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Villes nomades

James BLISH

Titre original : A Life for the Stars, 1962
Première parution : G. P. Putnam's Sons, 1962
Cycle : Les Villes nomades  vol. 2 

Traduction de Michel DEUTSCH

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 99
Dépôt légal : 1er trimestre 1967, Achevé d'imprimer : 28 mars 1967
Première édition
Roman, 208 pages, catégorie / prix : 6,15 FF
ISBN : néant
Format : 11,8 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1971, 1981, 1993
   in Les Villes nomades - l'intégrale, MNÉMOS, 2020

Quatrième de couverture
     • Des villes entières ont quitté la Terre pour aller naviguer dans l'Espace.
     • Les machines électroniques qui gouvernent ces « cités volantes » déterminent, en cette année 3200, l'avenir des hommes.
     • Si vous avez un talent particulier, vous aurez droit à une vie illimitée.
     Mais si vous n'avez aucune personnalité, vous n'aurez même pas la possibilité de procréer.
 
     Mené tambour battant, ce roman du grand écrivain James Blish passionnera les plus exigeants des amateurs de science-fiction.
Critiques

     L’histoire des cités nomades dans le cosmos est la grande épopée du futur conçue par James Blish. Présence du futur avait présenté aux lecteurs français le premier épisode de cette tétralogie, il y a deux ans à peu près (Aux hommes les étoiles). Aujourd’hui, ce n’est pas le quatrième volume du cycle qui est publié, ni même le troisième, mais bien, ô merveille, le deuxième. Saluons cette preuve de discernement dans une collection où les manifestations de ce don n’ont guère été nombreuses ces derniers temps, et formons pieusement des vœux pour les volumes suivants (Earthman come home, publié également sous le titre de A clash of cymbals, est le troisième, et The triumph of time, le quatrième) : puissent-ils, eux aussi, être publiés dans la collection selon l’ordre correct. Une parenthèse de l’avertissement initial, dans le présent volume, permet d’ailleurs de nourrir quelque espoir à ce sujet.

     Pour l’instant, voici donc la deuxième partie de cette tétralogie. L’action de Aux hommes les étoiles se déroulait au cours du premier quart du vingt et unième siècle ; elle racontait les circonstances entourant la découverte du tournebouloche. Heureuse traduction du terme original de spindizzy, le tournebouloche est l’appareil contrôleur de gravité grâce auquel les villes terrestres vont devenir nomades : enfermées dans une sphère de force, elles partent l’une après l’autre dans l’espace, offrant sur diverses planètes leurs services – technologiques, scientifiques, etc. – en échange des produits qu’elles ne peuvent pas fabriquer elles-mêmes. James Blish avait exposé les grandes lignes de son plan dans une préface de A life for the stars, préface qui, amputée de quelques passages et de la signature de l’auteur, est devenue l'avertissement sur lequel s’ouvre ce livre.

     Au lever du rideau, au trente-deuxième siècle, la Terre est un monde appauvri, que la plupart des grandes villes ont abandonné pour s’élancer parmi les étoiles. Au centre de l’action, il y a le jeune Chris deFord, qui est embarqué accidentellement « à bord » de la cité de Scranton (Pennsylvanie) lorsque celle-ci quitte la Terre pour l’espace. L’auteur raconte l’ascension progressive du jeune homme : ses conflits avec le personnage sans scrupules qu’est le gouverneur de Scranton, son arrivée dans une autre ville nomade – New York, partie dans l’espace au siècle précédent – enfin ses expériences dans cette ville, dont il deviendra en fin de compte le dirigeant numéro 2, son gouverneur, suivant immédiatement le maire John Amalfi par rang d’importance.

     (À ce propos, on peut adresser une remarque à Michel Deutsch, dont la traduction française est en général bien faite. Le terme qu’il rend par gouverneur est manager dans le texte anglais : n’aurait-il pas été plus juste de le rendre en français par administrateur ?)

     Superficiellement, James Blish a donc écrit un roman destiné avant tout aux lecteurs adolescents (il l’admettait implicitement dans la deuxième phrase de sa préface) grâce à l’identification suggérée avec le protagoniste. Mais l’œuvre présente également un intérêt plus profond, car elle constitue une sorte de charnière dans l’épopée des cités de l’espace.

     Ici, en effet, le cadre terrien, décadent, mesquin, étriqué, est définitivement débordé, puis abandonné. Le lecteur rencontre pour la première fois un personnage, une entité et une classe de drogues qui jouent un rôle capital dans les deux épisodes finaux : John Amalfi, les Pères de la Cité de New York, et les anti-agathiques.

     Les anti-agathiques sont les substances qui ralentissent le vieillissement. Ce sont elles qui rendent possible la « vie pour les étoiles », pour reprendre le titre original du présent roman. Les anti-agathiques ne sont pas offerts à tout le monde, mais seulement à ceux qui possèdent un talent particulier utile à la collectivité : en fin de compte, la majorité des habitants de New York disposent ainsi de la longévité. Cette dernière représente l’unique progrès biologique imaginé par Blish pour les citoyens de ses villes nomades. Ceux-ci n’ont bénéficié d’aucune mutation spectaculaire, ils ne disposent ni du don de télépathie, ni de celui de téléportation. Essentiellement, ils ont devant eux un temps beaucoup plus long que le nôtre pour apprendre, pour se rendre utiles, pour exercer leurs fonctions.

     Les progrès technologiques et scientifiques sont beaucoup plus visibles. Les tâches pour lesquelles une ville nomade comme New York signe un contrat sont des travaux à l’échelle planétaire : fertilisation d’une région étendue, modification du climat d’un monde, redressement d’un axe de rotation planétaire. Toutes proportions gardées, les villes nomades ont repris la tradition des médecins ambulants de l’antiquité. Mais ces acquisitions technologiques et scientifiques entraînent l’existence de deux mondes, celui des relations entre hommes, et celui des relations entre groupes sociaux : le premier serait aisément compréhensible à un homme du vingtième siècle, mais non le second. Et le lien entre l’un et l’autre, l’élément qui permet à l’auteur de mettre l’homme en mesure d’attaquer ces problèmes d’une échelle nouvelle, est précisément constitué par la longévité. À part leur vie qui s’étend sur plusieurs siècles, les habitants de cette New York céleste pourraient être nos contemporains, lorsqu’ils nous révèlent leurs conflits et leurs difficultés familiales. Par cet artifice, Blish a assuré l’équilibre de son roman, et son intelligibilité à des lecteurs adolescents.

     Les Pères de la Cité sont des calculateurs électroniques, groupés en une sorte d’entité, assurant l’expédition des affaires courantes et tranchant bon nombre de celles qui ne le sont pas. Les Pères de la Cité représentent très clairement la voix de la science, cette voix qui a la confiance de l’auteur, mais qui reste essentiellement consultative : les Pères de la Cité donnent leur opinion, pèsent le pour et le contre lorsque cette pesée leur est demandée, mais ils n’exécutent pas. En fait, entre le deuxième et le troisième volume de la série, ils recommanderont l’exécution de Chris de-Ford : le gouverneur-administrateur aura été la cause d’une rupture de contrat par la ville de New York, ce qui ternit évidemment sa réputation auprès des planètes susceptibles de faire appel à ses services…

     Mais Villes nomades raconte uniquement l’ascension du jeune deFord, qui demeure un personnage sympathique par son honnêteté et son désir de bien faire. Faillible, parfois maladroit, Chris deFord reste parfaitement humain. Par comparaison, John Amalfi ne l’est presque plus. Il est à mi-chemin entre deFord et les Pères de la Cité. Il y a, chez lui, une sûreté de jugement et un sens de la décision qui le placent à l’écart de ses concitoyens. L’étonnant est qu’il demeure sympathique, car il sait se mettre à la portée de ses administrés – et même, occasionnellement, à leur place. Une opposition extrêmement intéressante a été créée par Blish, dans les deux derniers volumes de sa tétralogie, entre Amalfi et Mark Hazleton, le successeur de Chris deFord au poste de gouverneur-administrateur. Hazleton est un Amalfi faillible.

     Mais la faiblesse majeure de Blish reste perceptible, bien qu’elle soit masquée par le contraste entre Amalfi et deFord : les personnages du roman restent assez sommairement dessinés, sur le plan humain. Dans Aux hommes les étoiles, les protagonistes avaient des places clairement indiquées dans la lutte manichéiste de MacHinery et Wagoner, c’est-à-dire du Mal contre le Bien. Ici, il n’y a plus de combat de cette violence, mais simplement des hommes qui sont plus ou moins infaillibles – plus ou moins parfaits d’un point de vue scientifique, est-on tenté d’écrire. Il est clair que les sympathies de Blish vont vers Amalfi, qui est le moins éloigné de cet idéal ; mais le personnage de Hazleton (qui corrige et continue deFord) sera également présenté sous un jour favorable. Les comparses qui gravitent autour de Chris deFord sont conventionnels, dans ce volume : Frank Lutz, le malhonnête administrateur de Scranton ; Fradley Haskins, son lieutenant, qui a conservé sa probité foncière ; Joël Anderson, le tuteur de Chris deFord lors de son arrivée à New York. Ce sont là de simples utilités.

     Malgré cela, ce roman est important, digne d’être lu avec attention, et même agréable à lire. L’écriture en est alerte, l’action est menée avec vivacité, et le décor est adroitement présenté au lecteur, sans digressions fastidieuses. Le concept des cités nomades a de la grandeur et de l’originalité, et Blish l’a édifié avec minutie. À bien des égards, il représente une fusion réussie de la science avec l’épopée : le lecteur de Villes nomades, selon ses goûts, s’arrêtera à l’une, à l’autre, ou s’intéressera aux deux. Il ne sera déçu en aucun cas. Les résonances des thèmes utilisés par Blish sont trop riches pour cela.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/7/1967 dans Fiction 164
Mise en ligne le : 6/11/2022

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)  pour la série : Les Villes nomades
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)  pour la série : Les Villes nomades
Denoël : Catalogue analytique Denoël (liste)  pour la série : Les Villes nomades
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)  pour la série : Les Villes nomades

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