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Les Conjurés de Florence

Paul J. McAULEY

Titre original : Pasquale's Angel, 1994
Science Fiction  - Traduction de Olivier DEPARIS
Illustration de Isabelle LUTTER
DENOËL, coll. Présences n° (39), dépôt légal : avril 1998
368 pages, catégorie / prix : 129 FF, ISBN : 2-207-24562-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Florence au tout début du XVI° siècle. Mais une Florence bien différente de celle dont nous parlent nos livres d'histoire : Léonard de Vinci a renoncé à la peinture pour donner vie aux machines qu'il dessinait dans ses carnets et l'Italie de la Renaissance connaît déjà sa révolution industrielle...
     La perle de la Toscane reste cependant la ville des grands peintres, des grands architectes, des fêtes... et des intrigues sophistiquées, des morts mystérieuses.
     Comme celle de l'assistant de Raphaël, puis de Raphaël lui-même. Qui est à l'origine de ces meurtres ? Pour quel enjeu ? Sur fond de rivalité entre l'Italie et l'Espagne et de rébellion fomentée par les disciples de Savonarole, Pasquale, jeune peintre apprenti, même l'enquête en compagnie de Machiavel, journaliste à la Gazette de Florence, qui joue les Sherlock Holms avant la lettre...

     Roman historique décalé traversé de personnages mythiques auxquels est redonnée une vie imprévue, roman policier mené tambour battant, roman d'apprentissage, métaphore subtile de quelques-unes des grandes questions qui agitent notre siècle finissant, Les Conjurés de Florence est digne de figurer à côté du Nom de la rose.

     Paul J. McAuley, né en 1955 à Oxford, s'est d'abord orienté vers une carrière de chercheur en biologie. Auteur fécond — sept romans à ce jour — et original, il a été distingué par le prix Philip K. Dick en 1989 et, plus récemment, par le prix Arthur C. Clarke.


    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     On ne peut qu'admirer, au premier abord, la reconstitution minutieuse de cette Florence du XVIe siècle, la justesse des détails concernant les moeurs de l'époque, les intrigues des puissants, qu'ils soient hommes de cour ou d'église, les techniques de fabrication des pigments et les règles de la peinture religieuse. Minutieuse ? Allons donc ! Fantaisiste plutôt puisqu'il s'agit d'une Florence parallèle où roulent des voitures à vapeur, où l'on fume des joints et où les aztèques ont développé de fructueuses relations commerciales. En fait, Paul McAuley a trouvé le juste équilibre dans son collage d'éléments historiques et de décalages spéculatifs pour donner à cette fresque uchronique les couleurs de la crédibilité et le réalisme du détail. Reconstitution minutieuse, donc, car il faut une parfaite connaissance de la période pour la remodeler de la sorte et la restituer avec cette généreuse richesse qui transparaît également dans le style.

     On apprécie tout d'abord les personnages historiques, depuis Léonard de Vinci qui a cessé de peindre pour devenir le Grand Ingénieur, dont les inventions ont changé la face du monde, jusqu'à Machiavel qui, en disgrâce depuis la chute des Médicis, est devenu, à la Gazette de Florence, un journaliste réputé pour ses déductions dignes d'un Sherlock Holmes ou du Guillaume de Baskerville du Nom de la rose.

     Pasquale, apprenti peintre auprès de Rosso, artiste aigri, est le véritable héros de cette enquête qui commence par un meurtre commis dans l'entourage de Raphaël d'une façon que n'aurait pas reniée un Gaston Leroux ou un Edgar Poe, et qui se poursuit par l'empoisonnement de ce dernier. Son ennemi Michel-Ange en est-il le commanditaire ? Est-ce l'oeuvre des savonarolistes qui conspirent et perpétuent l'intolérance de cet antihumaniste notoire ? Celle d'espions à la solde de l'Espagne ?

     Roman policier dans la grande tradition du genre, où les indices sont dissimulés dès les premières pages, Les conjurés de Florence est aussi le récit d'une quête, celle de Pasquale à la recherche du visage de son ange, son chef d'œuvre pictural en gestation, en même temps qu'un roman d'apprentissage, qui conduira le jeune homme vers la maturité.

     Réjouissant, astucieux, bourré de références, ce roman est une réussite à tous les points de vue capable de réconcilier les exigeants amateurs de littérature générale avec les spéculations audacieuses d'une Science-Fiction de qualité.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/4/1998
dans Bifrost 8
Mise en ligne le : 2/11/2003


     Paul McAuley a choisi de situer ce premier roman traduit en français — assez atypique dans sa production, mais nous y reviendrons — dans la Florence de la Renaissance, creuset des évolutions artistiques, économiques et politiques de l'Europe de cette époque.

     C'est la Saint-Luc, patron des artistes florentins, et le peintre Raphaël est attendu à cette occasion pour préparer la prochaine visite du pape. Cette visite a pour but le rapprochement politique des deux cités que sépare une rivalité ancestrale : Rome et Florence. Raphaël, peintre officiel de l'Église, est donc l'émissaire du pape à cette occasion. Le héros du roman de Paul J. McAuley est un jeune élève peintre, Pasquale, éperdu d'admiration pour le travail réalisé par Raphaël. Peu après la messe de célébration de la Saint-Luc où Raphaël fait son entrée, un événement tragique va bouleverser la donne de l'échiquier politique et véritablement faire démarrer le roman. En effet, l'un des aides de Raphaël est retrouvé assassiné et c'est l'occasion pour l'auteur de faire entrer en scène Nicolas Machiavel dans le rôle du journaliste/privé qui va mener l'enquête accompagné d'un Dr Watson improvisé en la personne de Pasquale. Pour l'instant, le lecteur a plutôt le sentiment de se trouver en plein roman historique, même si l'auteur prend quelques libertés pour attribuer certains rôles à des personnages connus : l'exemple de Machiavel vient tout de suite à l'esprit. Mais très rapidement, d'abord par petites touches, puis de façon beaucoup plus nette, les réels changements apportés à l'Histoire sont développés par McAuley. L'événement fondateur de l'uchronie conçue par Paul McAuley est le choix de carrière de Léonard de Vinci : en effet, dans le roman, celui-ci a choisi de privilégier ses travaux d'ingénieur (dont le lecteur moderne peut se faire une idée à travers les croquis qu'il a laissés) aux dépens de son œuvre artistique (on croise Mona Lisa dans le roman, mais Léonard n'a apparemment jamais fait son portrait). Et les conséquences sont énormes : machines volantes, vaporettos sur les routes, appareils photographiques ; la face de Florence et de l'Italie de l'époque en a été changée.

     Ce roman peut donc se lire à deux niveaux : soit comme un hommage à la littérature populaire — fantastique et policier plutôt que SF d'ailleurs — soit comme une réflexion passionnante sur les conséquences du progrès scientifique et la responsabilité de ceux qui en sont les artisans.

     Sur le premier aspect, si le tandem d'enquêteurs Machiavel-Pasquale fait immédiatement penser aux duettistes apparus sous la plume de Conan Doyle (Holmes et Watson, bien sûr), la nature des énigmes posées et la façon de les résoudre évoque à plusieurs reprises Edgar Poe. Le meurtre de l'aide de Raphaël surprendra peu les familiers de la rue Morgue, et le mobile de cet assassinat — ou en tout cas la découverte de ce mobile — rappellera de bons souvenirs aux lecteurs de La Lettre volée. En dire plus sur l'intrigue reviendrait à gâcher le plaisir du lecteur ; ce serait vraiment dommage, tant McAuley s'entend à utiliser de façon très personnelle le matériau de base des clichés de la littérature populaire d'investigation fantastico-policière. Les quelques références déposées ici et là par l'auteur ne font qu'ajouter au plaisir du lecteur qui peut prendre ces signes comme les clins d'œil amicaux d'un complice.

     Mais le plaisir — bien réel — que Paul J. McAuley nous fait partager à travers les aventures picaresques de Pasquale ne doit pas masquer la réflexion qui sous-tend cette entreprise. J'évoquais au tout début de cette critique le caractère atypique de cet ouvrage dans l'œuvre de McAuley : c'est à la fois vrai et faux. C'est vrai si l'on considère que Paul J. McAuley, auteur reconnu (pour l'instant surtout en Grande-Bretagne) de plusieurs romans et d'un recueil de nouvelles dans le domaine de la hard-science, a ici fait œuvre de fantaisiste en proposant une uchronie relevant vaguement d'un « steampunk » à la Tim Powers. C'est faux si, en grattant un peu sous la surface, on expose au grand jour les questions de fond posées par Les Conjurés de Florence. Car dans ce cas — surprise ! — on se rend compte que les préoccupations de l'auteur sont restées les mêmes : il pose à nouveau le problème de la responsabilité scientifique. Les « artificiers » (c'est le nom donné aux ingénieurs qui produisent les machines issues des travaux du Grand Ingénieur, Léonard de Vinci) peuvent-ils si facilement se réfugier derrière un progrès inéluctable pour ne pas se sentir coupables des bouleversements occasionnés par leur travaux ? Qui est responsable du découpage de la ville en deux entre des marchands très riches et une main d'œuvre très pauvre et déqualifiée par les merveilles développées par de Vinci ? Paul McAuley n'apporte bien sûr pas la réponse, mais ses questions résonnent longtemps dans la tête du lecteur attentif : le progrès oui, mais pour qui ?

Benoît DOMIS (lui écrire)
Première parution : 1/6/1998
dans Galaxies 9
Mise en ligne le : 29/4/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2005)


     Paru en 1994 chez Denoël, dans la collection « Présences », le roman de Paul McAuley est vite devenu un classique de l'uchronie. Folio offre une publication en édition de poche. Le roman est accompagné d'une longue nouvelle inscrite dans sa lignée : « La Tentation du Dr Stein ». La révolution industrielle, chère au steampunk, est anticipée à l'époque de la Renaissance. Le cadre de l'action est Florence au début du XVIe siècle. Sont présents tous les personnages mythiques de cette période florissante. Les Médicis ont été chassés, remplacés par une République. Ils rêvent de reprendre le pouvoir, avec l'aide du pape, un des leurs. Le peintre Raphaël est assassiné. Le journaliste Machiavel enquête. La belle Mona Lisa Giocondo soupçonne son mari d'avoir fait empoisonner l'artiste dont elle était la maîtresse. Les fidèles de Savonarole fomentent des troubles... En arrière-plan, trône la figure du vieux maître, retranché dans une tour, Léonard de Vinci. C'est autour de sa personne que s'organise le dénouement de ce roman vif et malicieux.

     En effet, l'uchronie, chez Paul McAuley, est festive, riche en clins d'œil et en rebondissements. À la réflexion sur l'Histoire, l'auteur préfère le bonheur de la fiction pure. Que les protagonistes s'entretuent pour un trésor scientifique n'est pas l'essentiel ; le lecteur est captivé par une intrigue soigneusement construite autour d'une énigme policière. Le décalage entre la réalité telle que tout le monde la connaît — ou croit la connaître — et cette version iconoclaste ajoute le piment indispensable de toute bonne uchronie. La Joconde sort de son cadre. Machiavel ou Raphaël ne sont plus de simples noms dans un livre d'histoire de l'art ou de la littérature mais des êtres de chair. Tout devient possible, par la simple magie de l'écriture.

     Celui qui découvrira l'œuvre dans cette réédition bénéficiera en outre d'un plaisir inconnu lors de la première parution. Il pourra confronter le Léonard de Vinci de Paul McAuley à celui qui triomphe en librairie sous la plume de Dan Brown. La balance de l'amateur de littératures de l'imaginaire penchera vite en faveur de ces Conjurés de Florence, plus imaginatifs que le Da Vinci code.

Gilbert MILLET
Première parution : 1/3/2005
dans Galaxies 36
Mise en ligne le : 15/1/2009


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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