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Service d'ordre

Barry N. MALZBERG

Titre original : The men inside, 1973
Première parution : New York, USA : Lancer books, juin 1973
Traduction de Jean-Pierre HUET
Illustration de (non mentionné)

CHAMP LIBRE (Paris, France), coll. Chute libre n° 16
Dépôt légal : 4ème trimestre 1976, Achevé d'imprimer : 22 décembre 1976
Première édition
Roman, 176 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-85184-070-3
Format : 12,5 x 21,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
Je frapperai à la racine
et je chasserai le mal.
J'agirai avec humilité
car je ne suis qu'un Messager.
Mon péché est la vanité
et mon avenir la guérison.
Je suis un Messager.
Serment de l'institut, 1996.
Critiques
     The men inside (pourquoi ne pas avoir traduit par Les hommes de l'intérieur, par exemple ?) est le développement en roman d'une idée déjà exploitée par Norman Spinrad dans sa nouvelle Carcinoma angels (Espaces inhabitables tome 2 et Dangereuses visions tome 2) et, au cinéma, par Richard Fleischer pour Le voyage fantastique : la réduction d'êtres humains, injectés ensuite dans un organisme malade à opérer « de l'intérieur ». Evidemment, Malzberg traite avec sarcasme ce que ses prédécesseurs ont illustré avec sérieux ou emphase et son héros, Blount, Messager de l'Institut du Cancer, est un paranoïaque de la plus belle eau (que le processus réducteur a en outre réduit à l'impuissance sexuelle, comme tous les Messagers), qui a laissé mourir son père de la terrible maladie, et finit par assassiner son dernier patient après l'avoir sauvé du mal. Comme toujours chez l'auteur, la satire tourne un peu à vide (lien entre l'institution médicale et le pouvoir et l'argent), il y a des moments rigolos, d'autres où il semble que Malzberg a tiré exagérément à la ligne pour parvenir au nombre de signes requis pour un roman. Mais tel quel, l'ensemble nous laisse malgré tout un goût agréable dans les papilles du cerveau.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/4/1977 dans Fiction 279
Mise en ligne le : 15/1/2002


Les romans de Barry Malzberg, ce prolifique auteur juif new yorkais, ont de quoi surprendre amplement le lecteur français, comme de dérouter l’amateur de sf respectueux des codes et de l’emploi des archétypes du genre. De ce côté de l’Atlantique, Malzberg n’a pas opéré la percée pronostiquée par certains et si cinq de ses livres – plus quelques nouvelles parfois percutantes – ont paru en France au cours de l’année passée, on ne peut dire que le public (comme la critique « spécialisée ») aient fait grand cas de lui. Je pense qu’il y a là une sorte de malentendu quant à la personnalité très particulière de l’écrivain Malzberg et à la spécificité de sa fiction, si originale et tellement irrespectueuse de l’art romanesque traditionnel qu’elle en devient aux yeux du plus grand nombre iconoclaste et partant dérangeante.

Dans Un monde en morceaux, Barry Malzberg a décrit de façon assez claire et détaillée la métaphore de son vertige personnel devant l’écriture : drame de l’auteur d’abattage soumis de la façon la plus dérisoire à un échange de fantasmes avec son double, le pseudonyme et plongé soudain dans une sorte d’univers parallèle où son rêve de romancier frustré s’assume en la manière démente qu’affectionne tant Malzberg – Crève-l’écran ! et La destruction du temple brossent au fil d’une anecdote plus floue, le décor familier de notre auteur, fils du Downside utopique évoqué dans Service d’ordre : l’amateur de chevaux (le turf manichéen et obsédant), l’adolescent meurtri, écœuré par la pornographie à bon marché qui l’assaille de partout pour l’inciter à une sorte de délectation morose – et surtout la fascination du monde paranoïaque du cinéma. « Il tente d’imaginer les caméras omniprésentes de sa pauvre vie, descendant du plafond, panoramiquant pour saisir les images de ce nouvel épisode désastreux de sa vie – mais la présence des caméras ne lui apporte aucun réconfort. » Hanté malgré lui par le sentiment obscur d’un destin frelaté d’avance – un mauvais film dont il serait le héros, sans cesse soumis au regard dévorant, comme un sexe de femme, du public innommable – le héros en négatif de la fiction de Malzberg part à la dérive, incapable de résister à la puissance des images qui le dévorent, traduisant à ses yeux (mais à son insu) la réalité névrotique de son tourment.

Leslie Blount, dans Service d’ordre, est comme le Captain Parane d’un autre roman de sf, le jouet d’une conscience lourdement chargée, castratrice et morbide, qui le voue d’avance à l’échec. Malgré le sombre propos du récit, Malzberg pas un instant ne cesse de gouailler, de persifler. Sa verve a quelque chose de choquant pour l’esprit cartésien : on ne joue pas de cette façon avec le morbide, le sordide ! Et pourtant, la nature des fantasmes de Malzberg (je veux dire ; de ses héros) ne peut guère engendrer qu’une constatation des plus alarmantes, celle qui résulte nécessairement d’un total dégoût pour les hommes et le monde. Par quelles contorsions ce diable d’écrivain parvient-il à nous laisser entendre que, finalement, la vie vaut quand même d’être vécue, c’est cela son secret. Et ce faisant, il nous incite à considérer sa fiction moins comme le constat d’une défaite immanente de l’esprit sur la matière que comme un pis-aller grandiose et dérisoire, mais toujours digne d’être tourné et retourné dans tous les sens, c’est-à-dire en un mot d’être assumé. Cette bonne humeur métaphysique, laquelle contraste joliment avec le tourment initial plus haut évoqué, est celui de Leslie Blount, messager du centre médical anti-cancer où l’attend son destin, une fois qu’il a cru échapper à l’oppression d’un père turfiste et sournois. Hanté par son impuissance, il subit l’ultime outrage en quoi consiste sa profession : rétrécir afin de pénétrer à l’intérieur des malades et les délivrer de leurs maux. Cette descente à l’intérieur du gouffre charnel est l’image parfaite – et astucieuse – de l’angoisse suprême, pour Blount/Malzberg. Rendez-vous au tréfonds de soi avec la pulsation première, retour aux sources, etc. La mort du père : tentation ! Blount y succombera, courant ainsi à sa perte. Tout va mal, décidément, dans l’univers dément de Barry Malzberg. Les mots sont là, heureusement, pour le délivrer du mal, et un souffle d’écriture que pas mal d’autres peuvent lui envier.

François RIVIÈRE
Première parution : 1/2/1977 dans Fiction 277
Mise en ligne le : 13/8/2022

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