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Le Paradoxe de Fermi

Jean-Pierre BOUDINE



Illustration de Aurélien POLICE

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 579
Dépôt légal : août 2018, Achevé d'imprimer : 1 août 2018
Roman, 224 pages, catégorie / prix : F6
ISBN : 978-2-07-270514-4
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans son repaire situé quelque part à l'est de l'arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d'abord le salaire qui n'arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s'organisent pour trouver de quoi manger, puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers.
     Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humaniste des bords de la mer Baltique et des événements qui l'ont ramené plus au sud, dans les Alpes.
     Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l'espèce humaine ne peut pas être la seule douée d’intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence ?
 
     Jamais auparavant l'effondrement de notre civilisation ne fut décrit de façon plus réaliste.
 
     Professeur agrégé de mathématiques, Jean-Pierre Boudine est auteur de plusieurs ouvrages, dont deux romans : Sur la route des terres rares et Le paradoxe de Fermi.

    Sommaire    
1 - Jean-Marc LÉVY-LEBLOND, Postface, pages 203 à 211, postface
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2017)


     Le paradoxe de Fermi traite de la fin de l’Humanité. Avec un réalisme convaincant et une absence d’effets spectaculaires qui rend cette apocalypse encore plus glaçante, le narrateur décrit comment une simple crise économique et boursière entraîne l’effondrement de toute la civilisation. Spécialiste de l’écologie et des modèles mathématiques d’évolution des populations, il analyse la complexité et la fragilité de notre société, et la dynamique du chaos qui conduit le système à la ruine.

     Les chapitres alternent des scènes du quotidien du narrateur qui organise sa survie seul au coeur des Alpes, dénué de tout bien matériel, avec ses souvenirs des derniers jours du monde d’avant, montrant à l’échelle locale les étapes de l’effondrement ainsi que les dernières tentatives désespérées pour sauvegarder une parcelle de civilisation dans une initiative qui ressemble à un hommage au célèbre cycle d’Asimov  : c’est Fondation mais en pire. Tout cela sans recourir à la panoplie habituelle du post-apocalyptique : nnibalisme, catastrophes écologiques, scènes de panique, cataclysmes nucléaires... même si ces éléments se laissent parfois deviner dans le hors-champ.

     Malgré le pessimisme du propos, le roman n’est ni sombre ni misérabiliste. L’écriture est à l’image du fond : dépouillée, sans fioritures, un peu froide mais efficace et fluide. La première qualité du roman de Jean-Pierre Boudine est de donner un tableau convaincant de l’apocalypse par une série de petites touches réalistes. Mais l’analyse qu’en fait le narrateur, ses réflexions sur la perte de sens de la société, le manque de robustesse de nos organisations, de nos infrastructures, sur la complexité de nos réseaux observée sous l’angle de la théorie des graphes contribuent largement à l’intérêt du Paradoxe de Fermi et le situent sans aucun doute au cœur de la SF : une bonne histoire écrite par un romancier qui pense en scientifique.
     Il est dommage que l’auteur vienne parfois gâcher ce bel ensemble par quelques observations réactionnaires sur les jeunes qui n’ont plus de repères et sur l’éducation qui était mieux avant, sans quoi cela aurait été un sans-fautes.

Jean-François SEIGNOL
Première parution : 16/7/2017
nooSFere


 

Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2015)


            Le Paradoxe de Fermi est une version corrigée du roman de Jean-Pierre Boudine publié en 2002. Treize ans après la version initiale, l’auteur ajoute certains développements que l’histoire récente (crise financière de 2007, accroissement des inégalités mondiales, ou progression incontrôlée de la menace climatique – éléments ayant conduit le 22 janvier dernier à une avancée de deux minutes de la célèbre Horloge de l’Apocalypse) rend incontournables.

            En Pythie moderne, Boudine décrit les effets ravageurs d’une crise systémique débutant dans la finance puis s’étendant de proche en proche à tous les rouages d’une société technicienne devenue si complexe que le moindre défaut suffit à la faire s’écrouler. Il le fait à travers le journal, futile testa ment, d’un narrateur réfugié dans une grotte des Alpes pour fuir la menace mortelle que représentent ses derniers contemporains.

            L’auteur montre comment une division du travail poussée à l’extrême, une informatisation omniprésente et un défaut évident d’intégration sociale rendent les sociétés aussi fragiles que de très fins mécanismes d’horlogerie. Alors quand, au bout du déni, le réel s’écrase sur la face du monde, quand un système économique productiviste, inégalitaire, en surchauffe, finit par exploser, quand l’agressivité d’une espèce prédatrice, l’individualisme égotiste qui fonde la nature humaine – Hobbes ? –, et la dictature de l’immédiateté avec ses conséquences écologiques s’en mêlent, la danse sur le volcan finit inévitablement au fond de sa gueule.

            Tout ceci, Boudine le montre sans guère de pathos, et il est difficile de prendre son raisonnement en défaut. Il en tire une solution simple, comme évidente, au célèbre paradoxe de Fermi. La vie intelligente ne peu t durer. Les civilisations techniciennes s’autodétruisent vite. C’est pour cela que nous n’en avons jamais rencontré aucune dans l’immense univers.

            En accord total avec la thèse de l’auteur, je ne trouve néanmoins pas son texte sans défaut. Froid, presque clinique, Boudine ne crée pas de personnages. On en sait un peu sur son narrateur, presque rien sur les autres. Aucun ne développe avec le lecteur une relation qui l’impliquerait. Très bref dans sa description de l’effondrement, il convaincra les convaincus tels que moi mais manque sûrement d’artifices rhétoriques pour faire basculer les indécis. Si on ne s’intéresse pas à ces questions, tout peut sembler trop rapide, trop explicitement didactique. À mi-chemin entre un roman comme Exodes de Jean-Marc Ligny et un essai comme le glaçant The Collapse of Complex Societies de Joseph Tainter, Le Paradoxe de Fermi est au moins une bonne introduction à la fragilité d’un monde qui nous paraît acquis. En cela, il est utile et méritoire.

Éric JENTILE
Première parution : 1/4/2015
Bifrost 78
Mise en ligne le : 17/5/2020




 
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