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Le Chant du barde. Les meilleurs récits de Poul Anderson

Poul ANDERSON

Textes réunis par Jean-Daniel BRÈQUE


Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 32703
Dépôt légal : septembre 2012
Recueil de nouvelles, 624 pages, catégorie / prix : 8,10 €
ISBN : 978-2-253-13487-9   
Genre : Science-Fiction

Couverture : (c) Pete Turner / Alexander Chernakyov / Getty Images.



    Quatrième de couverture    
     Une révolution conduite par un héros de chanson dans une Amérique totalitaire... Des naufragés cosmiques attendant le salut d'une Terre mère dont le souvenir est hypothétique... Jupiter, monde hostile, conquis par l'avatar d'un paralytique... Les héritiers d'un empire déchu se réapproprient le plus horrible des crimes...
     Explorateurs, guerriers, poètes, détectives et joueurs, les héros du Chant du barde redécouvrent les mythes fondateurs de l'humanité.

     Poul Anderson (1926-2001), l'un des grands auteurs de l'Âge d'Or américain, est considéré comme un maître avec le cycle de La Patrouille du temps publié dans la même collection.
     Le Chant du barde réunit les neuf meilleurs récits de science-fiction de Poul Anderson, dans des traductions inédites ou révisées. Six d'entre eux lui ont valu le prix Hugo.
 
    Critiques    

            Ce recueil de neuf novellas, classées par ordre chronologique et multiprimées, n’a pas son équivalent dans les pays anglo-saxons.

            « Sam Hall » se déroule dans une dystopie américaine. En créant de toute pièce la figure d’un rebelle à l’ordre établi à partir d’une chanson du folklore, l’homme ordinaire se dépasse, fait du risque une entreprise morale. Alors que, d’ordinaire chez Anderson, le héros est déjà totalement lui-même, il est ici doublement en devenir, via le champion fictif de la rébellion et à travers un homme qui découvre en lui des trésors de vitalité insoupçonnés. « Penser, c’est dire Non », disait Alain. La nouvelle est publiée en août 1953, année mouvementée pour les États-Unis qui voit se résoudre le conflit en Corée, connaît l’exécution des époux Rosenberg sur la chaise électrique, et subit le pic de virulence de la chasse aux sorcières conduite par Joseph McCarthy.

            « Jupiter et les centaures » décrit l’entreprise d’étude de, puis d’implantation à long terme sur, Jupiter, une planète balayée par des ouragans d’ammoniac. Dans cette perspective, Edward Anglesey, handicapé en chaise roulante qui s’est porté volontaire, parcourt la surface via le corps bleu ardoise d’un « pseudo-Jovien » qu’il contrôle psychiquement à soixante-quinze mille kilomètres de distance. En fait, Anglesey se sent plus proche de ce corps que du sien propre, et un désir instinctif le pousse à privilégier ses séjours simulés sur la planète. La vitalité animale qu’il ressent lui rendra son humanité. On l’aura compris, une bonne part d’Avatar de James Cameron est déjà dans ce récit.

            « Long cours » est une superbe nouvelle dans la lignée des grands récits d’exploration. Le narrateur est embarqué dans l’équipage du capitaine Rovic. Son navire, Le Sauteur d’Or, est allé plus loin que tout autre bâtiment dans l’exploration de ce nouveau monde. L’état de la culture et de la société équivalent à notre XVIe siècle, mais l’on conserve sous forme de croyances le souvenir lointain de Terra, la planète mère. Or, le capitaine découvre un astronef qui, s’il partait, entraînerait dans un mouvement inverse l’arrivée à plus ou moins long terme de la culture terrienne, devenue étrange et étrangère. Rovic a alors une vue claire des deux futurs divergents qui se présentent à son monde. Pour ne pas être dépossédé de l’Histoire qu’il leur reste à bâtir, il fait sauter l’astronef. On pense bien sûr à Hernán Cortés brûlant ses vaisseaux pour obliger ses hommes à découvrir le Nouveau Monde.

            « Pas de trêve avec les rois » nourrit une problématique commune au texte précédent. Les États-Unis sont déchirés par un conflit post-apocalyptique qui prend la forme d’une nouvelle guerre civile. Comme souvent dans ce type de récit, les deux camps comptent des hommes estimables. En réalité, une force extraterrestre détermine l’avenir du peuple en le manipulant depuis les coulisses de l’Histoire. « C’était surtout pour votre propre bien, vous voyant tellement torturés, que nous désirions vous guider vers l’avenir », plaide l’un des aliens bien intentionnés, mais l’on sait de quoi est pavé l’enfer.

            « Le Partage de la chair » explore à nouveau la problématique du même et de l’autre, à travers la confrontation de différents peuples issus d’une même souche terrienne. En mission d’étude sur la planète Lokon, le chercheur Donli Sairn est tué par son guide appartenant à une tribu primitive. Cela, sous les yeux de sa femme qui assiste au massacre via son transmetteur audiovisuel. Le corps de l’explorateur semble profané, vidé comme une pièce de gibier. Evalyth, sa veuve, appartient à un peuple fier, combatif. Elle va réclamer justice et découvrir que sur Lokon le rituel anthropophagique est universel. La chute du texte renverse les idées reçues et classe ce brillant récit au côté des singularités ethnologiques présentées par Philip José Farmer dans son cycle du « Père Carmody ».

            « Destins en chaîne » est un texte écrit à l’initiative de Keith Laumer et impliquant différents auteurs, où Poul Anderson a choisi de rédiger un pastiche de Philip K Dick. Le personnage central enchaîne les vies qui se complètent ou s’opposent en variations successives.

            « La Reine de l’Air et des Ténèbres » poursuit d’une certaine façon « Le Partage de la chair » via la mort du compagnon de Barbro Cullen alors qu’elle était enceinte. Mais surtout ce récit aux accents shakespeariens, qui évoque Le Songe d’une nuit d’été, développe une problématique sur la puissance des archétypes nourrissant l’imaginaire de l’homme, anticipant en bien des points La Forêt des mythagos de Robert Holdstock. L’un des personnages évoque par ailleurs Sherlock Holmes et se réclame de sa descendance, clin d’œil récurrent dans l’œuvre de Poul Anderson.

            « Le Chant du barde » pourrait apparaître comme le dernier tableau d’un triptyque incluant « Le Partage de la chair » et « La Reine de l’Air et des Ténèbres », l’esseulé du couple n’étant pas ici la femme mais l’époux qui s’élèvera à la dignité d’Orphée. Volonté de vie contre intelligence suprême, le récit offre une variation d’une constante mythique déclinée à travers les différentes cultures, celle de l’affrontement entre l’homme et le dieu qu’il se donne.

            « Le Jeu de Saturne » qui clôture l’ouvrage, publié en 1981, anticipe notre époque. On ne peut qu’être terrifié par cette vision d’un univers morne, parcouru dans l’ennui, qui réclame pour être simplement viable de se réfugier dans des espaces virtuels. Une conclusion pessimiste, s’il n’y avait les inépuisables ressources que l’humain trouve en lui, thème cher à l’auteur.

            Au final, ce recueil nous permet de mesurer la remarquable cohérence thématique de Poul Anderson qui procède par variations au fil des nouvelles pour aborder toutes les possibilités d’un sujet. L’un des thèmes récurrents dans Le Chant du barde est le droit et le devoir qu’ont les peuples à se déterminer eux-mêmes. La démarche nous apparaît d’autant plus facilement qu’elle est excellemment mise en lumière.


Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/7/2014 dans Bifrost 75
Mise en ligne le : 5/4/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition BÉLIAL', (2010)


     « Cependant, Homo mérite vraiment d'être qualifié de sapiens quand il pratique sa spécialité – à savoir le fait de ne pas être spécialisé. Les multiples tentatives qu'il a faites pour s'incruster dans un moule répondant à toutes les questions, une culture, une idéologie – qu'on appelle ça comme on voudra –, se sont à chaque fois soldées par un désastre. Mais assignez-lui la tâche prosaïque de se débrouiller pour vivre, et il s'en tirera en général de façon plutôt satisfaisante. Il s'adapte dans de larges limites. » (« La reine de l'Air et des Ténèbres », p. 358)
     Cet extrait résume à merveille le credo de Poul Anderson, qu'on pourrait du reste prolonger par l'affirmation selon laquelle l'Homme est farouchement attaché à sa liberté et à son auto-déterminisme : quelles que soient la nature des événements, la rudesse de son environnement, les difficultés auxquelles il est confronté, il s'en tirera toujours. Et devra savoir tirer parti de tous ces éléments pour tracer sa propre voie, voire celle de son espèce, sans attendre que la fatalité, les influences extérieures, ou des machines censées le conseiller, prennent la décision pour lui. Cette thématique imprègne la plupart des textes ici rassemblés par Jean-Daniel Brèque, comme par exemple « Destins en chaîne », où un homme se voit propulsé d'univers parallèle en univers parallèle jusqu'à ce qu'il décide lui-même d'interrompre le cycle. Et, même si parfois cette volonté semble aller dans le sens du conservatisme et d'une tendance réactionnaire, dont certains ont bien voulu taxer Anderson (« Pas de trêve avec les rois ! » peut le laisser penser si on ne lit pas assez attentivement la nouvelle), on ne peut que battre cette théorie en brèche si l'on considère l'ensemble des textes, empreints d'humanisme et de tendresse pour tous les protagonistes.
     Ce recueil de neuf nouvelles de science-fiction de la plus pure eau représente au total plus de 500 pages, ce qui montre l'intérêt de l'auteur pour la forme de la novella, qui lui permet de poser un décor et des personnages très crédibles, de développer de manière extrêmement convaincante ses intrigues et leurs questionnements, humains ou scientifiques, tout en gardant une rapidité qui confère tout leur impact aux textes. Ceux-ci sont ainsi devenus quasiment tous des classiques, raflant pas moins de six prix Hugo agrémentés de trois prix Nebula. On pourrait ainsi parler des véritables joyaux que sont « La Reine de l'Air et des Ténèbres » (une femme tente de retrouver son enfant kidnappé, sur une planète a priori dépourvue d'autochtones), « Le Chant du Barde » (dans une société entièrement régie par un ordinateur omnipotent sur lequel se reposent les humains, un barde va tenter de ramener à la vie son aimée) ou encore « Le Partage de la chair » (une femme dont le mari a été sauvagement assassiné par un habitant d'une planète en cours de colonisation veut se venger, mais essaye néanmoins de comprendre la raison du geste)... et on n'aurait entrevu qu'une partie des merveilles que recèle ce recueil. À sa maîtrise narrative et son solide bagage technique, s'ajoutent en effet un pouvoir évocateur certain (« Le Jeu de Saturne » est à ce titre magistral, avec ses collines de neige miroitante aux formes alambiquées) et à la thématique globale de ces récits, particulièrement riche : les mythes. Qu'il s'agisse d'Orphée, des croyances celtiques, des centaures, ou encore de celui qui sous-tend la plupart des textes : un futur lointain, où la Terre a dépassé la statut de vague souvenir pour devenir elle-même une légende. Ce cadre résonne avec et prolonge en les enrichissant les thèmes abordés par l'auteur.
     Au final, Le Chant du barde porte très bien son sous-titre (« Les meilleurs récits de Poul Anderson ») ; on pourrait du reste presque l'étendre à la science-fiction toute entière, car on aura rarement vu autant de chefs-d'œuvre au sein d'une même carrière. Merci donc au Bélial' et à Jean-Daniel Brèque de nous avoir proposé cet ouvrage qui, même s'il n'est constitué que de rééditions, restera comme l'un des tout meilleurs recueils publiés au cours de ces vingt dernières années.

     Note : pour finir, on peut sans peine imaginer que certains juristes du studio ayant produit l'un des gros blockbusters 3D de l'année 2009 ont dû frémir quand a été porté à leur connaissance l'existence de « Jupiter et les centaures ». On n'en dira pas plus, mais force est de constater que ça fait quand même un bien curieux amoncellement de coïncidences...

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 5/9/2010
nooSFere




 
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