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Un coup de cymbales

James BLISH

Titre original : The Triumph of Time / A Clash of Cymbals, 1958
Première parution : Avon, octobre 1958

Cycle : Les Villes nomades  vol. 4

Traduction de Michel DEUTSCH

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 106
Dépôt légal : 1er trimestre 1968
Roman, 224 pages, catégorie / prix : 8,50 FF
ISBN : néant
Format : 12,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     • Elle et lui se sont aimés pendant des siècles... en silence.
     Elle, c'est la femme du maire de la Nouvelle-Terre.
     Lui, c'est l'ancien maire de la plus grande cité volante : New York.

     • Or, en cette année 4001 où ils pourraient enfin s'aimer,
     ils découvrent que l'univers entier est en danger
     et que tout sera à recommencer, sans eux, puisque voici annoncée... la fin du monde.

     Un prodigieux « Science-fiction », d'une lucidité et d'une maîtrise implacables.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)  pour la série : Les Villes nomades
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Les Villes nomades
Denoël : Catalogue analytique Denoël (liste)  pour la série : Les Villes nomades
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)  pour la série : Les Villes nomades

 
    Critiques    

                 « Nous autres, Cités Nomades, nous savons maintenant que nous sommes mortelles… »

                Ce roman, qui complète la tétralogie des Cités de l’Espace, a une histoire assez curieuse. Si l’on se réfère à la chronologie que James Blish établit en guise de résumé à son cycle – et qui figure dans le premier des quatre volumes, Aux hommes, les étoiles – on note que cette chronologie s’achève par l’indication que voici :

                4004 John Amalfi trouve la mort lors d’un accident de chasse.

                Or, la tétralogie de Blish se termine en fait non point sur la disparition d’un homme, mais bien sur celle d’un univers – le nôtre. Visiblement, l’auteur a changé d’idée, en cours de rédaction, sur la conclusion de son œuvre. À quoi cela est-il dû ?

                Les épisodes constituant le premier et le troisième volume de la série furent primitivement publiés sous forme de récits séparés, principalement dans Astounding Science Fiction, la revue de John Campbell. Ainsi qu’il le déclara dans son recueil d’essais critiques The issue at hand, Blish était prêt à abandonner à n’importe quel moment ce cycle, mais Campbell l’encouragea à continuer, et publia épisode sur épisode de l’épopée des Cités Nomades.

                Ainsi que cela se passa avec Conan Doyle pour Sherlock Holmes, Blish dut finir par être lassé de sa création ; l’ampleur de son thème contribua sans doute à lui faire choisir, une conclusion « définitive ». Mais alors que Conan Doyle, sous la pression psychologique exercée par ses lecteurs, fut obligé de faire revenir Holmes de la cascade de Reichenbach, rien n’indique que Blish se propose, à l’heure actuelle, d’ajouter un ou plusieurs épisodes à son cycle.

                Le sujet d’une telle adjonction existe, pourtant (et c’est pourquoi, quelques lignes plus haut, il était question de conclusion « définitive » entre guillemets). En effet, ce quatrième volume s’ouvre sur un extrait de cet ouvrage imaginaire que les lecteurs du cycle connaissent déjà, La Voie Lactée : cinq portraits culturels par Acreff-Monales. Or, l’extrait en question indique que ledit ouvrage a été écrit après les événements formant la substance de Un coup de cymbales – ce qui est d’ailleurs à la fois logique et évident. Donc, quelque chose a survécu à cette fin de l’univers, quelque chose où des êtres savent ce que sont la Terre, Véga, la Voie Lactée, les Cités Nomades. Une porte reste ouverte devant Blish, si celui-ci choisit un jour de rédiger un cinquième volume dans sa série.

                En refermant Un coup de cymbales, le lecteur en vient à souhaiter que Blish utilise une telle porte, car ce volume est certainement le moins satisfaisant de la tétralogie. Blish a-t-il réalisé cette faiblesse ? S’est-il délibérément préparé cette possibilité d’adjonction ? On peut se poser ces questions en considérant la date choisie pour sa fin du monde. Ce millésime de 4004 suggère James Usscher, archevêque anglican et chronologiste émérite qui, en 1658, calcula que la Création biblique avait eu lieu le 22 octobre de l’an 4004 avant Jésus-Christ (à 8 heures du soir, précisait-il encore). Cette symétrie de dates, cette identité des millésimes, suggère un rapport entre cette création et cette destruction, rapport dont la nature n’a pas été révélée par l’auteur.

                La faiblesse de Un coup de cymbales, par rapport aux trois ouvrages antérieurs, tient à deux causes. La première est l’impression de délayage que produit la comparaison entre le sujet du roman et sa longueur. La seconde est le jargon pseudo-scientifique employé par l’auteur.

                Comment réagiraient des gens qui sauraient avec une certitude absolue la date exacte de leur mort ? Dans la note qui précède le roman, l’auteur exprime ainsi la question qui constitue le sujet de son récit. John Amalfi et ses administrés apprennent que l’univers va vers sa fin, et que cette fin est très proche. Ils décident de faire en sorte que leur fin à eux devienne la création de quelque chose. Et c’est ce qui se produit, en effet. Autour de cette intrigue principale, il y a quelques thèmes accessoires : l’amour longtemps inavoué d’Amalfi et de Dee Hazleton, le retour de la planète vagabonde Hé, la présence mystérieuse d’une civilisation que l’on dénomme la Toile d’Hercule, le rôle de l’antimatière. Tout cela est utilisé avec une sorte d’habileté professionnelle, qui ne suffit cependant pas à faire illusion. Manifestement, le sujet convenait tout au plus à une longue nouvelle. Mais une longue nouvelle, cela ne pouvait évidemment « faire le poids » en guise d’épisode final dans l’épopée des Cités Nomades. Alors ?

                Alors, le lecteur est invité à retrouver John Amalfi, vieilli et las, sur cette planète du Petit Nuage de Magellan sur laquelle les citoyens de New York se sont établis, et à laquelle ils ont donné le nom de Nouvelle Terre. Amalfi sera tiré de son inactivité par le retour de Hé, la planète vagabonde, dont les habitants ont découvert que la fin du monde approche. Ils ont détecté l’existence d’un anti-univers dans lequel le temps s’écoule à l’envers, et dont la rencontre avec le nôtre produira leur double annihilation. Avec les savants de Hé, ceux de New York cherchent ce qu’il y a à faire, et parviennent à faire naître quelque chose dont la nature n’est pas précisée – au moment de cette destruction.

                James Blish a desservi la grandeur de son sujet par le jargon pseudo-scientifique qu’il place dans la bouche de ces personnages, au cours des trop nombreuses discussions techniques qu’ils tiennent dans ces pages. Passe encore que les Héviens « entendent » simultanément la création d’un atome d’hydrogène et d’un atome d’anti-hydrogène, et parviennent (acoustiquement ?) à distinguer l’un de l’autre. Mais que signifie une explication comme celle-ci (p. 87-88) :

                Les deux flèches temporelles semblent être de sens opposé mais il est probable qu’elles sont l’une comme l’autre pointées vers l’aval. Si c’est le problème dynamique qui vous tracasse, rappelez-vous que nous avons affaire à deux continuums quadridimensionnels et que, dans cette optique, ils sont statiques.

                Le lecteur tenace peut conclure de ces deux propositions que ce qui est pour nous l’anti-temps est bien le temps de l’anti-univers : pourquoi le dire de façon si compliquée ? Sans doute pour faire intervenir des termes authentiquement scientifiques (temporel, problème dynamique, continuum, quadridimensionnel) qui « feront sérieux », et aussi pour allonger un peu la sauce. En utilisant des circonlocutions de ce genre, Blish tente de jeter un peu de poudre aux yeux de ses lecteurs, afin de cacher ce qu’il y a de gratuit dans les règles du jeu qu’il a en mains. Le pourquoi des lois physiques qu’il imagine, le comment des moyens employés par ses personnages pour contrôler ces lois, sont aussi arbitraires l’un que l’autre. Il devient difficile, dans ces conditions, de conserver toute l’attention du lecteur. Celui-ci assiste à une succession d’événements dont l’enchaînement le laisse partiellement Indifférent, puisque le mécanisme ne lui en a pas été clairement exposé. Blish a sombré ici sur l’écueil qui guette les partisans d’une science-fiction dans laquelle l’élément scientifique, ou pseudo-scientifique, écrase les autres ingrédients du récit.

                Bien entendu, Blish connaît suffisamment son métier pour ne pas s’égarer, par exemple, dans le ridicule qui était celui de Léo Szilard commettant sa Voix des dauphins de sinistre mémoire. Un coup de cymbales possède de la cohésion, et aussi un reflet de la grandeur épique qui est celle de son sujet. Mais il souffre de la comparaison avec les trois livres qui l’ont précédé. Et il laisse apparaître, une nouvelle fois, le peu d’intérêt que l’auteur accorde à l’humanité psychologique de ses personnages. Amalfi et Hazleton – qui n’ont d’ailleurs guère changé depuis les épisodes antérieurs – restent surtout des symboles, tandis que les principaux membres de leur entourage, et surtout les savants qui préparent la manœuvre finale, sont ou interchangeables, ou conventionnels, suivant les cas.

                La traduction de Michel Deutsch est faite avec soin, comme le fut celle des volumes précédents du cycle. Un point curieux. À la page 186, le traducteur parle de musique yé-yé là où l’auteur évoquait John Cage, compositeur américain contemporain qui s’est attaché aux recherches d’une avant-garde expérimentale.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/7/1968 dans Fiction 176
Mise en ligne le : 10/5/2020


 
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