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Le Miroir de Merlin

Andre NORTON

Titre original : Merlin's mirror, 1975
Fantasy  - Traduction de François TRUCHAUD
Illustration de Jean-Michel NICOLLET
NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO), coll. Fantastique / SF / Aventure n° 81, dépôt légal : juillet 1983
204 pages, catégorie / prix : 29 F, ISBN : 2-7304-0213-6

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Une lumière clignota et devint une lueur étincelante. Myrddin recula et protégea ses yeux, aveuglé par cette lumière.
     « Inutile d'avoir peur. Approche, Merlin. »
     « Je suis Myrddin, du clan de Nyren. » répondit-il. La voix venait du miroir et Myrddin vit son propre reflet sur le miroir.
     « Nous t'attendions, Merlin. » La voix le fit sursauter à nouveau. « Tu es Merlin, celui pour qui tout a été préparé. Viens, Fils des Etoiles, apprends qui tu es... instruis-toi ! »
     Myrddin s'assit prudemment sur la barre, en face du miroir. Une nouvelle image se forma alors sur la surface de celui-ci. L'éducation de Myrddin-Merlin commençait...
     Il y avait longtemps, très longtemps, des hommes étaient descendus du Ciel et les femmes de la Terre leur avaient donné des fils et des filles...
     A présent, c'était l'heure promise par les légendes... le retour des Fils du Ciel !
     Merlin avait une tâche à remplir... il y avait les Pierres du Pouvoir, Arthur, l'épée... il y avait Nimue ; elle servait les Créatures Sombres et était aussi belle que dangereuse, car ses pouvoirs étaient démoniaques. Et elle avait juré d'empêcher Merlin d'accomplir sa tâche...
     Mais Merlin était un Fils du Ciel... barde, devin, sorcier... l'Age d'Or reviendrait et les étranges cités qu'il avait vues dans ses rêves seraient une réalité !

     Andre Norton est née aux Etats-Unis en 1912. Elle y a publié près de 60 romans et sa célébrité y est grande alors qu'elle est pratiquement inconnue en France où, à part Les naufrageurs de l'espace et Fusée en quarantaine (Ditis), les seuls romans que l'on ait pu lire d'elle, jusqu'à ce jour, sont La planète des ours (Laffont) et Opération Atlantis (Albin Michel), parus sous le pseudonyme d'André North. Ecrivant plus spécialement pour les adolescents, elle n'en a pas moins un large public adulte dans les pays anglo-saxons, comme en témoigne le remarquable succès de Daybreak, 2250 A.D., qui s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires. Mais le lecteur français découvrira avec Le miroir de Merlin un maître de l'heroic fantasy et du merveilleux fantastique.



    Sommaire    
1 - François TRUCHAUD, Avalon, Avalon !, pages I à IV, Préface
 
    Critiques    
     Pour des raisons que le simple bon sens suffit à faire comprendre, la série SF/Fantastique/Aventure des Nouvelles Editions Oswald est ce qui se fait de plus construit dans l'édition de fantastique chez nous : les textes sont, à quelques exceptions près, soit de bon niveau soit — avouons-le carrément — des petits et des grands chefs-d'œuvre du genre. Quant aux couvertures de Nicollet, elles représentent, elles, et sans contestation possible, le dessus du panier en France ! La seule chose qu'on pourra reprocher à cette collection est de ne pas encore trop se préoccuper des auteurs modernes inédits. Mais patience, car comme le fonds Marabout va se raréfiant, on peut espérer un accroissement rapide des inédits... à condition d'éviter bien sûr toutes les nullités franco-belges que Jean-Baptiste Baronian avait cru bon de publier dans un bel élan de patriotisme francophone.
     Comme démonstration de la qualité de base de la collection j'ai choisi trois bouquins parus juste avant les vacances. Deux sont excellents (Maison des sorcières d'Evangeline Walton et Le miroir de Merlin d'André Norton), et le troisième est un vieux classique tout auréolé d'une aura de célébrité : Les mines du roi Salomon de H. Rider Haggard.
     A tout seigneur tout honneur, nous commencerons par ce chef-d'œuvre (le mot n'est pas trop fort) qu'est Les mines du roi Salomon. Après avoir épuisé le cycle de She, NéO s'est attaqué depuis peu à celui du Chasseur Allan Quatermain (voir les deux tomes de La fleur sacrée parus récemment) et nous propose donc ici le livre de Rider Haggard. Réédité un grand nombre de fois chez nous depuis l'édition Hetzel de 1888, ce roman montre que, dès le début de sa carrière, Haggard avait à sa disposition tous les éléments de sa grandeur littéraire. Bien plus qu'un extraordinaire roman d'aventures, Les mines du roi Salomon est aussi un ouvrage initiatique, un livre dont le héros, Allan Quatermain, va être confronté à une autre réalité, un réalité parsemée de mystères fantastiques touchant à la trame même de l'histoire du monde. Tout Rider Haggard se trouve résumé là : son génie, son imagination et sa démesure.
     Le deuxième roman dont il va être question provient, lui, du Fleuve Noir « Angoisse » dont il fut le troisième numéro, via le fameux fonds Marabout, où il fut réédité une première fois en 1974. C'est, bien sûr, Maison des sorcières d'Evangeline Walton, un écrivain discret du fantastique américain passionné par les mythes gallois qui forment le fond des quatre romans de son cycle du Mobinogion, édité en totalité au début des années 70 par Lin Carter chez Ballantine. Pour rassurer le préfacier du volume, Jean-Pierre Deloux, je me permettrai de lui signaler que le premier tome de la trilogie d'Evangeline Walton consacrée à Thésée vient enfin de sortir en « hardcover » aux USA et s'intitule The sword is forged... Quand on aura ajouté un roman historique épique, The cross and the sword (1956), et deux nouvelles dans l'ancien et le nouveau Weird Tales, on aura fait le tour de la maigre production de notre auteur, dont la qualité compense largement la quantité.
     Maison des sorcières, paru en 1945 chez Arkham House (une référence) fut le second roman publié par Evangeline Walton, neuf ans après The virgin and the swine, le premier titre du Mobinogion. C'est un livre étonnant, un des traitements les plus rigoureux du thème de la maison hantée et de la possession par magie noire. L'approche du calvaire enduré par une fillette possédée par des forces noires sous l'angle de la parapsychologie fait que ce livre possède un ton très moderne au niveau du thème. La forme, elle, reste celle du fantastique classique des années 30 tel qu'il était conçu en dehors des pages de Weird Tales, par les Anglais entre autres. Evangeline Walton refuse les débordements de la fameuse revue américaine pour construire un récit ramassé, intimiste par moments, qui capte l'attention du lecteur par une foule de détails angoissants (il y a une technique proche de celle du roman policier dans cette histoire) qui trouveront leur explication dans l'apocalyptique duel final entre les principaux protagonistes. Maison des sorcières n'a pas vieilli en presque quarante ans et devrait rester encore longtemps dans les mémoires des lecteurs.
     Concluons ce long paragraphe consacré à NéO par le seul inédit du lot, Le miroir de Merlin d'André Norton, une autre grande figure du fantastique et de la SF américains. Tout sépare ces deux femmes presque du même âge (puisque Alice Mary Norton, née en 1912, n'a que cinq ans de moins qu'Evangeline Walton) : autant cette dernière a eu une carrière discrète, autant André Norton a su se tailler une place de choix dans le monde de l'édition spécialisée américaine avec ses space opéras énergiques et ses romans d'heroic fantasy bien enlevés. Le miroir de Merlin appartient à cette seconde catégorie, et ce bien que la SF y introduise son nez d'un bout à l'autre. En fait, et pour simplifier, ce roman présente une lecture SF de l'épopée du roi Arthur, pas celui de la légende du Moyen Age, mais le grand chef de guerre du Ve siècle. L'histoire est d'autant plus intéressante qu'elle présente des personnages doués de pouvoirs surhumains mais qui sont constamment manipulés par un programme et des machines installés par des extraterrestres humanoïdes repartis dans l'espace des millénaires auparavant pour s'affronter dans un conflit galactique sanglant. Les deux factions des extraterrestres sont d'ailleurs aussi face à face dans l'univers de la Grande-Bretagne du Ve siècle : à Myrddin-Merlin, homme engendré par les extraterrestres, va être opposée Nimue, celle que la légende retiendra sous le nom de la Dame du Lac. Et cette guerre des magiciens, des êtres de Pouvoir, va forger le cours de l'histoire dans une partie d'échecs où les pions s'appellent Arthur, Modred et bien d'autres moins connus. Curieusement, l'image du Grand Roi en ressort grandie, tant il a su dépasser avec panache son statut de marionnette d'un destin programmé à des années-lumière de là. Quant au personnage clé de ce roman, Merlin, André Norton a su en faire une figure très attachante, presque pathétique dans ses efforts pour que le Plan se déroule comme prévu. Voilà donc un roman qui devrait aider à imposer le nom d'André Norton chez tous les amateurs de ce genre hybride placé entre l'heroic fantasy et le space opera et que les Anglo-Saxons nomment science fantasy. Et, comme presque toujours, Nicollet a doté ce livre d'une couverture absolument superbe !


Richard D. NOLANE
Première parution : 1/12/1983
dans Fiction 346
Mise en ligne le : 10/5/2002


     L'heure est déjà depuis un certain temps au dégraissage des mythes celtiques : dépouillés de leurs apparences chrétiennes et de leurs atours courtois dûs aux auteurs des XIIe et XIIIe siècles, ils révèlent un monde païen proche de l'union avec la nature qui fascine notre civilisation. Ce que les érudits nomment la matière de Bretagne (entendre : Grande-Bretagne) et qui tourne autour d'Arthur est donc plus intéressant en tant que socio-ethnographie des peuples insulaires des Ve et VIe siècles que comme témoignage des préoccupations mystiques de Chrétien de Troyes. Nombreux sont ceux qui le comprennent aujourd'hui — tout en gardant à l'esprit, sans cesse, les dangers d'un courant « paganiste » qui loucherait vers des idéologies aussi suspectes que celle de MM. Pauwels et consorts. Evidemment, l'heroic-fantasy ne pouvait manquer d'exploiter cette richesse, et ce aussi bien attiré par le caractère épique des mythes que par leur relent païen. N'oublions pas que l'étymologie de Conan (Cynan) est celte.
     André Norton fait preuve dans Le miroir de Merlin d'une érudition certaine tant en ce qui concerne la succession légendaire des événements que dans le choix des patronymes — dont certaines consonances celtes ou galloises peuvent surprendre le lecteur non familiarisé avec le fonds authentique. (On ne peut que renvoyer à l'ouvrage de Jean Markale, Merlin l'Enchanteur, aux éditions Retz.) Le personnage de Myrddin est ici reconstitué sur des emprunts essentiellement bretons et archaïques. Passe également l'ombre de Thomas Mallory et de sa Mort d'Arthur — qui relie le roman de Norton à l'Excalibur de John Boorman, dont nombre d'images superbes semblent destinées à l'illustration du livre.
     Bien entendu, Norton ne se contente pas d'éclairer une mythologie, fût-elle aussi passionnante que celle d'Arthur et de Merlin. L'arrière-plan du récit est une intervention de « Seigneurs du Ciel » qui tentent d'arracher le monde à la barbarie, et si Merlin est fils de satan et d'une mortelle pour le mythe, il deviendra ici Fils du Ciel ! Ceci n'est pas d'une originalité folle et nous ne retiendrons pas ce motif pour essentiel dans l'intérêt du roman. Notons pourtant que ce souci bien américain de pousser tout un monde (fût-ce contre son gré) sur la voie du progrès — souci que l'on retrouve dans De peur que les ténèbres de Sprague de Camps — est ici battu en brèche : sauf à faire mentir le mythe, Merlin ne pouvait vaincre. Arthur doit mourir, attendant l'Age d'Or en l'île d'Avalon.
     Or, le choix d'une intervention extraterrestre induisait un décalage sérieux dans les actes du Merlin romanesque : le magicien devient dès lors un technicien. Le Merlin de Norton symbolise en effet un rejet de l'irrationnel pur. Tout est technique, machinisme, forces à dompter par le savoir. Si Merlin déplace les pierres et relève Stonehenge, voilà l'application d'une technique un peu particulière, hors de toute magie. L'échec de Merlin et la victoire (sans doute transitoire) du paganisme incarné en Nimue n'est donc pas neutre.
     Et on pourrait y voir l'ambiguïté d'un écrivain et d'un genre qui semble connaître quelque difficulté à se situer réellement : s'agit-il ici d'une remise en cause du rêve américain (purement machiniste), ou de sa non-adéquation au genre, fantaisie héroïque, qui suppose un réfèrent non technique, « a-moderne » ? Les tenants du courant pur et dur de l'heroic-fantasy, s'ils sont cohérents, devraient mal s'y retrouver. Il n'y a de toute façon dans Le miroir de Merlin, si les batailles y figurent bien, pas assez de sang pour satisfaire Martine Blond !
     Reste un roman prenant, qui puise sa force aux sources authentiques de notre culture, sous le vernis gréco-latin. Ce n'est point si courant — surtout outre-Atlantique.


Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/3/1984
dans Fiction 349
Mise en ligne le : 1/11/2005


 
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