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Voisins d'ailleurs

Clifford Donald SIMAK

Textes réunis par Pierre-Paul DURASTANTI



Illustration de Philippe GADY

BÉLIAL' (Saint-Mammès, France) n° (55)
Dépôt légal : mai 2009, Achevé d'imprimer : mai 2009
320 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 978-2-84344-091-5
Format : 14,0 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le grand retour de Clifford D. Simak !
 
     Il s'approcha, se pencha, et laissa courir sa main sur le haut de l'objet sans se demander ce qui lui inspirait cette réaction, même s'il songea, un peu tard, qu'il aurait sans doute dû se retenir. Mais ce devait être sans danger, car il ne se passa rien — dans un premier temps. Le métal, ou le matériau évoquant le métal, était lisse sous la paume et son poli semblait abriter une terrible dureté ainsi qu'une force effrayante.
     Il retira sa main, se redressa et recula d'un pas.
     La machine émit un unique cliquetis, comme par choix — comme pour attirer l'attention, prouver sa nature et indiquer qu'elle possédait une fonction et entendait l'accomplir avec autant d'efficacité que de discrétion.
     Telle fut du moins la nette impression qu'il en retira.
     Puis elle pondit un oeuf...
 
     Né en 1904 dans la ferme de son grand-père maternel près de Milville, dans le Wisconsin, Clifford D. Simak fut cultivateur puis journaliste, avant de devenir l'un des écrivains de science-fiction américain les plus traduits au monde. Il est mort en 1988, laissant derrière lui près d'une trentaine de romans — dont l'immense Demain les chiens, réédité rien moins que dix-huit fois en France — et plus de cent nouvelles ; une œuvre considérable empreinte de sensibilité et de nostalgie sans équivalent.
     Voisins d'ailleurs réunit neuf récits de Clifford D. Simak : quatre inédits et cinq perles depuis longtemps indisponibles et jamais réunies en recueil, proposées ici dans des traductions nouvelles ou révisées, dont « La Grotte des cerfs qui dansent », texte d'exception lauréat des prix Hugo, Nebula, Locus et Analog.

    Sommaire    
1 - Pierre-Paul DURASTANTI, Avant-propos, pages 11 à 11, Introduction
2 - La Maternelle (Kindergarten), pages 13 à 64, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
3 - Le Bidule (Contraption), pages 67 à 77, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
4 - Le Voisin (Neighbor), pages 79 à 104, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
5 - Un Van Gogh de l'ère spatiale (The Spaceman's Van Gogh), pages 107 à 126, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
6 - La Fin des maux (Shotgun Cure), pages 129 à 148, trad. P. J. IZABELLE rév. Pierre-Paul DURASTANTI & Olivier GIRARD
7 - Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux (The Birch Clump Cylinder), pages 151 à 180, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
8 - La Photographie de Marathon (The Marathon Photograph), pages 183 à 241, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
9 - La Grotte des cerfs qui dansent (Grotto of the Dancing Deer), pages 243 à 266, trad. Michel LEDERER
10 - Le Puits siffleur (The Whistling Well), pages 269 à 301, trad. Gilles GOULLET
11 - Pierre-Paul DURASTANTI, Bibliographie, pages 303 à 304, Bibliographie

    Prix obtenus    
La Grotte du cerf qui danse : Nebula, nouvelle / Short story, 1980, Analog (prix des lecteurs), nouvelle / Short story, 1981, Hugo, nouvelle / Short story, 1981, Locus, nouvelle / Short story, 1981
 
    Critiques    
     Tout le monde s'accorde à dire que Clifford D. Simak est un grand écrivain. Comment expliquer alors que depuis vingt ans, à une seule exceptions près, aucun texte inédit ne soit paru en France ? Certes, beaucoup d'œuvres de Simak étaient traduites en 1990, date de parution de La Confrérie du Talisman, dernier roman inédit en date. Mais il restait encore des textes à découvrir. Alors, Simak, auteur pas vendeur ? Il faut dire que son amour des cadres pastoraux sereins et son militantisme pour une humanité réconciliée avec elle-même et son environnement sont à mille lieues des débordements bellicistes et/ou surexcités que la SF connaît depuis une vingtaine d'années.
     En fait, la seule exception à ce désert éditorial était constituée par le numéro 22 de la revue Bifrost, consacré à l'auteur en avril 2001. C'est donc tout naturellement le Bélial' à qui l'on doit ce nouveau recueil de neuf textes dont quatre inédits, les autres ayant été publiés en revue et jamais repris depuis. Ne mâchons pas nos mots : il s'agit là d'un authentique événement.
     Événement éditorial, donc, mais les textes sont-ils à la hauteur de leur réputation ? Commençons par l'exemple le plus évident : « La grotte des cerfs qui dansent », nouvelle maintes fois primée, où un paléontologue découvre dans une grotte des peintures murales peu courantes ; cela ne constituera que la première surprise d'une longue série qui lui fera rencontrer un homme lui aussi étonnant... Un texte splendide, condensé de l'œuvre de Simak, hymne à la tolérance et l'humilité qui ne néglige pas pour autant la suspension d'incrédulité propre au genre, et dans lequel l'auteur laisse libre cours à sa passion pour les jeux temporels. On retrouve aussi le thème du gardien, abordé dans Au carrefour des étoiles, et du solitaire, même si ici il l'est plus par nécessité que par goût personnel (qui caractérise nombre des protagonistes simakiens).
     On l'a dit, Simak a beaucoup écrit dans la SF « pastorale », aussi n'est-ce pas surprenant de trouver bon nombre de nouvelles relevant de cette thématique : dans « La Maternelle », une machine débarque brutalement en pleine campagne, et se met à exaucer les vœux des villageois. Et si c'était une tentative d'invasion extra-terrestre ? Peut-être, mais qui dit Simak dit invasion pour la bonne cause... De même, « Le Bidule » (premier inédit) se révèle un artefact œuvrant plutôt dans le bon sens. De même que « Le Voisin » (autre inédit), même s'il s'agit ici d'une créature vivante et non d'un objet. Avec toujours le même leitmotiv : tout représentant d'une technologie avancée qu'il soit, la créature ou l'artefact ne servira qu'à renforcer le lien qui unit l'Homme avec la planète qui l'a enfanté.
     Il convient de constater que nombre des nouvelles réunies ici suivent le même procédé (du reste employé très fréquemment en roman par Robert Charles Wilson, l'auteur de Spin) : un objet d'origine extraterrestre est découvert par des terriens qui n'ont pas nécessairement le bagage scientifique pour l'appréhender, et il va changer la face du monde. C'est peut-être le point faible du recueil : cette thématique est abordée par trop de textes, et laisse donc peu de place aux autres sujets abordées par Simak. Le lecteur découvrant l'auteur risque de croire que ce dernier n'a exploité qu'une seule idée durant sa carrière, même si bien sûr il en a tiré des traitements différents. Ainsi, hormis les trois textes indiqués ci-dessous, on rajoutera « Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux » (troisième inédit) et « La Photographie de Marathon » (quatrième et dernier inédit), qui reprennent le même thème, avec toutefois des issues divergentes : si « Le cylindre... » reste très prévisible dans son exploitation du paradoxe temporel, « La Photographie... » est à compter parmi les franches réussites du recueil, grâce aux nombreuses interrogations sur les notions d'être humain et de destin qu'il soulève. « La fin des maux », texte mineur, complète le tableau de cette thématique.
     Les deux textes restants, poignants, abordent des quêtes personnelles riches de sens : « Un Van Gogh de l'ère spatiale », beau récit doux-amer où un homme tente de retrouver la trace du plus célèbre peintre de l'ère spatiale, et « Le puits siffleur », où Simak aborde les thèmes du poids de l'histoire familiale et des légendes qui se colportent de village en village.
     Au final, on ressort de ce recueil avec la conviction renforcée que Clifford D. Simak n'a pas eu ces dernières décennies le traitement auquel il serait en droit de prétendre. Rarement auteur n'aura en effet aussi bien parlé de l'Homme, de tout ce qui le lie à ce qui l'entoure, sans pour cela sombrer dans un nombrilisme stérile : les nouvelles de Simak se lisent d'une traite, touchent au cœur tout en étant puissamment évocatrices de certains ailleurs, la plupart du temps habillées d'une légère pointe d'humour.
     On ne saurait donc trop remercier les éditions du Bélial', qui nous proposent ici une excellente entrée en matière pour ceux qui ne connaîtraient pas l'auteur. En attendant de nombreux autres livres futurs susceptibles de rendre justice à l'étendue du talent de Simak.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 13/7/2009 nooSFere


     Pour qui lisait déjà de la science-fiction au siècle dernier, voir paraître aujourd'hui un « nouveau » Simak constitue une surprise aussi inattendue qu'agréable. Plus de vingt ans après la disparition de l'auteur, on ne peut que se réjouir du fait qu'un éditeur continue de s'intéresser à son œuvre si particulière et parvienne encore à y dénicher quelques perles peu ou pas connues.

     Nouveau, Voisins d'ailleurs l'est en bonne partie. Des neufs nouvelles figurant à son sommaire, quatre sont inédites, et les cinq autres étaient jusqu'alors seulement disponibles en revues, parfois dans des traductions peu recommandables (je pense en particulier à « La Maternelle », dont la version parue il y a plus d'un demi-siècle dans Galaxie n'entretient qu'un rapport assez lointain avec le texte d'origine). Les récits sélectionnés par Pierre-Paul Durastanti appartiennent à deux époques différentes de la carrière de l'auteur. Cinq d'entre eux ont été publiés entre 1953 et 1961, lorsque Simak était à l'apogée de sa carrière de nouvelliste. Les autres, parus en 1974 et 1980, datent d'une période où l'écrivain a délaissé la forme courte au profit du roman.

     « La Maternelle », qui ouvre ce recueil, constitue l'archétype de la nouvelle simakienne : un décor champêtre omniprésent, commun à nombre de ses œuvres, version idéalisée de son Wisconsin natal ; un vieil homme solitaire, menant une vie paisible, faite de contemplation et de rituels routiniers ; et puis soudain, entre un prunier en fleurs et une étable abandonnée, un objet incongru, tombé d'on ne sait où, et offrant aux promeneurs les cadeaux de leurs rêves. A partir de cette découverte, Simak déroule méthodiquement le fil de son récit, observant non sans amusement les réactions provoquées par l'irruption de cette machine, jusqu'à la révélation finale de sa véritable nature.

     Lorsqu'on évoque Simak, on insiste le plus souvent — et à juste titre — sur ses origines. Mais il est l'homme de deux mondes : l'un rural, presque archaïque, survivance d'une Amérique d'un autre âge, la ferme familiale où il a grandi ; l'autre urbain, moderne, la ville de Minneapolis où il a mené l'essentiel de sa carrière journalistique. Son œuvre toute entière est empreinte de cette dualité, à la fois nostalgique d'un mode de vie en voie de disparition et en prise directe sur l'évolution de la société américaine. Et lorsque ces deux univers se rencontrent, ce n'est pas toujours sans heurts, qu'il s'agisse des innombrables curieux attirés par la machine de « La Maternelle » ou du journaliste menaçant de révéler le secret de Coon Valley dans « Le Voisin ».

     Le plus souvent toutefois, Simak évite d'opposer frontalement ces deux mondes. Son propos n'est pas de faire l'apologie de l'un au détriment de l'autre. Plus subtilement, le décor familier, presque hors du temps, où il situe nombre de ses histoires, constitue pour lui le socle idéal d'où il peut observer ses contemporains, s'interroger sur leurs valeurs, leur mode de vie. Ici, la nature invite l'homme à s'appuyer sur « la solidité des choses terrestres » pour aborder le monde d'un point de vue différent. C'est sans doute ce qui en fait aussi pour les extraterrestres l'endroit parfait où poser leur soucoupe, qu'ils souhaitent établir un premier contact avec l'humanité ou simplement y couler des jours paisibles.

     Même lorsqu'il nous embarque pour une planète lointaine dans « Un Van Gogh de l'ère spatiale », Simak opte pour un cadre rural, peuplé de créatures bienveillantes, qui lui permet à travers le destin d'un artiste étranger à ce monde de développer une réflexion passionnante sur la rivalité opposant la foi à la raison, prolongeant ainsi un questionnement permanent dans son œuvre sur la nature de l'homme et son parcours.

     Evidemment, à force d'utiliser sans cesse les mêmes thèmes, il lui arrive parfois de se répéter. C'est le cas pour « Le Bidule », la nouvelle la plus faible du recueil, qui ne fait qu'effleurer une idée qu'il a développé de manière plus convaincante dans d'autres textes. Mais le plus souvent l'effet de répétition n'est en rien gênant. Au contraire, il structure la pensée de l'auteur, et offre au lecteur le même cadre confortable dont bénéficient ses personnages.

     Les quatre textes écrits dans les années 70 marquent une évolution dans le style de Simak. Les thèmes abordés sont plus variés, leur construction parfois plus alambiquée. A soixante-dix passés, Simak s'amuse à se frotter à des genres qu'il avait peu abordés jusque là, comme dans « Le Puits siffleur », récit horrifique tout à fait inattendu de sa part. On retrouve souvent le décor familier de ses nouvelles antérieures, mais il prend alors soin de tirer son histoire dans une direction inattendue (la pirouette finale de « Le Cylindre dans le bosquet de bouleaux ») ou de brouiller les pistes en entremêlant divers éléments (« La Photographie de Marathon », où l'on croise voyageurs temporels, artefact extraterrestre et images surgies du passé). De ces quatre nouvelles, la plus réussie est sans conteste « La Grotte des cerfs qui dansent », vainqueur en son temps des prix Hugo et Nebula. Une histoire simple et élégante, mettant en scène un personnage on ne peut plus simakien, témoin discret mais privilégié de l'histoire de l'humanité.

     Que vous soyez fan de Simak de longue date, ou que vous souhaitiez vous initier à son œuvre, Voisins d'Ailleurs constitue une lecture indispensable.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2009 dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 28/10/2010


 
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