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La Vie en temps de guerre

Lucius SHEPARD

Titre original : Life During Wartime, 1987

Traduction de Isabelle D. PHILIPPE
Traduction révisée par Sébastien GUILLOT

MNÉMOS (Saint-Laurent d'Oingt, France), coll. Hélios n° 98
Dépôt légal : avril 2018
576 pages, catégorie / prix : 11,90 €
ISBN : 978-2-35408-295-6   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    

Un livre incontournable, un roman d’une force exceptionnelle.

Guatemala, demain. Encore et toujours, théâtre d’affrontement des grandes puissances.
Un corps expéditionnaire américain a été chargé de mettre fin aux agissements d’une guérilla insaisissable. L’un de ses membres, David Mingolla, simple soldat devenu machine à tuer pour tenter de survivre dans cet enfer, possède un don, un pouvoir parapsychologique que des drogues permettent d’exacerber. Mais il va se retrouver à face à des forces qui le dépassent, des forces issues de la jungle elle-même qui vont le contraindre à entamer un voyage spirituel dont il ne sortira pas indemne, car la guerre n’oppose pas seulement des hommes suréquipés à des guérilleros fanatiques, elle se livre aussi sur un autre front, dans les tréfonds de la psyché humaine…

Lucius Shepard (1947-2014) est l’un des écrivains majeurs de la science-fiction américaine. Bourlingueur infatigable, ayant exercé quantité de métiers rocambolesques, il est entre autres l’auteur de L’Aube rouge (Locus, 1994) et des Yeux électriques.


    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1989)


     On sait la fascination qu'exerce sur Lucius Shepard l'Amérique latine : ses trois recueils publiés en Présence du futur regorgent de textes où il en trace la géographie fantasmatique, entre un présent guerrier et un passé pétri de sorcellerie, particulièrement le récent Zone de feu émeraude, où la nouvelle qui porte le même titre, et qui date de 1986, décrit le combat rituel de deux guerriers sur une île de la Jungle hautement symbolique, combat situé dans le proche futur d'un Guatemala qui semble vu à travers les distorsions électriques du LSD. C' est de l'année suivante que date ce Life during wartime, qui n'est pas exactement une extension de la nouvelle, mais une exploration beaucoup plus complexe et détaillée de ce même Guatemala, où un corps expéditionnaire américain composé de soldats perdus complètement allumés, bourrés de drogue jusqu'aux dents du fond, bardés d'électronique, et possédant des pouvoirs psi, lutte contre une guérilla insaisissable, elle-même faisant usage de magie. En fait, cette lutte mythique n'est en rien sociologique : nous n'avons pas affaire ici à un roman de politique-fiction opposant l'impérialisme américain et le communisme. Comme nous en prévient dès l'abord le dos de l'ouvrage, le conflit oppose plutôt deux familles de sorciers, les Madradona et les Sotomayor (« Des démons bruns et courtauds aux dents aplaties par le broyage des os face à de pâles êtres ophidiens avec des rubis à l'intérieur du crâne », p. 339) qui, tels les Montagus et les Capulets, s'entredéchirent en un combat séculaire...
     Cette élucidation-là, qui reste à vrai dire assez obscure, n'a d'importance qu'anecdotique. ou plutôt, elle est le moteur caché qui permet à l'auteur de présenter ses personnages à travers le filtre grossissant et déformant d'une prose dévastatrice, très sud-américaine effectivement, qui pourrait être du Garcia Marquez bien saupoudré de l'effet Castaneda. Ou, pour rester dans la SF, du Ballard (par l'insistance hypnotique des descriptions paysagées signifiantes) lesté d'une démence proprement dickienne. Vous avez dit allumé ? Le héros, l'anti-héros plutôt de cette saga intimiste pleine de bruits étouffés et de fureur rentrée, l'est complètement, qui lutte constamment entre ses différentes pulsions, déserter ou se battre, trahir ou s'en foutre, jouer les grands seigneurs ou être d'une grossièreté à tout crin. Soldat perdu, David Mingolla ? Oui, mais parce que le monde lui-même est perdu, parce que c'est un monde fou-fou-fou, ou la guerre est « ...les premiers balbutiements de l'Ere de l'impuissance, l'ignoble contrepartie des matches de tennis topless et des solutions de restauration rapide au problème alimentaire » (p. 349).
     Capable de pénétrer l'esprit de ses ennemis et de les courber à sa volonté, Mingolla ne fera que traverser ce paysage de mort en funambule de la déglingue, vers Panama, illusoire et éphémère paradis, puisque la ville, comme un peu plus tôt Tel-Aviv, finit par être détruite par une explosion nucléaire.
     Mingolla pourtant rencontrera l'amour, par ruse d'abord (Debora est en principe une révolutionnaire, donc une ennemie), par le sexe ensuite (qui donne à Shepard l'occasion de bien belles pages), jusqu'à ce qu'il succombe, tout en sachant bien que cette union avec la jeune guatémaltèque est à la fois fragile et inéluctable. On voit que La vie en temps de guerre se situe sur les franges extrêmes de la SF, à l'endroit où elle bascule (à moins que ce ne soit l'inverse) dans la littérature générale. Et que les 400 pages du roman ne tiennent debout que par le feu qu'elles nous communiquent, cette braise de piment qui les fait charbonner, autrement dit le style flamboyant de l'auteur, qui nous entraîne dans son vertige. « Un livre à la dimension des plus grands succès d'Ailleurs et demain », lit-on encore en 4ème de couverture. Pour une fois, cette auto-satisfaction éditoriale est juste.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/1/1989
dans Fiction 404
Mise en ligne le : 15/2/2002


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2008)


     Les parents de David Mingolla n'imaginent pas l'enfer qui règne ici. Cela fait des années que dure la guerre. Contre qui, avec qui, la question commence à se poser. Au milieu de la jungle du Guatemala, les soldats ne savent plus ce qu'ils combattent, pleins de la fureur et du sentiment d'indestructibilité que leur procurent les drogues qu'on leur administre. Certains deviennent fous, d'autres se font tuer dans d'incroyables actions telles des bêtes meurtrières sans foi ni conscience. La troisième option est la désertion, choix que Mingolla commence à considérer comme sa seule échappatoire au chaos ambiant. Sa rencontre avec Debora va infléchir sa décision, dès lors qu'il comprend que d'autres forces que les gouvernements tirent les ficelles de ce conflit absurde. Car il a un don, celui de pouvoir gauchir les esprits, les influencer ou les détruire. Ce don est aussi celui des Madradona et des Sotomayor, et cette guerre dépasse aussi bien l'entendement que les frontières du Guatemala...

     Si Lucius Shepard a parcouru le monde, c'est très certainement l'Amérique latine qu'il a le plus arpentée, des pays et des lieux qu'il a ramenés dans ses récits les plus évocateurs, qui transpirent d'une authenticité que nul ne peut contester. C'est là que se déroule une drôle de guerre, une de celles qui durent et où chacun semble sur le point de prendre le dessus sur l'autre, mais dont l'issue se solde quotidiennement par un match nul. Et quand on est pris dans la fange d'un tel conflit, on ne peut s'en tirer indemne. David Mingolla a failli y rester mais son don le sauvera. Temporairement, du moins.

     Aux franges du roman mainstream, La Vie en temps de guerre s'immisce sur le terrain glissant de célèbres romans tels que Étoiles, garde-à-vous ! (Starship troopers) de Robert Heinlein et La Guerre éternelle de Joe Haldeman. Mais c'est au croisement du roman de guerre (Pour qui sonne le glas, évidemment) et de L'Echiquier du mal que se situe cette lutte de grands sorciers à l'échelle mondiale. Ce roman est d'autant plus édifiant qu'il semble proche de nous, évoquant malgré lui les derniers conflits au Moyen-Orient où la guérilla, urbaine ou non, a remplacé les tranchées du siècle dernier. Loin du roman politique — le cadre géopolitique ne servant que de faire-valoir — , Lucius Shepard nous décrit surtout des personnages. Le sujet est, pour l'essentiel, David Mingolla. C'est une figure terriblement et dramatiquement humaine, aux prises avec une situation qui la dépasse. Que ce soit dans son métier de soldat, en obéissant aveuglément à des ordres incohérents, ou bien dans sa relation avec Debora, dont les sentiments alternent « beau fixe » et « temps couvert », Shepard nous fait passer par tous les états d'âme d'un homme complètement perdu. Le don de Mingolla, les drogues, la passion et la tragédie de la guerre vont encore accentuer l'intensité de l'histoire. Ils nous font passer par un filtre grossissant et éclatant. C'est bien simple, chaque chapitre contient une scène, une situation qui hante le lecteur jusqu'à la prochaine. C'est un ressac d'impressions et d'émotions.

     Ajoutez à cela une écriture ciselée où le mot juste porte au moment approprié, et vous voilà avec l'un des plus méconnus chefs-d'œuvre du siècle dernier.

Emmanuel BEAUJOT
Première parution : 1/7/2008
dans Bifrost 51
Mise en ligne le : 25/9/2010




 
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