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Ose

Philip José FARMER

Titre original : Dare, 1965
Première parution : Ballantine, 1965

Traduction de Martine RENAUD & Pierre VERSINS
Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 621
Dépôt légal : 4ème trimestre 1975
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Philip José Farmer est né en janvier 1918 dans l'Indiana. Il dut travailler jeune et prépara une licence de lettres grâce à des cours du soir. Il l'obtint en 1950. L'année suivante il composait The lovers, long récit dont est tiré le présent roman qui marqua le début de sa carrière littéraire.
 
     La planète Ose a été colonisée par des Terriens qui, depuis, la partagent avec les espèces locales, les Horstels, les Dragons, les Licornes, les Mandragores et les Loups-garous. Les Horstels sont humains à un détail près, mais la société puritaine qui s'est établie sur Ose les considère comme des ahimaux. Certes, ils ont un langage, une histoire, des arts et ils vivent en société, mais une épaisse toison pareille à la queue d'un cheval tombe de leurs reins. Qui plus est, ils vivent nus.
     La Tradition punit de mort le crime de bestialité, c'est-à-dire la passion d'un homme pour une femelle horstel. Mais R'li est si belle que Jack Cage est pris de doute : la Tradition serait-elle mensongère ? Les Horstels ne seraient-ils pas humains ?

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1970)


Dans la science-fiction actuelle, Philip José Farmer est une sorte de Janus créant d’un côté des récits d’aventures dont la verve et la couleur ont rarement été surpassées, tandis qu’il médite, de l’autre, sur divers tabous du domaine littéraire qui nous occupe. Il y a, d’un côté, Le faiseur d’univers et, de l’autre, Les amants étrangers. Dans le présent roman, c’est surtout le narrateur d’épopées qui est au travail, mais Farmer ne peut s’empêcher de laisser au passage quelques sujets de méditation pour le lecteur qui aime lire entre les lignes.

Celui qui lit d’abord les lignes elles-mêmes découvre la planète Ose sur laquelle vivent des humains dont la civilisation n’a manifestement jamais atteint le niveau de l’exploration spatiale. En plus ou moins bonne intelligence avec ces humains, diverses autres espèces peuplent ce monde, lequel gravite autour de l’étoile Tau Ceti ; les loups-garous, les horstels, les mandragores et les licornes. Les horstels (de horse-tail, queue de cheval) ressemblent absolument aux humains, à un détail près : leur longue crinière qui se termine en une queue opulente, laquelle leur a valu leur nom. Malgré l’évidente ressemblance avec leur propre espèce, les humains considèrent les horstels comme des animaux inférieurs, et quelques-uns d’entre eux préconisent même leur totale extermination. Pourtant, les horstels possèdent une culture et une civilisation.

Le mot de l’énigme – ou tout au moins une partie de ce mot – est révélé par Farmer aux premières lignes du livre déjà. Les ancêtres des humains vivant sur Ose y furent amenés bien des siècles plus tôt par des extra-terrestres qui les avaient enlevés vers la fin du XVIe siècle. Dans son prologue, Farmer chatouille les mânes de Charles Fort et de ses émules en évoquant complaisamment certaines disparitions inexpliquées dont parlent quelques chroniqueurs, et ainsi le lecteur sait tout de suite d’où vient Jack Cage, le jeune protagoniste du roman. Les aventures de Jack Cage se rattachent, dans l’ensemble, au thème classique de la découverte progressive de la réalité sous des apparences et des traditions trompeuses, et l’intérêt majeur du roman ne doit pas être cherché là.

L’intérêt majeur de Ose tient, avant tout, à la narration elle-même. Contrairement à tant de romanciers – qu’ils soient de science-fiction ou non – Farmer écrit ses descriptions en se rappelant qu’il possède cinq sens, et non point la vue seulement. On voit ses décors, mais on entend les bruits de ses forêts, on sent l’odeur de son herbe ou de ses souterrains, on a l’impression de toucher ses arbres et on sait à quoi ressemblent les boissons que consomment ses personnages. Tout cela est évoqué sans ralentissement du rythme de narration, au moment même où les personnages le perçoivent. Et il convient de remarquer que ces descriptions de Farmer sont essentiellement objectives, et non point subjectives : le romancier ne cherche pas à suggérer un climat psychologique, mais il parvient au contraire à faire partager à son lecteur le mélange de sensations tel que ses héros le reçoivent.

Ce récit a eu une histoire assez complexe. En 1953, Farmer avait écrit pour la revue Startling Stories un feuilleton intitulé A beast of the fields. Pour des questions de rythme de parution liées à la publication de la revue, le feuilleton n’avait jamais été publié. En 1965, Ballantine Books fit paraître en un volume une version remaniée du même récit, et c’est ce dernier que « Ailleurs et Demain » présente au lecteur français. Il n’est pas inutile de connaître ces détails, car Ose laisse apparaître une curieuse inhomogénéité. Les trois premiers quarts du récit sont présentés à un rythme parfaitement satisfaisant, comparable en sûreté à celui dont Farmer a usé en écrivant Le faiseur d’univers. Mais la fin est étrangement bâclée, à tel point que le lecteur se demande par moments si ce n’est pas un simple résumé qu’on lui offre. Cela est-il dû à la refonte de l’ouvrage, refonte destinée à permettre la publication dans les limites des volumes de Ballantine ? On est tenté de répondre par l’affirmative ; les données précises font cependant défaut.

Quoi qu’il en soit, l’intérêt du lecteur reste éveillé, alors même que son sens de l’équilibre est déçu. Car Farmer a placé, souvent bien en vue, certains traits de son symbolisme de prédilection. Voici par exemple ce Chuckswilly, homme à la personnalité vigoureuse, qui n’hésite pas à considérer la trahison comme un chemin parfaitement utilisable pour aboutir à certains résultats politiques, et qui se réfère à un ancêtre circassien nommé Djugashvili : contrairement à l’auteur et au lecteur, il ne peut évidemment pas savoir qu’un autre Djugashvili a fait parler de lui, dans l’histoire terrestre, sous le nom de Staline… Voici tout le peuple des horstels, qui vivent nus, qui manifestent envers les questions sexuelles une absence d’hypocrisie très différente des complexes humains, qui sont pourvus d’une longue queue, et qui habitent dans les profondeurs de la planète. Partant du rapprochement entre ces profondeurs et celles de l’inconscient, le lecteur est libre de reconstituer ce que l’auteur a voulu suggérer. Il peut aussi méditer sur le tabou adopté par les humains de Ose, qui considèrent comme un crime toute relation sexuelle avec les horstels. Et il peut également réfléchir sur la manière dont Jack Cage élargit progressivement son horizon, intellectuel et émotif.

Dans certains cas, Farmer ne fait que suggérer la réponse. Dans d’autres, il est très explicite. Dans d’autres encore, il paraît dissimuler volontairement quelques données (mais cela ne résulterait-il pas du raccourcissement – sans symbolisme ! – du roman, envisagé plus haut ?). Quelle que soit l’attention que le lecteur accorde à ces questions, et même s’il ne leur accorde pas d’attention, il se trouve, pendant les trois quarts du livre, en présence d’un conteur de très grande classe qui sait véritablement faire vivre le monde qu’il a créé. Ce volume confirme la très bonne impression produite par les débuts de la collection dans laquelle il paraît.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/8/1970
Fiction 200
Mise en ligne le : 26/1/2020




 
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