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La Guerre des mondes

Herbert George WELLS

Titre original : The War of the Worlds, 1898
Première parution : William Heinemann, 1898

Traduction de Henry D. DAVRAY
Illustration de Henrique Alvim CORRÊA
Illustrations intérieures de Henrique Alvim CORRÊA

OMNIBUS (France), coll. Omnibus
Dépôt légal : octobre 2017
256 pages, catégorie / prix : 49 €
ISBN : 978-2-258-14625-9
Format : 26 x 31,6 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    

"Alvim Corrêa a fait plus pour mon travail avec son pinceau que moi avec ma plume."
H.G. Wells

Fasciné par La Guerre des mondes, l'artiste d'origine brésilienne Alvim Corrêa entreprit d'illustrer le chef-d'oeuvre visionnaire de H.G. Wells, pierre fondatrice de la science-fiction moderne. En 1903, il présente son travail à H.G. Wells qui applaudit avec enthousiasme. Il avait enfin trouvé l'illustrateur à la démesure de son roman : fidèle, spectaculaire, violent, angoissant. Il faudra deux ans à Corrêa pour créer les 137 illustrations de cet album, publié à 500 exemplaires en 1906, et devenu mythique.


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Albin Michel : La Bibliothèque idéale de SF (liste parue en 1988)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Science-fiction (liste parue en 2002)
François Rouiller : 100 mots pour voyager en science-fiction (liste parue en 2006)

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
War of the Worlds , 1938, Orson Welles (Pièce radiophonique)
La Guerre des mondes , 1953, Byron Haskin
War of the Worlds (The) , 1978, Jeff Wayne (Album Rock Progessif)
War of the Worlds , 1988 (Série TV)
Jeff Wayne's La Guerre des Mondes , 1998, Rage Software (Jeu Vidéo)
La Guerre des mondes , 2005, Steven Spielberg
Invasion , 2005, David Michael Latt
War of the Worlds , 2005, Timothy Hines
La Guerre des mondes , 2006, Ian Edginton & D'Israeli (Bande dessinée)
War of the Worlds (The) , 2006, Jeff Wayne & Damian Collier (Comédie Musicale)
La Guerre des mondes 2 , 2008, C. Thomas Howell
La Guerre des mondes , 2017 (BD)
La Guerre des mondes , 2017 (BD - Tome 1)
La Guerre des mondes , 2017 (BD - Tome 2)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio (1973)


 
     0n n'a pas si souvent l'occasion, dans Fiction, de parler des classiques, parce qu'en matière de critique l'occasion justement, fait le larron, ou plutôt fait le papier. Mais n'est-ce pas un tort que de subir aussi impérativement la loi de l'actualité, alors que la matière littéraire frise l'éternel, qu'elle est celle en tout cas qui s'effrite, qui se démode le moins vite ? Mieux vaudrait peut-être parler plus souvent des grandes œuvres, les mêmes, il n'y en a pas tant, et ne pas tartiner des pages et des pages de morosité sur des œuvres qui portent en elles, dès leur parution, la marque de l'éphémère...
     Nous parlerons donc ici — brièvement — de deux classiques. Et, ô paradoxe c'est l'actualité qui les a glissés sur notre écritoire, ce qui nous permet de rester dans la ligne, tout en enfourchant notre dada. L'actualité, c'est la parution dans Folio-Gallimard, à quelque mois d'intervalle, de La guerre des mondes et de 1984 — comme quoi la lutte de Gallimard contre le géant Hachette peut nous apporter quelques fruits. Et ces fruits, malgré leur âge, sont juteux à souhait.
     Quand on parle de classique, on voit en général les narines se pincer et les nez se plisser, comme si ces organes respectables se préparaient à l'éternuement obligatoire provoqué par la couche de poussière que charrie le terme par couvertures interposées. Mais c'est là une idée fausse, un cliché : un mauvais classique, un classique qui a, comme on dit, « vieilli », n'est tout simplement pas un classique. L'apanage du classique, c'est justement de rester jeune par-delà les ans ou les siècles, c'est de durer, c'est d'être toujours neuf, toujours étonnant, malgré ce qui est venu après...
     Un classique est un phare qui vous éclaire dans la nuit des bibliothèques surchargées, c'est une lumière vers laquelle lecteurs comme écrivains vont chercher leurs références. Les classiques, c'est le sel de la terre, au prolétaire royaume des livres.
     La guerre des mondes et 1984 font partie de ce sel. Ils n'ont ni l'un ni l'autre bougé, ils sont intacts, flamboyants, ils comptent parmi les dix ou vingt plus beaux et plus forts livres de science-fiction jamais écrits. Nous avons envie à ce stade de lancer vers tous les lecteurs de Fiction (dont beaucoup sont fort jeunes) la question essentielle : qui parmi vous a lu ces deux livres ?... Mous n'en saurons jamais la réponse, mais qu'on sache que cette notice est écrite pour ceux qui ignorent ce Wells et cet Orwell, et qui seraient tentés de persévérer dans cette ignorance, au profit d'un Larry Niven ou d'un Charles Platt de passage.
     La guerre des mondes et 1984 ont tout juste cinquante ans d'écart : le premier a été écrit en 1898, le second en 1948. Et cet écart manifeste aussi deux directions primordiales de la SF : l'étude du danger qui vient du dehors (Wells), et l'étude du danger qui vient du dedans, des hommes eux-mêmes (Orwell). La première tendance a donné naissance au space-opera, la seconde à tout un courant mal définissable de science-fiction sociologique et politique auquel se rattachent la plupart des jeunes auteurs d'aujourd'hui.
     Et pourtant... Lisez La guerre des mondes, et vous serez bien en peine de citer un ouvrage similaire qui le vaille (sauf peut-être Guerre aux invisibles d'Eric Frank Russell). Lisez 1984, et vous verrez qu'il est le modèle et le dépassement de Limbo, de Jack Barron et l'éternité, de Tous à Zanzibar.
     En fait, ces deux romans ont été conçus avec tellement de soin dans le détail qu'ils apparaissent bien comme le traitement définitif du thème abordé. La guerre des mondes, c'est l'invasion venue d'ailleurs « comme si on y était » : invincibilité apparente des assaillants, destructions massives, écroulement de la société, survie de petits groupes humains épargnés parmi lesquels se révèlent des collaborateurs en puissance... tout est dit. Mais tout est dit aussi sur les Marsiens, avec cette restriction (qui est une habileté supérieure) que ceux-ci ne sont vus que par les Terriens (sous l'habit du narrateur), et non pas par l'auteur qui aurait pu être tenté de nous informer sur eux du point de vue de Sirius.
     Et c'est bien tout un système écologique qui est aussi mis en image, puisque les Marsiens apportent avec eux leurs végétaux, qui entrent en concurrence avec les plantes terrestres avant d'être vaincues, comme les créatures supérieures, par les micro-organismes de notre monde.
     1984, c'est la dictature totale, décrite aussi « comme si on y était ». On a dit trop vite et trop tôt qu'Orwell avait écrit un roman anticommuniste, après un voyage en Union Soviétique. En réalité, la description de sa société angsoc (« Angleterre socialiste ») s'appuie d'abord sur une juste dénonciation d'une perversion de la révolution de type stalinien, mais aussi sur les formes extrêmes (ceci touchant à cela) que pouvait prendre une société occidentale soumise à un fascisme policier, et que cet anarchiste avait su voir déjà poindre.
     On n'oubliera pas de sitôt cet étouffant Londres du proche futur dominé par les quatre tours des Ministères de la Vérité, de la Paix, de l'Amour et de l'Abondance, ni les portraits omniprésents de « Big Brother », ni ces slogans : « La guerre c'est la paix ; la liberté c'est l'esclavage ; l'ignorance c'est la force ». Et on n'oubliera pas non plus le combat sans espoir de Winston Smith, qui n'entre dans un réseau clandestin de résistance que pour découvrir trop tard que ce réseau est dirigé par le gouvernement lui-même, lequel peut ainsi détecter tous les déviants en puissance.
     Nous ajouterons que ces deux livres ne sont pas seulement remarquables par les thèmes qu'ils développent, mais naturellement aussi par la force de leur écriture, profondément visualisée chez Wells (l'avant-dernier chapitre, Londres mort, avec l'hallucinante errance du narrateur dans la capitale recouverte de la fameuse poussière noire, tandis qu'un Marsien agonisant lance, du haut de son tripode, son cri d'agonie — Oulla, oulla, oulla... — est un morceau d'anthologie), alors que chez Orwell la parole est d'un didactisme glaçant, très distanciateur, mais non dénué parfois d'une pointe de sentimentalisme désespéré.
     Nous pourrions ajouter aussi... Mais nous n'ajouterons rien, espérant seulement avoir été convaincant.

Jean-Patrick EBSTEIN
Première parution : 1/5/1973
dans Fiction 233
Mise en ligne le : 7/1/2018


Edition GALLIMARD, Folio (2005)


     Qui oserait présenter La guerre des mondes aux lecteurs de Galaxies ? Pas moi ! Voilà une question réglée. À défaut, quid d'un rapide (et modeste) survol du monument à travers les âges ?

     1938 — Aldiss a 13 ans. Une émission de radio (réalisée par un Orson Welles qui ne joue même pas de l'homophonie) terrorise les États-Unis. Le scénario est fondé sur le roman de H.G. Wells, publié quarante ans auparavant. De quoi l'Amérique a-t-elle donc si peur ? Des fascismes qui fleurissent comme champignons vénéneux depuis presque dix ans ? Ou, pour être plus précis, des impérialismes qui vont bientôt provoquer la Seconde guerre mondiale ? Le récit de l'invasion martienne tombe on ne peut mieux dans un tel contexte. Chacun trouve, dans l'émission, matière à nourrir ses angoisses — justifiées, il faut bien le dire. Dans l'inconscient collectif, les Martiens sont en uniforme, croix gammée ou soleil rouge.

     1953 — Spinrad a 13 ans. Byron Haskin projette sur les écrans une Guerre des mondes hollywoodienne, qui transforme les tripodes des Martiens en soucoupes volantes. À nouveau, le scénario, bien que demeurant assez proche du roman de Wells, fait la part belle aux angoisses du moment. De quoi l'Amérique a-t-elle donc si peur ? En ces premières années de guerre froide, de la puissance soviétique et de la bombe atomique. Les Martiens sont assimilés, bien que le film n'y invite pas explicitement, à l'ennemi du moment. La dimension vampirique présente chez Wells n'apparaît pas. Plus curieusement, l'envahissante herbe rouge a également disparu. Mais on peut être indulgent avec ce film vieux de plus de 50 ans, qui a d'ailleurs bien mieux que d'autres résisté à l'outrage du temps.

     1898 — Zamiatine a 13 ans. Sous la plume de Wells, les Marsiens (orthographe retenue par le traducteur et « corrigée », ainsi que d'autres détails, dans les récentes rééditions) envahissent la Terre, détruisant tout sur leur passage, avec l'intention manifeste de s'installer. Mais ils sont finalement vaincus par ce qu'ils n'ont pas pris en compte : en l'occurrence, les bactéries qui leur sont étrangères. Darwin et Huxley (T.H., pas Aldous !) sont passés par là. Fable anticolonialiste, bien sûr, en cette époque où l'Europe n'étouffe pas sous les scrupules. Que seront les « microbes » qui mettront à mal l'aventure coloniale ? Le XXe siècle le dira. Wells avait prévenu. Cent ans plus tard, le roman se relit d'une traite : en dépit du décor fin du XIXe, il n'a pas pris une ride.

     2005 — Hélène a 13 ans. On frémit en voyant s'annoncer une version Spielberg du classique de Wells : à quelle sauce hollywoodienne les envahisseurs vont-ils être cette fois mangés ? On a tort de s'inquiéter. Un grand nombre de poncifs sont évités : ni célèbres monuments (américains) détruits, ni politicards corrompus, ni militaires débiles, ni même sages scientifiques qui sauveraient la situation si seulement on les écoutait... Le protagoniste, comme le narrateur du roman, est un individu lambda, un man next door qui subit, comme tout le monde. Le scénario est très proche de l'original, et l'on reste abasourdi devant son actualité. Inquiétudes, toujours et encore. De quoi l'Amérique a-t-elle donc si peur ? Des terroristes ? Même pas : d'elle-même, de ce qui sort de ses entrailles. Il n'est que de voir le sujet d'Histoire que doit traiter le gamin, sur l'occupation française en Algérie...

     1975 — Le soussigné a 13 ans. Un après-midi à la télévision, il découvre ébahi le film de Haskin avant de se précipiter à la bibliothèque de prêt du quartier. Oui, bien sûr, on a La guerre des mondes ici. Et d'autres livres de science-fiction, oui. Ceux qui sont ornés d'une pastille noire sur la tranche. Le début d'une longue histoire avec la SF. Tandis que sur les ondes on n'entend plus que 1OCC (« I'm not in love... »), Jeff Waynes commence à travailler à ce qui, trois ans plus tard deviendra, sur le modèle du Journey to the Center of the Earth de Rick Wakeman (le génie en moins, quand même), sa version musicale de The War of the Worlds, opéra-rock d'écoute toujours agréable, trois décennies plus tard (thanks, Emily !).

     2029 — Sikorski a 13 ans. Sur le bandeau de la 43ème réédition du roman de Wells en cimmérien, qui accompagne la 12ème adaptation kurde au cinéma, on peut lire : « toujours imité, jamais égalé ». Le slogan est aussi inusable que la vision de « Londres mort ». Les vieux inconditionnels relisent avec délectation la préface de Brian Aldiss (dans l'édition anglaise de 2005), celle de Norman Spinrad (dans l'édition française de 2005), et surtout le travail magistral de Joseph Altairac (auquel le présent papier, par sa forme, rend — involontairement — hommage) : H. G. Wells, parcours d'une œuvre (Encrage, 1998). La guerre des mondes fait un tabac, sur les écrans comme en librairie. Il faut dire que le thème est, tristement, plus que jamais d'actualité, même si aucun envahisseur d'outre-espace n'est encore en vue. Les Martiens colonisateurs de Wells ont été successivement impérialistes anglais, japonais, allemands, soviétiques, américains, chinois, on en passe — et cela continue... De quoi a-t-on donc si peur ? Rien de nouveau sous le soleil. Dessine-moi un mythe.

Bruno DELLA CHIESA
Première parution : 1/10/2005
dans Galaxies 38
Mise en ligne le : 1/2/2009


 

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