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L'Espace de la révélation

Alastair REYNOLDS

Titre original : Revelation Space, 2000
Cycle : Les Inhibiteurs vol. 1 

Traduction de Dominique HAAS
Illustration de Alain BRION

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5823
Dépôt légal : septembre 2007
Roman, 896 pages, catégorie / prix : 13
ISBN : 978-2-266-13660-0
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Sylveste, archéologue, a découvert la trace des Amaratins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux.
     Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Événement avait provoqué l'anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l'avaient anticipé... Et s'ils l'avaient eux-mêmes provoqué ?
     Bientôt un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l'Infini, vient chercher Sylveste, dans l'espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie, afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses.
     Mais les membres de l'équipage du Spleen de l'Infini ont chacun des intentions cachées...

     « Force est de convenir que ce premier roman d'Alastair Reynolds est une... révélation. »
Jacques Baudou — Le Monde des livres
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2002)

     Avec ce roman captivant, Alastair Reynolds offre au lecteur un space opera où abondent — comme dans toute histoire de ce genre qui se respecte — des inventions technologiques terrifiantes, des planètes singulières et de dangereuses créatures.

     Trois intrigues parallèles ne tardent pas à se fondre pour former une trame unique dont les enjeux font frémir et dont les mystères seront élucidés de manière progressive. La civilisation qui en constitue la toile de fond n'est pas décrite dans son ensemble, on suit seulement les parcours de quelques personnages : une assassin, une scientifique, un archéologue accompagné d'une simulation de son père, une « morte » et des extra-terrestres. Les protagonistes de ce qui est parfois un huis-clos dans l'espace, dotés de fortes individualités et de pouvoirs matériels immenses, s'affrontent pour atteindre leurs buts, évidemment contradictoires. Les femmes se taillent une belle part dans cette distribution et leurs qualités, faiblesses ou cruautés n'ont rien à envier à celles de leurs homologues masculins ! Malheureusement, il faut bien constater qu'une fois de plus, face aux plus graves dangers, l'égoïsme et l'orgueil des acteurs principaux continuent à l'emporter sur l'intérêt général de la race humaine.

     L'originalité de ce livre est de ne pas clairement identifier les bons et les méchants, si bien que le lecteur finit par s'interroger : qui est bienveillant ? qui est malfaisant ? Question plus profonde qu'il n'y paraît à première vue. Ceci conduit à l'absence de personnage dominant au profit d'un foisonnement de rôles qui conservent cependant leur cohérence grâce à la maestria de l'auteur.

     Presque à chaque page, le suspense est entretenu par des procédés classiques mais efficaces : les rebondissements à gogo tiennent le lecteur en haleine comme dans les meilleurs romans policiers. En outre, les possibilités technologiques offertes à l'humanité dans ce lointain futur porteront à rêver tous ceux qui sont sensibles au progrès scientifique. Pour les autres, cette accumulation d'utopies mécaniques sera plutôt décourageante. Leur utilisation est, comme souvent, assez banale (batailles, immortalité, rivalités), mais peut-être est-ce tout simplement la nature humaine qui déçoit l'idéaliste que je suis. À quand un auteur qui imaginera un héros dont l'envergure dépassera ce que les médias nous montrent hélas tous les jours en exemple ?

     Vous l'avez deviné, inutile de chercher ici la poésie d'un Dunyach ou les messages philosophiques d'un Huxley. A. Reynolds s'est surtout préoccupé d'écrire une bonne histoire pleine d'énergie, qui a de surcroît la chance d'être servie par une traduction sans faille. Et qu'importe si l'une des « révélations » majeures de « l'espace » n'est pas très crédible : on a passé un bon moment.

Antoine ESCUDIER (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002
nooSFere


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2003)

     Depuis quelques années, le space opera fait un retour en force dans la SF de tous horizons. Auteurs confirmés ou débutants, beaucoup s'y adonnent avec plus ou moins de bonheur. Le cas qui nous intéresse ici est celui d'Alastair Reynolds, jeune écrivain (il est né en 1966 au Pays de Galles), qui nous arrive avec un premier roman énorme de sept cents pages. Il faut oser ! Quand on sait de plus que ce livre n'est que le premier tome d'un cycle, dont le quatrième tome, Absolution Gap, vient tout juste de sortir, il faut espérer que l'auteur tienne la route...
     L'intrigue est tout d'abord partagée entre trois fils narratifs distincts, dont on sait qu'ils vont rapidement converger, et pour cause : au centre de l'histoire, il y a Dan Sylveste, un archéologue qui découvre un artefact extraterrestre mystérieux sur une planète. Pendant ce temps, l'équipage d'un gigantesque vaisseau recherche Sylveste, dont le père disparu est le seul espoir qu'ils aient de pouvoir guérir leur capitaine ; le père est mort, mais le fils pourra peut-être les aider... Enfin, il y a Khouri, une tueuse à gages chargée par un étrange personnage, la Demoiselle, de se débarrasser de Sylveste. Pourquoi ? Ses motivations restent inconnues.
     Tout ce beau monde va donc se retrouver, et tandis que les alliances se font et se défont entre les différents protagonistes, plane le mystère que Sylveste espère dénouer : quel est la nature de l'Événement, ce cataclysme qui provoqua la mort d'une race interstellaire ? Et qui sont vraiment les Vélaires, ces êtres qui se cachent dans l'Espace de la Révélation ?
     Le roman joue à fond la carte de l'aventure : on s'y bagarre, trahit, réconcilie, au travers de nombreux rebondissements. On ne s'ennuie pas une seconde. Dire qu'il se lit d'une traite serait néanmoins un brin exagéré, vu le nombre de pages, mais Reynolds s'en tire avec les honneurs. En grande partie grâce à ses personnages, plutôt bien campés, et notamment ses nombreux personnages féminins forts, ce qui est rare dans le space opera. La fin de l'ouvrage est tout de même un brin confuse, et l'on regrettera également que l'auteur abuse des fondus enchaînés au moment d'une révélation importante (du genre, dans un dialogue : « Ca y est, j'ai compris ce qui se passe. Voilà... »). Mais la lecture de l'ouvrage reste globalement très plaisante, Alastair Reynolds se permettant quelques clins d'oeil (le plus évident étant 2001, à travers l'artefact extraterrestre), et s'il ne renouvelle pas le genre, ce roman reste une très agréable surprise, et l'on suivra avec plaisir les prochains ouvrages de l'auteur, où il aura certainement gommé les petits défauts d'un premier roman.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/12/2003
nooSFere


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2003)

     Les Presses de la Cité ont pris la bonne habitude de nous livrer de la S-F pure et dure. On leur doit la Trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, la « trilogie séquelle » de Fondation par Bear, Benford et Brin, et d'autres romans de Benford. Elles nous offrent ici, sous la signature jusqu'alors inconnue d'Alastair Reynolds, un grand space opera.

     Bien que fort de 700 pages, force est d'admettre que l'ouvrage n'impressionne pas que par son poids. On ouvre et on commence à lire en se disant que c'est plutôt bien, éminemment lisible et puis, mine de rien, au fil des pages qui défilent, on se retrouve ferré. On s'aperçoit que c'est très bien fichu, très professionnel. Ça s'articule autour de trois personnages principaux, Dan Sylveste, Ana Khouri et Ilya Volyova, d'un nombre limité de figures secondaires, Sajaki, Hegazi, Pascale et Calvin Sylveste, respectivement femme et père numérisé de Dan, de quelques personnages de troisième plan et d'un élément, « le Voleur de Soleil », qui, bien qu'actif, ne saurait être qualifié de personnage. Deux planètes, un artefact et surtout un vaisseau spatial leur servent de théâtre. Trois lignes narratives pour commencer, dont deux se rejoignent rapidement, puis une seule avant même que le roman ne soit mis à l'équerre. Comme quoi il n'y a nul besoin de pléthore de lieux ni d'une foultitude de personnages où se perdent le lecteur et qui, à mon sens, servent à masquer l'indigence d'une intrigue et de son cadre. On notera que Reynolds n'utilise guère que les patronymes de ses personnages, y compris des femmes, à l'exception de Pascale et Calvin afin d'éviter les confusions possibles ; l'effet qui en découle cadre fort bien avec le récit et ses protagonistes. Il n'a pas davantage éprouvé le besoin de conférer de profondeur particulière aux personnages, ce n'est pas un drame mais un roman d'action. Jamais il ne le perd de vue. Il entretient savamment le suspense en sautant d'un personnage à l'autre au moment critique à la manière du David Brin d'Elévation. Le procédé n'est peut-être pas de la plus grande finesse et pourra irriter les amateurs d'élégance raffinée, certes. Mais il marche. L'ambition littéraire, la virtuosité stylistique, l'élégance de la construction ne sont en rien les préoccupations majeures de l'auteur. Le propos est de nous conter une bonne histoire de S-F. Et Alastair Reynolds s'y entend à merveille.
     L'action dope le récit et le propulse au sein d'un « background » particulièrement dense, d'une richesse de science-fiction peu commune. A l'instar de Ventus, ce roman n'est pas idéal pour amener à la S-F de nouveaux lecteurs. L'usage pointu qui y est fait de la quincaillerie nécessite une culture S-F qui dépasse Star Wars de cent coudées. Ce serait comme de s'initier à l'alpinisme en s'attaquant au K2. Oui, vraiment, une certaine familiarité avec la S-F est requise. Autant le savoir... (mais comme vous avez fourré votre long nez entre les pages de Bifrost...)

     Plusieurs aspects de ce gros roman renvoient aux grands space operas qui l'ont précédé : Inexistence, le tout aussi imposant ouvrage de David Zindell récemment réédité, ou Un Feu sur l'abîme de Vernor Vinge. On retrouve des éléments présents dans le cycle du « Centre Galactique » de Gregory Benford, notamment le respect de la vitesse de la lumière par les astronefs. Plus marquant, Reynolds exploite l'idée de machines intelligentes cherchant à éradiquer toute vie organique de la galaxie. Les Berserkers chers à Fred Saberhagen ne cessent de progresser. Reynolds puise son histoire à double titre dans le passé ; celui des personnages revient comme un retour de flamme tandis que l'Humanité — dont la survie est en cause, comme dans tout space op' qui se respecte — s'inscrit dans une histoire galactique vertigineuse. L'humanité est d'ailleurs plus divisée que jamais, à la manière dont on peut la voir dans Etoiles Mourantes d'Ayerdhal et Dunyach. Bref, en un mot comme en cent, Reynolds a intégré à son roman tout ce qui court l'espace science-fictif actuel, y compris ce qu'il faut de génétique et de nanotechnologie. Voilà qui risque de constituer un mur pour le lecteur inexpérimenté, mais sera un mets de choix pour les autres.

     C'est un nouveau jalon dans l'évolution du genre qui se pose après « Les Fulgurs » d'E. E. "Doc" Smith et La Poussière dans l'œil de Dieu de Larry Niven et Jerry Pournelle. C'est moins écrit que L'Anneau de Ritornel de Charles L. Harness ou Hyperion et tout n'est certes pas parfait dans ce livre. Le final, notamment, déçoit un peu. Sans aller jusqu'à dire qu'il est tiré par les cheveux, il manque d'envergure, de souffle. Tombe un peu à plat. A la lueur de la fin, et bien qu'elle tienne debout et retombe sur ses pattes, l'intrigue paraît un peu branlante. Rien de rédhibitoire toutefois. On aurait préféré mieux, sans pouvoir dire quoi sinon que le deus ex machina est malvenu et que, pour une fois, on aurait souhaité une fin ouverte et peut-être plus grave. Bien des défauts subsistent et nombre d'imperfections émaillent le récit sans jamais porter atteinte au plaisir de lecture, balayés qu'ils sont par le torrent de l'action. En fait, ils ne se révèlent qu'à posteriori, quand on revient sur le livre pour en parler.
     L'Espace de la révélation n'est pas un ouvrage que l'on va lire pour s'esbaudir devant sa facture. Ce n'est pas de la littérature snob. C'est un divertissement pour lecteur de S-F chevronnés. Ça aurait pu être mieux, mais, comme chacun sait, le mieux est l'ennemi du bien et l'ennemi mortel du très bien. Aussi nous satisferons nous de « pu être mieux », et pas qu'un peu...

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2003
dans Bifrost 29
Mise en ligne le : 20/2/2004


Edition PRESSES DE LA CITÉ, (2002)

     Rarement titre aura été autant en adéquation avec le choc éprouvé dès les premières pages par le lecteur saisi par le texte, conquis, passionné et pour tout dire : enthousiasmé ! L'Espace de la Révélation est l'une de ces réussites majeures qui consacrent d'emblée la naissance d'un maître. On a trop lu, ces dernières années, de ces « opéras de l'espace » poussifs, confus, hypertrophiés, aussi dépourvus d'imagination que dénués d'ambition (on n'aura pas la cruauté de nommer leurs auteurs, anglo-saxons confrontés à d'évidents impératifs alimentaires, qui furent de grands auteurs et le redeviendront peut-être), pour ne pas saluer comme il se doit l'apparition sur la scène mondiale d'un véritable écrivain de science-fiction.

     L'Espace de la Révélation nous projette au XXVIe siècle, dans un monde parfois assez proche du nôtre — les passions essentielles (conflits de pouvoir, désir de vengeance mais aussi amour et passion de la recherche) y règnent toujours — et parfois à mille lieux de nous (clonage, simulation électronique et animation suspendue y sont monnaie courante). Mais s'il fait volontiers appel à la quincaillerie futuriste, Reynolds est aussi, à sa façon, un post-moderne et ne prend pas le lecteur de SF pour un naïf ; lorsqu'il évoque des vitesses inatteignables dans l'état actuel de nos connaissances, il ne s'appesantit pas sur la technique utilisée au XXVIe siècle et glisse un clin d'œil en prime : « la source d'énergie, ou la masse de réaction nécessaire à la propulsion, était encore un des mystères de la technologie Conjoineur. »

     Comment résumer le foisonnement d'idées et de scènes que contient le roman ? En situant les acteurs principaux du récit :
  • Sylveste, archéologue décidé à percer à n'importe quel prix un mystère qui pourrait avoir des répercussions sur l'univers humain,
  • Calvin, simulation numérisée du père de Sylveste,
  • Pascale, journaliste, mais aussi la fille du principal adversaire de Sylveste,
  • Ilia Volyova, membre de l'équipage du vaisseau « Spleen de l'Infini » (un hommage évident à Iain M. Banks...),
  • le capitaine Brannigan, préservé, dans un caisson de survie, d'une dégénérescence proliférante,
  • Khouri, ex-militaire séparée de son mari (et moderne réincarnation inversée du mythe d'Orphée et d'Eurydice), prête à tout pour ramener son amour dans le même espace temporel et devenue un tueur à gages impitoyable...
     Lorsque le récit débute, sur la planète Resurgam dans le système de Delta Pavonis, Sylveste travaille à comprendre une civilisation extraterrestre dont les traces soulèvent plus de questions qu'elles n'en résolvent... Chargé d'une lourde hérédité familiale, Sylveste est le seul homme revenu vivant de sa rencontre avec un « Voile de l'espace », un mystérieux artefact extraterrestre, et les informations qu'il en a ramenées le poussent à chercher ce qui a jadis provoqué la disparition des Amarantins, anéantis dans un cataclysme inexpliqué... Peu à peu, des enjeux cosmiques se laissent deviner et les motivations des personnages s'entrecroisent avant qu'ils ne soient confrontés les uns aux autres, tandis que le lecteur est entraîné de rebondissement en rebondissement jusqu'au dénouement.

     S'il y avait une réticence à formuler, c'est celle que quelques analystes manifestèrent en leur temps à la lecture d'Hypérion : L'Espace de la Révélation est un roman d'aventure passionnant, aux personnages complexes et à l'intrigue brillante, mais, à sans doute trop connaître la SF, l'auteur reste dans les pas de ses illustres prédécesseurs, auxquels il rend à l'évidence hommage (on songe parfois à Frederik Pohl et à La Grande Porte, mais aussi à Iain M. Banks et à son cycle de la Culture). Péché bien véniel eu égard à l'ambition du projet, à la maîtrise de la réalisation et au plaisir procuré au lecteur qui ne lâche pas un instant le roman.

     On n'a pas cité Hypérion par hasard... Il est toujours malaisé, et parfois imprudent pour le critique, de juger un écrivain au vu d'un premier roman, même s'il est comme ici exceptionnellement abouti. Mais prenons-en le pari : il se pourrait bien qu'Alastair Reynolds soit à la SF anglo-saxonne d'aujourd'hui une révélation de l'ampleur d'un Dan Simmons.

Stéphanie NICOT (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002
dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004

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