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Roma Æterna

Robert SILVERBERG

Titre original : Roma Eterna, 2003

Traduction de Jean-Marc CHAMBON
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain n° (193)
Dépôt légal : septembre 2004
408 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-221-09854-4   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Et si l'Empire romain n'avait jamais disparu ?
     Sur près de deux mille ans, Robert Silverberg illustre par tableaux successifs l'histoire parallèle d'un Empire romain qui a connu bien des vicissitudes, des guerres et des crises politiques mais qui n'a jamais cessé d'exister et de faire régner, avec quelques interludes sanglants, la Pax romana.
     Le christianisme y est inconnu, ne serait-ce que parce que les Juifs n'ont jamais réussi à quitter l'Egypte des Pharaons. Quelques siècles plus tard, un envoyé spécial de l'Empereur élimine un prophète d'Arabie avant qu'il ait eu le temps de fonder l'islam.
     Ainsi, l'Empire a survécu, avec ses dieux auxquels personne ne croit. Trop vaste pour être gouverné par un seul homme, il est divisé en deux zones d'influence, l'Empire d'Orient et l'Empire d'Occident qui parfois se chamaillent, se font même la guerre mais finissent toujours par se réunifier.
     La technologie évolue plus lentement que dans notre continuum. Vers l'an 2650 AUC (Ab Urbe Condita : depuis la fondation de la ville), qui correspond à la fin de notre XIXe siècle, le téléphone existe et l'automobile fait son apparition...
     L'Amérique a été révélée à peu près à l'époque de nos Grandes Découvertes, mais après deux tentatives d'invasion, l'Empire renonce et les étranges sociétés de l'Outre-Atlantique poursuivent leur développement. De même, Rome ne s'attaque jamais sérieusement à l'Inde et à la Chine : l'Empire est déjà trop grand, trop difficile à gérer et à maintenir uni.
     Pourtant, un empereur entreprend de faire le tour de la Terre et y parvient.
     Quant au peuple juif, c'est dans l'espace qu'il tente son Exode.
     Robert Silverberg a reçu en 2004 pour l'ensemble de son œuvre le titre de Grand Maître de la science-fiction, la plus haute distinction honori­fique du domaine, décerné par l'Association des auteurs américains de science-fiction.

    Sommaire    
1 - 1203 A.U.C. : Prologue (AUC 1203: Prologue), pages 13 à 16, trad. Jean-Marc CHAMBON
2 - 1282 A.U.C. : Avec César dans les Bas-Fonds (With Caesar in the Underworld), pages 17 à 81, trad. Jean-Marc CHAMBON
3 - 1365 A.U.C. : Un héros de l'Empire (A Hero of the Empire), pages 82 à 115, trad. Jean-Marc CHAMBON
4 - 1861 A.U.C. : La deuxième vague (The Second Wave), pages 116 à 150, trad. Jean-Marc CHAMBON
5 - 1951 A.U.C. : En atendant la fin (Waiting for the End), pages 151 à 196, trad. Jean-Marc CHAMBON
6 - 2206 A.U.C. : Un avant-poste du royaume (An Outpost of the Empire), pages 197 à 215, trad. Jean-Marc CHAMBON
7 - 2543 A.U.C. : Se familiariser avec le dragon (Getting to Know the Dragon), pages 216 à 248, trad. Jean-Marc CHAMBON
8 - 2568 A.U.C. : Le règne de la Terreur (The Reign of Terror), pages 249 à 296, trad. Jean-Marc CHAMBON
9 - 2603 A.U.C. : Via Roma (Via Roma), pages 297 à 355, trad. Jean-Marc CHAMBON
10 - 2650 A.U.C. : Une fable des bois véniens (Tales from the Venia Woods), pages 356 à 375, trad. Jean-Marc CHAMBON
11 - 2723 A.U.C. : Vers la Terre promise (To the Promised Land), pages 376 à 398, trad. Jean-Marc CHAMBON

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     A presque soixante-dix ans, et après avoir donné à la S-F bon nombre de ses pierres d'angle (de L'Oreille interne à Les Monades urbaines en passant par Les Ailes de la nuit ou Trips), un auteur consacré comme Robert Silverberg pourrait sans problème se reposer sur ses lauriers et aligner les ouvrages mineurs. Personne ne lui en tiendrait rigueur.
     Seulement voilà. Pour notre plus grand bonheur, notre auteur n'a jamais préféré aller au plus simple et au plus facile. Et, en bon Grand Maître, il continue de poser des questions extravagantes qui changent la manière dont ses lecteurs peuvent ensuite voir le monde autour d'eux.
     Cette fois-ci, la question qu'il se pose est du genre qui fonde l'uchronie ; c'est une question en « et si... ? ».
     Et si rien n'était venu mettre un terme à l'Empire romain ?
     Et si le Christ n'avait pas suscité l'apparition d'une religion conquérante, politiquement dominatrice, simplement parce que Christ il n'y avait pas eu ?
     Et si, de son côté, un certain Mahomet était mort trop tôt pour que l'islam se développe ?

     Roma Æterna explore mille cinq cents ans des conséquences d'une domination de l'Empire romain sur le monde entier. Si, de loin en loin, le lecteur aperçoit des personnages connus comme Marc-Aurèle, Caligula, Trajan ou Auguste, entre autres, le récit fait adopter à qui le suit un point de vue d'historien à la fois fasciné par ce qu'il découvre en général et impliqué dans les évènements particuliers. De même, surgissent ici et là des choses familières : invention de l'imprimerie et de l'automobile, découverte de l'Amérique, utilisation de téléphones, d'ascenseurs...
     Mais les objets et les faits « rassurants » parce que banals dans notre univers ordinaire ne servent qu'à rendre le dépaysement plus radical, et plus suspecte encore la banalité même de ces objets et faits. Avec une culture et une habileté de vieux sage, Silverberg nous entraîne dans une vertigineuse exploration de l'Histoire et du réel qui, après 400 pages de pur plaisir, laisse pantois et ravi.
     On connaît des auteurs débutants qui se contenteraient de beaucoup moins.

Emmanuel JOUANNE
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 6/6/2006


     Voilà une uchronie réussie, or depuis Pavane de Keith Roberts, malgré quelques tentatives, le genre s'étiolait. Pour qu'une uchronie entraîne autre chose qu'une simple duplication allégorique du « monde tel qu'il est », il ne suffit pas d'un seul élément du type « si le nez de Cléopâtre eût été plus court... ». Il faut choisir un élément qui détermine un changement éventuel de paradigme historique, et il faut ensuite en tirer des conséquences narratives logiques, émotionnelles et symboliques, afin de ne pas se couper totalement de l'Histoire que nous connaissons.

     Silverberg choisit d'abord de situer le déroulement de Roma Æterna dans la chronologie romaine, soit de 753, date de la fondation de Rome à nos jours en 2723 (1970).Toutes les autres dates en découleront, ce qui oblige le lecteur à une conversion, s'il veut absolument trouver des points de repères approximatifs dans notre Histoire, pour les événements présentés. On vit dans un monde où selon les siècles on se trouve dans l'empire d'Orient ou dans celui d'Occident, mais toujours romain et plus ou moins grec. On vit dans un univers où les Hébreux n'ont pas traversé la Mer Rouge avec Moïse, et sont demeurés en Égypte ; où il n'est pas fait la moindre allusion au christianisme ; et où Mahomet n'a pas reçu le Coran — il a été assassiné avant. Un monde où les descendants d'Éric le Rouge, devenus chefs mexicains et adorés comme des dieux, ont empêché deux expéditions romaines de coloniser le Nouveau Monde. Par contre c'est un empereur romain qui a effectué le premier tour du globe, rapportant épices et fruits exotiques. Il a certes été obligé de manger de la viande humaine mais ce n'est qu'un incident sans importance. La République finit par être proclamée après des siècles qui ont vu défiler les empereurs, se nouer et se dénouer des intrigues machiavéliques.

     Chaque épisode de cette saga historique est perçu par un point de vue différent, puisque les personnages meurent, et que les lieux changent. On se trouve ainsi à Rome, en Amérique, en Égypte, en Arabie Heureuse, en Grande-Bretagne etc. Le lecteur se rend compte que le monde change, malgré le fait que les noms des personnages demeurent romains : il est soudain question de canons, puis de steamers, et enfin de fusées — qui malheureusement explosent en vol, au moment où un nouveau Moshé veut aller dans les étoiles chercher pour ses coreligionnaires, une nouvelle Terre Promise. Je ne donne ainsi, par ces rares exemples, qu'une faible idée du foisonnement de cet ouvrage où la cohérence est chaque fois respectée, et où les rencontres avec l'Histoire « vraie » conduisent à se poser des questions sur le hasard et les nécessités. Et ce d'une manière iconoclaste par endroits, ce qui n'est pas son moindre charme.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/12/2004 dans Galaxies 35
Mise en ligne le : 7/1/2009


     Roma Æterna se compose de dix textes (nouvelles, novelettes et novellas) parus dans plusieurs revues et anthologies sur une période de treize années (le premier, « Vers la Terre promise », remonte à 1989. En France, c'est en 2004 dans la collection « Ailleurs & demain » que le lectorat a pu découvrir dans son intégralité Roma Æterna. Cependant, il ne lui aura peut-être pas échappé que deux textes issus de ce livre étaient déjà disponibles en français : « Une fable des bois véniens » qui figure au sommaire du recueil Le Nez de Cléopâtre (Folio « SF »), et « Se familiariser avec le Dragon », novelette aperçue dans l'anthologie Horizons lointains (J'ai Lu).

     RomaÆterna est, pour reprendre la terminologie de Eric B. Henriet, une pure uchronie. Ici, pas de paradoxe généré par un voyage temporel, ni d'univers parallèle. La ligne historique résultant de la divergence est la seule existante. Comme l'exprime le court prologue — un dialogue entre deux historiens romains — les Hébreux n'ont pas accompli leur exode vers la Palestine. Ceux-ci sont demeurés en Egypte et le judaïsme n'a pas donné naissance par la suite au christianisme. Nous nous trouvons donc devant un Empire romain qui a perduré au-delà du terme historique dont nous avons connaissance par ailleurs. Et si les Hébreux avaient émigré, quelle voie aurait emprunté l'Histoire ? Cette conjecture, hautement improbable aux yeux de nos deux historiens, d'autant plus que leur dialogue prend place en 1203 AUC (Ab Urbe Condita, retranchez 753 années pour retrouver notre datation habituelle) leur paraît tout juste bonne à stimuler l'imagination d'un plumitif oeuvrant dans le domaine de la littérature plébéienne. Cette divergence ne doit évidemment rien au hasard. Elle s'inspire d'une œuvre majeure de la culture historique classique anglo-saxonne, l'essai de l'historien Edouard Gibbon (1737-1794) : Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain Pour l'auteur britannique, il ne fait aucun doute qu'une des raisons déterminantes de la décadence de l'Empire romain est imputable au christianisme. Gibbon considère que celui-ci a contribué à détourner la population romaine de la défense de l'Empire et du consensus civique, au profit des récompenses du paradis. Les empereurs ont ainsi laissé l'armée se barbariser pendant que la classe dirigeante s'amollissait, troquant ses vertus civiques contre des vertus chrétiennes inappropriées au maintien de la cohésion de l'Empire. L'essai de Gibbon a bien entendu été la cible de nombreuses critiques, en particulier de la part de l'Eglise chrétienne. Pourtant celui-ci reste un modèle d'analyse historique doté de surcroît d'une grande qualité d'écriture.

     Il n'est pas exagéré d'affirmer que Roma Æterna, est plus convaincant que La Porte des mondes (même auteur, dernière édition française chez Pocket en 1999, publié aux USA en 1967). Il se dégage de ce titre tardif une véritable réflexion sur l'Histoire alors que dans l'uchronie juvénile de l'auteur, la divergence n'offrait qu'un prétexte à des aventures tout au plus distrayantes. Robert Silverberg balaie mille cinq cents années de Pax Romana en se focalisant volontairement sur quelques instants cruciaux de cette Histoire alternative. Il instaure un di-logue entre les œuvres vives de l'Histoire — ce temps long des permanences mentales et structurelles délimité par l'historien Fernand Braudel — et le tressautement éphémère de l'existence humaine. De cet échange résulte, non une révision de l'Histoire, mais une variante, et on se rend compte que si l'Histoire a bifurqué, ce n'est pas pour emprunter un sentier radicalement différent. Pour s'en convaincre, il suffit de dérouler le fil des événements relatés dans Roma Æterna. On y retrouve globalement et jusque dans les dates — une fois la conversion faite dans le calendrier chrétien — une ligne historique qui correspond à la nôtre.

     On peut évidemment avancer quelques bémols. L'approche historique de Silverberg privilégie le point de vue des puissants. L'auteur s'écarte très rarement du milieu de l'aristocratie et délaisse les petites gens, cette plèbe ravalée au rang de prolétariat laborieux et dangereux. C'est également une approche très politique qui remise en arrière plan l'évolution des arts, des sciences et des techniques. A l'exception des textes « Avec César dans les Bas-Fonds » et « Une fable des bois véniens », on relève l'absence de ce souffle vital qui anime les plus belles réussites de l'auteur. La reconstitution historique est impeccable de vraisemblance, mais on aurait souhaité davantage de chaleur humaine et de passion ; tout ce qui finalement fait le sel de l'Histoire et distingue le roman de l'essai académique.

     Néanmoins, malgré ces quelques réserves, Roma Æterna demeure un modèle d'uchronie dont la cohérence suscite l'admiration.

Laurent LELEU
Première parution : 1/1/2008 dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 12/6/2009


 
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