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Le Trou dans le zéro

Michaël Kennedy JOSEPH

Titre original : The Hole in the Zero, 1967
Première parution : Gollancz, 1967

Traduction de Jane FILLION

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 116
Dépôt légal : 2ème trimestre 1969
Première édition
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 8,50 F
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Hommes du 40e siècle,
     ne sombrez plus dans la mélancolie !
     Si vous avez fait le tour
     de toutes les planètes,
     offrez-vous aujourd'hui
     un « baptême de Non-Espace » !

     Vous découvrirez enfin
     un univers inconnu
     où le temps n'existe plus.
 
    Critiques    

 Oh ! cette double mer du temps et de l’espace, dont la vitesse, multipliée par la durée, indique le chemin parcouru, se retrouve dans les dernières œuvres de Botticelli, où la fréquente utilisation de thèmes de la cosmogonie polynésienne traduit en outre une constante préoccupation du chimiste envers les idées théâtrales de Stanislavski et de ses continuateurs, principalement Saint Augustin.

Il existe un rapport entre les lignes ci-dessus et le roman de M.K. Joseph. Celui-ci et celles-là procèdent en effet de la même logique. Ce roman illustre avec une cruelle clarté les risques auxquels s’expose un romancier médiocre qui ouvre devant son imagination un champ trop vaste, que celle-ci n’est manifestement pas capable de parcourir.

Écrit avec cohérence mais aussi avec une plate application, le début du roman explique la signification du titre. L’action commence au quarantième siècle, alors que l’exploration spatiale a permis de connaître une partie de l’univers. À certains endroits, l’homme est ainsi arrivé à la fin de cet univers : au-delà, pour s’en référer aux éclaircissements (?) donnés par le plus compétent des personnages, « c’est le non-espace, le non-temps, les non-lois et les non-probabilités » (p.18) « … tout est probable et tout est possible. Le temps n’existe plus… et pourtant il y a tout. » (p.16) Dans cet au-delà, dans ce « zéro », les personnages vont donc pénétrer comme à travers un trou. Le plus novice des lecteurs a compris à ce point que l’auteur voudrait jongler avec les époques, les actions et les protagonistes, qu’il indique que les règles du jeu ne sont pas connues afin de laisser libre cours à son imagination. Malheureusement, le moins attentif des lecteurs ne peut s’empêcher de remarquer que cette imagination ne parvient à créer que des personnages désespérément conventionnels : un milliardaire dur et véreux, sa fille-enfant-trop-gâtée, son futur gendre pusillanime et dégénéré et leur guide, héros-au-regard-franc-et-aux-muscles-d’acier.

Voilà donc ces quatre voyageurs si fortement typés lancés dans le non-espace. Le jeune dégénéré provoque un accident à la suite duquel les quatre personnages doivent affronter directement l’univers-zéro. On en est à la fin du chapitre II. Dans le chapitre III, l’auteur semble vouloir représenter les consciences des quatre personnages aux prises avec des existences autres que celles qu’ils ont connues. Ce chapitre peut être sauté sans inconvénient (et, à dire vrai, tous les chapitres du livre peuvent être sautés sans inconvénient). C’est peut-être le chapitre IV qui a coûté le plus d’efforts à l’auteur ; c’est en tout cas celui qui se rapproche le plus d’un récit presque acceptable de science-fiction. M.K. Joseph imagine ici les existences possibles d’un de ses personnages à travers une succession d’alternatives, et il esquisse chaque fois la suite des événements dans l’une et l’autre des deux possibilités : à un moment, l’intéressé se trompe dans une analyse boursière, et le lecteur apprend ce qui en découle ; mais il apprend aussi ce qui est arrivé, dans un univers parallèle peut-être, lorsque l’analyse boursière a été effectuée correctement ; et ainsi de suite. Épuisé peut-être par cet effort d’imagination, l’auteur abandonne là ce mode de narration.

Et il se lance, à partir du chapitre V, dans une succession de scènes sans queue ni tête, dont quelques-unes se déroulent dans le passé, d’autres dans l’avenir, et qui ont pour trait commun la réapparition de personnages qui portent les mêmes noms que ceux que le lecteur connaît déjà (les personnalités elles-mêmes étant arbitrairement différentes chaque fois). De temps à autre, le décor change, et le même personnage se trouve plongé au milieu d’un épisode tout différent. Cela va du carnaval de Nice à une légende médiévale, de façon parfaitement décousue. Il n’y a en vérité aucune raison pour que les « décrochements » se produisent à un instant plutôt qu’à un autre, ni pour qu’ils soient individuellement cohérents. Ils ne le sont d’ailleurs pas.

Il serait possible de rechercher les symboles auxquels l’auteur se réfère ici et là. On pourrait aussi s’interroger sur les apparitions occasionnelles d’êtres dont chacun porte le nom de Gespenster, ce qui est le pluriel du mot allemand signifiant fantômes, mais on n’en a guère envie. Il est en effet évident que d’autres épisodes eussent pu s’ajouter à ceux du livre, ou qu’on pourrait au contraire en retrancher quelques-uns, sans compromettre le moins du monde la cohésion du récit, celle-ci ayant été nulle depuis le début du chapitre V.

L’auteur devrait recevoir un prix de vertu pour avoir tout de même interrompu (on n’ose écrire terminé) son récit. La traductrice, un prix de persévérance, pour avoir vaillamment accompli son travail. Et le chroniqueur, pour sa part, mérite au moins un prix de consolation, pour le temps qu’il a perdu à lire les quelque 220 pages de cette affligeante calembredaine.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1970 dans Fiction 195
Mise en ligne le : 21/3/2020


 
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