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Le Fils de l'homme

Robert SILVERBERG

Titre original : Son of Man, 1971

Traduction de Jacques GUIOD

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (1ère série, 1977-1981) n° 7023
Dépôt légal : 2ème trimestre 1978
Roman, 320 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-253-02037-0   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   LIVRE DE POCHE, 2003
   in Chute dans le réel, OMNIBUS, 1996
   in Le Fils de l'homme / Les Profondeurs de la Terre, OPTA, 1973
   POCKET, 1984, 1989

    Quatrième de couverture    
     Ce n'est pas un rêve. Un homme s'éveille. Au bout du temps. Oui, vraiment, au bout du temps. Dans les siècles des siècles. Il n'est pas mort. Il n'est pas au paradis. Simplement sur la Terre. Où tout a changé. Une Terre sans cités, sans civilisation, sans robots mais sans déserts. Une Terre riche de vie, partout. Une vie si différente, avec des rapports si étranges. C'est un voyage. Très loin. Dans le devenir de la vie, le futur du futur. Avec toutes les couleurs de tous les paysages, les incroyables reliefs des incroyables réalités. La trajectoire d'un homme à travers les âges, et la plus merveilleuse et terrifiante aventure que l'esprit humain ose accepter.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2003)


     Le Fils de l'homme occupe une place particulière dans la production fournie de Robert Silverberg. Au tout début de sa carrière, à la fin des années cinquante, il produit à la chaîne des œuvres de qualité diverse. Puis, à partir de la fin des années soixante, une véritable mutation se produit chez lui. L'écriture lui devient plus difficile, il est tourmenté, mais cette période sera féconde, puisque entre 1967 et 1976 paraissent ses ouvrages les plus aboutis, où une réflexion toute personnelle, souvent mystique, s'allie à des intrigues de science-fiction imaginatives et fouillées. Par la suite, écœuré par le milieu de l'édition qu'il accuse de mutiler ses livres, Silverberg se retire et se mure pendant quelques années dans le silence avant de revenir, éclatant, avec Le Château de Lord Valentin (1980). Mais c'est là une autre page de sa vie d'écrivain qui s'annonce, avec cette grande saga plus proche de la fantasy que de la SF proprement dite, et Silverberg semble s'être désormais détourné de la veine des années soixante-dix.

     Paru en 1971, dans la foulée de ses autres grands chefs-d'œuvre (Les Ailes de la nuit, Les Monades urbaines, L'Oreille interne...), Le Fils de l'homme est un roman ambitieux par son sujet et son style, plus travaillé que d'ordinaire chez Silverberg. L'auteur le considère d'ailleurs comme son livre le plus abouti, celui dont il est le plus fier. Il avait envie de proposer plus qu'une anticipation classique, de se débarrasser de l'imagerie SF — vaisseaux spatiaux et extra-terrestres. En projetant son héros, Clay, dans un futur très lointain, Silverberg s'adonne à une rêverie sur les évolutions possibles de l'espèce humaine, loin des concepts de civilisations et de sociétés, depuis longtemps disparues. C'est un voyage mental très psychédélique, où l'on bascule d'un extrême à l'autre, de l'extase au désespoir. Car Clay croise sur sa route toutes sortes de créatures, lointains descendants des humains, avec lesquelles il communie, aboutissant souvent à des résultats déconcertants. Imprégné de l'esprit des années soixante-dix, ce livre possède néanmoins une grâce intemporelle. Son héros y fait preuve d'une ouverture d'esprit qui laisse rêveur. Tel un enfant, il redécouvre tout, explore de nouvelles sensations, et fait parfois preuve d'une touchante naïveté. Chaque chapitre est matière à réflexion pour Silverberg, qui développe au fil des pages des conceptions fascinantes sur le temps, l'autre, l'humain, dans un style limpide et poétique.

     Grand classique de la science-fiction, certainement l'un des représentants de la SF des années soixante-dix dans une bibliothèque idéale, Le Fils de l'homme n'a rien perdu de sa fraîcheur et de sa portée métaphysique. D'un abord parfois aride, c'est un beau roman où la réflexion prime sur l'action, une tentative d'ouvrir la SF sur autre chose, un texte inclassable qui oscille entre poésie et philosophie.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/9/2003
dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 28/11/2008


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2008)


     Ecrit en 1971, ce court roman lysergique vient s'insérer sans solution de continuité dans une production qui est alors à son apogée. La même année, Robert Silverberg va sortir trois autres de ses plus grands classiques : L'Homme programmé, Le Temps des changements et Les Monades urbaines. Résolument atypique, Le Fils de l'homme brille d'un éclat particulier dans cette constellation. Robert Silverberg en parle comme l'un de ces romans dont « on ne dépasse pas la troisième page, ou bien dont on fait partie de la minorité active de fans qui le relit régulièrement ». On ne peut que lui donner raison, car Le Fils de l'homme ne se laisse pas apprivoiser aisément. Son intrigue est relativement banale. On y suit Clay, enlevé par le flux du temps et transporté dans un lointain futur. Si lointain, si étranger, qu'il en devient incompréhensible à l'homme du XXe siècle. On pense naturellement aux Danseurs de la fin des temps de Moorcock, mais l'esthétique et la finalité du Fils de l'homme sont toutefois bien différentes.

     Entre 1968 et 1974, Silverberg est à pied d'œuvre. Presque sans transition, le faiseur surdoué, mais sans lustre, est devenu un génie enfiévré, consumé par le doute et qui cherche frénétiquement dans sa fiction les réponses à ses questions. Mais en coulisses, plusieurs personnes ont permis cette mue. Deux surtout. Frederik Pohl tout d'abord, qui, en tant que directeur littéraire (il est alors rédacteur en chef de If et de Galaxy), va donner à Robert Silverberg l'occasion d'écrire et de placer les textes plus ambitieux auxquels il aspire depuis longtemps. L'autre, c'est son voisin et ami, Harlan Ellison. Il sait que Silverberg est capable de faire exploser les carcans de la S-F traditionnelle « à la Campbell », et il va nourrir ses envies en ouvrant ses horizons littéraires. Déjà grande gueule, déjà iconoclaste et volontiers irrévérencieux, Ellison est lui-même un expérimentateur (parfois même trop extrême pour le très sage et mesuré Silverberg) et il va encourager son ami à explorer une écriture plus personnelle.

     C'est encouragé par ces deux personnages, forts différents, que Silverberg va se hasarder sur une S-F plus intimiste, plus proche de l'humain. Plus mature aussi, et plus expérimentale dans sa forme. Il affirme son écriture, sa technique. Son style aussi. Et à la pointe extrême de ses expérimentations se trouve... Le Fils de l'homme.

     Le roman est à voir comme une sorte de défi technique. Son chef-d'œuvre de compagnon du tour de France, en quelque sorte. Et comme nous sommes encore dans les derniers soubresauts du psychédélisme, Silverberg va tenter de saisir les derniers effluves des fleurs que les jeunots se sont plantées dans les cheveux. Y confrontant peut-être sa propre expérience avec le LSD, il va faire du Fils de l'homme un roman synesthésique. Dans une écriture tout aussi sensuelle que sensorielle, Silverberg concentre son effort sur le plaisir du verbe. Il compose ses phrases comme une palette de peintre, dispose de ses sens avec une désinvolture qui fleure bon l'ergot de seigle. Le Fils de l'homme est une tentative débridée de déconstruction narrative, mais avec cette retenue un rien bourgeoise dont ne se départit jamais Robert Silverberg. Il en résulte une histoire complètement anecdotique, peuplée de personnages improbables, dont on ne saura finalement pas grand-chose, car ils ne sont que des poupées d'argile remodelées au gré des pages (je vous rappelle que le personnage principal s'appelle Clay — argile, en anglais). Et pourtant, à aucun moment Silverberg ne se laisse aller à lâcher sa ligne de récit, si ténue soit-elle. C'est elle qui empêche le lecteur de couler, et de s'abîmer dans l'ennui et l'incompréhension. Comme jamais le fond n'est sacrifié à la forme, Le Fils de l'homme reste abordable, mais risque de grandement dérouter ceux qui ne connaissent que le Silverberg du cycle de « Majipoor ». On pourrait facilement en déduire qu'il s'agit alors d'un ouvrage dispensable. Il n'en demeure pas moins un roman fascinant, une expérience flamboyante et une magnifique leçon d'écriture qui se doit de figurer dans le cursus de tout aspirant écrivain.

Éric HOLSTEIN
Première parution : 1/1/2008
dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 20/7/2009




 
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