Times et au Wall Street Journal. Son troisième roman, La Faim du loup, est le premier à paraître en français. Stephen Marche vit à Toronto avec sa femme et ses enfants.
Critiques

     La dynastie Wylie reste un grand mystère et la mort de son aîné Ben, dont on vient de retrouver la dépouille nue, lovée dans la neige de l’Alberta, ne risque pas de modifier ce fait. Parfaite incarnation du mythe du self-made-man, la famille a bâti sa fortune, la huitième plus importante du monde, en amassant les milliards sur trois générations grâce aux médias, au pétrole et à l’immobilier. Réputés surtout pour leur avarice, les Wylie ont toujours fui les univers de la politique et de la célébrité, leur préférant l’ombre des marchés financiers. Pourtant, leur plus grand secret n’est pas celui de leur réussite. Il se trouverait plutôt caché dans leur demeure du Grand Nord canadien. Fils de ses gardiens, James Cabot en sait long sur le sujet. Il espère d’ailleurs en tirer un maximum de profit, histoire de s’offrir une vie dorée à New York…

     L’annonce de la création de la collection « Exofictions » chez Actes Sud a suscité chez l’amateur de science-fiction une curiosité teintée de scepticisme. Fallait-il y voir une victoire à la Pyrrhus du genre ? Dans un monde où la science-fiction apparaît partout, l’hypothèse venait-elle confirmer les propos des thuriféraires d’une dissolution du genre dans le quotidien ? Près de trois ans plus tard, avec désormais plusieurs livres inscrit au catalogue, les choses semblent plus claires. Un Big commercial space opera, un feuilleton post-apocalyptique, plus quelques autres romans guère stimulants, si l’on fait abstraction de Lafferty, et peut-être de Vollmann, les choix de l’éditeur ne font que conforter les préjugés à l’encontre de la science-fiction et relèvent d’un traitement subliminal du genre. Et ce n’est hélas pas La Faim du loup de Stephen Marche qui viendra bouleverser la donne. On devrait d’ailleurs s’en tenir à la lecture de la quatrième de couverture qui place la barre très haut en matière de faux ami. Adonc, le roman de Stephen Marche serait un conte sanglant ? Le seul sang répandu dans La Faim du loup est celui reproduit sur la toile Le Loup attribué à Paul Klee. L’histoire serait également une « subtile et glaçante métaphore de la bestialité du capitaliste » ? Le mot est lâché : métaphore. À croire que la science-fiction et le fantastique se réduisent à ce procédé littéraire. L’image plutôt que la réflexion. Le cliché plutôt que la transgression. En fait, le roman de l’auteur canadien s’apparente surtout à une immense supercherie où l’argument fantastique n’apparaît qu’à la marge. Le loup-garou est ainsi utilisé comme une figure de style, un prétexte déroulé en mode mineur pour filer la métaphore et ponctuer l’histoire d’une touche d’étrangeté. À vrai dire, les mâles de la dynastie Wylie auraient été affligés d’un eczéma purulent au moment de la pleine Lune, cela n’aurait pas changé grand-chose à l’affaire. Bref, oubliez tous vos classiques, La Faim du loup n’est rien d’autre qu’une énième fresque familiale, celle d’un empire multinational, dont la construction balaie avec nonchalance le XXe siècle. Un récit monotone et nombriliste, où le fric sert de leitmotiv et où même les sarcasmes se révèlent dépourvus de mordant.

     On renverra donc les aficionados de la lycanthropie vers Glen Duncan, autrement plus incisif et ironique avec la trilogie initiée par Le Dernier loup-garou (in Bifrost n° 70). Entre l’ersatz et l’authentique, mieux vaut privilégier le second.

Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2016 dans Bifrost 83
Mise en ligne le : 13/9/2022

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 77916 livres, 89413 photos de couvertures, 73862 quatrièmes.
8686 critiques, 42384 intervenant·e·s, 1613 photographies, 3751 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.