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L'Effet coccinelle

Yann BÉCU

Première parution : Montreuil, France : L'Homme Sans Nom, mai 2021

Illustration de Diego TRIPODI

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 7325
Date de parution : 9 juin 2022
Dépôt légal : juin 2022, Achevé d'imprimer : mai 2022
Réédition
Roman, 416 pages, catégorie / prix : 10
ISBN : 978-2-266-32411-3
Format : 10,7 x 17,7 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture

En voilà un projet « au-da-cieux » pour la centième planète : l'HOMO SAPIENS ! Nos chefs étaient ravis. Charge à nous, simples larbins de la Création, de veiller au suivi du chantier. On ignorait alors qu'atteindre un score de paix potable avec une créature pareille, ça allait être si compliqué.
Depuis des millénaires, on prend donc possession de corps humains et on prêche discrétos les vertus de la paix. Verdict ? Peut mieux faire. En ce XXIe siècle, on redoute même un imminent foutoir apocalyptique. Notre mission : éliminer une « preuve divine ». Sur le papier, la routine... Mais à force de vivre dans ces peaux imparfaites, toute la chimie humaine s'est imposée à nous : coups de chaud, de froid, de pompe, de blues, de foudre, de gueule... Et malgré nos centaines de milliers d'années au compteur, rien ne nous y avait préparés !

« Une aventure aussi jubilatoire que son concept est ambitieux ! Un coup de cœur ! » Ulysse Ronné - Mollat (Bordeaux)

« Entre péripéties rocambolesques et sarcasmes au vitriol. Un livre explosif ! » Anaïs Daniel - Fnac Montparnasse (Paris)

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition L'HOMME SANS NOM, (2021)

Si les voyages dans le temps sont un topos de la science-fiction, éminemment casse-gueule au demeurant, celle-ci offre également des manières plus originales de jouer avec la chronologie. D'abord bien sûr par le biais d'uchronies grâce auxquelles elle la réinvente. Mais aussi en prenant du recul, beaucoup de recul, afin de voir la frise temporelle comme une sorte de tableau. Il en va ainsi de La fin de l'éternité d'Isaac Asimov, où l'Éternité du titre est une société sise dans un futur tel qu'elle semble hors du temps, et qui envoie ses agents tout au long de l'Histoire afin de garder celle-ci sur les rails que nous connaissons, et ce faisant permettre son existence. Fritz Leiber, dans le cycle La guerre des modifications, (ou La guerre uchronique), décrit quant à lui un univers dans lequel deux camps, celui des serpents et celui des araignées, se battent tout au long du temps pour faire pencher la victoire de leur côté. Des humains, comme des membres de toutes les races de l'univers, sont extraits de leur propre trame temporelle pour servir de fantassins à un camp ou à l'autre.

Cette vision du monde est en quelque sorte aussi la toile de fond de L'effet coccinelle de Yann Bécu. Ici, une société extra-terrestre à peu près omnipotente, la Ruche, va de planète en planète afin d'y créer des mondes et de nouvelles espèces évoluées. Cette société est structurée comme une société bien humaine, avec ses dirigeants, ses ingénieurs et ses ouvriers. Ces derniers, dits les boueux, mouillent la chemise pour faire avancer les projets, ou plutôt prennent possession de corps dans le monde en construction afin de donner les coups de pouce nécessaires pour aller dans le bon sens de l'évolution. Les cols blancs, loin de ces considérations pratiques, planifient, ordonnent et sont récompensés si le résultat est satisfaisant.

Or le projet Homo Sapiens a du plomb dans l'aile. Et du gros calibre. Chez les ingénieurs et les boueux de la Ruche, c'est le branle-bas de combat pour rattraper le coup, si possible avec discrétion tant les infractions vont être nombreuses pour parvenir à un résultat satisfaisant.

À travers la description de services plus ou moins iconoclastes (service prévisions, service des fraudes, service juridique, ressources humaines, etc.) Yann Bécu dégomme joyeusement les archétypes du monde entrepreneurial. Mais son humour vachard se penche sérieusement sur une autre forme de société, fortement liée à la raison pour laquelle le projet est en train de capoter : la religion. La religion dans son principe et toutes les religions dans leur forme ; c'est à dire les entreprises qui exploitent les interrogations intimes de chacun, qui cherchent à asseoir leur puissance monopolistique, qui s'affrontent à coup de Vérités, de menaces voilées et de guerres si cela ne suffit pas. Et à travers elles, sont visées la suffisance, le mépris, le calcul mesquin de chacun.

Le récit est structuré selon deux fils. Le premier d'entre eux suit les pas de trois boueux débarqués à notre époque, trois êtres abîmés par des siècles de labeur et par les émotions engrangées au contact des humains sur une si longue durée. Trois trognes à la gouaille particulière, d'autant qu'ils sont capables de jurer en araméen ou dans d'autres dialectes encore plus oubliés. Et entre chaque chapitre, quelques pages apportent un contre-champ franchement drôle avec des scènes de la trajectoire d'un jeune policier qui essaie de mettre le grappin sur ces personnages bizarres et si dissemblables, apparemment échappés d'une sorte d'asile breton.

Entre humour grinçant, poésie et rêveries autour du monde antique et des amours perdues, le roman se lit facilement d'une traite. S'il comporte bien un ventre mou une fois le premier tiers du récit déroulé, la plume de l'auteur n'est jamais insistante ; ses descriptions sont fluides, les chapitres courts, et le texte est émaillé de clins d'œil (certes parfois faciles) sur les épisodes les plus connus de l'Histoire ou sur les télescopages entre les différentes époques vécues par les boueux. Yann Bécu enfin, offre la démonstration hilarante que de Baudelaire aux Feux de l'amour, il ne saurait y avoir de hiérarchie entre les cultures pour des êtres millénaires.

David SOULAYROL
Première parution : 7/12/2021
nooSFere

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