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Candy man

Vincent KING

Titre original : Candy Man, 1971
Première parution : Ballantine, juillet 1971
Traduction de Didier PEMERLE

CALMANN-LÉVY (Paris, France), coll. Dimensions SF
Dépôt légal : 4ème trimestre 1973, Achevé d'imprimer : 17 septembre 1973
Première édition
Roman, 280 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 14,0 x 21,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     On m'appelle Candy Man, mais ce n'est pas mon vrai nom . Je n'ai pas de Nom. Je ne suis que ce bon vieux Candy Man qui parcourt les Rues en vendant sa barbe à papa. Ils aiment ça, tous  : ça leur délie la langue. Alors, moi, je n'hésite pas à les dénoncer aux Educateurs. Il le faut  : c'est comme ça que j'obtiens mes burettes. Quand je remonte ma manche de caoutchouc jusqu'à la saignée du coude et que j'enfonce le bec de la burette, je me sens bien. Alors, lassé du monde, je peux retourner dans les bois de lichen avec mon chien. Quel est mon Jeu dans cette partie  ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que sur cette planète il n'y a personne d'autre comme moi. Je n'ai pas passé les Epreuves et mon cerveau n'a pas été brûlé. D'ailleurs c'est pour ça que je n'ai pas de Nom. Un jour, je descendrai jusqu'au cœur de la Machine Profonde, loin sous la Terre. Je pourrai enfin me recroqueviller, mourir en elle. Ce sera peut-être la fin du monde, mais ce jour-là, je saurai enfin qui je suis...
Critiques
 
     Candy Man est un autre de ces livres qui témoignent du glissement de la science-fiction, en tant que genre fonctionnant sur un nombre précis d'archétypes, vers un nouveau type de littérature les ayant assimilés et ne s'en servant plus que comme références épisodiques, au même titre que n'importe quelle autre référence, historique, sociologique, poétique, etc. Il serait alors tentant de prétendre que le roman de Vincent King fait partie d'une phase transitoire entre la fin de la SF classique et le début d'« autre chose », où l'on pourrait classer les textes de Ballard, de Sallis, ou un roman comme Pique-nique au Paradis de Joanna Russ. Certes, il faut se méfier des classifications sommaires, quand bien même ces classifications tendent à instaurer une zone floue de non-classification ! Mais le fait que l'ouvrage soit traduit — excellemment — par Didier Pemerle, qui dans son travail d'écrivain se situe lui-même à la frontière de la S F et de la littérature introspective moderne, est un autre de ces signes qui, s'accumulant, ne trompent pas.
     Les lignes de force de l'intrigue, pourtant, restent lisibles à la lumière de notre seule connaissance de la SF classique, il y a un monde visiblement fermé dans l'espace et dans le temps, stagnant, celui des Rues ; y vivent les Heureux qui, sous la conduite ferme des Educateurs, doivent subir les Epreuves qui conduiront quelques élus à faire partie des Equipages, les autres ayant le cerveau brûlé ; et des légendes parlent d'un Sauveur qui viendra du ciel, du Grand Robot enfoui dans le sol... Dans ce décor, Candy Man, faux aveugle vendant de la barbe-à-papa mélangée à une drogue euphorisante (cf. le double sens du terme anglais candy man) prêche l'amour charnel, la procréation, échappe aux épreuves : « On essayait peut-être de balayer l'espèce, d'exterminer l'humanité, de nous tuer progressivement, tout doucement Si j'arrivais à les persuader de s'aimer et de faire des enfants, leur nombre s'accroîtrait. A force de prêcher, j'arriverais peut-être à les persuader de ne plus aller aux Epreuves... » (p. 17).
     Candy Man est le grain de sable dans les rouages d'une société stabilisée depuis des milliers d'années ; il est le facteur d'évolution possible, poussé par une force qu'il ne peut analyser, activé par des motivations qui lui échappent et qu'il appelle simplement le Jeu — un Jeu qu'il sent devoir poursuivre jusqu'au bout. Rien de plus van vogtien en surface (mais qui échappe à Van Vogt ?) : Candy Man, c'est Gilbert Gosseyn, comme lui programmé et ne sachant rien de son identité réelle. Androïde humanisé (première révélation, au milieu de l'ouvrage) ou homme « cyborgisé » (ultime révélation), qu'importe, au fond... Il est un pion, il est « agi » dans un certain but, et ce but, même s'il est mal définissable, suffit à Candy Man pour s'affirmer être vivant : « J'étais un Androïde, un être fabriqué, une machine, et si cela était vrai, j'avais donc une destination. J'avais une raison d'être, un Jeu. Peu importe lequel. Vivre pour quelque chose, c'est la certitude de vivre » (p. 150). A la quête butée et âpre de Gosseyn répond ici la trajectoire d'un « sujet » à qui il importe peu de savoir ce qu'il est (homme ou robot), ni ce qu'il a à faire (détruire ou construire). L'objet de la quête se confond avec la quête elle-même ; si Gosseyn est un héros tragique, Candy Man est un anti-héros, un être qui se meut dans les brouillards d'une littérature en déroute, un soldat perdu de la SF.
     Le chambardement profond opéré par Vincent King dans la trame des archétypes est beaucoup plus une question de regard, donc d'écriture, qu'une transformation qui en resterait au niveau de la thématique. De manière caractéristique, l'auteur semble prendre un malin plaisir à subvertir parfois les objets archétypaux de la SF, ces fameux objets « américains » que Murray Leinster, dans Assassinat des Etats-Unis, se plaisait à doter d'une beauté terrifiante et toujours reconnaissable, qu'il fussent frigidaires ou fusées. Cela donne des descriptions de ce genre, qui signifient la dégradation, l'abandon des mythes voués aux mites : « Le glisseur sentait l'urine. C'était un appareil en mauvais état Les lumières elles-mêmes fonctionnaient mal et les appels de l'avertisseur était imperceptibles. Les fenêtres avaient été durement éprouvées par les balles dont les impacts, là où elles tenaient encore, les avaient aveuglées de cercles blancs. Le métal aussi était cabossé. Derrière moi, à mi-chemin du fond de l'habitacle, un engin plus destructeur avait fait son œuvre. Les sièges avaient été arrachés, soufflés par l'explosion. Un sang séché depuis longtemps tachait encore de noir le sol » (p. 71 ).
     Et, plus globalement encore, la résolution du monde fermé de Candy Man, qui semble vouloir brancher, à mi-course, le roman vers une autre thématique sociologico-écologique, est détournée, subvertie. Ce qu'il avait fallu à d'autres des romans entiers pour l'exprimer, Vincent King le bâcle en quelques pages : effet de serre provoquée par l'accumulation de gaz carbonique dans l'atmosphère, fonte des glaces polaires, élévation du niveau des océans, construction par les survivants d'un deuxième niveau du monde constitué par d'énormes socles de béton enracinés sur les montagnes, régulation de la population par des Machines qui instaurent un eugénisme à l'envers (« une sélection contre nature par la stupidité, la négligence, et l'irresponsabilité »), insertion dans cette trame de Candy Man... tout cela est survolé avec désinvolture et ne débouche que sur une froideur et un cynisme sciemment calculés : « Il en survivra quelques-uns, a dit la Fille. Elle s'est passé la langue sur les lèvres. Et pour eux ce sera une bonne chose. Eliminer les plus faibles. Les civilisations ont parfois besoin de se plonger dans la barbarie. Il sera amusant d'observer le processus. Je pourrai sûrement en tirer un article » (p. 224).
     On pourrait aussi parler de l'élagage d'un troisième thème : les fusées des Equipages, qui sont censées pouvoir entreprendre l'essaimage de l'humanité dans l'univers, et qui sont en réalité des leurres fixés au sol... Mais on aura compris que Vincent King semble avoir voulu détruire (ou déconstruire, comme on dit aujourd'hui) quelques-unes des grandes allées de la SF traditionnelles, dans le but de nous souffler par la bande que ce ne sont pas les histoires de robot ou de conquête de l'espace qui importent, mais que c'est la Terre, notre Terre, aujourd'hui menacée, mourante peut-être. Typiques de ce propos sont les digressions éparses sur la guerre, que l'auteur n'a pas cherché à rendre réalistes, mais qui sont effrayantes par leur distanciation même : « Ils étaient dix-sept. Dix-sept jolis petits avions portant sous leurs ailes argentées d'hirondelles des réservoirs de napalm chamarrés de couleurs vives, déchaînant dans le ciel la polyphonie d'un innombrable chœur, glissant sur les rails vaporeux laissés par les réacteurs » (p. 33). Ou ceci, qui renvoie à Kurt Vonnegut : « Le Garçon était avec moi et il ne se rappelait pas si ce que nous survolions s'appelait Dresde ou Guernica. Peu importe, nous avons largué une bombe atomique » (p. 141). Typique aussi, mais à l'inverse, est le fait que les points d'émergence des membres des Equipages dans le monde des Rues sont les « Cottages », havres de paix solaire dans une micronature libre et épanouie, où Candy Man, pour la première fois, peut goûter au bonheur de vivre : « Puis il y a eu le jardin, le Cottage. Je n'avais jamais rien vu de tel. Jamais je n'avais goûté une telle beauté. Je devrais dire : une telle bonté. Je me sentais bien, à ma place et détendu dans l'air tiède et les bruissements d'insectes. J'avais de la peine à y croire. Je devais être, pour jouir de tant de douceur, au pays des merveilles » (p. 122).
     Par-delà la destruction des mythes et des grands thèmes de la vieille SF Vincent King lance aussi les bases de ce que pourrait être une nouvelle SF utopique et moralisatrice, qui concernerait l'édification d'un monde meilleur, plus humain, le temps d'une Terre « débarrassée de cette masse de béton », celui du renouveau des « petits groupes, des communautés villageoises ». Ce qui est tragique, c'est que ce soit précisément cela, ce futur, qui nous paraît aujourd'hui comme relevant de la science-fiction ! (cf. Marée montante, de Marion Zimmer Bradley). Mais Vincent King a dépassé le stade tragique, celui du constat ; du même coup, son roman n'est pas directement politique ni contestataire, il navigue dans les eaux d'une sorte de poésie de l'absence, de la transparence, de l'indifférence. En cela, il rejoint la famille de La nausée ou de L'étranger : pour une fois que la SF a trente ans de retard, il était bon de le souligner... Chaque lecteur, de toute façon, jugera Candy Man selon sa subjectivité, sa réceptivité. Pour ma part, je trouve l'allusif à haute dose un peu fatigant : voilà certes un beau texte, mais il m'a tout de même inspiré un certain ennui.
 

Jean-Patrick EBSTEIN
Première parution : 1/6/1974 dans Fiction 246
Mise en ligne le : 13/9/2015


 
     Critique tirée de la rubrique « Diagonales » signée par Alain Dorémieux
     Vincent King est un auteur anglais qui écrit de la SF depuis 1966 et qui a déjà derrière lui de nombreuses nouvelles et quatre romans. Fiction a récemment publié deux de ses textes : Le mur de la fin du monde et Réflexe de défense (n° 236 et 239), où il y avait un côté un peu visionnaire, encore beaucoup plus développé dans le présent roman. Œuvre déroutante et fascinante, aux idées foisonnantes, aux aspects parfois hermétiques et marqués d'une sorte d'étrangeté non humaine, Candy Man pourrait être qualifié de science-fiction surréaliste. Comme dans la plupart de ses textes, Vincent King part de thèmes-clés consacrés par l'usage (ici, celui de l'androïde), il les profile sur la toile de fond d'une Terre radicalement métamorphosée dans un lointain futur, et il en tire des effets qui rendent un son neuf. Un singulier talent à découvrir.

Alain DORÉMIEUX
Première parution : 1/1/1974 dans Fiction 241
Mise en ligne le : 16/11/2015

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

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