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L'Oiseau d'Amérique

Walter S. TEVIS

Titre original : Mockingbird, 1980

Traduction de Michel LEDERER
Illustration de MANCHU

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 216
Dépôt légal : 2018
  
Genre : Science-Fiction




    Sommaire    
1 - André-François RUAUD, Le Marcheur fragile, pages 9 à 17, Préface

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Denis Guiot, Stéphane Nicot & Alain Laurie : Dictionnaire de la science-fiction (liste parue en 1998)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition UGE (Union Générale d'Éditions), 10/18 - Domaine étranger (1993)


     Le monde s'est lentement éteint. C'était pourtant le meilleur des mondes : plus de misère, plus de guerres, des robots partout pour travailler à la place de l'homme, qui était enfin parvenu à gérer son temps libre... Mais en ce XXVème siècle, les humains ne sont plus très nombreux, il ne reste d'encore habitées qu'une poignée de villes sur le continent américain, dont New York.
     Robert Spofforth est un robot de classe 9. Le seul de sa catégorie : les hommes avaient voulu construire les plus sophistiqués des androïdes, en enregistrant chaque influx neural, chaque schéma de reconnaissance d'un cerveau humain, et en le transférant dans le cerveau métallique d'un robot. De cet enregistrement, on avait coupé les parties « inutiles », les souvenirs de l'ingénieur anonyme qui avait servi de modèle, par exemple ; ou le processus de vieillissement, ainsi que les capacités de reproduction. Pourtant, les cent robots de classe 9 furent un échec : ils se suicidèrent les uns après les autres, incapables en particulier de supporter une mémoire totale. On programma donc le dernier, Spofforth, de manière à ce qu'il ne puisse pas mettre fin à ses jours...

     Paul Bentley est étudiant dans l'Ohio. Par hasard, il a appris à lire, une technique oubliée en ce triste XXVème siècle. Spofforth l'a fait venir à l'Université de New York — pour le surveiller.
     Mary Lou est une fille qui vivait au Zoo de New York, en tout illégalité, profitant de toutes les limitations des robots.

     L'oiseau d'Amérique trace le destin de ces trois individus — individus, oui, le terme est justement important : car dans cette Amérique agonisant lentement a été mis en place une éthique de l'individualisme forcené, la famille est un principe oublié et scandaleux. La Solitude est érigée au rang d'achèvement suprême ! Les suicides sont un spectacle courant dans les rues de New York — la pratique en est interdite, mais il ne semble plus y avoir aucune police, aucune autorité, ni même d'ailleurs aucun personnel d'entretien. Les humains se sont refermés sur eux-même, programmés par leur éducation à ne pas communiquer avec les autres, à ne pas s'intéresser à autrui, à ne pas réfléchir ; du coup, plus personne ne fait rien, et il n'y a pour ainsi dire plus aucunes naissances.
     Disparition programmée de la race humaine ? Quel est le rôle de Spofforth dans cette tranquille extinction, lui qui est le dernier à réparer les robots et les appareils, lui qui est le dernier à prendre des décisions, lui qui est le dernier policier — lui qui, pourtant, commence par encourager les recherches de Bentley avant de l'envoyer au bagne, lui qui, asexué, cherche une relation de couple avec Mary-Lou et favorise la naissance de son enfant ?

     Walter Tevis n'a pas été un écrivain très prolifique : trois romans de SF, un recueil de nouvelles de SF, deux polars, le tour de son oeuvre est rapidement fait. Mais à la quantité il préférait visiblement la qualité, et chacune de ses oeuvres est exemplaire ! Une preuve en est, la renommée de ses polars (L'arnaqueur et La couleur de l'argent) ainsi que de son premier SF (L'homme tombé du ciel), tous les trois portés avec succès sur le grand écran. C'est d'ailleurs à coup sûr à cette renommée que l'on doit aujourd'hui la réédition en « 10/18 » de cet Oiseau d'Amérique, le seul SF de Tevis a n'être pas paru chez « Présence du futur » mais chez J'ai Lu.

     Exemplaire, ai-je dit : là où la SF oublie en général l'élément purement humain pour ne se préoccuper que d'un destin global, d'une aventure où les héros ne sont que de simples vecteurs, Walter Tevis parvient à véritablement insuffler la vie à ses trois personnages, à leur faire vivre les peines et les joies de l'existence, à pénétrer leur psychologie, à brosser d'eux un vivant tableau, sans jamais perdre de vue l'enjeu plus vaste qui justifie ce roman : le destin de l'humanité, se jouant... sur quelques détails !
     C'est là un genre de Science-Fiction que les Américains semblent avoir, pour la plupart, oubliés depuis les années 80 : cette SF que l'on nommait « spéculative », celle où la chaleur humaine faisait vibrer une littérature visionnaire, celle qu'un Robert Silverberg ou un John Brunner maîtrisaient à merveille...

     Walter Tevis est un écrivain mineur au talent majeur, qu'il convient de (re)découvrir en ces temps de disette éditoriale et de productions commerciales !


     PS : dans sa critique des Finney (YS #100), Patrick Marcel se plaignait du manque d'imagination des éditeurs, qui changent les titres originaux des oeuvres qu'ils traduisent par des banalités peu enthousiasmantes... Cet Oiseau d'Amérique en est encore un exemple. Le titre d'origine, « L'oiseau-moqueur », relayait un puissant symbole qui revient tout au long du roman, alors qu'on ne voit pas quel est le rapport du livre avec le titre choisi par l'éditeur français.

André-François RUAUD (lui écrire)
Première parution : 1/4/1993
Yellow Submarine 101
Mise en ligne le : 3/3/2004


 

Edition GALLIMARD, Folio SF (2005)


     La préface d'André-François Ruaud situe fort bien l'œuvre de Tevis, illustrée et effacée par ses adaptations cinématographiques, littérature peu abondante mais remarquable, empruntant les formes du polar ou de la SF, les réinventant même, tout en évitant les naïvetés prétentieuses que cela engendre trop souvent. Ce qui relève du miracle. Tout comme ce roman précis, où ce qui devrait produire une catastrophe déprimante se combine pour le mieux. On entre de plain pied dans un monde assez éloigné dans le futur pour avoir produit de réelles intelligences artificielles ou pour que le souvenir du nôtre se soit perdu, et pourtant fort proche technologiquement de ce que nous connaissons. On aperçoit un système universitaire où nul n'apprend plus à lire et où l'on semble étudier surtout la pornographie classique, sans que cela tourne à la diatribe apocalyptico-conservatrice. On se contente de trois personnages, le reste étant à peine esquissé, or cela suffit, et on suit celui qui est une projection manifeste de l'auteur sans être gêné par le moindre nombrilisme. Et dans ces conditions, on s'attache à un robot omnipotent mais contraint de programmer la disparition de l'humanité pour n'avoir plus personne à servir et pouvoir enfin se suicider, à un prof de fac ayant appris à lire par hasard, à une marginale volontaire épargnée par les programmes de décervelage. On suit les retournements de leurs rapports improbables et mouvants dans ce monde tout à la fois métaphorique et très concret, entre introspections et road movie picaresque, entre Empire State Building et communautés rurales néo-bibliques, entre immolations inexpliquées et machineries devenues folles faute de but réel. Tout cela relié et en fait sauvé par l'obsession de la liberté, nécessaire et coûteuse, qu'elle passe par une redécouverte de la littérature, par la prison quasi-politique comme lieu où les illusions deviennent impossibles, par la possibilité de donner la vie ou de se donner la mort. Comme il y a assez de retournements pour alimenter une intrigue faussement paresseuse, l'ensemble se lit à la fois comme un roman à prendre au premier degré, une parabole assez simpliste pour satisfaire qui fait profession de mépriser la SF (d'où d'éditoriales références à Huxley et Bradbury), et une œuvre à double ou triple fond susceptible d'accrocher les amateurs. Comme le mot « miracle » a déjà été employé, autant s'en tenir là et laisser le lecteur se faire lui-même juge, le plus tôt possible.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/10/2005
dans Galaxies 38
Mise en ligne le : 1/2/2009


 

Edition PRESSES DE LA RENAISSANCE, (1981)


 
     Un des reproches majeurs que l'on pouvait faire naguère à la science-fiction avait trait à la minceur psychologique des protagonistes. Les temps ont changé mais, hélas, l'épaisseur des personnages, dans bien des œuvres récentes, demeure toute relative. Souvent les idées viennent recouvrir d'un charabia philosophique (pour ne pas dire filandreux) les analyses de comportement. En fait, le personnage est là pour faire avancer l'action, c'est un être théâtral aussi vivant qu'une effigie, aussi nuancé qu'un robot à visage humain.
     Walter Tevis n'est connu des lecteurs français que par une ou deux nouvelles dans Fiction, par un excellent roman noir paru dans la Série de la même épithète aux éditions Gallimard, et par un roman de science-fiction... psychologique, publié par Denoël. L'arnaqueur et L'homme tombé du ciel ont été adaptés avec succès au cinéma.
     Voilà... Il n'empêche que Tevis reste chez nous un auteur secret, à qui l'on accorde une estime assez vague.
     Il est certain que son troisième livre à être traduit en France sera mal compris et méjugé par le public hexagonal. Pour la bonne raison qu'il a été publié hors collection et qu'il porte un titre sibyllin et mal choisi.
     Or, je le déclare bien haut : L'oiseau d'Amérique est un grand roman et, qui plus est, un roman important. Il raconte une histoire simple mais forte et attachante : celle d'un étrange triangle passionnel dans une époque charnière de l'histoire de l'humanité. L'histoire d'un homme, d'une femme et d'un androïde asexué. L'homme aime la femme, qui aime l'homme, tout en étant attirée par l'androïde. Les esprits chagrins me rétorqueront immédiatement que Feydeau faisait la même chose, à quelques détails près, dans ses vaudevilles. Avec cette nuance que l'œuvre de Tevis n'a rien d'un vaudeville mais qu'elle raconte sous forme de fable, dans la tradition du roman américain classique, la fin et le renouveau d'une humanité épuisée par un solipsisme programmé sur ordinateur, la lutte d'un homme et d'une femme pour la reconquête de la culture et de la dignité humaines et les efforts désespérés de Spofforth, robot demi-dieu, pour accéder enfin au droit de mourir, de disparaître.
     Aucune naïveté dans ces pages mais une méditation passionnante sur notre devenir, méditation qui devrait être au centre de notre littérature et qui en est si fréquemment, et si curieusement, absente.
     Des innombrables livres qui me passent entre les mains au fil de jours qui se ressemblent si terriblement, L'Oiseau d'Amérique est un des rares qui, depuis des mois, aient réussi à me toucher, à m'émouvoir, au sens fort du terme.
     Dans une époque où la vulgarité tient lieu de culture, où le mépris de l'humain dépasse peu à peu l'entendement, cette fable-là nous concerne tous.
     Comme les personnages de Tevis, il est temps pour nous de réapprendre à lire, à comprendre, à aimer.

Daniel WALTHER
Première parution : 1/1/1981
dans Fiction 315
Mise en ligne le : 15/3/2009




 

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