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Tom O'Bedlam

Robert SILVERBERG

Titre original : Tom O'Bedlam, 1985
Première parution : États-Unis, New York : Donald I. Fine Inc., juillet 1985
Traduction de Patrick BERTHON

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain
Dépôt légal : mai 1986
Première édition
Roman, 360 pages, catégorie / prix : 95 FF
ISBN : 2-221-04905-5
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     2103 : Une sonde expédiée vers Alpha du Centaure a émis en direction de la Terre des images d'un monde vert et habité. Elles viennent d'être captées.

     2103 : Tom O'Bedlam, vagabond, parcourt ce qui reste d'une Amérique naguère dévastée par la Guerre des Poussières. Sa seule arme dans un monde dangereux est l'innocence. Joue-t-il la folie ou est-il vraiment fou ? Il affirme voir des images d'autres mondes, étranges, merveilleux, porteurs de civilisations brillantes et pacifiques qui contrastent avec le désordre de la planète Terre.

     2103 : Un peu partout, des gens font le même rêve : ils rêvent des mondes de Tom, et des êtres qui les habitent, Chungira-Il-viendra, Maguali-ga, et les Zygerone, et les Kusereen et les Thulevara, les plus puissants de tous.

     2103 : Senor Papamacer, ancien chauffeur de taxi à Mexico, devenu prophète, annonce la venue des Dieux de l'espace et la migration de l'humanité vers lés étoiles.

     2103 : Tom est-il le catalyseur d'une hallucination collective, un télépathe qui diffuse à la ronde ses propres fantasmes ou bien le représentant sur Terre des peuples des étoiles ?

     2103 : Est-ce l'année de l'Apocalypse ?
Critiques
Voici le dernier roman traduit en France de Robert Silverberg et on peut y retrouver presque tous les thèmes chers à l'auteur : prédominance du messianisme, communion totale avec d'autres êtres mais en même temps isolement du personnage central, sacrifice rédempteur, ...
L'action se déroule en 2013 dans une Amérique ravagée par une guerre nucléaire. Des régions entières sont inhabitables et des bandes de maraudeurs parcourent le pays et vivent du vol. Parmi eux se trouve Tom O'Bedlam, un vagabond inoffensif, un peu fou et qui a des visions étranges de peuples vivant dans des galaxies lointaines. Il est persuadé qu'il a été choisi par ces extra-terrestres pour aider les humains à partir vers ces mondes où ils vivront dans l'amour et la paix.
Ce roman démarre lentement, dans le premier tiers sont mis en place, très longuement, tous les personnages ce qui contribue à alourdir l'action, mais un souffle puissant anime la seconde partie, remarquable par son intensité dramatique.
Une œuvre dominée par un personnage très attachant, Tom O'Bedlam, dont on ne sait pas jusqu'à l'ultime chapitre, véritablement apocalyptique, s'il est un fou, meurtrier de surcroît, ou un être aux capacités surhumaines.

Elisabeth CAMPOS
Première parution : 1/11/1986 dans Fiction 380
Mise en ligne le : 24/5/2003

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2000)

     Si le nom de Tom O'Bedlam peut ne rien évoquer à un lecteur francophone, il est en revanche fortement connoté pour toute personne un tant soit peu familière avec la culture anglo-saxonne. On le trouve dans le Roi Lear, par exemple, où Edgar prend l'allure d'un Tom O'Bedlam pour se protéger de son frère (Acte 1, Scène 2), tandis que les « Bedlam beggars » hantent les rues de Londres (Acte 2, Scène 3). Mais c'est surtout dans les chansons que ce terme revient souvent. Dès 1618, on donne à la Cour une pièce chantée, intitulée Mad Tom O'Bedlam, dont Silverberg utilise d'ailleurs les couplets successifs comme têtes de chapitres. Bedlam, à l'origine, est l'abréviation de Bethléem. Mais c'est surtout, à partir du XVème siècle, le nom communément donné à l'Hôpital St Bartholomé, installé dans un prieuré de l'Ordre de Ste Marie de Béthléem et devenu en 1403 le premier hôpital anglais consacré à l'étude et au traitement des maladies mentales. L'endroit est devenu si populaire au XVIIIème siècle qu'il s'auto-finance grâce à l'argent des visiteurs, qui peuvent moyennant un penny assister en direct au spectacle de la folie. Peu à peu, le terme entre dans le langage courant et Tom O'Bedlam devient le nom populaire des fous.

     Par le choix de ce titre, et par l'utilisation d'une ballade vieille de plus de trois siècles, Robert Silverberg manifeste clairement sa volonté de s'inscrire dans une sorte d'histoire culturelle de la folie. Car la folie a une histoire, qu'il nous faut retracer très brièvement pour saisir véritablement le projet de ce livre. La transformation de l'Hôpital Bedlam en asile de fous marque le début en Europe de ce que Michel Foucault appelle l'ère du « Grand Enfermement ». Le temps où l'on exhibait ses fous, du bouffon royal à l'idiot du Village, est terminée. Terminée aussi l'idée selon laquelle une Vérité plus Haute transparaissait peut-être dans la parole du fou. Le fou, c'est désormais ce que la société refuse de voir, ce qu'elle cherche à se cacher à elle-même : le malade mental, mais aussi le difforme, le vagabond, l'asocial, la prostituée, etc. L'époque des Lumières, quant à elle, avec son appétit insatiable pour toutes les curiosités, va se redécouvrir un intérêt pour la folie. On va voir les fous, on les observe, on s'en divertit – mais surtout, on aperçoit dans leur étrangeté une sorte d'écho troublant, un reflet exagéré, des tendances profondes de l'humanité « normale ». Le regard que l'homme porte sur la folie est donc extrêmement variable et ambigu, entre fascination et répulsion. Le fou, c'est toujours l'autre. Mais un autre dont la définition reste essentiellement arbitraire.

     C'est précisément cette problématique que Silverberg entreprend de traiter dans ce livre. Il met en scène un monde post-apocalyptique, où le normal et le pathologique entretiennent des rapports ambigus, du fait même de la disparition des repères traditionnels et des normes établies. On y suit successivement trois groupes de personnages, dans lesquels, toujours, la question de la folie se trouve posée. Qui est fou, de Tom et des maraudeurs qu'il a croisés sur son chemin ? Celui qui a des visions (hallucinations ou délires prophétiques ?) ou bien ceux qui s'adonnent par plaisir et par désoeuvrement à une violence gratuite ? Qui est fou, des malades de l'Institut Népenthe et des médecins qui pensent les soigner en leur effectuant leur curage quotidien ? Ceux que la société qualifie de fous, ou ceux qui sont assez fous pour prétendre définir ce qu'est la normalité et l'imposer à ceux qui n'entrent pas dans les normes ? Qui est fou, enfin, des exaltés de la secte qui part à la rencontre de ses dieux, sur la simple foi de ses rêves, et de l'ancien professeur qui la suit, parce qu'il cherche désespérément un sens (n'importe lequel) à son existence ? Silverberg cherche ici à nous montrer que la définition de la folie n'est qu'une étiquette rassurante, qui ne traduit que bien pauvrement l'extrême complexité de notre vie psychique.

     Comme dans le Château de Lord Valentin, c'est quand les rêves commencent à s'étendre que leur nature devient problématique. Peut-on encore parler d'hallucinations, quand tout le monde, peu à peu, se met à rêver des mêmes choses ? Est-ce une folie collective, née de l'expérience commune d'un monde ravagé ? Est-ce la manifestation d'une Vérité transcendante, révélée à un Tom messie ou prophète ? Est-ce une sorte de contagion télépathique, dont il serait la source involontaire ? Est-ce une manipulation psychique, d'origine extra-terrestre ? Nul ne le sait. Certains ne se le demandent même pas, trop avides de sens pour remettre en question celui qui se présente. Ce qui fait l'attrait et le danger du fou, finalement, c'est peut-être qu'il a parfois l'air d'avoir un monde à lui, tandis que nous ne sommes que des étrangers inaptes à trouver notre place dans le réel. Et lorsqu'en plus le fou, comme Tom, nous invite dans son monde, nous propose le Passage vers l'Ailleurs, il devient l'occasion d'une sorte de vertige. Je ne dois pas sauter. Je vais le faire.

     Outre la méditation sur la folie et sur la condition humaine, qui en constitue la trame, ce roman de Silverberg est d'une grande richesse onirique. Les visions de Tom, les rêves qui en découlent, ont une qualité poétique indéniable. Comme toujours, les personnages de Silverberg ne se contentent pas de vivre extérieurement leurs expériences, mais en sont profondément affectés et évoluent de façon parfois radicale. L'impact des rêves (ou de l'absence de rêves) est traité avec une grande finesse psychologique. On retrouve des thèmes chers à l'auteur, comme le voyage initiatique, le fanatisme religieux, la quête de soi, etc. Bref, un roman subtil et dérangeant, poétique et cruel, où les personnages sont de vrais individus qui ne se laissent pas réduire à une étiquette pratique, où les explications ne sont jamais apportées sur un plateau et où l'ambiguïté reste entière. Jusqu'à la fin ? Ça, c'est à chacun de le découvrir…

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 26/5/2000
nooSFere


Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2000)

     Tom O'Bedlam est initialement paru en 1985 et a été traduit en français en 1986. Il s'agit d'un récit croisé du parcours de plusieurs personnages — dont les chemins convergent — à travers des États-Unis post-cataclysmiques. Le héros éponyme est un doux rêveur plutôt arriéré qui est régulièrement assailli par les visions de mondes lointains — indubitablement extraterrestres et peut-être divins — d'une beauté extraordinaire. Depuis peu, d'autres personnes que Tom rêvent de ces mondes. Tous s'interrogent  : s'agit-il d'un message télépathique envoyé par des extraterrestres pour préparer les humains à leur arrivée sur Terre  ?
     À partir de la description commune de ces rêves, Robert Silverberg analyse les différentes réactions de ses personnages  : les scientifiques sont déroutés, les psychiatres honteux de se trouver aussi irrationnels que leurs patients, un chauffeur de taxi crée une nouvelle religion, un prêtre découvre la foi... Cela lui permet de jouer dans des registres différents et de décrire différents modes de vie dans cette société futuriste.
     Comme souvent chez cet auteur, la notion de sentiment religieux est très présente tout le long du livre. On y retrouve aussi une variation sur le thème de la télépathie, ici par le biais du partage d'une expérience collective.
     S'il n'est pas extrêmement original, Tom O'Bedlam est néanmoins un roman plaisant, où l'on prend plaisir à suivre les personnages et où l'on échafaude en permanence des hypothèses sur l'origine et la signification des visions. De ce point de vue, Silverberg laisse la part belle à l'imagination de son lecteur, en lui proposant une fin ouverte. Enfin, il y a une réflexion sur les sciences humaines de l'avenir tout à fait intéressante et digne des meilleurs romans de science-fiction des années 70.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/6/2000
dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 1/11/2001


Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2008)

     Le nom de Tom O'Bedlam, dans la culture anglo-saxonne, est fortement connoté. On le trouve par exemple dans Le Roi Lear, où Edgar prend l'allure d'un Tom O'Bedlam pour se protéger de son frère, tandis que les Bedlam beggars hantent les rues de Londres. En 1618, on donne à la Cour une pièce chantée, intitulée Mad Tom O'Bedlam, dont Silverberg utilise les couplets successifs en tête de chapitre. Bedlam, en effet, est l'abréviation de Bethléem. Mais c'est surtout, à partir de l'an 1403, le petit nom de l'Hôpital St Bartholomé, premier hôpital anglais consacré à l'étude et au traitement des maladies mentales et où l'on peut, moyennant un penny, assister en direct au spectacle de la folie. Peu à peu, le terme entre dans le langage courant et Tom O'Bedlam devient le nom populaire des fous. Par le choix de ce titre, Robert Silverberg s'inscrit donc sciemment dans l'histoire culturelle de la folie. La transformation de l'Hôpital Bedlam en asile de fous marque le début de ce que Michel Foucault appelle l'ère du Grand Enfermement. Fini le temps du Moyen-âge et des bouffons royaux, où l'on exhibait ses fous, et où leur parole était l'objet d'une écoute mystique. Le fou appartient désormais à une marginalité que la société refuse de voir. Puis viennent les Lumières, dont le goût insatiable pour les curiosités fait renaître l'intérêt pour la folie. On va voir les fous, on s'en divertit et l'on aperçoit dans leur étrangeté une sorte d'écho troublant des tendances profondes de l'homme normal. Le regard que l'homme porte sur la folie est donc extrêmement variable et ambigu. Le fou, c'est toujours l'autre. Mais un autre dont la définition fluctue au gré des modes.

     C'est à ce problème que Silverberg s'attaque ici. Il met en scène un monde post-apocalyptique, où le normal et le pathologique entretiennent des rapports ambigus, du fait de la disparition des repères traditionnels et des normes établies. On y suit successivement trois groupes de personnages, dans lesquels, toujours, la question de la folie se trouve posée. Car qui est fou ? Tom, avec ses hallucinations, ou les maraudeurs croisés en chemin, qui s'adonnent à la violence par pur désoeuvrement ? Les malades mentaux de l'Institut Népenthe, ou les médecins assez fous pour prétendre définir la normalité ? Les mystiques de la secte partie à la rencontre de ses dieux, ou le professeur qui les suit dans l'espoir de rencontrer du sens — n'importe lequel ? Silverberg nous montre que la définition de la folie n'est qu'une étiquette rassurante, qui ne traduit que bien pauvrement l'extrême complexité de notre vie psychique.

     Comme dans Le Château de Lord Valentin, c'est quand les rêves commencent à s'étendre que leur nature pose problème. Peut-on encore parler d'hallucinations, quand tout le monde se met à faire les mêmes songes ? Est-ce une folie collective, née de l'expérience commune d'un monde ravagé ? La manifestation d'une Vérité transcendante, révélée à un Tom messie ou prophète ? Une sorte de contagion télépathique, dont il serait la source involontaire ? Une manipulation psychique, d'origine extraterrestre ? Comment le savoir ? Pourquoi, à la limite, se le demander ? Ce qui fait l'attrait et le danger du fou, finalement, c'est qu'il g l'air d'avoir un monde à lui, tandis que nous ne sommes que des étrangers au Réel, inaptes à y trouver leur place. Et quand, comme Tom, il nous invite dans son monde, nous propose le Passage vers l'Ailleurs, il occasionne une sorte de vertige : je ne dois pas sauter... je saute.

     Outre la méditation sur la folie et sur la condition humaine, qui en constitue la trame, Tom O'Bedlam est d'une grande richesse onirique. Les visions de Tom, les rêves qui en découlent, ont une qualité poétique indéniable. Les personnages de Silverberg ne se contentent pas de vivre extérieurement leurs expériences, mais en sont profondément, intimement affectés. L'impact des rêves (ou de l'absence de rêves) est traité avec une grande finesse psychologique. On retrouve des thèmes chers à l'auteur, comme le voyage initiatique, le fanatisme religieux, la quête de soi, etc. Bref, un roman subtil et dérangeant, poétique et cruel, où les personnages sont de vrais individus qui ne se laissent pas réduire à une étiquette pratique, où les explications sont à chercher et où l'ambiguïté reste entière. Jusqu'à la fin ? A chacun de le découvrir...
Nathalie Labrousse-Marchau

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 1/1/2008
dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 12/6/2009

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