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Instruments de mort

K. W. JETER

Titre original : Death Arms, 1987
Première parution : Morrigan, 1987

Cycle : Dr. Adder  vol. 3

Traduction de Michel LEDERER
Illustration de ELRIK

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 480
Dépôt légal : décembre 1988
Roman, 224 pages, catégorie / prix : 7
ISBN : 2-207-30480-9
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Nom : R.D. Legger
     Père : assassin au service du Front de Libération de l'Amérique du Nord ayant le don de fasciner ses proies pour en faire des victimes consentantes.
     Mère : journaliste vidéo devenue sa propagandiste.
     Moyens d'existence : fournisseur d'énergie psychique pour le compte du Consortium, qui dirige l'ensemble du continent.
     Situation actuelle : venu à Los Angeles — ou du moins ce qu'il en reste après la Grande Peur — pour participer à un certain Projet Psyché, mais rapidement embarqué dans une enquête sur les circonstances dans lesquelles sont morts ses parents.
     Signes particuliers : excite l'intérêt d'une foule de personnages, dont le chef du Consortium, dernière cible de son père, et un quatuor de mutant aux pouvoirs parfois terrifiants.
     Handicap : traqué par une « balle lente ».

L'auteur :
Fils spirituel de Philip K. Dick sans que cela enlève quoi que ce soit à son originalité propre, K. W. Jeter oeuvre avec un pareil bonheur dans le domaine de la science-fiction et du fantastique.
Avec Dr Adder et Le marteau de verre (précédemment paru dans cette collection) le présent volume forme, selon ses propres termes une « trilogie thématique ».
 
    Critiques    
     K.W. Jeter est certainement à l'heure actuelle, en compagnie de Lucius Shepard et William Gibson — dont on attend avec impatience le prochain roman ainsi qu'une adaptation cinématographique de Neuromancien, du moins si le projet aboutit... — , le jeune auteur américain le plus original, le plus inspiré. Pour preuve Dr Adder (dont on ne peut que regretter qu'il ait été publié puis traduit si tard) et Le Marteau de Verre qui, s'il n'atteignait pas en intensité ni en puissance visionnaire le précédent, n'en restait pas moins un bon, très bon roman de Spéculative. Il faut dire qu'après Dr Adder, on attendait probablement trop de son créateur, lequel se révélait être aussi à l'aise en Fantastique contemporain qu'en SF, avec Les Ames Dévorées et Le Ténébreux. Et puis peut-être l'image « K.W. Jeter / fils spirituel de Philip K. Dick » représente-t-elle un handicap, un poids un peu lourd à supporter...
     En tout cas, il ne faiblit pas et fait son retour chez nous avec deux romans publiés simultanément chez Denoël et J'ai lu, ses éditeurs habituels. Deux romans de factures bien différentes.

     Instruments de Mort, le premier, s'inscrit dans la lignée de ce qu'il nous avait proposé jusqu'ici, et achèverait même, si j'en crois la quatrième de couverture, une « trilogie thématique ». Jeter y dépeint une Terre en ruines, comme dans Le Marteau de Verre, et des personnages à la dérive, des marginaux, conformément à son habitude. R.D. Legger est de ceux-là. Fils d'une journaliste et d'un assassin, célèbre pour son pouvoir de soumettre ses cibles et d'en faire des volontaires à la mort, il doit participer à un important plan de recherche concernant notamment l'inconscient collectif, le Projet Psyché. Mais les ennuis commencent dès son arrivée à Los Angeles. Il est arrêté par la police, libéré, puis contacté par d'étranges individus manifestant un intérêt certain pour ses parents, disparus, il est vrai, dans des circonstances obscures. Il fait la connaissance de Rachel, une jeune mutante qui possède le don de « ressusciter » les choses mortes, et le voilà lancé dans une difficile enquête visant à déterminer les faits entourant la mort de ses géniteurs. Poursuivi par une balle lente ou, si vous préférez, une balle à tête chercheuse impossible à détruire !
     Roman de la modernité, œuvre rappelant effectivement, parfois, Philip K. Dick, avec qui il entretenait d'intenses rapports d'amitié, Instruments de Mort est de ces romans qu'il est conseillé de lire d'une traite pour ne pas en perdre le fil et la saveur.

     Machines Infernales est quant à lui beaucoup plus surprenant en ce sens que Jeter laisse de côté pour la première fois ses univers de prédilection pour explorer, avec une certaine réussite certes, le monde du roman populaire, du récit commercial, à travers un nouveau sous-genre baptisé Fantasy historique et dont Tim Powers (Les Voies d'Anubis, Le palais du Déviant, Sur des Mers plus Ignorées...) serait un des autres pères fondateurs. Assisterait-on à la tentative de lancement d'une nouvelle école fictive, après les néo-ceci, les néo-cela, les Cyberpunks ? L'avenir nous le dira...
     Jeter choisit ce coup-ci l'Angleterre victorienne pour décor au lieu d'un futur gris et incertain. Et adopte d'emblée un ton dont il n'était pas coutumier, tendant ainsi la perche au grand public (aux adolescents par exemple), une perche facile à saisir. Le réalisme disparaît, tout devient caricatural, l'humour fait son apparition, j'en passe et des meilleures. Tout est voulu, bien sûr, maîtrisé, c'est du cousu main, il n'y a pas de problèmes ! Alors, me direz-vous ? Alors, on comprend mal comment l'auteur de Dr Adder a pu en venir à écrire un roman d'aventures. Une question de démarche, tout simplement ! Jugez plutôt...
     A Londres, à la fin du siècle dernier, le gentil fils d'un inventeur génial et décédé se retrouve embarqué dans une sombre histoire de machine mécanique appartenant à un Homme de Cuir Noir, convoitée par un couple semblant prêt à tout pour l'acquérir. Même à la violence. Il découvrira, un quartier de Londres inconnu de lui, abritant une race humanoïde étrangère, un Saint tout aussi inconnu, et une galerie de personnages tous plus timbrés les uns que les autres. Il vivra des aventures à la pelle, adoptera Sonaï, le chien orphelin, et connaîtra même le grand frisson entre les bras de la brûlante Mrs Wroth ! ! ! Un résumé caricatural (quel résumé ne l'est pas ?) mais permettant à ceux d'entre vous ayant lu ses premiers ouvrages d'apprécier la largeur du fossé séparant Machines Infernales du reste de l'œuvre en formation. Un roman qui pourrait bien, en tout cas, inaugurer un nouveau « cycle thématique ».
     Cela étant, ce roman, sous-titré « Une Fantaisie Baroque des Temps Victoriens », est un bon livre, il est nécessaire de le dire. Classique, propre, net, sans réelle surprise, mais bon quand même parce que bien construit et écrit dans un style agréable laissant place à la dérision et à l'humour.
     En tout cas, une chose est certaine. C'est qu'en écrivant dans des genres, des styles à l'opposé l'un de l'autre, il risque de conquérir des publics différents et complémentaires. Sans doute est-ce le résultat escompté...

Richard COMBALLOT
Première parution : 1/4/1989 dans Fiction 407
Mise en ligne le : 7/11/2002


 
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