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Une affaire de famille

Charles STROSS

Titre original : The Family Trade, 2004

Cycle : Les Princes-Marchands vol.

Traduction de Patrick DUSOULIER
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (202)
Dépôt légal : avril 2006
336 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-221-10538-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Miriam Beckstein, journaliste, reçoit de sa mère adoptive un mystérieux colis scellé. Elle y trouve un pendentif qu'elle ouvre, espérant y voir une photo de sa mère biologique dont elle ne sait rien sinon qu'elle a été assassinée, mais elle y découvre un motif géométrique dont la contemplation l'expédie brutalement dans une autre dimension.
     Sur cette Terre parallèle, qui évoque notre Moyen Age, elle est la princesse disparue d'une famille singulière. Plusieurs de ses membres ont la capacité, comme elle, de se déplacer d'un univers à l'autre. Ce qui est commode pour certains commerces, par exemple celui de la drogue. Richissime au-delà du concevable, cette famille a constitué une mafia héréditaire. Dans leur monde, ses membres vivent en seigneurs de la Renaissance.
     Il en résulte un contraste étonnant entre les deux univers et les difficultés tragicomiques de Miriam, jeune femme moderne, volontaire et indépendante, à s'adapter aux coutumes de l'autre côté. Mais aussi un conflit entre ses valeurs démocratiques et la mentalité aristocratique, esclavagiste et criminelle de sa famille nouvellement retrouvée. Et enfin une trame de complots dont elle est la cible et peut-être la victime future puisque sa réapparition vient bouleverser toute une échelle de rôles et d'héritages.
     C'est effrayant, c'est drôle, c'est du Stross. C'est aussi le premier volume d'une trilogie de fantasy qui rappelle celles de Roger Zelazny et de Philip José Farmer. Le deuxième volume des Princes Marchands, Un secret de famille, paraîtra dans la même collection en 2006.

     Charles Stross, écrivain anglais vivant en Ecosse, a obtenu le prix Hugo pour « La jungle de béton », une nouvelle figurant dans Le Bureau des atrocités, publié dans la même collection.
 
    Critiques    
     Ça commence comme ça. Plutôt bien. Une journaliste et sa documentaliste qui bossent pour un magazine destiné aux risqueurs de capital découvrent le pot aux roses, autrement dit, que derrière des sociétés de bio-ingénierie se dissimulent des officines de blanchiment. Elles se font licencier sur le champ car leur publication fait partie du même groupe et est soumise aux mêmes intérêts. Ce qu'elles ignoraient, dommage pour des journalistes d'investigation en capital-risque. Bien fait pour elles. Passons...

     Comme toute jeune femme moderne et indépendante qui se respecte et préfère donc dépendre d'un patron que d'un mari, Miriam, notre héroïne, fait ce que font toutes ces consœurs dans le même cas, lorsqu'elles se font virer : elle retourne chez sa mère !

     Et c'est là que ça se gâte. La mère en question est une mère adoptive. La vraie, la biologique, dirons-nous, a été assassinée à coups de poignard par un inconnu qui n'a jamais été retrouvé. Miriam et sa mère font ce que l'on fait en pareille circonstance — non, elles ne balancent pas leur CV aux quatre vents d'Internet — , elles tirent une vieille boîte à chaussures pleines de photos jaunies du dessus d'une armoire... Jusque-là, tout va bien. Mais la boîte contient aussi un étrange médaillon qui appartenait à la défunte mère biologique. Pas de photo jaunie d'un éventuel père inconnu, mais un bizarre mandala... Miriam, rentrée chez elle, regarde attentivement cet étrange dessin et la voilà projetée de son bureau en pleine forêt, son fauteuil pour tout bagage. Curieux, tout de même...

     La voici donc au Gruinmarkt, l'un des nombreux royaumes d'une Amérique médiévale. Il n'empêche que dans ces obscures forêts d'une Nouvelle Angleterre ignorant l'électricité, elle se fait tirer dessus au pistolet mitrailleur, dit pistolet qui n'est certes pas un instrument électrique, mais tout de même...

     Peu de temps après, elle se fait enlever par un commando de pas rigolos super équipés super entraînés et tout et tout, le genre qui fout les jetons à Jean-Claude Van Damme et Steven Seagal réunis. Elle se retrouve captive dans un château du Gruinmarkt, où elle ne tarde pas à être présentée à son oncle Angbard, « parrain » d'un clan qui a la faculté de franchir les mondes. Clan dont on lui annonce qu'elle fait partie, que cela lui plaise ou non. Ce clan occupe une place à part au sein de la noblesse du Gruinmarkt, car il tire sa fortune en transportant des marchandises entre les mondes, notamment de la drogue.

     Bien que ce clan vive pour moitié dans l'Amérique contemporaine, il a faite siennes les mœurs médiévales, notamment en ce qui concerne l'attitude qu'il convient aux femmes d'adopter. Ce qui n'est pas vraiment du goût de Miriam. Pour qu'elle s'y fasse, le cher oncle ne tarde pas à l'envoyer à la cour du Gruinmarkt, où les intrigues vont bon train. Elle échappe de peu à diverses tentatives d'assassinat... Au fil du roman, les personnages que l'on croise, Olga ou Roland en particulier, et probablement Matthias, s'évertuent à n'être pas ce qu'au premier abord ils paraissent...

     Cette trilogie des « Princes Marchands » rejoint un courant de la fantasy — notons, une fois n'est pas coutume, qu'un livre de la collection « Ailleurs & demain » est qualifié en quatrième de couverture de fantasy — centré sur les univers parallèles. Après « Les Princes d'Ambre » de Zelazny, Irunium de Kenneth Bulmer, Les Hommes Dieux de Farmer ou encore Il y a des portes de Gene Wolfe, Charles Stross trouve le moyen de renouveler le thème en l'abordant sous le double angle des comédies de mœurs et des comédies policières. Il fallait réussir à faire troquer sa petite robe noire pour réception high tech sur la Sillicon Valley à une journaliste fouille-merde contre une robe à crinoline. On est pas dans la parodie ni dans la franche hilarité, on ne rit point à gorge déployée, par contre on est jusqu'à présent nullement effrayé et on se plait plutôt à sourire. Après le début tonitruant, à défaut d'être bien crédible, le livre perd son rythme et au bout du compte, l'action semble n'avoir pas encore vraiment commencé. On ne s'ennuie pas à la lecture de cette Affaire de famille somme toute plaisante, mais on reprochera à ce livre de n'être finalement qu'un prologue un peu long. Il faudra, une fois encore, attendre la suite pour se faire une véritable opinion sur cet auteur qui nous arrive d'outre-Manche nimbé d'une aura qui semble quelque peu surfaite aux vues l'ensemble de ces titres publiés par chez-nous, et notamment celui-ci.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/7/2006 dans Bifrost 43
Mise en ligne le : 19/9/2007


     Après Le bureau des atrocités et Crépuscule d'acier, Charles Stross revient avec Une affaire de famille ; premier opus d'une trilogie consacrée aux Princes-Marchands.

     Miriam Beckstein est journaliste de presse. Suite à une enquête sur des blanchiments d'argent, elle est injustement licenciée. Elle se réfugie alors chez sa mère adoptive, qui lui confie un médaillon ayant appartenu à sa mère biologique, assassinée quelques années plus tôt. Au contact de ce médaillon, Miriam se retrouve projetée dans un monde parallèle moyenâgeux, où le Clan des familles règne sans partage. Elle découvre vite qu'elle appartient à l'une de ses familles. Kidnappée puis emprisonnée, devenue princesse malgré elle, la voilà contrainte de tenir son rang au sein de cette étrange famille aristocratique, fortement hiérarchisée, clairement mafieuse, qui pratique les mariages consanguins et le trafic de drogue...

     Comme dans Le bureau des atrocités (où il entremêlait ambiances à la Lovecraft et roman d'espionnage), et dans Crépuscule d'acier (où il revisitait le space opera, sur un ton très second degré), Charles Stross confirme avec une Une affaire de famille son goût pour le mixage des genres. Il confirme également son choix d'une littérature divertissante, qui ne s'interdit pas une certaine réflexion politique. Mais la comparaison s'arrête là. Car dans ces deux précédents romans, la modernité, l'humour et l'inventivité faisaient tout passer, y compris quelques longueurs. Avec Une affaire de famille, les choses se compliquent. Il y a pourtant de belles idées, à commencer par cette intrigue quelque part entre le film Le parrain, la fantasy à la manière du cycle des Princes d'Ambre de Roger Zelazny, et la SF classique (le thème des mondes parallèles). Stross joue d'ailleurs beaucoup sur le choc des cultures : Dans ce monde aux décors médiévaux, les hommes portent des costumes Armani, les chevaliers sont armés de M-16. Et Myriam, jeune femme moderne, doit fournir de gros efforts pour s'adapter à la vie de château et aux rites ancestraux de sa nouvelle famille. Avec tous ces ingrédients, on pourrait s'attendre à un rythme soutenu. Mais passé le premier tiers du roman, Stross s'essouffle nettement. Moins inventif, moins détonnant que d'habitude, il encombre son récit avec de trop nombreux dialogues ; qui ne font souvent que commenter l'action. L'autre conséquence de ces bavardages à répétitions, c'est que les personnages deviennent prévisibles, perdent de leur mystère. Pour qu'un tel récit fonctionne — et on imagine ce qu'un Michael Moorcock aurait su en faire ! — il faudrait au contraire que les membres de cette famille aient des personnalités fortes, des motivations complexes. En fait, Stross semble avoir un peu de mal à trouver ses marques dans ce nouveau projet. Et ce qui manque surtout à ces intrigues familiales et à ces luttes de pouvoir, c'est un vrai climat, une ambiance prenante, envoûtante.

     Dommage. Mais pas de panique : Après tout, il ne s'agit que du premier volume d'une trilogie. Et même si Une affaire de famille ne tient pas toutes ses promesses (car il n'est finalement qu'un énorme prologue) ; Stross reste un auteur doué et réellement prometteur. On attendra donc la suite, en espérant qu'il saura donner plus de rythme, de souffle et de densité aux sombres machinations de ces Princes-Marchands. Wait and see...

Xavier BRUCE
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 17/11/2008


 

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