Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Petit déjeuner des champions

Kurt VONNEGUT Jr

Titre original : Breakfast of champions, 1972
Traduction de Gwilym TONNERRE

GALLMEISTER , coll. Totem n° 39
Dépôt légal : avril 2014
Roman, 256 pages, catégorie / prix : 10.50 €
ISBN : 978-2-35178-539-3
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   GALLMEISTER, 2019
Sous le titre Le Breakfast du champion
   J'AI LU, 1976, 1999
   SEUIL, 1974

Quatrième de couverture
     « Unique... un de ces écrivains qui dresse pour nous la carte de nos paysages, et pointent les espaces qui nous sont les plus familiers. » — Doris Lessing

     Voici l'histoire d'une rencontre entre deux hommes solitaires, maigrichons et plus tout jeunes. Le premier, Kilgore Trout, obscur auteur de science-fiction, passe ses soirées à prédire l'apocalypse à son seul ami, Bill, une perruche. Quant à Dwayne Hoover, riche concessionnaire Pontiac dont l'unique compagnon est un chien nommé Sparky, il est sur le point de perdre la tête. Lorsque Kilgore Trout rencontre Dwayne au cours d'un festival, il lui offre l'un de ses romans. La lecture de ce livre va transformer Dwayne en monstre.

     Kurt Vonnegut, immense figure de la littérature américaine, démantèle dans ce roman prophétique la folie du monde moderne dans un jeu de massacre où rien ni personne n’est épargné.
Critiques

         « Je trouve cruel qu’un gouvernement puisse laisser un bébé naître propriétaire d’une grosse partie du pays, tel que moi je suis né, et laisser un autre naître propriétaire de rien du tout. »

         Telle est l’idée maîtresse de Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater. Cette fable, douce et dingue, raconte l’histoire d’une incroyable somme d’argent : 87.472.033,61 dollars. Ce capital, colossal en 1964, fructifie depuis 1947 par les soins de la fondation Rosewater créée par la famille pour échapper au fisc et « autres prédateurs dont le nom n’était pas Rosewater ». La présidence de la fondation se transmet selon des règles monarchiques et permet au titulaire de toucher un salaire journalier de 10.000 dollars, ce qui reste colossal en 2014.

         « Ne vous suicidez pas. Appelez la Fondation Rosewater. »

         Eliot Rosewater, président de la fondation en 1964, pompier dans l’âme et alcoolique notoire, décide de profiter de cette situation pour aider ses semblables. Il s’installe dans les locaux de la fondation, y vit dans le plus grand dénuement en surveillant les deux lignes téléphoniques de son bureau : une pour être averti des incendies, une pour recevoir les appels à l’aide de ses concitoyens. Mais qui l’aidera à échapper au plan de Norman Mushari, avocat véreux décidé à capter tout ce qu’il peut de la fortune des Rosewater ? Kilgore Trout, prolifique auteur de science-fiction inconnu du public, saura-il lui donner les bons conseils ?

         Souvent drôle, toujours tendre, Kurt Vonnegut cabotine sans retenue tout au long de ce délicieux conte moral qui ne manque jamais de lucidité et ferait bien d’être attentivement relu par les milliardaires du XXIe siècle.

         Vonnegut utilise aussi très bien l’idée de continuité conceptuelle développée ailleurs par Frank Zappa : nombre de ses personnages se retrouvent d’un roman à l’autre. Kilgore Trout traverse quatre autres romans de Vonnegut, dont Abattoir 5 et Le Petit déjeuner des champions.

         « Et l’écriture de ce récit est réalisée par une machine de viande en collaboration avec une machine faite de métal et de plastique. »

         Le Petit déjeuner des champions retrace l’histoire menant à la rencontre dévastatrice et salutaire de trois émanations de Kurt Vonnegut. Dwayne Hoover, patron d’une concession Pontiac, perd lentement la tête en se noyant dans sa routine de gros propriétaire veuf à Midland City. Kilgore Trout, dont la centaine de romans de science-fiction a été caviardée de pornographie pour être diffusée en sexshop, est invité par son seul admirateur (un certain… Eliot Rosewater) au Festival d’Art de Midland City. Le narrateur, Philboyd Studge, raconte le cheminement de ces deux zèbres comme s’il s’adressait à des extraterrestres, avec plein de petits dessins facilitant la compréhension des drôles de choses que l’on trouve sur la Terre. Le final, annoncé dès le début du récit, sera bien plus explosif que prévu.

         Plus grinçant que Dieu vous bénisse, Le Petit déjeuner des champions, paru en 1973, est un roman touffu qui tire dans tous les sens. Vonnegut persiste à y dénoncer les aberrations de la société américaine fondée sur l’exploitation de l’homme par l’homme tout comme sur un certain culte de la jouissance instantanée et de l’ignorance décomplexée. Il ne fait aucun doute que ces notions toucheront les Européens de 2014 à un endroit douloureux. Les huit années qui séparent les deux ouvrages furent riches en agitation et en bouleversements, mais Vonnegut s’attaque plus aux racines du mal qu’à des événements historiques qui ne changent pas vraiment la nature du problème : l’égoïsme et le manque de bonté dans le cœur humain.

         Après une analyse attentive et documentée, il est évident qu’une nouvelle traduction de ces deux bijoux de la littérature américaine s’imposait. Les versions proposées par Gallmeister sont dans l’ensemble très fidèles. Cependant, comment résister à l’envie d’épingler M. Tonnerre, dont une relecture plus attentive de Dieu vous bénisse lui aurait permis de détecter l’odieuse erreur de la page 88 (où les poils sont la différence entre la pornographie et l’art, pas entre la pornographie et la loi !), et surtout de remédier aux libertés prises sur la ponctuation et la mise en forme du texte (suppression des parenthèses, mélange incident des styles direct et indirect) qui ont pour effet d’embrouiller le phrasé pourtant limpide de Vonnegut.

         Que cela ne décourage pas le lecteur d’apprécier à juste titre le travail de M. Tonnerre sur ces deux délicieux opus. Et puis, comme on dit : Vonnegut fait du bien ; Vonnegut, c’est le bien.

Grégory DRAKE
Première parution : 1/10/2014 dans Bifrost 76
Mise en ligne le : 15/11/2022

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) (1975)

     Septième ouvrage de Kurt Vonnegut. Le breakfast du champion (1972) est dans la ligne du Berceau du chat (1963) et d'Abattoir 5 (1969) : c'est-à-dire que, sous un mince artifice de loufoquerie fantastique (ici l'introduction de « substances chimiques nocives » dans un cerveau humain, ce qui rend son propriétaire fou furieux), il ne parle de rien d'autre que de notre monde — ce qui n'est pas si mal. Notre monde dingue-dingue-dingue, bien sûr : ce pourquoi le soupçon de folie qui prend Dwayne Hoover au cerveau et l'amène à cogner sur le museau de quelques-uns de ses concitoyens est parfaitement à sa place dans ce roman, dont il peut être considéré comme la synecdoque, ou le point nodal...
     Roman ? Non car Le breakfast du champion n'a ni commencement ni fin, ni queue ni tête, ni tambour ni trompette. Et ainsi de suite. (Comme l'écrit Vonnegut toutes les deux lignes.) Se préoccuper de fin et de commencement, de tête et de queue (encore qu'une certaine insistance à nous faire connaître les mensurations du pénis de tous ses personnages...), c'est bien au-dessus des aspirations de Vonnegut. Le monde étant composé de fous (ou de robots programmés pour une folie générale, incurable, définitive), pourquoi écrire à l'intention de ces fous un livre qui aurait un sens quelconque ? Aussi, de sens, le... roman de M. Vonnegut n'a que celui de l'Histoire en marche (ou de l'air du temps respiré d'une narine perspicace, dédaigneuse, ironique), qu'il reflète fidèlement, comme en un miroir. pour les beaux yeux de ces fous (ou de ces robots programmés) que nous sommes. nous pauvres lecteurs.
     M. Vonnegut (je tiens au « monsieur », qui précise bien que le susnommé est une individualité respectable et doué du libre-arbitre qui nous fait défaut) a déjà consacré deux romans au massacre — notre plus belle conquête : Le berceau du chat c'était Hiroshima, Abattoir 5, Dresde. C'est bien suffisant (a-t-il dû penser). Les massacres continuant gaiement (preuve qu'un livre ne peut rien changer à rien — ce dont on se serait bien douté, tout fous que nous sommes...), M. Vonnegut s'est borné cette fois à inscrire dans son miroir (qu'il appelle un vide, à la mesure de notre pensée quand on se regarde dedans, sans doute) quelques-unes de nos bêtises, de nos tares : la bagnole considérée comme un des beaux-arts. le sexe comme un moyen de se pousser du col, le lynchage des Nègres comme un passe-temps amusant, la pollution comme un spectacle pittoresque, la vénération de la culture comme le fin fond de l'imbécillité...
     En fait. le portrait qu'il trace ici de l' existence de la bête verticale est si schématique qu'il se pourrait très bien qu'il ait été fait. non pour le supposé modèle, mais pour des créatures d'une autre galaxie qui auraient ainsi une idée vague mais juste de la vie sur cette misérable planète appelée Terre. M. Vonnegut serait alors un écrivain de science-fiction natif de la nébuleuse d'Andromède, qui aurait inventé de toute pièce, pour les Andromédiens, un monde absurde, logique, et absolument dégoûtant, M. Vonnegut serait le Sheckley d'Andromède que je n'en serais point étonné. S'expliquerait en tout cas la présence de tous ces dessins (de l'auteur) qui parsèment l'ouvrage (un camion, un mouton, un serpent, un « castor bouche-ouverte » 1, une chaise électrique, etc.), et qui ne seraient alors là que pour préciser dans l'esprit des lecteurs andromédiens certains détails de la vie terrestre, sans pour cela que l'auteur ait à sacrifier à ces oiseuses descriptions qui alourdissent d'ordinaire les romans de science-fiction — même sur Andromède.
     Un des personnages principaux du livre est d'ailleurs lui-même écrivain de SF : c'est Kilgore Trout. bien connu depuis Abattoir 5. C'est une piste qui va en droite ligne vers mon hypothèse. L'auteur en personne intervient en outre dans le déroulement de son ouvrage, pour bien montrer qui est le patron dans ce foutu bordel : lui, et pas nous, pauvres créatures de papier. C'est une autre piste. On n'en manque pas, dans Le Breakfast du champion. On n'en manque même si peu qu'elles ont tendance à s'embrouiller, et que l'hardie hypothèse construite quelques lignes plus haut n'est peut-être que le résultat de la surchauffe des cellules grises d'un critique au dernier degré de l'éthylisme. Allez savoir ! Et puis quelle importance, au fond ; nous sommes tous des robots programmés pour lire le bouquin de M. Vonnegut Kurt Jr., il ne nous a créés que pour ça. On n'y coupera pas, et on a bien de la chance : qu'est-ce qu'il est bon, le bouquin de M. Jr. Vonnegut Kurt ! Et qu'est-ce qu'il est marrant !

     P.S. : Je suis programmé pour écrire ça, alors...

Notes :

1. II est impossible de préciser ce qu'est un castor bouche-ouverte dans une revue qui s'adresse pour une part à des moins de 18 ans.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/4/1975
dans Fiction 256
Mise en ligne le : 17/7/2003

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Le Breakfast du Champion , 1999, Alan Rudolph

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 78609 livres, 90582 photos de couvertures, 74574 quatrièmes.
8864 critiques, 42716 intervenant·e·s, 1658 photographies, 3770 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.