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Contes macabres

Claude SEIGNOLLE



MARABOUT - GÉRARD , coll. Bibliothèque Marabout - Géant n° G244
Dépôt légal : 1966
Recueil de nouvelles, 288 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : néant
Genre : Fantastique

Pas de dépôt légal pour cet ouvrage (a priori 1966).



Quatrième de couverture
     ...la façon dont Seignolle traite ses sujets d'épouvante, avec une lucidité terrifiante et une maîtrise qui les rend des plus convaincants, est une qualité qui ne peut appartenir qu'à un auteur français.
     Lawrence Durrell
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Lawrence DURRELL, Préface, pages 5 à 8, préface
2 - Le Miroir, pages 9 à 19, nouvelle
3 - L'Homme qui savait d'avance, pages 21 à 30, nouvelle
4 - L'Isabelle, pages 31 à 57, nouvelle
5 - Un exorcisme, pages 59 à 68, nouvelle
6 - Les Gorel, pages 69 à 90, nouvelle
7 - Celui qui avait toujours froid, pages 91 à 103, nouvelle
8 - Non, pas moi !, pages 105 à 109, nouvelle
9 - Le Bout du monde, pages 111 à 129, nouvelle
10 - Le Christ est vengé, pages 131 à 134, nouvelle
11 - Deux dents, pas plus…, pages 135 à 139, nouvelle
12 - La Mémoire du bois, pages 141 à 159, nouvelle
13 - Pris entre Dieu et diable, pages 161 à 168, nouvelle
14 - Comme une odeur de loup, pages 169 à 176, nouvelle
15 - Un hasard minutieux, pages 177 à 180, nouvelle
16 - Un bel ensorcelé, pages 181 à 185, nouvelle
17 - Le Matagot, pages 187 à 277, nouvelle
Critiques

     Assimiler un écrivain à un de ces prédécesseurs est une méthode commode de classement, mais généralement fausse. Ainsi G. Harry voyait en Jean Ray un « Edgar Poe belge ». Alors qu’il n’y a exactement rien de commun entre eux, sinon le fait qu’ils écrivent des contes fantastiques.

     Dans d’autres cas c’est plus grave : on impose, par avance, de l’auteur une image qui ne correspond pas au fait. Et c’est le cas de Seignolle. Quelqu’un l’a assimilé à Lovecraft ; d’autres suivirent, évoquant chaque fois les noms d’auteurs anglo-saxons. Du coup, l’auteur ne peut que décevoir ceux qui viennent à lui espérant de confiance ce qu’il ne peut leur donner. Et, qui plus est, dans les jugements portés sur l’œuvre nous restons frappés par cette impression de départ.

     Voilà qui explique la sévérité du jugement de Bruno Wauters dans le n°147 de Fiction. Il oppose Seignolle à James Machen, Lovecraft, et lui reproche de ne pas nous faire « basculer, consentants et ravis, de l’autre côté du miroir ». Effectivement, Seignolle ne nous donnera jamais cette satisfaction, mais c’est qu’il ne traque pas sur les mêmes terres, que son fantastique est d’une autre essence et d’une autre origine.

     Ce qui me frappe et m’étonne, parmi tant d’assimilations diverses, c’est de voir que personne ne s’est avisé du seul rapprochement qui me paraît s’imposer : Seignolle-La Varende. Tous deux n’inventent pas les sujets de leurs livres, ils les prennent dans la réalité, parfois la plus banale, et c’est par l’écriture, le style, les images, qu’ils transforment cette réalité. Mais il y a autre chose encore : La Varende a écrit Le sorcier vert, récit qui se rapproche de ceux de Seignolle par la même attitude vis-à-vis du fantastique. Chez les auteurs signalés plus haut, comme chez Jean Ray et la plupart, le fantastique est inventé, créé par l’auteur, qui dispose d’une mythologie personnelle, plus ou moins riche, plus eu moins originale, mais qui ne doit rien au fond populaire. Le fantastique dans ces récits est une rupture avec le réel, c’est le désarroi de l’esprit devant la révélation d’une réalité autre qui vient se juxtaposer à la nôtre. Et là, effectivement, nous basculons de l’autre côté du miroir.

     Chez Seignolle et La Varende il n’en va pas ainsi. Il n’y a pas d’intrusion d’une autre réalité, pas de découverte d’un autre monde. Les sorcelleries paysannes qu’ils évoquent, les maléfices et les envoûtements font partie de notre univers, au même titre que l’odeur de la terre ouverte, que le crissement des blés sous la faux ou la lourde lumière d’août. Ils sont partie intégrante de l’univers et, quand ils se manifestent il n’y a pas suspension des lois normales du monde. Jamais nous n’aurons à basculer de l’autre côté, puisque tout est de notre monde. On peut même dire qu’il n’y a pas de fantastique, ce dernier étant inséparable du réel, du quotidien. Parfois nous, lecteurs, croyons qu’il en va autrement, mais telle n’est pas l’attitude des personnages. Pour eux, cheminer sur une route en compagnie de la Mort, de l’Ankou ou du Diable est un événement terrifiant sans doute, mais qui n’a rien d’étonnant. Ces manifestations, comme les intersignes, font partie de l’univers quotidien, comme les troupeaux, l’étable. Aussi les récits de Seignolle sont fantastiques et insolites pour nous qui les lisons, non pour les personnages qui les vivent. Et cela à la différence des autres auteurs.

     Les Contes macabres nous offrent seize de ces récits dont les sujets n’ont rien de rare. On en trouve de pareils dans les faits divers, qui parfois, à mots couverts, évoquent la sorcellerie campagnarde, les vieilles superstitions vivaces. Chaque fois, l’auteur les a transformés par cette écriture qui convient admirablement aux sujets paysans, mais qui détone et ne s’applique plus au sujet quand Seignolle abandonne la campagne pour la ville, car – et c’est pour moi un grand mérite – son texte paraît conté par un vieux paysan qui aurait du style.

     Que ce fantastique soit de fond populaire, devant énormément à l’enquête folklorique. Il suffira, pour s’en convaincre, d’ouvrir La légende de la mort, réédition abrégée de l’ouvrage, copieux et introuvable, d’Anatole Le Braz. On y retrouve l’homme que le craquement de ses planches avertit de la mort prochaine, l’intersigne et le loup-garou. Mais ce ne sont que quelques éléments de ce livre d’une infinie richesse en thèmes, récits, croyances, rapportés d’une plume inspirée. Et qui nous ouvre d’étonnants horizons maintenant que nous est connue l’œuvre de Selma Lagerlof et des romanciers nordiques. Car voici que la tradition celtique anime les romans. La légende des marchands d’Ys désenvoûtés par un seul achat se retrouve dans Nills Holgerson. De même l’Ankou, le mort menant la charrette funèbre qui hante les routes de Bretagne et qui cède ses pouvoirs la nuit de la Saint-Sylvestre. Il y a quarante ans que le cinéma suédois nous l’a offert, et que nous avons cru La charrette fantôme propre au fond nordique, alors qu’elle est si proche.

     Aussi le texte de Le Braz n’intéresse-t-il pas seulement les amateurs de folklore ou de fantastique, mais également les spécialistes de la littérature comparée.

Jacques VAN HERP
Première parution : 1/2/1968 dans Fiction 171
Mise en ligne le : 31/10/2022

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