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L'Homme sans idées

Thomas Michael DISCH

Titre original : The Man Who Had No Idea, 1982
Première parution : Gollancz, avril 1982

Traduction de Alain DORÉMIEUX
Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 352
Dépôt légal : janvier 1983
288 pages, catégorie / prix : 7
ISBN : 2-207-30352-7
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dans un monde idéal, conscient des dangers de la linguistique, plus question de laisser les gens communiquer au hasard entre eux. Pour avoir le droit d'engager la conversation avec son voisin, il faut un permis, il faut avoir fait ses preuves. Mais que dire à des inconnus qui vous jaugent quand on ne voit poindre aucune idée à l'horizon de sa cervalle ?
     On savait déjà que Thomas Disch avait la dent très dure. On en aura une preuve de plus dans ce recueil de nouvelles où — qu'il pastiche le roman d'horreur, qu'il invente des formes nouvelles de communication, qu'il expédie en Californie les dieux de l'Olympe — il manie l'ironie avec une verve ricanante et une cruauté qui n'épargne rien.

     L'auteur
     Né en 1940 dans l'Iowa, Thomas Disch est l'un des auteurs les plus représentatifs de la science-fiction moderne. Pour traiter ses thèmes d'élection (la manipulation psychologique ou sociale, la pollution, les dangers de la technologie) Thomas Disch a su, dans toutes ses oeuvres, mêler avec brio le tragique désespéré et la dérision sarcastique. Présence du Futur a publié de lui Poussière de lune, Au coeur de l'écho, 334 et Sur les ailes du chant.

    Sommaire    
1 - L'Homme sans idées (The man who had no ideas), pages 7 à 50, trad. Alain DORÉMIEUX
2 - Le Chat noir (The Black Cat), pages 51 à 59, trad. Alain DORÉMIEUX
3 - Le Compromis du Père Noël (The Santa Claus Compromise), pages 61 à 68, trad. Alain DORÉMIEUX
4 - La Vengeance d'Héra ou le triomphe de la monogamie (The Vengeance of Hera), pages 69 à 85, trad. Alain DORÉMIEUX
5 - Concepts (Concepts), pages 87 à 145, trad. Alain DORÉMIEUX
6 - La Guerre dans l'appartement d'à côté (The Apartment Next to the War), pages 147 à 152, trad. Alain DORÉMIEUX
7 - Le Foetus (The Fœtus), pages 153 à 166, trad. Alain DORÉMIEUX
8 - Le Feu se mit à brûler le bâton, le bâton se mit à battre le chien (The Fire Began to Burn the Stick, the Stick Began to Beat the Dog), pages 167 à 175, trad. Alain DORÉMIEUX
9 - Au centre de plaisir (At the Pleasure Centre), pages 177 à 181, trad. Alain DORÉMIEUX
10 - L'Adulte (The Grown-Up), pages 183 à 195, trad. Alain DORÉMIEUX
11 - Comment voler (How to Fly), pages 197 à 200, trad. Alain DORÉMIEUX
12 - La Planète des viols (Planet of the Rapes), pages 201 à 224, trad. Alain DORÉMIEUX
13 - Révélation (The Revelation), pages 225 à 231, trad. Alain DORÉMIEUX
14 - Des pyramides pour le Minnesota (Pyramids for Minnesota : a serious proposal), pages 233 à 236, trad. Alain DORÉMIEUX
15 - Josie et l'ascenseur : une histoire édifiante (Josie and the Elevator: A Cautionary Tale), pages 237 à 247, trad. Alain DORÉMIEUX
16 - Une leçon d'italien (An Italian Lesson), pages 249 à 251, trad. Alain DORÉMIEUX
17 - Compréhension de la conduite humaine (Understanding Human Behavior), pages 253 à 282, trad. Alain DORÉMIEUX
 
    Critiques    
     L'obsession majeure de Disch est, on le sait, la communication. Déjà dans La cage de l'écureuil (un des premiers textes importants de l'auteur, que Dorémieux avait inclus dans son anthologie Casterman Après-demain la Terre, en 1971), il nous présentait une projection de lui-même s'essayant vainement à parler au monde extérieur : son héros/double était prisonnier d'invisibles extraterrestres — ou s'imaginait l'être. Et dans ce même texte, pierre de touche de sa thématique, Disch s'étendait longuement sur la description de créatures imaginaires, dont il est significativement dit : « Le pogonophore ne quitte apparemment jamais la prison qu'il s'est construite. »
     Et si c'était un portrait de Disch en personne ? L'auteur voyage beaucoup mais, aux dires de ceux qui l'ont approché, c'est un grand timide, qui rentre plutôt dans la catégorie des voyageurs en chambre. Son obsession est la communication, oui, mais aussi le lieu clos, où toute communication est impossible : alors elle passe par l'imaginaire, ou par la culture (ses textes sont truffés de références littéraires ou musicales, d'extraits de poèmes), médium commode pour appréhender l'esprit humain dans son ensemble, à défaut de jouer sur les relations individuelles...
     La nouvelle qui donne son titre au présent recueil, L'homme sans idées, nous offre une autre preuve de cette constante obsessionnelle (tellement donnée qu'on ne peut soupçonner Disch d'être aveugle sur ses motivations : au contraire il semble jouer avec, en pratiquant un permanent second degré). Dans une de ces sociétés à peine futures et doucereusement totalitaires dont il a le secret, on doit, pour parler avec autrui, obtenir, après examen, un « permis de parole ». Disch nous explique la genèse de ce récit : il était allé dans un bar dans le but d'avoir « des rapports sociaux » avec ses semblables. « Toutefois, ne connaissant personne autour de moi, je restais à boire ma bière sans rien dire, quand il me vint à l'esprit que les autres clients dans le bar étaient probablement là parce qu'eux aussi avaient envie de conversation, mais comme aucun d'eux n'en connaissait un autre ils faisaient de même que moi ».
     Poor Disch ! Dans Concepts (la seconde novelette qui donne du poids au recueil — le reste étant composé de nouvelles courtes, voire de short-short), la communication interstellaire se fait au moyen d'un récepteur sophistiqué qui transmet à son interlocuteur une image conceptuelle de soi-même (et vice-versa). L'héroïne en arrive à vivre un grand amour conceptuel, et même à engendrer (en quatre jours) un enfant conceptuel. Cette communication éthérique, outre qu'elle permet à Disch d'aborder une autre de ses thématiques secondaires, la satire cléricale (« ... l'église ne reconnaissait pas la valeur des sacrements administrés par voie électronique, alors que les récepteurs, comme ils ne pouvaient fonctionner que par l'entremise d'une intelligence vivante, étaient acceptés comme étant une extension naturelle et complète de l'âme individuelle »), pousse plus loin encore l'idée de non communication — puisque ici l'image remplace, à la satisfaction de tout le monde, le contact charnel.
     Et quand bien même contact charnel il y aurait, comme dans La planète des viols (Planet of the Rapes, of course !), le combattant violeur cyborgisé et la prêtresse violée, droguée ne sont l'un pour l'autre rien d'autre qu'un concept sans identité. Tout cela pour en arriver au Foetus, dans la nouvelle qui porte ce titre (une des rares dont Disch prétende qu'elle ait été écrite au premier degré), et dont le héros diabolique, qui se trouve dans un cas d'enfermement maximum, communique pourtant (mentalement), mais dans un but de destruction absolue : « C'était le foetus, se trémoussant d'impatience et de délices, en train de scruter, dans l'inconscience enivré du général Winchester, une vision de magnifiques nuages impossibles à arrêter, des nuages d'énergie pure qui pouvaient, qui allaient, qui devaient annihiler le monde ».
     Communication = destruction ? On pourrait alors se demander pourquoi Disch continue à écrire. Ce n'est certes pas pour détruire ses lecteurs. Ni pour se détruire lui-même. Mais l'auteur n'est-il pas conscient, à l'intérieur de ses créations, d'une certaine destruction du texte ? Si l'on se réfère au suspense réaliste et serré de Génocide, les nouvelles les plus récentes de l'auteur présentent un caractère beaucoup plus spéculatif, beaucoup plus abstractisant — ce qui va souvent jusqu'à l'inachevé (dans Sur les ailes du chant, le concept du vol, qui devrait pourtant sous-tendre tout le roman, reste curieusement flou...). D'où, peut-être, dans L'homme sans idées, l'existence de ces préfaces (procédé qu'il avoue avoir emprunté à Ellison) qui expliquent les textes — comme si Disch avait peur de n'être pas compris, de n'avoir pas su communiquer.
     Certes les nouvelles ici commentées ne sont pas des nouvelles d'action. On ne pourrait pas en tirer des films. Mais ce sont des textes qui interrogent, donc qui nous interrogent. C'est là que le texte fonctionne, c'est là que la littérature dischienne prend son sens : communiquer par la peur de ne pas savoir communiquer, voilà une dialectique que l'auteur boucle à merveille.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/3/1983 dans Fiction 338
Mise en ligne le : 8/5/2006


     Quoiqu'il se prétende allergique au poil de chat, Thomas Disch tient beaucoup de ce félin ; les nouvelles, souvent très courtes, assemblées dans ce recueil témoignent en effet d'un ensemble de caractères qui ne sont pas sans rappeler celui de l'animal fétiche d'un grand nombre d'écrivains. La vigilance, d'abord : il y a là un tel sens du détail, une telle précision dans l'observation, que les textes paraissent couler de source, s'assembler avec une évidence rare autour de leurs arguments respectifs, et se dérouler avec la netteté d'un reflet dans une pupille attentive. La cruauté, ensuite — c'est l'une des caractéristiques les plus fréquemment mises en avant par les commentateurs de Disch, et à juste titre. Puis l'ironie, infiniment patiente, si peu forcée qu'elle paraît appartenir aux événements eux-mêmes, et non à l'auteur. Et une sorte d'amour distant mais réel, qui imprègne chaque ligne sans jamais apparaître vraiment et constitue plutôt un motif, à la fois source du texte et trame invisible. L'élégance, enfin ; l'écriture de Disch est l'une des plus subtilement travaillées qui soit (avec celle de Delany) à l'intérieur de sa génération — travaillée au point de s'effacer derrière son propos, et d'y devenir si parfaitement adéquate que l'œil du lecteur n'y regarde pas à deux fois.
     Par-dessus tout, ces diverses lignes de force se combinent avec une grâce peu commune, et contribuent à faire de Disch un écrivain fort attachant, même s'il est quelquefois difficile de l'attraper. Il est fortement conseillé d'adopter L'homme sans idées, où l'on retrouvera quelques bijoux déjà parus 1 généreusement accompagnés d'inédits. Disch écrit peu, il serait dommage de négliger son petit dernier...

Notes :

1. L'homme sans idées et Concepts dans Fiction, La planète des viols dans Univers...


Emmanuel JOUANNE
Première parution : 1/3/1983 dans Fiction 338
Mise en ligne le : 1/6/2006


 
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