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Mars la bleue

Kim Stanley ROBINSON

Titre original : Blue Mars, 1996

Cycle : Martienne (La Trilogie)  vol.

Traduction de Dominique HAAS
Illustration de Didier THIMONIER

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : décembre 1996
768 pages, catégorie / prix : 130 FF
ISBN : 2-258-04428-6   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   FRANCE LOISIRS, 1999
   in La Trilogie martienne, OMNIBUS, 2006
   in La Trilogie martienne, 2012
   POCKET, 2003, 2006
   PRESSES DE LA CITÉ, 1997, 2018

    Quatrième de couverture    
     Le Vert a triomphé, Mars est « terraformée ». Ceux qui espéraient préserver la planète rouge dans sa terrible beauté ont perdu la bataille. Leur objectif, désormais : empêcher l'invasion de Mars par les Terriens. La tentation isolationniste est forte : c'est la position que défendent les partisans de Mars Libre. Ces derniers ne veulent pas comprendre que, sur la planète mère, la situation est désespérée : un déluge cataclysmique a fait monter l'eau des océans, aggravant un problème de surpopulation déjà crucial. Et l'administration du traitement de longévité ne va pas arrager les choses... On ne voit pas ce qui pourrait empêcher les Terriens, poussés par le désespoir, n'ayant plus rien à perdre, de déclarer la guerre à Mars.
     L'enjeu est maintenant la conquête des autres planètes du système solaire. Les premiers colons s'embarquent dans des astéroïdes évidés, pour des voyages de plusieurs dizaines d'années qui les emmèneront vers les étoiles les plus proches.
     Qu'importe la durée du voyage, ils vivront longtemps. C'est peut-être le nouveau départ dont l'humanité avait besoin...
     Après Mars la Rouge et Mars la Verte, qui ont remporté les prix les plus prestigieux de la science-fiction (le Nebula pour le premier, le Hugo pour le second), Mars la bleue est l'ultime volet de cette trilogie martienne appelée à devenir un classique de la SF au même titre que la série Dune de Frank Herbert ou le cycle de Fondation, d'Isaac Asimov.

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1997
Locus, roman de Science-Fiction, 1997
Ozone, roman de Science-Fiction étranger, 1998

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
François Rouiller : 100 mots pour voyager en science-fiction (liste parue en 2006)  pour la série : Martienne (La Trilogie)

 
    Critiques    
     Mars transformée au fil du temps par les ingénieurs planétaires, dotée d'une atmosphère plus dense, de forêts, de mers. Mars dotée de vie, et dont le ciel finit par virer au bleu. Mars colonisée par les Terriens, en proie aux contradictions et aux conflits de leurs sociétés.... Tout un monde à construire en partant de rien. Un projet grandiose, à la démesure des ambitions de notre vingtième siècle agonisant, qui doute de lui-même, trente ans après les premiers pas de l'homme sur la Lune et l'aventure des missions Apollo, et se remet à espérer, rêve à nouveau de la haute-frontière. Qu'en sera-t-il vraiment ?
     Kim Stanley Robinson nous montre la voie. Avec Mars la Rouge, Mars la Verte, et Mars la Bleue, il a non seulement créé une trilogie science-fictionnelle des plus remarquables ; il a fabriqué une machine de conquête, un véhicule bourré de science, de sagesse, une œuvre qui marquera son époque. Qui sait si les milieux industriels et politiques ne seront pas tentés par l'idée ? C'est tellement réaliste, criant de vérité.
     L'auteur a consacré dix-sept ans de sa vie, avec patience, obsession, avec recherche, à construire la trilogie de Mars. Son œuvre antérieure, fortement marquée par la trilogie d'Orange County, prend une dimension de vaste prodrome, d'introduction à un grand-œuvre. On a dit de lui, étiquette commode, qu'il était l'hyperréaliste de la science-fiction : mais lorsque la description de la réalité, ou de son anticipation, est à ce point aussi maîtrisée, achevée, cela touche à la magie. Clarke ne disait-il pas de la science que plus elle devenait complexe, plus elle se rapprochait de la magie dans ses effets, et son incompréhension pour le commun des mortels ?
     Mars la Rouge racontait les débuts difficiles de la colonisation, les premières tensions avec la planète-mère. Mars la Verte allait de l'avant sur la voie irréversible de la transformation du paysage et des mentalités. Le volume s'achevait sur la seconde révolution martienne, alors que la Terre faisait face à la fonte des glaces de l'Antarctique et à une dramatique montée des eaux.
     Mars la Bleue débute avec l'indépendance de la colonie et l'établissement d'une société, fondée sur les meilleures espérances utopistes de la Terre. Puis, lentement, l'action se déplace et le décor se déploie aux dimensions du système solaire, grâce à l'invention de la propulsion spatiale par fusion contrôlée. Les étoiles proches deviennent pratiquement accessibles elles aussi, du moins, dans le cours d'une vie humaine. Or, le traitement de longévité qui s'est généralisé voit l'espérance de vie dépasser deux cents ans. Les principaux protagonistes du roman demeurent ainsi, à l'aube du vingt-deuxième siècle, ces mêmes colons qui foulèrent en 2027 le sol de la planète rouge. Et la Terre connaît une période de surpeuplement extrême avec dix-huit milliards d'habitants, conséquence du recul de la mort.
     Certains finissent par oublier leur condition d'êtres mortels, à commencer peut-être par la substance de leur individualité. Comment tenir intacte une vie aussi longue, entre les murs du cerveau et le mystère de la mémoire ? De quoi sommes-nous faits, sinon de souvenirs, d'un être insaisissable qui laisse des pans entiers de lui-même sombrer dans l'oubli le plus absolu ? D'étranges maladies apparaissent, des trous de la vie mentale, et les blessures de la mémoire sont peut-être le prix à payer, paradoxalement, pour garder son humanité, sa capacité à jouir du moment présent.
     Mars la Bleue nous emmène dans une promenade encyclopédique entre politique et hard science, mais c'est à l'homme ou à la femme que Robinson s'intéresse plus que tout. Malgré quelques longueurs, on les pardonne facilement, le style classique de l'auteur et son talent quasi-proustien à nous faire ressentir de l'intérieur la psychologie des personnages, donnent une dimension vivante, émotionnelle, à la lecture de ce qui n'est pas un « gros roman de SF » de plus, mais un excellent roman de littérature générale du futur.
     Les martiens sont nos frères. Nous ne serons plus jamais seuls dans l'univers.

Christo DATSO (lui écrire)
Première parution : 1/3/1997 Ozone 5
Mise en ligne le : 17/7/2003


     Et si nous réinventions la société humaine, ailleurs ?

     Mars la Bleue commence là où s'était arrêté Mars la Verte, et Kim Stanley Robinson, avec le réalisme littéraire d'un Zola et la méticulosité scientifique d'un chercheur du CNRS, continue d'envisager les forces socio-politiques, les questions morales et le développement psychologique de ses personnages, dans un XXIIe siècle où l'Homme a su faire de Mars une planète habitable, en la terraformant.

     Comme dans les deux volumes précédents, Robinson s'amuse avec une narration complètement éclatée, multi-focale, et encore moins linéaire. Le livre est parsemé de blocs, entrecoupé d'ellipses et de changements de focalisation tout comme d'attention portée aux personnages : certains, tels Hiroko, sont abandonnés, d'autres, importants jadis, meurent en silence en l'espace de quelques lignes. Chaque chapitre suit un personnage différent dans son combat pour la vie, qu'il soit un Rouge conservateur, nostalgique des cailloux carmins, un Vert terraformateur cherchant à plier la planète au confort de ses habitants, ou un Terrien fuyant la submersion des continents sur notre bonne vieille planète. Immense patchwork sans fil directeur évident, Mars la bleue est un musée aux multiples tableaux qui, réunis, comme les histoires se croisent, donnent une impression globale de la vie d'une planète et de ses problèmes politiques, Et, comme Zola, Robinson est étonnant, grandiose, tout autant que magnifiquement ennuyeux lorsque s'éclipsent les derniers soubresauts d'une action trop rare. La dimension, ou plutôt toutes les dimensions de ce récit en font, paradoxalement, un livre incontournable mais pesant...

     Le roman donne l'impression que Robinson a lancé son jouet, initialisé son univers dans les deux premiers volumes pour se complaire dans le troisième à venir observer — tel un dieu omniscient — les destins épars de ses personnages affolés. Venir observer les directions et les résultats d'une société en quête d'Utopia, et les combats aveugles des utopistes contre l'Histoire : « Nous pouvons prendre l'Histoire par le bras et le lui péter... » hurlent-ils en rompant à jamais le câble de Sheffield, dernier chemin qui les liait à la Terre.

     Alors se pose la véritable question de cette colossale trilogie martienne. Non pas pouvons-nous terraformer Mars, ni devons-nous terraformer Mars, mais plutôt : si nous terraformions Mars, serons-nous capables de faire une société meilleure, de développer une nouvelle éthique où s'équilibreront les intérêts des hommes et ceux de la planète ?

     La vérité, c'est que Kim Stanley Robinson ne veut pas y répondre. Son livre n'est pas une réponse. Il n'est pas même une conclusion : le roman sème au vent de la tempête martienne le destin de tous ses habitants, parce que la vie, là-haut non plus, n'a pas de fin. On ne conclut pas l'histoire de la vie. Mais le lecteur sensible saura peut-être trouver un élément de réponse, ou juste une touche subjective inavouée dans la structure du roman : celui-ci commence et finit avec le même personnage, Ann Clayborne. Elle est en pleine dépression au début du roman, comme la grande majorité des survivants de Mars la Rouge, et partagée entre une colère profonde contre les terraformateurs et la peur de la violence des Rouges : elle ne veut pas perdre dans ce combat les derniers amis qui lui restent, ceux avec qui elle a partagé son petit bout d'histoire, les survivants des cent premiers, de quel côté qu'ils soient. Et, soudain, l'Homme passe devant l'Histoire. Soudain l'Homme passe devant l'Utopie, mais de façon si subtile qu'on ne sait plus si cela s'est vraiment passé. Il n'y aura pas de quatrième volume, et la question de savoir si l'Homme est capable d'être fondamentalement bon, même au sein d'une société, reste en suspens, mais un suspens néanmoins plein d'optimisme.

Henri LOEVENBRUCK
Première parution : 1/3/1997 dans Galaxies 4
Mise en ligne le : 3/12/2008


 

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