Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Les Déserteurs temporels

Robert SILVERBERG

Titre original : The Time Hoppers, 1967
Première parution : États-Unis, New York : Doubleday, mai 1967

Traduction de Bruno MARTIN
Traduction révisée par Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de MANCHU

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7281
Dépôt légal : mars 2006
Roman, 224 pages, catégorie / prix : 6 €
ISBN : 2-253-11330-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vous ne supportez plus ce vingt-cinquième siècle surpeuplé et pollué.
     Vous êtes chômeur de quatorzième classe, la plus basse.
     Une seule solution, fuyez dans le temps.
     Grâce à l'invention de Lanoy, devenez un déserteur temporel.
     Au risque des paradoxes.

     Robert Silverberg est l'une des plus grandes figures de la science-fiction américaine.
 
    Critiques    
     Écrivain précoce et surdoué. Véritable monument de la SF américaine. Auteur de quelques-uns des plus beaux classiques du genre : L'oreille interne, Les monades urbaines, Le livre des crânes... Robert Silverberg a énormément écrit. Des dizaines de romans, des centaines de nouvelles. Une œuvre titanesque, forcément inégale, mais qui recèle toujours de bonnes surprises. La preuve avec cette réédition : Les déserteurs temporels ; un roman daté de 1967, mais d'une étonnante modernité. L'action se situe en 2490, dans un monde en proie au chômage et à la surpopulation, où les citoyens sont classés et récompensés en fonction de leur degré d'utilité sociale. Et en apparence, l'ordre règne. Mais un étrange phénomène gangrène le système : un mystérieux activiste clandestin, dénommé Lanoy, propose aux chômeurs de les projeter en plein XXIe siècle et d'échapper ainsi à un avenir sans espoir. Beaucoup se laissent tenter par ce voyage sans retour. Ils deviennent aussitôt, aux yeux du gouvernement suprême, des déserteurs temporels. Les livres d'histoire stipulent que tous les départs ont eu lieu entre 2486 et 2491. Mais le pouvoir s'interroge : faut-il réagir, mettre fin à cette activité illégale, empêcher les départs, au risque de créer des paradoxes temporels aux conséquences incalculables ? Jo Quellen, modeste bureaucrate de 7ème classe, appartient au secrétariat criminel. C'est un fonctionnaire consciencieux, discret, mais qui cache un lourd secret. Et c'est finalement lui qui, presque sans le vouloir, va parvenir à localiser Lanoy...

     Pas de doute, à l'époque où il écrit les déserteurs temporels, Silverberg a lu Kafka ; et son Jo Quellen n'est pas sans rappeler le personnage de Joseph K. dans Le procès. On s'attache d'ailleurs très vite à ce Jo Quellen, qui sous ses airs d'employé docile d'un système dictatorial, va se révéler capable de faire des choix risqués. Car le vrai sujet du roman — au-delà du thème du voyage temporel, souvent traité par Silverberg — c'est le destin de cet homme, sa capacité à s'émanciper et à prendre son avenir en main. L'intrigue est riche, accrocheuse, intense. Les situations s'enchaînent sans temps morts. Tous les personnages — y compris les personnages secondaires — ont une vraie consistance. L'écriture de Silverberg, tout à la fois fluide et nerveuse, ajoute encore au plaisir de la lecture. Et au passage, on prend le temps de s'interroger sur des questions toujours d'actualité : le chômage, la surpopulation... Bref, voilà de la SF d'une très haute tenue. Les déserteurs temporels n'est pourtant qu'un roman mineur dans l'œuvre de Silverberg. Mais attention, car même si c'est sur un mode mineur, Silverberg est là, et bien là. Et un roman « mineur » de ce calibre et de cette force, on veut bien en lire tous les jours.

     Alors pour à peine six euros, pas d'hésitation possible : plongez-vous dans ce roman, et devenez à votre tour -le temps d'une lecture — un déserteur temporel !

Xavier BRUCE
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 18/2/2009


     Les Déserteurs temporels n'est pas à proprement dit un récit sur le voyage temporel. A première vue fondé sur une thématique classique, le roman de Silverberg emploie le voyage temporel non pas comme le nœud thématique, mais plutôt comme un embrayeur narratif. Le roman s'articule autour de cette composante en créant une société future qui prend forme au travers de la focalisation de trois personnages. Dans un cadre urbain surpeuplé et socialement très hiérarchisé, Joe Quellen, fonctionnaire de police, est chargé de découvrir l'homme qui envoie dans le passé certains prolétaires. Il apprend par sa soeur que son propre beau-frère, lassé de sa situation sociale dégradante, va lui-même tenter le saut. Chacun des trois personnages décrit son époque d'une manière nuancée suivant sa situation sociale et familiale. Tous ont en commun, malgré leurs différences, la paranoïa, le mécontentement et la désillusion. La succession des focalisations au fil des chapitres construit polyphoniquement ce futur qui favorise une minorité pour le bien de tous. Ainsi, les différents cadrages montrent que les personnages les plus haut placés ne sont pas pour autant plus heureux, même le « despote bénévole » Kloofman. Seul Lanoy, personnage excentrique et inventeur de la machine à sauter dans le temps, semble en accord avec ce monde en voie de déliquescence. Sa présence est une figure de l'ironie, puisqu'il envoie dans des époques reculées les inadaptés du temps présent.

     Le classicisme apparent de ce récit est un faux-semblant développé par un auteur qui, malgré le nombre déjà important de textes produits, est à la recherche d'une écriture. Plusieurs œuvres à venir s'y révèlent en filigrane. La thématique sera reprise et développée plus avant dans Les Déportés du Cambrien, d'une manière certainement plus soutenue. De plus, l'architecture de la ville avec ses tours, le problème de surpopulation et le système social hiérarchisé tracent les grands traits des Monades urbaines. Enfin, certains détails révèlent L'Oreille interne, notamment lorsque Kloofman se branche directement aux données des ordinateurs par voies nerveuses, « il était chacun de ceux qui existait 1 ». Le despote s'insinue en quelque sorte dans la tête des gens, certes très schématiquement, puisqu'il s'agit des fiches signalétiques de ceux-ci. Par conséquent, le citoyen n'a pas d'âme ni de psyché, c'est une simple fiche avec un numéro, une pièce agencée dans le grand tout. Ce roman de Silverberg met déjà en évidence les problèmes sociaux qui seront approchés plus en profondeur par les suivants : l'absorption de l'individu dans la masse, le désenchantement de l'homme moderne, voire les différentes tyrannies des extrêmes — secte — drogue — sexe. Les Déserteurs temporels est peut-être un texte mineur à sa seule lecture ; mais dans l'unité de l'œuvre de Silverberg, il se révèle important en annonçant un style personnel qui prend forme dans un cadre pourtant très codifié.

Notes :

1. Silverberg, Robert, Les Déserteurs temporels (The Time-hoppers) in Time Opera, volume omnibus, le Bélial', 2004, p. 64


Frédéric JACCAUD
Première parution : 1/1/2008 dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 10/6/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1986)


     Dans Les Déserteurs Temporels, Silverberg flirte avec les paradoxes temporels sans vraiment les aborder de front, il s'amuse à les évoquer de manière évasive, sans les mettre en pratique.
     Mais il est vrai que son propos ne porte pas essentiellement sur les voyages dans le temps. Il s'agit là seulement d'un facteur de changement et de conflit dans une société ultra-hierarchisée ; la seule entreprise que ne contrôle pas encore la Première Classe.
     Trois thèmes majeurs se dégagent de cette œuvre : la surpopulation (mal archétypal en Science-Fiction), la misère (non pas matérielle mais morale ; liée à un manque d'intimité, de travail, d'espace, de liberté...) et les resquilleurs du temps (à qui un mystérieux individu offre de retourner dans le passé, à une époque plus prospère où ils pourront prendre un nouveau départ).
     Le roman est bien mené, sur un rythme pondéré qui permet de s'intéresser autant aux personnages qu'à l'action. On reconnaît en cela la patte de Silverberg qui, autour d'une histoire classique, tisse une guirlande de caractères riches et typés. Une œuvre de bonne facture, donc, bien que passant parfois à côté d'une crédibilité acceptable : par exemple, ce souci de la Première Classe de ne pas coincer les resquilleurs du temps afin de ne pas bouleverser le présent ne concorde pas avec sa volonté d'envoyer loin dans le passé les criminels et autres gêneurs.
     Au lieu de vous donner une conclusion conforme aux traditions, voici plutôt un résumé en forme d'énigme : Les Déserteurs Temporels retrace les derniers jours de la vie du Secrétaire Criminel Joe Quellen en l'an de grâce 2490. Pourquoi a-t-il mystérieusement disparu ? Est-i ! mort ?
     Silverberg se propose de vous éclairer ; à condition que vous soyez prêt à suivre le guide...

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/6/1986
dans Fiction 375
Mise en ligne le : 6/11/2003




 
retour en haut de page

Dans la nooSFere : 70948 livres, 81378 photos de couvertures, 66144 quatrièmes.
8471 critiques, 38115 intervenant·e·s, 1488 photographies, 3724 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2020. Tous droits réservés.