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L'Oeuf du dragon

Robert FORWARD

Titre original : Dragon's egg, 1980

Traduction de Jacques POLANIS

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (84)
Dépôt légal : février 1984
296 pages, catégorie / prix : 75 FF
ISBN : 2-221-01132-5   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Il y a cinq cent mille ans, une supernova illumina le ciel de la Terre pendant plus d'une année. L'explosion propulsa l'étoile effondrée vers le système solaire. Si bien qu'on détecta en 2020 une étoile à neutrons toute proche dans la constellation du Dragon.
     Sur l'étoile naine, d'un diamètre de vingt kilomètres, d'une densité prodigieuse et à la surface de laquelle la pesanteur valait soixante-sept milliards de fois celle de la Terre, la vie était apparue . Puis
     l'intelligence avec l'espèce des Cheela. Et lorsqu'une expédition alla rendre visite à l'Oeuf du Dragon, elle essaya de dialoguer avec ce peuple étrange. Tâche difficile puisqu'un Cheela vit et meurt un million de fois plus vite qu'un humain.
     Et que sa civilisation progresse aussi un million de fois plus vite...
     Y a-t-il de la science dans la science-fiction ? Robert L. Forward, physicien réputé, spécialiste de la gravitation, a répondu à cette question en décrivant un monde réellement étrange, différent, et ses habitants, en s'inspirant de la science la plus récente. Voici un nouvel Arthur C. Clarke.

    Prix obtenus    
Locus, premier Roman, 1981

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
     Voilà un vrai, un pur, un gros, un dense roman de hard science, comme peuvent le honnir certains, tandis que d'autres le porteront aux nues — un roman dans la lignée de Hal Clement, et auprès duquel les récentes œuvres d'Arthur C. Clarke feraient figure de bluettes sentimentales... 500 000 ans avant notre ère, une supernova explose, à cinquante années-lumières du système solaire. L'étoile s'effondre sur elle-même, et devient une étoile à neutrons — un astre super-dense, de vingt kilomètres de diamètre, qui se met à foncer en direction de notre système, où il est détecté pour la première fois vers 2020. Une expédition est lancée pour l'étude de ce corps étrange — et c'est là que l'histoire se corse, et devient véritablement une histoire — bien plus étrange encore : un corps qui a donné naissance à une vie intelligente.
     Le roman de Forward est basé sur ce postulat : comment les « cheela », habitants de l'étoile à neutrons, pourront-ils avoir des rapports compréhensibles avec les Terriens, étant donné que : la gravité à la surface de cette étoile est de soixante-sept milliards de g et la température de huit mille deux cent degrés. N'importe quel être existant sur cette étoile serait une crêpe incandescente de neutrons compacts (c'est effectivement ce que sont les cheela !), et que :... ces gens-là (sic) vivent un million de fois plus vite que nous, quinze minutes de notre temps faisant trente ans de leur vie. Malgré ces conditions pour le moins rébarbatives, le contact aura cependant lieu, juste avant que les cheela, dont l'évolution est infiniment accélérée par rapport aux normes terrestres, disparaissent dans l'espace après avoir maîtrisé la gravitation et tourné la vitesse de la lumière...
     Un très bon sujet de nouvelle. Et c'est justement là que ce récit, qui aurait pu être passionnant (il l'est d'ailleurs, d'une certaine façon, à une lecture en diagonale), tombe dans une lourdeur qui n'atteint sans doute pas soixante-sept milliards de g, mais reste tout de même éprouvante. Car plus de la moitié du roman est consacré à l'évolution des cheela, ce qui, considérant que Forward n'est pas un grand écrivain, représente un véritable pensum. Avec le piège habituel à ce genre d'exploit : comment « faire vivre » des créatures foncièrement inhumaines, dans un langage et une dramaturgie accessibles au lecteur moyen ? En les lestant d'un anthropomorphisme à couper au couteau, pardi ! Et c'est ce qu'à fait Forward, délayant l'Histoire des cheela, sortes des limaces d'un demi millimètre de haut et vivant un million de fois plus vite que nous, à la manière des conquêtes romaines décrites par un écrivain de manuels scolaires...
     Il y a certes de l'humour ici et là, et un ou deux passages intéressants (les cheela détectant et guérissant le cancer naissant d'une des « géantes » Terriennes à son insu), mais jamais la moindre parcelle d'émotion. Mais encore une fois : c'est un ouvrage « de poids », et il serait mal venu de le traiter légèrement !

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/7/1984 L'Ecran fantastique 47
Mise en ligne le : 17/7/2003


     Ne nous méprenons pas : un livre portant le terme « dragon » dans son titre ne navigue pas automatiquement dans les eaux de l'heroïc-fantasy. L'ambiance d'ouverture du roman de Forward évoquerait même plutôt Tlmescape,et le dragon dont il est question est une constellation ! Nous a-t-on rebattu les oreilles tantôt de la froideur, tantôt de l'inconsistance narrative des romans du genre dit de « hard science » ! Aussi, lorsque débarque l'ouvrage d'un chercheur de profession, pionnier de l'astronomie gravitationnelle (autre chose qu'un Asimov !), on déglutit lentement. Le tout consiste à prendre un prologue pour ce qu'il est, et à se forcer pour le dépasser. (Encore que même ce prologue, ma foi, ne soit pas inintéressant.) Dès qu'apparaissent les Cheela et qu'est décrite par le menu leur évolution, il est trop tard : vous êtes accroché pour trois cents pages. Le Cheela est une bestiole sympathique d'environ 5 mm de diamètre, incandescente, qui vit à la surface d'une étoile à neutrons, vestige de l'explosion d'une supernova dans la constellation du Dragon. C'est l'Œuf. Et le roman de Robert Forward retrace l'évolution du Cheela depuis l'apparition de la vie sur Œuf, jusqu'à sa conquête du cosmos. Le tout en plus ou moins trente de nos années. Il fallait le faire !
     Tout comme Timescape de Benford, auquel j'ai fait allusion, Forward rend ici à l'étiquette « hard science » sa véritable signification, quand trop de livres du genre se contentent d'illustrer de la hard technology. Ce sont là des livres sans vie interne, écrits qu'ils sont au fer à repasser et ne parvenant pas au niveau de la réflexion sur la production de concepts scientifiques réels ou imaginaires, ce qui est le cas ici et chez Benford. Le tableau de la vraie science en train de se formuler, quelque appréhension philosophique que l'on en ressente, voilà qui est fascinant. L'ouvrage est didactique ! Certes. Mais serait-ce un reproche, alors que la description minutieuse du fondement de l'existence des Cheela permet d'autre part notre participation à leur vie — n'ayons pas peur des mots : notre identification, mais oui !
     Il peut sembler illusoire de s'identifier à une crêpe incandescente de 5 mm munie de douze pédoncules oculaires, et pourtant... L'espèce dominante d'Œuf nous paraît plus proche, plus digne d'intérêt que les humains lancés à sa rencontre après avoir détecté l'existence du pulsar. Peut-être est-ce dû à la fascination qu'exerce toujours l'Histoire en train de s'écrire — et Forward réussit remarquablement à montrer comment une civilisation progresse (dans les plus menus détails : ainsi les Cheela utiliseront-ils un système numérique à base douze, parce qu'ils sont dotés de douze yeux).
     Mais on peut tout aussi bien se demander si l'identification n'est pas telle parce qu'au fond, quelque part, l'auteur a loupé son coup. Entendons-nous bien : louper son coup sur un détail lui permet sans doute d'obtenir l'adhésion du lecteur quant à son projet narratif total. En effet, si Forward comptait mener à bien la description par l'intérieur d'une espèce radicalement autre, ce projet-là rate monumentalement : autres, les Cheela le sont sans doute par leur structure et leur biologie — mais ils nous sont montrés anthropomorphiquement... Telle est bien la limite quasi impossible à franchir pour un auteur lancé dans un tel récit. Mais d'autre part, grâce à cet artifice, le lecteur pénètre rapidement la mentalité cheela et s'intéresse davantage à la petite crêpe qu'aux hommes qui l'étudient, froids et lents (on adopte très vite à leurs propos le point de vue cheela).
     Le Cheela a beau nous être quasi aussi éloigné qu'une amibe, sa psychologie, hormis quelques détails dûs à sa structure biologique, demeure parfaitement humaine. L'œuf du dragonnous offre d'ailleurs un beau panorama, des Cheela préhistoriques à l'apprenti dictateur, en passant par des découvreurs et des mystiques de tous bords. Cet anthropomorphisme culmine dans l'épisode proprement christique d'Elu-de-Dieu, le Cheela qui fit du balayage laser d'Œuf la bénédiction de son dieu (la physiologie cheela leur permettant de percevoir physiquement certaines longueurs d'onde). L'histoire d'Elu-de-Dieu se termine par son martyre, lorsque le balayage quitte son territoire et qu'il s'avère incapable de faire revenir la bénédiction sur ses fidèles. Le lecteur aura droit à ce dialogue :
     « Ce fut le Grand Prêtre qui mena l'interrogatoire.
     — Es-tu l'Elu-de-Dieu ? demanda-t-il.
     — SI tu le crois, Je le suis »
     Cela ne vous rappelle rien ?
     Cet anthropomorphisme est donc bien présent avant le contact Cheela-humains. Après celui-ci, les Cheela copient en puisant dans les données transmises, et le récit devient vite celui d'une acculturation, lorsqu'ils en viennent à se choisir des noms humains (Léonard, par exemple). Je le répète : si ce point de vue narratif est contestable au sens qu'il sous-entend l'idée que seul le mode de pensée humain est possible, donc valable, par contre ce choix seul permettait à l'auteur d'Intéresser son lecteur. Et cela marche.
     Le récit est parsemé de notations sonnant dès lors très juste dans le domaine de révolution d'une espèce, puis d'une civilisation. Justes : les peintures d'environnement comme la transformation en ville frontière d'un camp militaire. Justes : les découvertes scientifiques au caractère souvent fortuit. (Nous sommes ici en présence d'idéologie à l'état pur : idéologie de progrès continu où l'on avance par hasard certes mais grâce aux individus exclusivement. Les masses sont-elles jamais montrées, sinon comme responsables d'un martyre ?)
     Les explorateurs humains voient défiler l'histoire cheela sous leurs yeux : être construit de liaisons nucléaires au lieu de liaisons moléculaires, le Cheela vit environ un million de fois plus vite que l'homme. Professeurs, en réussissant à transmettre le contenu de la banque de données de leur vaisseau, les hommes deviennent très vite élèves des habitants d'Œuf. Lorsque le roman s'achève, sans avoir lassé une seconde, les hommes se retirent en laissant les Cheela en pleine expansion, ayant découvert l'antigravité et la propulsion supraluminique.
     L'idée-force qui se dégage du livre de Forward est proprement philosophique : il faut percevoir le cosmos comme un tout, dont chaque élément est interactif et important, même le plus infime. Si les Cheela sont dans un premier temps élèves des hommes avant de les dépasser, en fait la naissance de leur espèce semble avoir les mêmes causes que l'apparition de l'homme sur Terre, la supernova originelle ayant provoqué un changement de climat source de la disparition des grands sauriens et favorisant le développement d'une espèce intelligente parmi les primates. Tout se tient et s'il n'y avait pas eu d'explosion stellaire, il n'y aurait ni Cheela ni humains !
     Un grand livre ? Un livre qui fascine et pose quantité de questions sur l'évolution des civilisations est nécessairement un livre important. Mais il ne faut pas se leurrer : une Œuvre qui tend à tout expliquer vise naturellement à l'univocité et à l'organisation hyper-rationnelle du monde. Fût-il littéraire. Le petit grain de folie est légèrement absent.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/6/1984 dans Fiction 352
Mise en ligne le : 1/6/2006


 

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