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Les Hydnes de Loriscamp

Doris LE MAY & Jean-Louis LE MAY



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 515
Dépôt légal : 3ème trimestre 1972
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Deux yeux de lumière, étranges et maléfiques, surveillant l'infini, vers le centre de la Galaxie dont nous occupons un des grains de matière. Tels sont les Hydnes de Loriscamp, dont les navigateurs chevronnés n'évoquent jamais le nom sans références tragiques.
     Pour une entreprise en marge de la Loi, quelle base aurait pu être mieux abritée que celle qui se dissimulait dans le nuage de matière formant les orbites des yeux de l'oiseau nocturne.
     Ainsi en jugèrent ceux qui avaient formé l'espoir raisonné, appuyé par les conclusions des ordinateurs, de créer une entité concurrente de la toute-puissante Fédération pour libérer leur besoin d'action et leur volonté de domination.
     Ils auraient pu réussir, tout au moins momentanément, sans l'intervention de représentants de la Centrale de Surveillance Galactique, lancés isolément à l'aventure, avec une seule mission : renseigner, quels que soient les risques.
 
    Critiques    

De livre en livre, le tandem Le May ne cesse de nous surprendre, tout en ne cessant d'écrire la même chose. Semblant avoir abandonné, tout au moins provisoirement, aussi bien le cycle post atomique des Montagnes mouvantes que ses « contes et légendes du futur » auxquels appartient Les landes d'Achernar, cet auteur double se consacre désormais aux exploits des agents spéciaux de Marslovsk, cette Centrale de Surveillance galactique qui, dans un futur lointain et très sophistiqué, doit débrouiller les écheveaux de multiples mondes en expansion, humains, humanoïdes ou non-humains.

Espionnage galactique, certes. Aventures spatiales, assurément. Mais chez Le May, tout est dans la manière, tout est dans les digressions. A tel point que les scénarios perdent de leur importance au profit d'un foisonnement d'événements et de détails hauts en couleurs et en relief. Les Hydnes de Loriscamp, par exemple, raconte comment un Empire corsaire situé sur la frange de la galaxie répertoriée essaie de se construire, avant de chuter parce qu'un agent de l'lnterco, qui s'est fait passer pour un forban en fuite, a tout sapé de l'intérieur. Tout est en apparence construit sur cet archétype que cinquante ans de films et de romans américains ont usé jusqu'à la corde : le flic qui se fait passer pour (et que le lecteur, ou le spectateur, croit jusqu'au bout être) un filou, et qui ne se révèle dans toute sa gloire de justicier que lorsque la boue l'a couvert jusqu'aux sourcils.

Mais cette apparence est transcendée par le style. Même lorsqu'on est blasé par vingt ans de pratique du space-opera, Il est toujours fascinant de lire de semblables descriptions, qui vous plongent dans un vertige bien agréable : « Les représentations les plus élaborées que vous pourrez trouver de notre Galaxie et notamment la Tridi de Würm, bien connue, vous offrent une espèce de galette brillante, aux bras spiralés très enroulés, enserrant des nuages de matière opaque. Généralement le volume occupé par la Fédération est coloré en jaune clair par ionisation, la Zone des Explorations Lointaines est indiquée par des faisceaux violets, les Secteurs Interdits sont autant de taches pourpres pulsantes et, comme vous n'avez pas manqué de le remarquer le jaune clair semble bien petit, pour ne pas dire minuscule, quand on le voit ainsi, perdu sur un bord de cette immense soupière pftanique. Impossible d'imaginer, même avec une intense bonne volonté, qu'il englobe 832 mondes habités par des races qui se prennent toutes, ou à peu près, pour le nombril de l’univers » (pp. 174 et 175). C'est du Hamilton, bien sûr. Mais la naïveté émerveillée a disparu, et si les visions restent grandioses, les mobiles qui poussent les héros sur les pistes galactiques le sont moins, qui ont nom pouvoir politique, pouvoir économique. Hamilton, alors, mais repensé par James Blish. Autrement dit : Samuel Delany.

Bien sûr, ces références sont écrasantes. Et puis après ? Le May ne doit rien à personne, puisqu'au moins, s'il suscite sur son chemin de romans de grands noms, ce n'est pas pour qu'on pense à lui comme à un pâle copiste, mais comme à un talentueux suiveur. La différence est de taille, la nuance aussi.

Et puisque j'en suis à des comparaisons fastueuses, continuons. De par son sens visuel, de par l'ampleur de sa vision, Le May évoque aussi N. C. Henneberg et le dessinateur Philippe Druillet. Il se trouve que je n'aime guère ces deux-là, alors que le petit duo du Fleuve Noir, qui donne avec régularité son roman tous les trois mois à la collection « Anticipation », ne me trouve jamais réticent. J'y vois plusieurs raisons, el la première est que Le May, qui sait toujours tempérer d'un humour léger (distanciation plus que drôlerie recherchée) ses récits, ne se laisse jamais enfermer dans l'imperturbable sérieux du baroque flamboyant. Les héros de Le May restent très humains dans le tourbillon technologique et épique qui les enveloppe, et cette secrète amertume, sans laquelle les grands héros ne sont que des statues, vient toujours à point pour sauver du hiératisme les moments les plus grandioses.

C'est ainsi qu'est attachant Jocklund Kervelin, hâbleur, tueur, trousseur de jupons. Impitoyable quand il le faut, il reste capable d'émotion et de modestie :

« - Qui êtes-vous ?

- Un, parmi des centaines, c'est tout. »

(p. 228).

Et, de même que le héros est interchangeable, que le décor l'est aussi, l'aventure contée fait elle-même partie d'un ensemble instable et complexe, dont un épisode semble être venu par hasard sous la plume de celui qui l'a transcrit pour nous : ainsi le réarque, ayant écouté à peine le rapport de Jocklund et l'énoncé de « morts irremplaçables », « s'intéressa à une autre affaire ». Point final.

Je ne sais qui se cache sous le nom de J. et D. Le May, et peu importe. Mais une certaine sensibilité féminine qui se dégage de leurs textes laisserait supposer qu'un des membres du duo est une femme - ce qui nous ramènerait à Nathalie Henneberg. Dans le cadre du Fleuve Noir en tout cas, je ne vois guère à qui les comparer, Wul étant à l'opposé du champ où ils opèrent. Cependant, un roman comme Les Hydnes de Loriscamp n'est pas loin du tout, par exemple, des Voiliers du soleil de Gilles d'Argyre ou des Océans du ciel de Kurt Steiner. Encore des références, des comparaisons. Mais elles me servent à souligner la valeur d'un auteur aussi prolifique que doué, ce qui est bien rare. Raison de plus pour le dire bien haut.


Denis PHILIPPE
Première parution : 1/12/1972 dans Fiction 228
Mise en ligne le : 3/2/2019


 
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