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Les Croisés du vide

Laurent GENEFORT



Illustration de Jean-Jacques CHAUBIN

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. SF n° 42
Dépôt légal : mai 1998
Première édition
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 39 FF
ISBN : 2-265-06466-1
Format : 11,0 x 17,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Laurent Genefort vit en région parisienne. Lauréat 1995 du Grand Prix de l'Imaginaire (Arago), c'est un éclaireur de la nouvelle SF française. La galaxie n'est pas trop vaste pour ce créateur d'univers, fils spirituel de Stefan Wul (Niourk), de Frank Herbert (Dune) et de Bruce Sterling. A 30 ans, il a produit près de 20 romans et ne cesse, livre après livre, d'affiner l'exploration de ses mondes foisonnants, toujours prétextes à l'aventure et au voyage. Les croisés du vide ne font pas exception et devront, pour survivre, chevaucher des ouragans fabuleux.

     Les draperies de nuages s'écartèrent devant la majesté du lévian. Le gouffre sous lui bouillonnait en silence. Nul homme n'avait le pouvoir de dompter le lévian, lui qui était fait pour ne rien craindre car il était plus qu'un animal, plus qu'un orage électrique. Il était une force primitive émanant des profondeurs de la géante gazeuse.

     Lexique illustré en fin d'ouvrage par Fred Blanchard, illustrateur, designer, directeur artistique avec Olivier Vatine du label « Série B » chez Delcourt (Aquablue).
 
    Critiques    
     Si je vous parle d'un environnement radicalement extrême, de créatures géantes redoutées, d'un jeune homme auquel ces monstres parlent en rêve et qui doit conduire son peuple, tel un messie, vers un territoire de légende, que me répondez-vous ?
     Eh bien non, il n'est pas ici question du Dune de Frank Herbert, mais plutôt du dernier roman de Laurent Genefort (son dix-neuvième !), Les croisés du vide, tout juste paru aux éditions Fleuve Noir. Car à défaut d'un monde de sable nous nous contenterons d'un monde de gaz, faute de vers nous aurons des méduses, et Jahol dans le rôle de Paul.
     Cette entrée en matière un tantinet abrupte pourrait à tort donner une idée négative du bouquin en question. Genefort a ses maîtres, ses grands inspirateurs. Il ne s'en est jamais caché. Et si ici la filiation est particulièrement marquée, cela ne signifie en rien que Les croisés du vide est un mauvais roman, bien au contraire...
     Olsgor est une planète géante gazeuse. Dans les méandres de ses bandes nuageuses agitées et mortelles, les humains vivent au sein d'énormes cités volantes n'ayant que peu de contacts entre elles. Coupés du reste de l'univers depuis des siècles, les hommes ont peu à peu perdu la maîtrise des technologies de pointes et vivent de la culture de verlichen et de chivre, de chasse aussi, notamment celle du lévian, sorte d'énorme méduse. Ainsi s'écoulent les jours à bord du Tixuarima, une cité-dirigeable régie par la stricte loi d'une organisation basée sur les castes et où le pouvoir semble s'équilibrer entre les mains du capitaine Baltagui et celles de la prêtresse Sorane'Leks. Précaire équilibre en fait que les visions « divines » de Jahol ne tarderont pas à rompre, provoquant la discorde et la guerre...
     On le sait depuis longtemps, Genefort n'est jamais aussi à son aise que lorsqu'il s'attaque à un environnement spécifique. Et quoi de plus spécifique qu'une planète exclusivement constituée de gaz mortels ? Une manière de gageure dont l'auteur se joue avec une réelle aisance. Idem pour l'intrigue, certes très conventionnelle, et l'enchaînement narratif du roman, qui se lit d'une traite et nous apporte son quota d'évasion et d'imprévus. On regrettera pourtant le parti pris d'un unique point de vue narratif, celui du jeune Jahol, qui restreint considérablement l'impact et l'ambition des Croisés du vide. Où Herbert (pour reprendre notre idée initiale de filiation) pêchait volontiers par excès de strates narratives, Genefort, lui, fait dans l'extrême simplicité. Résultat un roman sympathique, certes, mais un regret aussi, celui de voir une bonne idée inscrite dans un cadre étonnant s'affadir par manque d'ambition (de temps, d'envie ?). Il y avait peut-être là de quoi faire un chef-d'oeuvre, Genefort en a fait un bon roman. Ce n'est déjà pas si mal, évidemment.

ORG
Première parution : 1/7/1998 dans Bifrost 9
Mise en ligne le : 1/4/2002


     Il est inutile de s'effrayer des vingt-trois pages de lexique, curieusement présentées comme un argument publicitaire : Genefort sait créer des mots, leur donner des sonorités à la fois familières et étranges, et en suggérer le sens sans obliger à interrompre la lecture. Par ailleurs, il sait faire vivre des mondes. Dans celui-ci, sur une planète gazeuse peu favorable aux humains, des cités aériennes, entre baleinières et navires pirates, chassent d'immenses méduses, éventuellement se combattent entre elles, et se partagent des « Antiques », fruit d'une technologie désormais réservée à quelques mystérieux marchands. Chacune a ses lois, ses mœurs, ses rites, qui ne sont pas toujours réjouissants. Le prologue et les deux premières pages du récit proprement dit sont explicites : la vie n'a ici de valeur que toute relative. La suite montre le rôle politique qu'y joue la religion, dénonciation qui est l'une des marques de fabrique de Genefort — s'en plaindra-t-on ? On pourrait chipoter, ergoter, évoquer par moments un démarquage d'histoire de corsaires, expliquer que même dans le cadre de l'explication finale, la mise en place de la civilisation décrite aurait posé des problèmes insurmontables, et en tirer des conclusions quant à la difficulté à donner de la cohérence à la littérature d'images chère à Pierre Stolze (voir son article, aussi passionnant que discutable, paru dans Les Univers de la SF, cf. page 187). Ce serait oublier que ce roman vise surtout à distraire, qu'il y parvient fort bien, que ses personnages sont convaincants, qu'il mêle de la façon la plus agréable aventure et ethnographie imaginaire, que ses possibles failles disparaissent entre la profusion des détails et l'efficacité du récit. Et que ce qui est donné de surcroît, côté idées et sympathies, est fort positif, sous le patronage lointain de feu Cornélius Castoriadis ressuscité en personnage secondaire. Le space-opera populaire de qualité existe, Genefort est un de ceux, à vrai dire assez rares, qui nous le font rencontrer.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/9/1998 dans Galaxies 10
Mise en ligne le : 22/11/2008


 
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