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Vision aveugle

Peter WATTS

Titre original : Blindsight, 2006
Première parution : Tor, 2006
Cycle : Vision aveugle vol. 1 

Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de MANCHU
Illustrations intérieures de Thomas WALKER

BÉLIAL' (Saint-Mammès, France)
Date de parution : 23 septembre 2021
Dépôt légal : septembre 2021, Achevé d'imprimer : septembre 2021
Réédition
Roman, 448 pages, catégorie / prix : 22,90 €
ISBN : 978-2-84344-987-1
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction

La traduction a été peaufinée, et la préface écrite spécifiquement pour cette réédition (elle est donc inédite en anglais).
Existe sous forme numérique au format ePub (ISBN : 978-2-38163-029-8) au prix de 10,99 €.



Quatrième de couverture

« L'essence de l'art de la SF : intelligent, sombre, et qui vous prend à la gorge dès la première page. »
Neal Asher

Terre. 2082.
Des milliers d’objets artificiels se consument dans l’atmosphère en émettant un signal à large spectre électromagnétique.
Une poignée d’années plus tard, le vaisseau Thésée est armé dans le but de percer ce mystère. Ils sont cinq : Siri Keeton, au cerveau
amputé inapte à l’empathie et au vécu émotionnel – l’observateur impartial de l’expédition. Isaac Szpindel, biologiste modifié pour
pouvoir s’interfacer aux machines. Susan James, linguiste et schizophrène souffrant du syndrome de personnalités multiples –
le Gang. Amanda Bates, la militaire du groupe, qui tient sous sa coupe une phalange de robots guerriers.
Et enfin Jukka Sarasti, le commandant du Thésée, créature vampire ressuscitée par le génie génétique, personnage hyper
sensible et prédateur ultime. Cinq êtres improbables mais complémentaires, embarqués dans un monstre d’acier pour
percer le plus fabuleux des secrets tapis au cœur des ténèbres du nuage d’Oort.

« Un tour de force qui redéfinit le récit de Premier Contact pour de bon. »
Charles Stross

[texte sur le premier rabat de couverture]
Peter Watts est né en 1958 à Calgary, dans la province canadienne de l’Alberta.
Titulaire d’un doctorat en biologie et ressources écologiques, spécialiste des fonds marins
et de la faune pélagique, il produit aujourd’hui la plus exaltante des sciences-fictions
contemporaines, quelque part entre les nébuleuses Greg Egan et Ted Chiang, non loin de la galaxie Ken
Liu, là où soufflent les vents cosmiques, dans le cœur vibrant des étoiles, en plein sense of wonder,
en pleine sidération
Vision aveugle, finaliste au prix Hugo, est un roman aussi exigeant qu’électrisant. Un classique
indiscutable et l’ultime approche de l’altérité.

Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Erwann PERCHOC, Un mot de l'éditeur, pages 11 à 11, introduction
2 - Le Rorschach, après coup : quinze ans d'amour et de haine (Rorschach in Retrospect: Fifteen Years of Love and Hate) , pages 13 à 19, préface, trad. Gilles GOULLET
3 - Les Dieux insectes (Insect Gods, 2020) , pages 431 à 444, nouvelle, trad. Gilles GOULLET
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Rendez-vous ailleurs (2009)

     « Une vision aveugle ?
     – Les récepteurs fonctionnent très bien, a-t-il expliqué distraitement. Le cerveau traite l'image, mais n'arrive pas à y accéder. Le tronc cérébral prend la relève.
     – Ton tronc cérébral arrive à voir, mais pas toi ?
     – Quelque chose dans le genre. » (p.150)

     Voilà un roman de « vraie » science-fiction (pour les puristes) qui nous plonge dès les premières phrases du prologue dans un autre univers : « Ca n'a pas commencé ici. Pas avec les brouilleurs ou le Rorschach, ni avec Big Ben, le Thésée ou les vampires. La plupart des gens diraient que tout a commencé avec les Lucioles, mais c'est une erreur. Ca c'est terminé avec toutes ces choses. » (p.9) Si vous êtes conçu comme un fan de SF, cette entrée en matière devrait vous faire saliver : voilà tout plein de mots bizarres assemblés en une phrase sibylline à souhait, du genre qui vous électrisent les neurones. De quoi se régaler !
     Et les premiers chapitres se montrent à la hauteur de l'attente : 65536 sondes pénètrent d'un coup dans notre atmosphère. Elles prouvent que notre chère Terre vient d'être photographiée, inspectée, violée dans son intimité ! Le signal radio intercepté à cette occasion fait découvrir l'existence d'un artefact situé dans la ceinture de Kuiper, où l'humanité envoie aussitôt un vaisseau spatial...

     En somme, voilà une histoire classique de premier contact, débutant par le coup du signal radio façon 2001. Oui mais, l'auteur fait preuve d'ambitions : « J'en ai assez des extraterrestres humanoïdes au front bombé, tout comme de ceux genre insectoïdes géants en image de synthèse et qui ont l'air extraterrestres, mais agissent au mieux comme des chiens enragés en costume de chitine. D'un autre côté, les mêmes principes de sélection naturelle façonneront la vie où qu'elle évolue. Le défi consiste donc à créer un alien vraiment différent, et néanmoins biologiquement plausible. » (Notes, p.336) Pari réussi ? Rappelons que Peter Watts est « biologiste marin de formation » et que le monde du silence regorge de formes de vie si exotiques qu'elles pourraient passer sans mal pour extraterrestres à nos yeux. Il a donc tous les atouts en main pour imaginer un Autre « différent », original et convaincant. La réussite s'avère totale à ce niveau, avec un bel équilibre entre réflexion et aventures, hard science et sense of wonder.
     L'auteur en profite pour aborder de nombreux thèmes, à commencer par la communication, le langage, le fonctionnement du cerveau humain et surtout cette étrange et fabuleuse anomalie qu'est la « conscience de soi », ainsi que sa place dans l'univers. Le discours se montre d'autant plus passionnant que Watts évite tout didactisme et tout pédantisme, en réussissant à intégrer finement son propos à l'intrigue et à l'action, dans une ambiance souvent angoissante.
     Autre idée convaincante, celle du gène vampirique, qui permet le voyage spatial en état de « mort-vivant ». Les vampires constituaient une espèce disparue — à cause du stupide « bug de l'angle droit ». Désormais « ils sont de retour, sortis de la tombe par le vaudou de la paléogénétique, réassemblés à partir de gènes poubelles et de moelle fossile marinés dans le sang de sociopathes et d'autistes de haut niveau. » (p.17) Certes, le principe reste proche de celui de l'hibernation, mais il est tout de même beaucoup plus fun.

     Pour un premier roman à paraître en français, dans l'excellente traduction de Gilles Goullet, Vision aveugle frappe fort. Pour autant, atteint-il la perfection ? Selon moi, pas tout à fait, car son aspect le plus original réside a priori dans la composition de l'équipage du vaisseau terrien : un capitaine vampire, prédateur aussi inquiétant qu'intelligent ; une linguiste dont le crâne enferme le « gang des quatre », soit autant de personnalités multiples ; un biologiste cyborg ; une femme soldat étonnamment pacifiste ; le narrateur, dont la lobotomie massive lui évite toute émotion et lui apporte une parfaite objectivité et la faculté de décrypter le monde sans forcément en comprendre le sens ; enfin, un ordinateur de bord, omniscient mais qui, mystérieux, ne communique qu'avec le capitaine.
     Or, s'il y a là aussi beaucoup d'ambition, la maîtrise est moins franche. En effet, une fois passée la présentation prometteuse de ces personnages si particuliers, on attend de véritablement ressentir leurs différences. Le vampire se comporte comme un capitaine distant, taciturne, vaguement menaçant, mais il n'acquiert pas la profondeur « extra-humaine » qu'on lui souhaiterait. La femme aux personnalités multiples n'apparaît guère que comme une excentrique dotée de sautes d'humeur. Bref, leur originalité fondamentale n'apporte pas vraiment de dimension supplémentaire au roman. Peut-être Watts aurait-il dû rechercher des astuces narratives ou stylistiques pour rendre plus « palpables » leurs altérités.

     Malgré cette réserve, Vision aveugle est un roman brillant, dense, passionnant, aux références nombreuses, aux idées fortes et marquantes, avec une portée philosophique soutenue. Souvent difficile, il s'adresse sans doute aux lecteurs ayant une bonne pratique de la science-fiction, mais ceux-ci reconnaîtront en Watts un auteur potentiellement majeur, de ceux susceptibles de faire date, voire d'influencer l'évolution du genre.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 8/6/2009
nooSFere


Edition FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, Rendez-vous ailleurs (2009)

     Premier roman de Peter Watts publié en France (en attendant le très aquatique Starfish), Vision aveugle fait partie des textes qui impressionnent le lecteur, tant par l'ampleur du propos que par son intelligence narrative. Véritable livre de science-fiction au sens premier, cet opus douloureux rejoint d'entrée de jeu le cultissime Schismatrice du non moins cultissime Sterling. Même cohérence visuelle, même vision furieusement coupante de la post-humanité et même absence d'explications dans le contexte quotidien (quel roman de littérature contemporaine explique le fonctionnement d'un robinet ? Pourquoi la S-F devrait-elle justifier ses choix technologiques ?). Enfin — surtout — même questionnement du début à la fin : qu'est-ce que l'humain ? Et pour répondre, quoi de plus évident qu'une autre question ? Qu'est-ce que l'autre, l'extraterrestre, l'ennemi ? Du coup, exactement comme Schismatrice, Vision aveugle se mérite. Le décor est flou. Il se précise peu à peu. Les personnages commencent leur vie comme simple silhouettes, puis se développent et gagnent en épaisseur à mesure que le lecteur prend conscience du monde dans lequel ils évoluent. Et le résultat est... vertigineux.

     Complète réécriture de la plus vieille idée science-fictive — le premier contact extraterrestre — , Vision aveugle avale littéralement le cliché et s'axe principalement autour de personnages dévastés. Humains trafiqués, reconstruits ou schizophrènes à personnalités multiples (lire Les 1001 vies de Billy Milligan pour une explication de texte), scientifiques fous à la conscience téléchargée et... vampires. Oui oui, de vrais vampires, mais bien différents du mythe. Une branche éteinte de l'évolution humaine datant de plusieurs centaines de milliers d'années ramenée à la vie par le miracle de la génétique. Une branche qui donne des individus aux caractéristiques bien précises et aux aptitudes clairement définies. Ici, c'est surtout du Thésée qu'il s'agit, un vaisseau d'exploration qui rencontre le fameux artefact extraterrestre. A son bord, un équipage restreint, dont Siri Keeton, le narrateur, chargé de surveiller le bon déroulement des opérations, plusieurs autres personnages hauts en couleur, sans oublier le capitaine, vampire de son état. D'entrée de jeu, les codes du genre volent en éclat. D'abord parce que le Rorschach — c'est ainsi que se baptise lui-même l'artefact — leur parle en anglais, ensuite parce qu'il cesse de leur parler après les avoir menacés de mort. C'est le début d'une exploration rarement vue en littérature, déroulée sur deux niveaux : la lente compréhension de la nature même de l'artefact, couplée à la lente compréhension de la nature même des humains chargés du contact. Deux niveaux, donc, et un lecteur qui passe de l'un à l'autre avec un bonheur renouvelé. On frissonne, on fronce les sourcils, on est largué, et puis tout s'éclaire, comme par magie, juste avant que la lumière ne s'éteigne à nouveau, prélude à la prochaine illumination. Le tout sous une plume brillante aussi obscure que limpide, mais délicieusement tordue. A ce titre, saluons la performance du traducteur — Gilles Goullet, dont on avait pu apprécier le travail sur un roman aussi difficile que La Cité des saints et des fous de Jeff VanderMeer — qui a dû beaucoup souffrir pour saisir où voulait en venir l'auteur et tâcher de restituer la saveur de la langue dans un français compréhensible. Au final, reste la question centrale du roman : qu'est-ce que le Rorschach ? Le miroir de nos peurs ? Le papier tâché sur lequel chacun voit ce que son inconscient décèle ? Ou véritablement un vaisseau extraterrestre ? Pour le savoir, une seule solution. Ouvrir le livre, s'y plonger et ne plus le lâcher. Incroyable comme c'est facile d'ailleurs. Car s'il n'a rien de simple, ce roman n'en reste pas moins diaboliquement intelligent, cruel, malin... et limpide. Du grand art, un must instantané.

Patrick IMBERT (site web)
Première parution : 1/4/2009
dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 11/10/2010

Prix obtenus
Grand Prix de l'Imaginaire, Prix Jacques Chambon de la traduction, 2010


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