Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
SIVA

Philip K. DICK

Titre original : V.A.L.I.S. / VALISYSTEM, 1980

Cycle : La Trilogie Divine  vol.

Traduction de Robert LOUIT
Traduction révisée par Gilles GOULLET

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 241
Dépôt légal : juin 2018
368 pages, catégorie / prix : 8,30 €
ISBN : 978-2-07-278584-9
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1981, 1981, 1986, 1997, 2000
   in La Trilogie divine, 2002
   in La Trilogie divine, 2013
   GALLIMARD, 2006

    Quatrième de couverture    
     C'est en 1974 qu'un faisceau de lumière rose communique à Horselover Fat des informations capitales concernant l'avenir de l'humanité. Cette force, qui a fait fondre la réalité de cet homme, c'est SIVA. Système Intelligent Vivant et Agissant. Mais qui se cache réellement derrière ces quatre lettres ? Dieu ? Un satellite ? Une race extraterrestre ?
     Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les œuvres les plus déroutantes de Dick, est sans doute celle qui a fait de lui un auteur culte.
 
     Explorateur inlassable de mondes schizophrènes, désorganisés et équivoques, Philip K. Dick (1928-1982) n'a cessé d'écrire que la réalité n'est qu'une illusion. Nombre de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma (Minority Report, Paycheck, Blade Runner, Total Recall).
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2007)


[Chronique portant sur la réédition de La Trilogie divine en Folio SF]

     La divinité omnisciente et omniprésente est un concept récurrent chez Dick. Dans L'Œil dans le Ciel déjà, le personnage de [Tétragrammaton] contrôle le premier des mondes truqués où sont plongés les héros. Dans Le Dieu venu du Centaure, l'entité qui s'est emparée de Palmer Eldritch est le démiurge responsable des illusions qui, tôt ou tard, se substituent aux réalités ; la capacité du lecteur à distinguer les unes des autres s'estompe avec celle des protagonistes dans une atmosphère romanesque profondément gnostique. Dans Ubik, enfin, le personnage à qui l'on doit les distorsions de temps et d'espace ne se révèle que dans les entêtes de chapitres : Ubik, celui qui est tout, qui est celui qui est ; la réalité existe-t-elle ou tout n'est-il qu'affaire de semi-vies ? La question reste en suspens.

     Toutefois, dans ces trois romans comme dans les autres écrits avant 1974, Dick nous laisse un appui fondamental : une réalité dont la nature ne fait pas objet de débat est supposée existante. Dans L'Œil dans le Ciel, c'est le monde des premières pages, avant l'explosion du bévatron ; dans Le Dieu venu du Centaure, le K-Priss en témoigne, puisqu'il est la porte d'entrée dans l'univers de Palmer Eldritch ; jusqu'à la dernière page de Ubik, les souvenirs de Joe Chip ou de Glen Runciter l'attestent. Le lecteur a donc le loisir de garder ses distances avec les interrogations que nous propose Dick. Ce sont des romans de science-fiction, qu'on peut lire comme de plaisantes réflexions philosophiques ayant certes un fort intérêt intellectuel, mais qu'on peut bien vite oublier lorsqu'il s'agit de prendre le métro ou de régler son tiers provisionnel.

     Mais le monde de la Trilogie Divine, c'est le nôtre. En écartant l'idée de la réalité truquée, Dick accomplit ce que l'ensemble de son œuvre promettait en nous mettant face à sa question la plus critique, sans aucune échappatoire : allez-vous être capables de croire en ce que je dis ? Et là, problème. Plus question de disserter savamment de l'œuvre de Dick avec les autres membres du G.Q.I.P.E.D.A. (D.F.L.) — Groupuscule des Quelques Initiés Parmi les Étudiants de Deuxième Année (De la Fac de Lettres) — en buvant une bière et en écoutant Sweet Smoke ou Current 93 (selon âge, goûts et époque). On pouvait débattre sans complexe de la portée de romans où l'existence d'une divinité est un concept central puisque la simple idée d'y croire ne nous traversait même pas l'esprit. On se contentait d'en parler. Mais avec ses trois derniers romans, il va falloir faire un peu plus d'efforts et, pour cette raison, il convient de prévenir qu'il vaut mieux ne pas aborder Dick par SIVA. Une bonne connaissance de son œuvre passée et de sa vie aide sans aucun doute à appréhender une trilogie à forte connotation autobiographique...

     Pourtant, on ne peut pas dire que Dick ne nous ait pas emmenés par la main : SIVA résume ses doutes et ses recherches pour trouver une explication intellectuellement satisfaisante à son expérience mystique de mars 74. Le dédoublement du narrateur exprime bien la distance qu'il s'efforce de garder entre sa foi en l'intuition de Horselover Fat (alter ego faisant écho au Nicholas Brady de Radio Libre Albemuth) et le scepticisme critique avec lequel il s'emploie à la contrebalancer. Mais la rigueur de son analyse l'entraîne dans des considérations que nombre de lecteurs ont eu, ont et auront des difficultés à assimiler. Notre éducation athée militante sous couvert de laïcité s'est chargée dès notre plus jeune âge de nous laisser dans l'ignorance des concepts religieux, afin de saborder notre communication avec son ennemi de toujours : l'Église, ce Grand Satan. Après tout, c'est bien normal : tout organisme de pouvoir cherche à inculquer au peuple des confusions conceptuelles qui peuvent servir sa cause. « L'outil fondamental pour la manipulation de la réalité est la manipulation des mots. Quand on peut contrôler le sens des mots, on peut contrôler les gens qui sont obligés d'utiliser les mots. George Orwell l'a mis en évidence dans son roman 1984 ». On peut donc comprendre que la relecture des Évangiles par le zoroastrisme proposé par Dick puisse laisser froid le lecteur qui ne distingue pas clairement Dieu et foi, foi et religion, religion et obscurantisme, obscurantisme et fanatisme, fanatisme et terrorisme (donc Dieu est un terroriste). Elle peut même, dans le pire des cas, le laisser croire bien à tort qu'il assiste à un prêche.

     Si L'Invasion Divine peut paraître plus simple car plus romanesque, elle présuppose tellement d'informations que sa lecture ne risque pas d'éclairer la lanterne de celui qui n'aura pas été convaincu par SIVA. De plus, disons-le, le roman est décevant : les réponses aux interrogations laissées en suspens par le premier volet de la Trilogie restent très peu concluantes.

     Il est intéressant, toutefois, de relever l'expression même de Trilogie Divine, qui paraît contestable. Si Trilogie il y a, elle commence avec Radio Libre Albemuth (dont le titre originel était Valisystem A), se poursuit avec SIVA (Valis) et se termine avec L'Invasion Divine (Valis regained). La parenté de ces trois romans est claire mais leur lien avec La Transmigration de Timothy Archer est bien moins évident. Certes, La Transmigration nous plonge à nouveau dans des considérations religieuses. Mais cela confirme simplement la direction personnelle et introspective dans laquelle l'auteur avait engagé son écriture. À nombre d'égards, La Transmigration est très différente des deux autres et ne leur est associée que parce qu'elle est le dernier roman de Dick. C'est ici la quête elle-même d'une vérité qui fait l'objet de réflexions et un vrai virage semble avoir été pris. Il y a des signes qui ne trompent pas : les personnages féminins chez Dick sont traditionnellement des manipulatrices, des caractères de chien ou de dangereuses cinglées. Mais le narrateur de La Transmigration est une narratrice et il s'agit sans doute du personnage le plus positif de l'œuvre de Dick. C est aussi, de son propre aveu, « le plus réel » 1. L'ensemble du roman révèle une compassion et une souffrance assumée totalement inattendues de la part du raisonneur qui avait commis Le Maître du Haut Château, Ubik et SIVA. C'est un roman écrit par un auteur réconcilié avec lui-même qui ajoute à l'acquis intellectuel de tous ses précédents romans la dimension affective qui leur faisait défaut. À ce titre, on peut prétendre qu'il s'agit du chef-d'œuvre de Dick. Il venait manifestement de trouver une réponse à ses doutes. Laquelle ? Le thème de La Transmigration, interprétation personnelle de la vie de l'évêque Pike, ne permet pas de le déterminer. Mais la rupture de ton de ce dernier roman préfigure un Dick ébloui comme un hibou en plein jour... J'aimerais vivre dans un monde où Philip K. Dick ne serait pas mort en 1982 et aurait pu continuer son œuvre car il avait encore des choses à nous dire. Son œuvre n'a pas cessé d'être intéressante en 1974. Au contraire. Tout ne faisait que commencer.

Notes :

1. The Owl in Daylight, Denoël, trad. Hélène Collon.

Xavier NOY
Première parution : 1/5/2007
dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 27/2/2009


 

Edition DENOËL, Présence du futur (1981)


 
     En 1974, Horselover Fat (c'est-à-dire Philip K. Dick) reçoit un « message » — d'origine divine ? extraterrestre ? névrotique ? alors qu'il est en pleine déprime, que tout se désagrège autour de lui (le suicide de Gloria, le cancer de Sherri). L'information est de taille : la réalité n'est qu'un hologramme, d'ailleurs perturbé, et le monde n'existe pas, sinon comme symbole d'une folie universelle (« Ceux qui sont d'accord avec vous sont fous. Ceux qui ne sont pas d'accord avec vous ont le pouvoir. Parmi ceux qui détiennent le pouvoir, certains sont fous. Et ils ont raison »).
     Le lecteur aussi aura besoin d'une bonne dose de folie — il en aura fallu également à Robert Louit pour mener à bien sa magistrale traduction — pour ne pas décrocher pendant les 150 premières pages (consacrées à l'exégèse de Fat. qui tisse des rapports, des connotations, des liens entre les différentes divinités et ouvrages religieux) et en arriver, enfin, à la vision sublime du film de SF révélant SIVA, l'entité qui apporte le salut.
     SIVA : Dieu ou une machine ?... ou un fantasme de l'auteur, écrit noir sur blanc comme un exorcisme à sa descente aux enfers hallucinatoires et existentiels ? Quoi qu'il en soit, le plaisir intellectuel est immense à se laisser emporter par ce livre fascinant (en principe début d'une trilogie dont le deuxième volume, The divine invasion, vient de paraître aux Etats-Unis), au sujet duquel Pierre Dack (sick) aurait pu dire : « Entre Dick et Dieu, il n'y a que la différence des deux dernières lettres. »
     Différence non négligeable cependant, pour moi en tout cas sinon pour Dick.
     Ou pour Dieu.

Pierre K. REY
Première parution : 1/6/1981
dans Fiction 319
Mise en ligne le : 26/6/2007


 

Edition DENOËL, Présence du futur (2005)


     Enfanté dans la douleur sur la fin de la vie de son auteur, ce roman a donné lieu lors de sa sortie à quelques débats de spécialistes : s'inscrivait-il dans la continuité de l'œuvre dickienne ou marquait-il au contraire une franche rupture ? La réalité se situe entre les deux. Le traitement de l'intrigue et l'écriture ne sont pas ceux de la période la plus prolifique de Philip K. Dick : on est plus proche ici de la « littérature générale » et plus précisément de l'autobiographie que de la SF psychosociologique pratiquée jusqu'alors par l'auteur. SIVA, comme d'autres romans tardifs tels Substance Mort et La Transmigration de Timothy Archer, est également plus soigné sur le plan littéraire que nombre de textes antérieurs. Cependant, on y retrouve en filigrane toutes les obsessions dickiennes qui figurent explicitement dans les œuvres précédentes : délitement de la réalité quotidienne, existence d'un monde « réel » caché, seulement accessible à quelques-uns, sentiment paranoïde d'une menace omniprésente.

     Mal à l'aise avec le scénario et redoutant sans doute les effets psychologiques d'un exercice très personnel qui touchait au cœur des ses croyances et de ses angoisses, Philip K. Dick a d'abord proposé sur le même thème un roman plus proche de ses méthodes d'écriture habituelles et très différent de SIVA : Radio libre Albemuth. Ce texte fut refusé par les éditeurs. Ont-ils jugé que l'auteur était à même de mieux faire ? Peut-être aussi la virulence de son propos politique était-elle susceptible de faire siffler quelques grandes oreilles américaines (le président des Etats-Unis, dans lequel on reconnaît clairement Richard Nixon, est présenté comme un traître à son pays et un dictateur en puissance). Le fait est qu'après cet échec l'écriture finale de SIVA a pris cinq ans pendant lesquels l'auteur est passé par toutes les phases du doute.

     Philip K. Dick se met donc lui-même en scène dans cette œuvre, et ce d'une manière beaucoup plus personnelle que James G. Ballard, par exemple, n'a choisi de le faire dans Crash où, malgré le caractère très provocateur du sujet, l'auteur garde une certaine distance intellectuelle vis-à-vis de sa propre représentation littéraire. Ce n'est pas « spoiler » un roman dont l'intérêt est bien ailleurs que de révéler que l'autre personnage principal de SIVA, Horselover Fat, est un double schizophrénique de son créateur (en allemand, dick signifie gros — fat — et Horselover fait référence à l'origine grecque du prénom Philip). Cette technique habile permet à l'écrivain de jouer sur plusieurs tableaux et de se présenter à la fois comme sain d'esprit et mentalement perturbé.

     Horselover Fat a sombré dans la folie après que son amie Gloria, brisée par la drogue, s'est donné la mort. N'ayant pas réussi à détourner la jeune femme de son dessein suicidaire, il se considère responsable de cette fin tragique et tente lui-même de se supprimer. Séjour en hôpital, traitement psychiatrique, rien n'y fait vraiment, surtout lorsque Donna, une autre amie très proche, décède à son tour d'un cancer. Fat ne doit alors son salut qu'à une plongée dans le mysticisme. Il se lance dans la rédaction d'une « exégèse » où il tente de justifier la profonde injustice du monde, de lui trouver une explication rationnelle, quasi-scientifique, et par là même, d'échapper à la culpabilité. Pour lui, notre univers est une structure d'information — il l'appelle assez naïvement hologramme — qui, altérée lors de sa création, va connaître deux évolutions, l'une négative et l'autre positive. Là se trouvent les origines de la souffrance et de la corruption des corps, mais aussi du Bien qui finira par triompher — car l'avènement du nouveau messie est imminent.

     La vie de Dick et de Fat, leur petit cercle d'amis, leurs relations (en perçant le jeu des pseudonymes, on peut reconnaître au passage K.W. Jeter sous le nom de Kévin ou Eric Clapton sous celui de Eric Lampton), la construction de l'exégèse, constituent, mêlées aux souvenirs les plus pénibles de l'auteur, la première partie du roman. C'est également la plus pesante : si certains passages sont des bijoux d'humour noir et si l'acharnement cruel et masochiste de Dick sur Fat peut faire grincer les dents, les nombreuses discussions pseudo-philosophiques finissent, elles, par devenir lassantes. L'exégèse de Fat est d'ailleurs présentée en annexe du roman. C'est un extrait d'une exégèse « réelle » écrite par Dick après la « révélation mystique » qui devait marquer la fin de sa vie.

     C'est dans la deuxième partie du roman, au moment où l'on se demande bien comment l'auteur va réussir à sauver l'intérêt de son texte, que l'intrigue est relancée de façon magistrale. Kévin voit par hasard un film de SF expérimentale dans lequel il détecte de nombreuses similitudes avec les délires mystiques de Fat. Ce film, en apparence anodin, est en fait un message adressé aux initiés qui, seuls, peuvent le comprendre. Il révèle en particulier l'existence de SIVA dont la nature (I.A d'origine extraterrestre ? divinité ?) demeure mystérieuse, mais dont le but est d'aider l'humanité en attendant le retour du messie qui remettra l'information en ordre. Le petit cercle d'amis décide alors de rencontrer les producteurs de l'œuvre et de découvrir leurs desseins secrets.

     L'écriture du roman repose sur un fourmillement d'idées (parfois répétitives) et de scènes soigneusement agencées en une fine mosaïque d'informations, à la manière de « l'hologramme » de Fat. Bien maîtrisée par l'auteur, cette technique d'évocation triviale de la vie quotidienne des protagonistes contribue à ancrer le roman dans une perspective réaliste très réussie. L'excellente traduction de Robert Louit renforce cet effet grâce à un usage bien dosé de tournures familières, voire d'expressions argotiques voisinant avec le verbiage mystico-philosophique cher à l'auteur. Parmi les personnages, anti-héros campés de main de maître, nous retiendrons surtout celui de Horselover Fat, mi-dérisoire, mi-tragique, perpétuellement au bord du gouffre, entre lucidité et névrose, entre doute et conviction, entre illumination et désespoir.

     Au total, malgré certaines lourdeurs, SIVA reste un livre poignant sur la solitude moderne, la mort de l'autre et la folie, ultime recours.

     Rejeton de Radio libre Albemuth, SIVA a poussé des ramifications dans l'œuvre tardive de Dick, avec des fortunes diverses : si L'Invasion divine est un roman calamiteux où l'auteur renoue avec ses plus mauvaises habitudes, La Transmigration de Timothy Archer, où Dick évoque la vie de son ami l'évêque Pike, est une véritable réussite littéraire.

     Signalons également que SIVA a inspiré au compositeur Tod Machover un très bel opéra : VALIS (titre original du roman de Dick).

Robert BELMAS (lui écrire)
Première parution : 9/1/2005
nooSFere


 Critique de la série par Yves POTIN


 

Dans la nooSFere : 62662 livres, 58933 photos de couvertures, 57152 quatrièmes.
7958 critiques, 34386 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.