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Les Jeux du Capricorne

Robert SILVERBERG

Titre original : Beyond the Safe Zone, 1994

Cycle : Robert Silverberg : Nouvelles au fil du temps  vol.


Illustration de PICTOR

FLAMMARION (Paris, France), coll. Imagine n° (35)
Dépôt légal : septembre 2002
720 pages, catégorie / prix : 25 €
ISBN : 2-08-068253-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Robert Silverberg, né à New York en 1935, est une des grandes figures de la science-fiction américaine. Auteur d'une oeuvre impressionnante sur le double plan de la quantité et de la qualité, aussi à l'aise dans le roman (il en a une centaine à son actif, dont une bonne vingtaine de chefs-doeuvre) que dans la nouvelle, il jouit aujourd'hui d'une notoriété et d'une considération égales à celles d'un Bradbury ou d'un Asimov, avec qui il a conjugué son talent pour l'écriture de trois romans.

     Demain, au pays des tout beaux, les affreux seront rois, les esprits seront libérés et l'amour collectif pratique courante, on voyagera dans l'espace, le temps, les autres dimensions, la tête de ses congénères, on jouira de formidables pouvoirs mentaux, on jouira tout court... mais sera-t-on pour autant pleinement heureux ?
     Ce deuxième des quatre volumes rassemblant dans l'ordre de leur composition les nouvelles les plus significatives d'une œuvre qui en comporte près d'un millier — choisies et présentées par l'auteur, qui a écrit une introduction pour chacune d'entre elles — couvre les années 1971-1981. Une décennie particulièrement tourmentée pour le monde et pour Silverberg lui-même, qui nous avertit d'entrée de jeu(x) : « Il arrive bien des choses bizarres et déstabilisantes aux personnages des récits réunis ici, et le lecteur qui s'y aventurera risque de se trouver emporté dans un voyage peu ordinaire, comme le fut leur auteur dans les années où elles furent écrites. »
     Dans cette « manière d'autobiographie par le détour de la fiction », on pourra donc non seulement suivre le parcours d'un auteur-phare du domaine, mais revisiter sous un angle original l'histoire de toute la science-fiction moderne.

    Sommaire    
1 - Introduction, pages 9 à 13, Introduction, trad. Jacques CHAMBON
2 - Jeux de Capricorne (Capricorn Games), pages 15 à 37, trad. Jacques CHAMBON
3 - Le Dibbouk de Mazel Tov IV (The Dybbuk of Mazel Tov IV), pages 38 à 55, trad. Didier PEMERLE rév. Pierre-Paul DURASTANTI
4 - Trips (Trips), pages 56 à 94, trad. Jacques CHAMBON
5 - Schwartz et les galaxies (Schwartz Between the Galaxies), pages 95 à 118, trad. Jacques CHAMBON
6 - Des mondes à profusion (Many Mansions), pages 119 à 147, trad. Jacques CHAMBON
7 - Bonnes nouvelles du Vatican (Good News from the Vatican), pages 148 à 156, trad. Philippe R. HUPP rév. Pierre-Paul DURASTANTI
8 - Le Collectif (In the Group), pages 157 à 174, trad. Jacques CHAMBON
9 - La Fête de saint Dionysos (The Feast of St. Dionysus), pages 175 à 227, trad. Bernard FERRY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
10 - Bon pour le service des organes (Caught in the Organ Draft), pages 228 à 240, trad. Didier PEMERLE rév. Pierre-Paul DURASTANTI
11 - (Moi + n, Moi - n) ((Now + n, Now - n)), pages 241 à 262, trad. Jacques CHAMBON
12 - Caliban (Caliban), pages 263 à 274, trad. Jacques CHAMBON
13 - Traverser la ville (Getting Across), pages 275 à 309, trad. Jacques CHAMBON
14 - Breckenridge et le continuum (Breckenridge and the Continuum), pages 310 à 337, trad. Bernard FERRY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
15 - La Maison des doubles esprits (In the House of Double Minds), pages 338 à 358, trad. Bernard FERRY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
16 - Le Panthéon de la science-fiction (The Science Fiction Hall of Fame), pages 359 à 374, trad. Pierre K. REY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
17 - Le Vent et la pluie (The Wind and the Rain), pages 375 à 387, trad. Jacques CHAMBON
18 - Une mer de visages (A Sea of Faces), pages 388 à 406, trad. Jacques CHAMBON
19 - Ce qu'il y avait dans le journal de ce matin (What We Learned from this Morning's Newspaper), pages 407 à 424, trad. Jacques CHAMBON
20 - Nef ma sœur, étoile ma sœur (Ship-Sister, Star-Sister), pages 425 à 453, trad. Alain DORÉMIEUX rév. Pierre-Paul DURASTANTI
21 - Quand on est allés voir la fin du monde (When We Went to See the End of the World), pages 454 à 462, trad. Michel DEUTSCH rév. Pierre-Paul DURASTANTI
22 - Pousser ou grandir (Push No More), pages 463 à 486, trad. Luc MALBERNARD rév. Jacques CHAMBON
23 - Notes sur l'ère prédynastique (Some Notes on the Pre-Dynastic Epoch), pages 487 à 498, trad. Alain DORÉMIEUX rév. Jacques CHAMBON
24 - Dans les crocs de l'entropie (In Entropy's Jaws), pages 499 à 541, trad. Henry-Luc PLANCHAT rév. Jacques CHAMBON
25 - Manuscrit trouvé dans une machine temporelle abandonnée (Ms. Found in an Abandoned Time Machine), pages 542 à 560, trad. Jacques CHAMBON
26 - La Saison des mutants (The Mutant Season / The Mutant Weapon), pages 561 à 568, trad. Jacques CHAMBON
27 - La Route morte (This Is the Road), pages 569 à 623, trad. Bernard FERRY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
28 - Notre-Dame des Sauropodes (Our Lady of the Sauropods), pages 624 à 643, trad. Jacques CHAMBON
29 - En attendant le cataclysme (Waiting for the Earthquake), pages 644 à 671, trad. Jacques CHAMBON
30 - Les Habitués (The Regulars), pages 672 à 682, trad. Pierre K. REY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
31 - L'Apogée de la courbe en cloche (The Far Side of the Bell-Shaped Curve), pages 683 à 705, trad. Pierre K. REY rév. Pierre-Paul DURASTANTI
32 - (non mentionné), Bibliographie, pages 707 à 712, Bibliographie

    Prix obtenus    
Bonnes nouvelles du Vatican : Nebula, nouvelle / Short story, 1971
 
    Critiques    
     Flammarion poursuit avec Les Jeux du Capricorne la publication de l'intégrale raisonnée des nouvelles de Robert Silverberg initiée avec Le chemin de la nuit. Ce volume s'intéresse à la période 1971-1981. L'auteur ayant interrompu son activité de nouvelliste entre 1973 et 1977, la plupart des textes réunis dans ce volume ont ainsi été écrits vers 1972-1973. Ensuite, Silverberg a préféré se consacrer aux romans, la nouvelle exigeant selon lui beaucoup trop d'efforts. Il est intéressant d'analyser ces textes au regard de ce blocage, et l'auteur se prête volontiers au jeu. Ici, peut-être plus qu'à toute autre époque de la vie de Silverberg, cette intégrale, comme il le dit lui-même, est « une manière d'autobiographie par le détour de la fiction ». On se plongera donc sans hésiter dans ces textes brillants, où l'écrivain, qui a déjà du métier derrière lui, est en pleine maturité et en plein questionnement sur son rapport à l'écriture. Ne prenons pas la peine d'énumérer ces récits : certains sont d'ores et déjà des classiques, et si vous ne les connaissez pas, la diversité de thèmes et de traitements est telle que tenter de les résumer serait outrageusement réducteur.
     Toutefois, il convient de signaler qu'on appréciera aussi à leur juste valeur les textes de présentation des nouvelles. Cet exercice est souvent narcissique — Silverberg ne déroge pas à la règle — et parfois sans grand intérêt  ; mais ici, pas de risque, car l'auteur se plaît à replacer les choses dans le contexte du monde de la science-fiction, ce qui lui permet d'en brosser une sorte de petite histoire vue par la lorgnette de son expérience personnelle. Et l'on goûtera sans modération l'humour dévastateur de l'auteur, qui ne se prive pas pour lancer ses petites piques à ceux qui, un jour ou l'autre, ont voulu lui imposer des modifications dont il reste, aujourd'hui encore, peu convaincu du bien-fondé. Incontournable, Silverberg ? Assurément.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 nooSFere
Mise en ligne le : 1/12/2002


     Deuxième volume de l'anthologie de nouvelles sélectionnées par Silverberg lui-même, les trente textes rassemblés couvrent une décennie à peine : le prolifique écrivain est à présent en pleine possession de ses moyens. Il a suffisamment d'expérience et de technique pour trouver le bon angle d'attaque, adopter le ton juste, le style approprié, pour servir au mieux l'histoire. Les textes légers se font plus rares : pour quelques distrayantes fantaisies comme Ce qu'il y avait dans le journal ce matin, on relève davantage de récits marqués par la gravité. Même sur une trame classique comme la tentative du meurtre parfait, prétexte de Des mondes à profusion, se profilent des réflexions marquées par la maturité.
     Bien sûr, Robert Silverberg n'a pas renié ses thèmes favoris : il est toujours question de pouvoirs psi et de voyages, surtout temporels, ce qui lui permet de disserter sur un autre thème favori, celui des civilisations disparues. Mais il les enrichit de questions métaphysiques sur le sens de la vie, la recherche du bonheur, la nature de l'homme.
     Le héros silverbergien est un curieux insatiable, un dilettante insouciant qui saute d'un sujet d'émerveillement à un autre, par pure pulsion hédoniste. « Toujours du nouveau. En avant. En avant. » scande le voyageur de Trips qui se perd dans son interminable exploration d'univers parallèles. Ce désir compulsif est perceptible dans les longues listes de sites ou d'époques visités qui parsèment la plupart des nouvelles, dans des réflexions, comme celle, terrifiante d'ingénuité, dans Quand nous sommes allés voir la fin du monde : « Si on retournait voir la fin du monde de A à Z ? ». Les versions négatives de ces personnages à l'aise et sûrs d'eux sont eux aussi des boulimiques de connaissances, d'explorations : l'adolescent coincé de Pousser ou Grandir, qui annonce L'Oreille interne, ne vit plus que pour le développement de son pouvoir (« O potentia ! Quel trip fantastique ! ») ; à défaut d'aller dans les étoiles, Schwartz l'anthropologue rêve et étudie sans relâche (Schwartz et les galaxies). Devant une telle profusion, dépassé, las, le héros silverbergien ne peut qu'opérer un retour sur lui-même, en quête de sens. Il n'est pas anodin de relever que dix-huit des trente nouvelles sont écrites à la première personne et qu'elles se concentrent dans la seconde partie du recueil. Il n'est pas possible non plus d'ignorer ce que l'on voit : alors que Silverberg, par la profusion des mondes et des époques décrits, procure habituellement un sécurisant sentiment d'éternité, de renouvellement constant, le voici qui adresse (bien que cela lui déplaise, car il ne croit pas qu'un texte puisse changer le monde) des mises en garde sur la nécessité de sauvegarder la planète (Le Vent et la Pluie, Notes sur l'ère prédynastique, Manuscrit trouvé dans une machine temporelle abandonnée...) et traite quelques aspects des turbulentes années 70.
     Lassé lui aussi, Silverberg cesse d'écrire pendant près de cinq ans. L'auteur de La Route morte (fort judicieusement placé à l'endroit de la rupture) reprend progressivement la plume. Et si la première nouvelle qu'il écrit, En attendant le cataclysme, est marquée par la gravité et traite de la mort, celle-ci est désormais sereinement acceptée car la nature cyclique du cataclysme porte en elle la certitude d'une renaissance.
     Il s'agit bien, comme il le précise dans sa préface, d'une manière d'autobiographie par le détour de la fiction, ornée de commentaires sur la genèse des textes ; l'occasion pour le lecteur d'effectuer à son tour un fabuleux voyage tel que le conçoit Silverberg : avec une fascination qui pousse à la réflexion.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/2003 dans Galaxies 28
Mise en ligne le : 1/9/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (2001 - 2007) (2006)


     Voici en édition de poche le deuxième des quatre volumes que les éditions Flammarion consacrent aux nouvelles de Robert Silverberg. Il s'agit de nouvelles écrites entre 1971 et 1981, une période où la production frénétique de Silverberg connut une pause brutale de près de cinq ans. Bloqué par ce qu'il appelle un « sinistre sortilège » et qui ressemble fort à une dépression, l'esprit vidé par des années de travail intensif où s'accumulèrent les œuvres majeures, l'écrivain renonce.

     Comme pour le premier volume de ces Nouvelles au fil du temps, intitulé Le Chemin de la nuit, l'intérêt réside dans la qualité des textes mais aussi dans les commentaires qui précèdent chacune des nouvelles. Robert Silverberg y livre des anecdotes sur les conditions de leur composition, dresse un panorama de la vie éditoriale dans la SF américaine de l'époque, établit un lien entre son inspiration et l'arrière-plan politique, notamment la guerre du Vietnam. Un parallèle apparaît entre la tonalité des nouvelles et « cette période de folie » que traversa l'Amérique entre la mort de Kennedy et la chute de Nixon. On apprend aussi, pêle-mêle, que la première nouvelle s'intitule Jeux de capricorne parce que Silverberg, comme Jésus Christ, appartient à ce signe et que la nouvelle fut l'occasion de sa rencontre avec Karen Haber, sa compagne, elle aussi capricorne, que la nouvelle Le collectif répondait à la mode érotique des années de libération sexuelle, que le retour à la nouvelle de Silverberg, en 1980, fut motivé par les tarifs élevés pratiqués par le magazine Omni. Le trivial côtoie l'essentiel : le regret que « la SF dérangeante, éclatée, de cette époque » ait laissé la place « aux fantaisies aimables, confortables et prévisibles d'aujourd'hui ».

     Mais il serait injuste de n'évoquer que les commentaires. L'essentiel reste les textes. Si Le Panthéon de la science-fiction dresse un portrait désabusé du genre, bien d'autres nouvelles démontrent que la SF est une littérature originale et que Robert Silverberg en manie avec virtuosité les thèmes majeurs : le voyage dans le temps (Moi + n, Moi — n), les univers parallèles (Trips), les robots (Bonnes nouvelles du Vatican), les sociétés futures (Schwarz et les galaxies)... En ce qui me concerne, la nouvelle que je préfère, choix purement subjectif, s'intitule Quand on est allé voir la fin du monde. Voyage dans le temps et univers parallèles s'y combinent en une intrigue pessimiste où les personnages dissertent sur un avenir lointain sans voir le monde agoniser autour d'eux. Une nouvelle lugubre, caractéristique de la maturité douloureuse de Robert Silverberg, une nouvelle qui rappelle que nous avons affaire à l'auteur du Livre des crânes et de L'Homme dans le labyrinthe.

Gilbert MILLET
Première parution : 1/4/2006
dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 6/2/2009




 

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