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L'Empire de l'atome / Le Sorcier de Linn

Alfred Elton VAN VOGT

Cycle : Le Sorcier de Linn (omnibus)

Traduction de Pierre BILLON
Illustrations intérieures de Philippe DRUILLET

OPTA (Paris, France), coll. Club du livre d'anticipation n° 11
Dépôt légal : 4ème trimestre 1967, Achevé d'imprimer : 30 novembre 1967
Première édition
Recueil de romans, 416 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 13,5 x 20,1 cm
Genre : Science-Fiction

Tirage limité à 4000 exemplaires numérotés de 1 à 4000 et à 150 exemplaires hors-commerce de collaborateurs marqués H.C.


Autres éditions

Sous le titre Le Cycle de Linn   J'AI LU, 2003
   MNÉMOS, 2017

Pas de texte sur la quatrième de couverture.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Préface, pages V à VI, préface, trad. Pierre BILLON
2 - L'Empire de l'atome (Empire of the Atom, 1957), pages 5 à 198, roman, trad. Pierre BILLON
3 - Le Sorcier de Linn (The Wizard of Linn, 1962), pages 203 à 401, roman, trad. Pierre BILLON
4 - (non mentionné), Généalogie de la Maison de Linn, pages 402 à 403, notes
Critiques

     Ce volume du C.L.A. porte à quinze le nombre de romans de van Vogt traduits en français ; six éditeurs différents se sont disputé ses livres, ce qui exclut toute politique coordonnée : le chiffre record des ouvrages traduits est donc dû avant tout à la faveur du public français, qui n’a cessé depuis quinze ans de considérer van Vogt comme le numéro un de la science-fiction. Désormais il n’y a plus que cinq de ses romans à traduire, dont au moins deux sont dignes d’attirer l’attention des éditeurs français : The mixed men et The beast (les autres étant Earth’s last fortress, une novelette, et enfin Planets for sale et The winged man, romans écrits récemment en collaboration avec Edna Mayne Hull – femme de van Vogt – et que je n’ai pas lus).

     Autre point à considérer : L’empire de l’atome et Le sorcier de Linn (qui forment un cycle) sont une des œuvres majeures de van Vogt, et à ce titre il faut bien dire que leur publication arrive à point nommé. Deux lettres récemment publiées dans le courrier des lecteurs (celle de Jacques van Herp et celle de M. François Benveniste) ont fait ressortir l’existence d’un problème de générations chez les amateurs de science-fiction. Des romans comme La faune de l’espace, À la poursuite des Slans, La guerre contre le Rull, Le livre de Ptath, Créateur d’univers – autant dire beaucoup des grands van Vogt – sont épuisés depuis longtemps ; pour les lire, il faut maintenant procéder à un quadrillage persévérant des bouquinistes et consentir à payer jusqu’à 20 ou 25 F (pour le Rayon Fantastique) des volumes brochés et parfois délabrés. Le C.L.A. a bien ressorti le cycle du non-A et celui des Armuriers, mais en édition de luxe à 30 F (il est vrai que pour ce prix on a deux romans). Dans les deux cas, les acheteurs se recrutent forcément parmi des gens convaincus d’avance de la qualité de ce qu’ils vont acheter. Les seuls romans de van Vogt actuellement disponibles à un prix modique sont Pour une autre Terre (Marabout) et La maison éternelle (Galaxie-Bis) qui, j’en ai peur, ne sont pas en mesure de convaincre un esprit non prévenu que leur auteur est le numéro un de la science-fiction ; le pourraient-ils qu’ils ne sont que deux, alors qu’il y a cinq ans encore on en trouvait jusqu’à dix en circulation en même temps. À ce compte, nous sommes en train de manquer la relève, l’indispensable relève sans laquelle rédacteurs et lecteurs de Fiction deviendront collectivement des petits vieillards bien propres, tout juste bons à saluer l’an 2000 d’un banquet où pulluleront les discours sur le thème : Ah ! quand reviendra le Rayon Fantastique ? Si nous voulons éviter de vivre cet instant peu soutenable, il faut nous débrouiller pour que se multiplient les traductions d’œuvres de grande classe : voilà pourquoi la sortie en français de L’empire de l’atome et du Sorcier de Linn est un événement réconfortant, auquel il faut souhaiter de nombreux petits frères.

     L’empire de l’atome réunit et adapte cinq nouvelles publiées en 1946 et 1947. C’est la période la plus agitée de la vie de van Vogt, celle où il multiplie les réflexions et les expériences pour résoudre les graves problèmes où il se débat : il vient de publier Le monde du non-A (1945), fruit de sa conversion à la logique de Korzybski, et prépare L’assaut de l’invisible (1946), bilan de sa tentative de guérir sa myopie par la méthode Bates. C’est aussi le temps de sa plus grande réputation aux États-Unis : le référendum conduit par Gerry de la Ree en 1947 le classe comme premier écrivain de science-fiction aux yeux des fans. C’est donc à un moment-clé de sa carrière, à tous points de vue, qu’il a conçu et réalisé L’empire de l’atome. La suite, Le sorcier de Linn, devait paraître directement sous forme de roman en 1950.

     Les deux livres soulèvent des problèmes d’apparence beaucoup moins métaphysique que Le monde du non-A et L’assaut de l’invisible, et van Vogt y paraît uniquement préoccupé de raconter une histoire. C’est bien ainsi que l’ont entendu les lecteurs américains, et le cycle de l’atome reste encore aujourd’hui pour eux l’œuvre la plus populaire de van Vogt. Peut-être a-t-il recherché consciemment ce résultat : l’obscurité du non-A avait suscité de sévères critiques, et il s’est sans doute attaché à y répondre avec un roman parfaitement limpide. Pourtant la préface qu’il a bien voulu écrire spécialement pour le volume du C.L.A. (et où il témoigne de cette immense confiance en lui qui achèverait de le classer, s’il le fallait, parmi les grands créateurs) le montre presque uniquement soucieux de références historiques : les empereurs de Linn combinent des traits empruntés aux Césars (ceux-ci vus à travers le Moi, Claude de Robert Graves) et aux Médicis ; Czinczar le chef barbare est façonné à l’image d’Osman, le fondateur de l’empire ottoman. J’ajoute que, dans le cadre de mes très modestes lumières, le souci de l’analogie m’a paru poussé extrêmement loin : il est clair que Medron Linn est à la fois Auguste et Cosme l’Ancien, et que Clane le mutant, héros de l’histoire, mêle Claude à Laurent le magnifique ; mais il faut ajouter que Lydia est Livie, que le seigneur Tews est Tibère, que Creg et Jerrin sont deux versions de Germanicus et que Calag est Caligula, Van Vogt est si soucieux de précision qu’il joint à son livre une généalogie détaillée de la maison de Linn, qui est un « à la manière de » assez réduit. Ajoutons que les références qu’il avance lui-même sont loin d’être les seules : le sort de Tews capturé par Czinczar à la fin de L’empire de l’atome fut dans la réalité celui de Nicéphore le Logothète, empereur de Byzance, après sa défaite devant les hordes bulgares conduites par le khan Kroum, en l’an 811 de la nativité de Notre-Seigneur. J’en passe et des plus suaves encore.

     Cette prolifération de références montre que van Vogt, en 1946, était un grand consommateur de livres historiques, et qu’il a essayé de résumer dans L’empire de l’atome son expérience de lecteur d’histoire. Nul doute que l’histoire n’ait été pour lui un remède, à l’instar de la méthode Bates et de la logique de Korzybski : elle l’a aidé à comprendre le monde ou du moins à croire qu’il le comprenait. C’est cette approche du sens de l’univers qu’il a essayé de résumer ici. Et si ces deux romans sont clairement écrits et inhabituellement passionnants, c’est que l’histoire est par nature narrative et brasse les destins individuels par millions. En fait, si Le sorcier de Linn est un roman de structure assez simple, L’empire de l’atome constitue un véritable tour de force : van Vogt y raconte en moins de deux cents pages, de façon très détaillée, une série d’épisodes décisifs de l’histoire du système solaire, qui s’échelonnent sur une durée totale de vingt-sept ans. Et ses personnages ne sont pas moins van vogtiens que d’habitude : le monde est pour eux un mystère qu’ils ne savent comment interpréter ; leurs choix et leurs décisions sont généralement dépourvus de tout motif sérieux. Simplement, au lieu de suivre les méandres de leurs hésitations et de leurs doutes, il les regarde faire de l’extérieur, à la manière des historiens, et il assiste à leurs faux-pas et à leurs échecs avec cette jubilation secrète qui est aussi l’apanage de bien des déterreurs de passé. Ailleurs il dirait que ces hommes sont des thalamiques ; mais ce sont bien les mêmes gamineries qu’il stigmatise en eux dans ce livre.

     Van Vogt n’est pas le seul auteur de S.F. à avoir abordé de front le problème de l’histoire ; Asimov, pour ne citer que lui, a fait la même chose dans Fondation. La pierre d’achoppement est la même dans les deux cas : l’histoire est passée par définition, et il est difficile d’imaginer des sociétés futures assez régressives pour retrouver les motivations et les valeurs de l’humanité archaïque. Quels que soient les mérites de Fondation, il faut bien dire qu’Asimov s’y est laissé rouler par Toynbee et qu’il applique à un avenir très lointain des schémas parfaitement anachroniques et inadaptés. La solution de van Vogt est beaucoup plus logique : il décrit un univers post-atomique où l’évolution sociale a dû réemprunter certains cheminements du passé ; mais la civilisation technologiquement avancée qui s’est effondrée douze mille ans plus tôt n’a pas disparu sans laisser de traces, et des éléments SF subsistent dans un univers qui ressemble beaucoup à celui de nos ancêtres. Essayez de retourner le problème dans tous les sens, et vous verrez que cette formule est la seule satisfaisante, ou du moins la seule qui n’aboutisse pas à un résultat totalement mythique.

     Il est certain d’autre part que l’usage de ce qu’on pourrait appeler la dischronie avait, aux yeux de van Vogt, d’autres mérites que la cohérence : Il permettait de montrer côte à côte des duels à l’épée et des voyages interplanétaires, ce qui est depuis Flash Gordon le rêve secret de tous les amateurs de SF épique. Bien des auteurs ont cherché à rendre concevable cette coexistence monstrueuse, à faire un Flash Gordon justifié. Sur ce point encore, la solution de van Vogt a le mérite de la cohérence : les combats à l’arme blanche, les monarchies absolues et surtout les économies esclavagistes seraient impensables si les formes avancées de la technologie conservaient une part consistante dans la vie de la société ; il faut donc qu’elles soient limitées aux voyages et inapplicables ailleurs, secrètes par conséquent, et incomprises de ceux-là mêmes qui les tiennent secrètes, et qui n’en sont dépositaires que par tradition. C’est dire que la science dans une civilisation de ce genre est forcément devenue une religion. Cette idée a été souvent imitée depuis ; elle n’a rien perdu de sa saveur – surtout dans l’original.

     Remarquons aussi que van Vogt a brillamment résisté à la tentation d’utiliser cette donnée dans le sens de l’heroic fantasy : cette manière ne se manifeste nettement que dans l’épisode de l’invasion de Mars, et la révolte de Vénus elle-même est plutôt traitée comme une guerre du Vietnam avant la lettre.

     Les dessins de Druillet, par ailleurs fort beaux, donnent un peu l’impression qu’on va se plonger dans une grande épopée, pleine de fracas des hauts faits d’armes ; et l’on tombe sur une chronique vénéneuse et maléfique, pleine d’intrigues de cour et de dosages compliqués. En tout cas van Vogt a su y exprimer le danger d’une façon plus palpable encore que d’habitude : la vie humaine ne tient qu’à un fil dans ces deux romans, même si l’on y fait plus largement usage du poison que de la dague. Et une véritable frénésie de destruction habite des personnages désertés par le plus élémentaire sens commun. C’est dans cette ambiance que Clane le mutant, martyr exemplaire d’une société cruelle, entreprend sa quête personnelle pour retrouver un peu de l’humanité perdue. La clé du problème, pour lui, c’est cet événement mystérieux qui a eu lieu douze mille ans auparavant et qui a précipité la Terre dans la barbarie ; il s’y consacre en historien mais aussi en savant – car ce sont surtout des connaissances qui ont été perdues dans la catastrophe – et finalement en homme d’action et en chef – car ces connaissances peuvent permettre de gagner un nouveau combat.

     Il s’y consacre avec patience et joue serré pour survivre en attendant d’avoir trouvé : c’est dire que ce solitaire se place lui-même hors de l’histoire et renonce à exercer la plus petite influence sur les événements tant que l’humanité ne rencontre pas le danger essentiel et qu’il n’en a pas trouvé la parade. Mais quand il l’a trouvée, le passé perdu n’a plus de secret pour lui, et il détient l’univers tout entier dans une boîte. C’est dire que le van Vogt que nous connaissons bien finit par se retrouver tel qu’en lui-même dans ce livre.

Jacques GOIMARD
Première parution : 1/3/1968 dans Fiction 172
Mise en ligne le : 31/10/2022

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