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De minuit à minuit

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Daniel CONRAD


Fantastique  - Illustration de Vincent MADRAS
FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, coll. Grand format - Fantastique n° (2), dépôt légal : mai 2000
602 pages, catégorie / prix : 15, ISBN : 2-265-07006-8
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Vingt-sept auteurs — dont les plus grandes plumes de la littérature générale (Darrieussecq, Ravalec, Ulysse, Winckler), les maîtres du polar (Benson, Bouhier, Nicodème, Pouy, Siniac), les stars de la science-fiction (Andrevon, Arnaud, Curval, Pelot, Valéry), les révélations du fantastique (Françaix, Duguël, Pagel) et la jeune génération montante (Blatrier, Fazi, Fuentes...) se sont penchés sur l'émotion humaine la plus ancienne&nbsp ; : la peur. Leur mission&nbsp ; : vous déranger, vous perturber, vous inquiéter.
     Pour peu que vous soupçonniez de bas-fonds obscurs et secrets dans chaque ville, que vous deviniez la présence de forces invisibles et étranges à l'œuvre dans la société, que vous pressentiez une part des ténèbres enfouie dans chaque âme humaine, vous pourrez affronter les scènes inquiétantes et les peurs intimes que reflète ce miroir truqué qu'est l'anthologie De minuit à minuit.

     Daniel Conrad est écrivain, spécialiste du fantastique moderne et rédacteur en chef de la revue Ténèbres. Il travaille actuellement à d'autres anthologies et essais.


    Sommaire    
1 - Daniel CONRAD, Le Fantastique moderne et la dark-fantasy : des territoires de l'inquiétude, pages 11 à 24, Préface
2 - Jean-Michel CALVEZ, Avant minuit : Les défouisseurs, pages 29 à 33
3 - Pascal FRANÇAIX, Minuit : Somnanbulismes, pages 37 à 49
4 - Jérôme LEROY, 01h00 : La loi du marché, pages 53 à 71
5 - Marie DARRIEUSSECQ, 02h00 : My mother told me monsters do not exist, pages 75 à 84
6 - Jean-Jacques NGUYEN, 03h00 : Lunes rouges, pages 87 à 115
7 - G.-J. ARNAUD, 04h00 : Les nuits samouraïs, pages 119 à 144
8 - Francis VALÉRY, 05h00 : Angie mon ange (un mythe moderne), pages 147 à 174
9 - Louis-Stéphane ULYSSE, 06h00 : Petites mécaniques nocturnes ponctuées de fines rythmiques argentées, pages 177 à 195
10 - Philippe CURVAL, 07h00 : Temps de la douleur, pages 199 à 213
11 - Pierre PELOT, 08h00 : Où vont les histoires qui ne sont pas racontées ?, pages 217 à 236
12 - Florence BOUHIER, 09h00 : La métamorphose du têtard, pages 239 à 245
13 - Pierre SINIAC, 10h00 : Tout le plaisir est pour moi, pages 249 à 272
14 - Michel PAGEL, 11h00 : Le Syndrome de Bahrengenstein, pages 275 à 299
15 - Jean-Bernard POUY, 12h00 : La Nuit de l'éclipse, pages 303 à 313
16 - Vincent RAVALEC, 13h00 : L'Île mystérieuse, pages 317 à 322
17 - Béatrice NICODÈME, 14h00 : Haine éternelle, pages 325 à 334
18 - Mélanie FAZI, 15h00 : Le Nœud cajun, pages 337 à 355
19 - Jean-Daniel BRÈQUE, 16h00 : Aux abois, pages 359 à 375
20 - Stéphanie BENSON, 17h00 : Où vivent les trolls, pages 379 à 404
21 - Olivier KA, 18h00 : La petite fille qui bâtissait des villes, pages 407 à 426
22 - Jean-Pierre ANDREVON, 19h00 : Si nombreux !, pages 429 à 456
23 - Jean-Michel BLATRIER, 20h00 : Bibliophagie, pages 459 à 498
24 - Martin WINCKLER, 21h00 : Le diable et Dolorès, pages 501 à 519
25 - Claude BOLDUC, 22h00 : Communion, pages 523 à 533
26 - Claude ECKEN, 23h00 : Des ombres sur le mur, pages 537 à 569
27 - Anne DUGUËL, Minuit : Cadavre exquis, pages 573 à 576
28 - Roland FUENTÈS, Après minuit : La dernière séance, pages 579 à 581
29 - (non mentionné), Dictionnaire des auteurs, pages 583 à 596, Dictionnaire d'auteurs
30 - Daniel CONRAD, Remerciements, pages 597 à 598, Notes

    Prix obtenus    
Minuit : Somnanbulismes : Ozone, nouvelle française, 2000
 
    Critiques    
     «  La dark fiction n'est pas un genre à proprement parler, mais plutôt une dénomination récente qui phagocyte et vampirise un grand nombre de genres et de courants pour s'approprier les fictions qui obéissent à un impératif majeur  : instiller et distiller un malaise.  » Voilà en bref comment Daniel Conrad résume le propos de cette anthologie qui rassemble de fait des auteurs venus d'horizons différents, tous réunis autour d'un maître mot  : l'angoisse.
     Avait-on besoin d'une nouvelle étiquette  ? Celle-ci englobe l'ensemble du fantastique, genre pourtant déjà fort vaste, et son utilité paraît ici douteuse. En revanche, la dark fiction pourrait utilement désigner des œuvres inclassables, dont l'ambiance est fantastique sans que le moindre élément surnaturel y surgisse. Récemment, viennent ainsi à la mémoire les étonnants romans récemment parus dans la collection « Imagine » de Flammarion  : Tamagotchi de Pascal Françaix, où un couple de petits vieux voient leur vie bouleversée par ce simple bidule, et Petit théâtre de brouillard, d'Anne Duguël, où une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer se remémore une existence en partie fantasmée. Deux exemples indiscutables – et excellents – de dark fiction non surnaturelle, aux frontières des genres et de la littérature générale.
     Au demeurant, bon nombre des textes de cette volumineuse anthologie ne font pas appel au surnaturel, mais à l'insolite, à l'étrange, ou – comme l'écrit encore l'anthologiste – « à l'angoisse naturelle et à la terreur quotidienne  ».

     Avec une nouvelle par heure, tout au long d'une journée qui se déroule de minuit à minuit, l'anthologie bénéficie d'une présentation attrayante, même si ce cadre se révèle artificiel, les récits n'ayant pas l'unité temporelle que suppose cette classification. Au risque de faire catalogue, passons en revue ces 27 nouvelles...

     La journée débute avant minuit par une courte nouvelle de Jean-Michel Calvez où une étrange épidémie semble transformer les hommes en Défouisseurs. L'idée et l'ambiance sont intéressantes mais laissent le lecteur plus perplexe que vraiment convaincu.
     En revanche, dès Somnambulismes, du sus-nommé Pascal Françaix, nous pénétrons au cœur de la « dark fiction naturelle », avec le désarroi d'un jeune garçon face à des phénomènes particulièrement inquiétants comme les premières règles d'une camarade ou les crises de somnambulisme de sa mère. L'apparente irrationalité de ces phénomènes est pour lui plus effrayante que ne le serait un fantôme ordinaire.
     Avec La loi du marché, Jérôme Leroy expose une version science-fictive d'un vampirisme moderne, véritable scénario de série B dont l'intérêt réside dans une analyse des réactions politiques pleine d'humour noir.
     My mother told me monsters do not exist, de Marie Darrieussecq, commence de façon simple mais efficace (une femme découvre une créature ténébreuse dans ses rideaux), mais le déroulement est hélas peu crédible, et la conclusion pourtant intéressante, par le désir latent qu'elle suppose chez le personnage, est sous-exploitée.
     Lunes rouges est un excellent texte de Jean-Jacques Nguyen, dont l'intrigue complexe est centrée sur des personnages remarquablement crédibles, confrontés à leur passé et à l'insolite, en l'absence d'élément réellement fantastique.
     Les nuits samouraïs de G.-J. Arnaud traite également d'une forme de vampirisme. S'il débute aussi comme une série B, le récit se révèle fin et touchant, avec en prime une étrange histoire d'amour entre un SDF et une créature de rêve – dans tous les sens de l'expression.
     Vampirisme et amour toujours avec Angie, mon ange de Francis Valéry. Une nouvelle forte, au style inventif, à l'écriture déchirante, qui conduit l'amour au sacrifice, à la rage, au désespoir, à l'insupportable haine de soi... Remarquable et bouleversant traitement d'un thème pourtant classique.
     Avec Petites mécaniques nocturnes ponctuées de fines rythmiques argentées, de Louis-Stéphane Ulysse, le meilleur est le titre. Un psychopathe se met à tuer des « pétasses  ». Outre l'absence d'originalité, ce n'est ni suffisamment humoristique, ni assez caustique – et encore moins angoissant – pour éveiller l'intérêt.
     Le temps de la douleur, de Philippe Curval est une variante glaciale du thème du double, admirablement construite mais peut-être un peu trop classique.
     Où vont les histoires qui ne sont pas racontées  ? se demande Pierre Pelot. Qu'a voulu raconter l'auteur  ? s'interroge le lecteur. Dans un décor de convention de SF (les Galaxiales), il règle quelques comptes, explique que les histoires nous viennent d'ailleurs (de la noosphère  ?), s'intéresse à un cinéaste et à une jeune femme insaisissable... Le résultat demeure assez confus.
     Florence Bouhier choisit au contraire la simplicité dans La métamorphose du têtard, joli conte cruel où une institutrice laide ne supporte pas l'image que lui renvoie un enfant aussi laid qu'elle.
     Tout le plaisir est pour moi, de Pierre Siniac, est une fable enthousiasmante où l'on voit un nouveau riche qui, estimant avoir le droit de jouir plus que les pauvres, engage des individus dont il ressentira les émotions. Un réjouissant conte philosophique débordant d'humour et de finesse  : tout le plaisir est pour nous  !
     Humour aussi chez Michel Pagel, mais d'une profonde noirceur et d'une terrible cruauté, dans Le syndrome de Bahrengenstein. Pour avoir émis trop vite un vœu mal formulé auprès d'une créature diabolique, une femme est confrontée au pire des cauchemars  : la survie de son fils  ! Une perle d'horreur, quasi insoutenable.
     Le remords d'un crime odieux et incompréhensible anime le personnage de La nuit de l'éclipse de Jean-Bernard Pouy, variante noire — l'éclipse occultant le soleil – de L'étranger de Camus.
     Dans L'île mystérieuse, de Vincent Ravalec, un doux excentrique devient un peu plus raisonnable, et le lecteur s'interroge sur le sens et l'intérêt de ce texte qui en semble dépourvu.

     La famille est ensuite à l'honneur dans les cinq textes suivants.
     La classique histoire de haine familiale et de possession contée par Béatrice Nicodème dans Haine éternelle s'avère habile à défaut d'être originale.
     L'originalité est en revanche au rendez-vous dans la superbe histoire de jalousie et de sorcellerie de Mélanie Fazi — Le nœud Cajun — , qui bénéficie en outre d'une habile construction.
     Dans Aux abois, Jean-Daniel Brèque démontre de façon très subtile – et fabuleusement perverse – qu'il est possible d'obtenir le calme dans sa famille et dans son quartier, juste au prix d'un ignoble sacrifice  !
     L'admirable Où vivent les trolls, de Stéphanie Benson, met en scène une terrifiante petite fille mythomane et manipulatrice qui se venge injustement de son père.
     Enfin, les relations parents-enfants se révèlent également effroyables dans La petite fille qui bâtissait des villes, de Olivier Ka.
     Décidément, la famille, ce n'est pas de tout repos  !

     Mais ce n'est pas fini  : des textes étonnants nous attendent encore.
     Jean-Pierre Andrevon explore la fascination mêlée de culpabilité d'un homme ordinaire pour une foule informe de Si nombreux  ! sans-abris. Si la progression est parfaite, la curieuse conclusion laisse toutefois une sensation de malaise, car l'état de SDF semble y devenir enviable, en une sorte de communion troublante.
     Dans Bibliophagie, Jean-Michel Blatrier narre le parcours d'un être apparemment amnésique mais qui possède un savoir livresque immense. Bien que l'intrigue soit totalement invraisemblable, l'humour décalé fait mouche.
     Le diable et Dolorès, de Martin Winckler, est une histoire rebattue de pacte diabolique, sous une forme pseudo-théâtrale qui semble un peu bâclée.
     Dans Communion de Claude Bolduc, le mariage avec le Christ prend tout son sens... mais d'une manière qui paraît bien blasphématoire et hérétique. Sulfureux  !
     Encore un texte fort et passionnant avec la chronique de quartier de Claude Ecken, qui raconte comment un homme pousse ses voisins au libertinage mondain – façon John Updike – avant que l'on comprenne ses raisons profondes  : Des ombres sur le mur.
     Anne Duguël se montre comme toujours délicieusement monstrueuse, avec Cadavre exquis, titre à prendre ici dans son sens littéral  !
     Enfin, après minuit, Roland Fuentès conclut avec La dernière séance, parabole évidente sur l'absurdité de l'existence, où des gens passent leur vie à s'entrechoquer dans une salle immense, sans quitter des yeux un écran vide...

     Voilà une anthologie de poids, dans tous les sens du terme. Daniel Conrad a réussi son coup et nous a convaincu que la dark fiction non seulement existe, mais déborde de vitalité. Les textes présentés font exploser les limites du fantastique, et si l'angoisse ou le malaise ne sont pas toujours présents – car l'humour prend parfois le dessus – , la qualité, elle, est quasi constante.
     Alors que le mélange des genres fonctionne parfaitement, le mélange des auteurs s'avère le seul point faible du recueil. En effet, si les auteurs de genres – polar, SF, fantastique —  ont parfaitement joué le jeu, on demeure plus réservé sur les prestations des quelques auteurs du mainstream. Est-il si difficile d'employer les codes de genres que l'on connaît peu  ? Ou ne se sont-ils pas investis à fond dans le projet  ?

     Quoi qu'il en soit, De minuit à minuit demeure une anthologie passionnante, qu'il ne faut surtout pas réserver aux seuls amateurs de fantastique. Tout amoureux de littérature devrait y trouver son compte.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/7/2000
nooSFere


     Sous-titré « Vingt-sept voyages au pays de l'angoisse », l'anthologie de Daniel Conrad annonce la couleur  : rouge sombre. Qu'on ne se méprenne pas  : De minuit à minuit ne compte pas, ou peu, de gore (quoique le bref texte d'Anne Duguël...) mais plutôt de l'angoisse intime (Bouhier, Pagel, Nicodème, Fazi, Brèque, Benson, Ka) et de l'horreur sociale (Leroy, Curval, Andrevon, Ecken), en un mot — comme le résume si bien Daniel Conrad dans sa préface — une « excursion dans les contrées de la peur ». On serait réducteur si on voulait à toute force cataloguer tous les récits réunis sous le label fantastique, même si c'est la dominante incontestable de l'ouvrage. Mais on y trouve également des nouvelles noires (Pouy) et des récits aux limites de l'étrange (Blatrier ou Fuentes). Sans oublier Pelot avec un texte intimiste — nous y reviendrons — de pure littérature générale. L'hommage appuyé de l'anthologiste à Alain Dorémieux n'est donc pas qu'un geste de courtoisie  : il renvoie à un choix éditorial bien dans la manière du Fiction des débuts, une sensibilité diffuse pour l'insolite que reprend à son compte le co-rédacteur en chef de Ténèbres.
     Une anthologie, contrairement à ce qu'imagineraient des critiques trop pressés, ce n'est pas un simple agrégat de textes, rassemblés au hasard des envois ou des affinités électives du maître d'œuvre  ! Une anthologie, c'est surtout — les chroniqueurs l'oublient trop souvent en limitant leur propos à extraire leurs textes préférés — « une construction à laquelle le “chef de projet” a cherché d'apporter un équilibre, dans une direction donnée » (cf. l'excellent article de Raymond Milési dans le n° 353 de Fiction) et c'est en comparant l'objectif affiché au résultat atteint qu'on peut tenter d'émettre un avis pertinent. Daniel Conrad n'a pas caché sa triple intention  : favoriser la rencontre des « écrivains de genre » avec des auteurs de littérature générale, encourager le mélange des genres — soit dans les textes eux-mêmes soit en amenant polardeux, fantastiqueurs et jeunes loups du mainstream à cohabiter dans un même espace éditorial — et offrir aux lecteurs une anthologie de haut niveau.
     Disons-le tout net  : en ce qui concerne le mélange des genres et le niveau de qualité, le pari est largement tenu. Les auteurs de littérature générale nous ont en revanche moins convaincu  ; la nouvelle de Vincent Ravalec, L'Île mystérieuse, laisse perplexe, et celle de Martin Winckler, Le Diable et Dolorès, ne fera crier au génie que ceux qui ont renoncé à tout esprit critique... Marie Darrieussecq tire mieux son épingle du jeu avec My mother told me monsters do not exist. Les polardeux, eux, tiennent la route  : Pouy reste fidèle à ses univers noirs (La Nuit de l'éclipse), G.-J. Arnaud (Les Nuits samouraïs) et Béatrice Nicodème (Haine éternelle) nous offrent deux variations brillantes sur la possession vampirique  ; Pierre Siniac est fidèle à lui-même (Tout le plaisir est pour moi)  ; on aime ou on déteste  ! Quant à Stéphanie Benson (Où vivent les trolls), elle réussit un petit chef-d'œuvre sur la folie ordinaire.
     Au risque de sombrer dans le catalogue, la critique d'une anthologie ne peut éviter une approche des textes. Et là, le goût littéraire et la sensibilité personnelle font que pas un papier ne ressemblera à un autre, exception faite sans doute des chocs que tout un chacun relèvera. Alors, puisqu'il faut citer ses coups de cœur et attirer l'attention sur quelques textes — certains dus à des écrivains naissants — , citons pêle-mêle Jean-Michel Calvez, Pascal Françaix, Jérôme Leroy (La Loi du marché, satire du capitalisme libéral poussé à sa logique ultime, un texte de pure SF), Jean-Jacques Nguyen (Lunes rouges), Mélanie Fazi — une valeur sûre à suivre de près (Le Nœud cajun) — , Olivier Ka (La petite fille qui bâtissait des villes, atroce et magnifique histoire de refus de la disparition du père), sans oublier un Claude Ecken en très grande forme(Des ombres sur le mur) — cet écrivain injustement sous-estimé devrait prendre la place qu'il mérite dans les années qui viennent (on le lira d'ailleurs prochainement dans Galaxies). Coup de cœur aussi — si l'on ose dire  ! — pour une histoire atroce, relecture contemporaine du mythe de Circé et vrai petit régal de cruauté familiale (Aux abois). Comme il s'agit de Jean-Daniel Brèque, précisons que plusieurs de ses nouvelles ont déjà eu les honneurs de prestigieuses anthologies britanniques et américaines  ! Quant à Jean-Pierre Andrevon (Si nombreux  !), son superbe cri de colère contre notre indifférence au sort des SDF — honte de notre société  ! — parvient à éviter tout didactisme, toute déclamation, pour devenir un texte littéraire qui restera l'une des réussites majeures de ce pilier de la SF française. Ajoutons que si le texte de Blatrier ne nous a pas personnellement touché, la performance d'écrivain justifie d'attirer l'attention des éditeurs.
     Daniel Conrad énervera donc une fois de plus, on l'a compris, ceux qui n'ont pas le quart de sa force de travail, de son flair de découvreur, de sa générosité d'anthologiste, de son dynamisme de « passeur de textes », en un mot de son talent. Si les petits cochons de l'édition ne le mangent pas, ce jeune homme ira loin. Pour l'heure, après le succès de Ténèbres (dont il faut attribuer une part du mérite à son co-rédacteur en chef, Benoît Domis, à Laurent Français, son maquettiste, et à toute une équipe talentueuse), Conrad a réussi un nouveau pari. De minuit à minuit est une grande anthologie, qui plaira autant aux happy few qu'aux néophytes. À vous désormais de la découvrir.


Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/6/2000
dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 26/10/2001


     Anthologie conçue pour qu'on lise dans l'ordre les vingt-sept nouvelles qui la com­posent, De minuit à minuit, au fil des heures, ne cesse de décevoir et d'exaspé­rer. Si l'on enlève les textes nuls (Calvez, Bouhier, Siniac, Nicodème, Fuentes), ceux qui n'ont rien à faire en ces pages (Pelot, Ravalec), ceux agréables à lire mais sans surprise (Arnaud, Nguyen, Françaix, Pouy, Fazi, Ka, Winckler, Duguël), ceux ratés mais ambitieux (Leroy, Curval, Brèque, Andrevon), les razzies en puissance (Ulysse, Valéry, Bolduc), et, cerise sur le gâteau, l'incompétente Marie Darrieussecq (infoutue de savoir que c'est d'Aliens qu'elle a tiré sa citation « My mother told me monsters do not exist. Now I know they do » et non d'Alien IV)... il y avait là de quoi faire une jolie plaquette de 96 pages ou, pour être plus gen­til, un bon sommaire d'un numéro de la revue Ténèbres spécial francophonie. On s'arrêtera néanmoins sur les textes de Michel Pagel, Claude Ecken et Stéphanie Benson, tous trois très bons dans des registres assez différents. Reste que l'antho­logie donne une bonne idée de l'état du fantastique moderne francophone : une lit­térature qui parle principalement de l'en­fance (malade, victime, bourreau) et du sang (vampirisme, menstrues, SIDA). On regret­tera l'absence de texte de grande littérature (« Le Horla », souvenez-vous) même si l'es­sai de Darrieussecq propose un travail sur le style assez intéressant... Quant aux textes qu'on aime, ici chez Bifrost, rapides, puissants, avec du rythme, un brin méchant : nulle trace à l'horizon. Cela aurait pu être les textes de Francis Valéry et Louis-Stéphane Ulysse, s'ils n'étaient point si ridicules.

     Dans un paysage où il existe maintenant plusieurs revues professionnelles, trop d'anthologies francophones tue les antholo­gies francophones (voir le récent Hyperfuturs qui peine bien à découvrir ne serait-ce qu'un nouvel auteur). Quant à savoir ce qu'est l'angoisse, avouons que Daniel Conrad y répond avec brio. L'angoisse, c'est de savoir que des lecteurs peu in­formés vont acheter De minuit à minuit — 99 francs tout de même — alors que, pour le même prix (voire moins), ils pourraient acquérir deux excellents Pocket « Terreur » (Koko de Peter Straub et Maison hantée de Shirley Jackson — pour avoir le plaisir de citer deux chefs-d'œuvre). Il faut d'habitude du recul pour dire que la sortie d'une anthologie est un non-événement. Ici, au fil des noms alignés, trois heures de lecture suffisent.

CID VICIOUS
Première parution : 1/10/2000
dans Bifrost 20
Mise en ligne le : 13/9/2003


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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