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Semailles humaines

James BLISH

Titre original : The Seedling Stars, 1957
Première parution : Gnome Press, 1957
Traduction de Michel DEUTSCH
Illustration de Christopher FOSS

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 752
Dépôt légal : 2ème trimestre 1977, Achevé d'imprimer : 20 mai 1977
Réédition
Roman, 224 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,0 x 16,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     James Blish est né en 1921 aux États-Unis. Il est mort en 1975 en Angleterre. Il a étudié la zoologie puis a travaillé dans la recherche médicale avant de devenir écri­vain professionnel. Outre ses œuvres d'anticipation, il a écrit un roman sur la vie de l'alchimiste Roger Bacon.
 
     Dès sa petite enfance, Sweeny a souhaité être un humain et telle sera sa récompense s'il réussit dans sa mission : ramener sur Terre les Hommes Adaptés, ses frères de race.
     Alors qu'il n'était encore qu'un fœtus en éprouvette, ces humanoïdes adaptés au froid et à la faible pesan­teur se sont enfuis du dôme lunaire pour se réfugier sur Ganymède. Maintenant, leur chef, le Dr Rullman, a pour projet de coloniser les étoiles afin d'échapper définitivement à l'autorité terrestre.
     Sur Ganymède, Sweeny pourra-t-il oublier l'éducation humaine qui lui a été inculquée et s'intégrer à ceux de sa race ? Pour cela, il lui faudrait renoncer à son rêve le plus cher....
Critiques
 
     Les « Semailles » vingt ans après

     Un coup de cymbale pour le grand Blish qui nous a quittés voici deux ans à destination d'Aleph zéro. Jacques Sadoul publie ce qui est sans doute son meilleur livre : Semailles humaines (J'ai Lu n° 752). Et tout de suite, en quatrième page de couverture, on est pris d'une grande émotion devant ce visage tendu et passionné, ce beau regard de visionnaire. James Blish avait cinquante-quatre ans.
     The seadling stars date de 1957. C'est donc vingt ans après que paraît la réédition de J'ai Lu, tout à fait justifiée d'ailleurs. Avec la série des Villes nomades (Denoël), la sortie récente des Quinconces du temps (Denoël), Les guerriers de Day (Presses de la Cité), Le siècle de l'éternel été, les livres de Blish disponibles en français sont maintenant au nombre d'une dizaine. Bien que j'aime beaucoup Un coup de cymbales, n° 106 de la collection Présence du futur, je crois que Semailles humaines est supérieur et témoigne mieux encore de cette incroyable mégalanthropie qui fut celle de la science-fiction classique.
     Il y aurait cent façons d'aborder ce livre génial, grandiose et mal fichu. Inachevé aussi, mais James Blish pensait peut-être que l'histoire écrirait un jour ou un siècle prochain la suite de son œuvre... On pourrait voir Semailles humaines sous l'angle de la conquête galactique : l'homme dans l'infini. Ou bien sous l'angle d'une histoire du futur plus épique que celle de Robert Heinlein, ou encore sous celui de la destinée de l'homme... En fait, j'ai choisi « le corps dans la science-fiction » parce que ce thème a été beaucoup traité dans divers ouvrages récents et qu'il me permettra d'établir un parallèle à mon sens très intéressant entre Semailles humaines et un roman écrit en 1976 par un auteur de la génération de Blish : Homme-Plus, de Frederik Pohl (Calmann-lévy, coll. Dimensions).
     Voici une brève esquisse d'un article plus long à venir sur ce sujet, toute axée sur des livres publiés dans les derniers mois :
     Le corps adapté : Semailles humaines de James Blish (J'ai lu) ; Shéol de Jean-Pierre Fontana (Denoël) ;
     Le corps transplanté : Immortels en conserve de Michael G. Coney (Les Humanoïdes associés, coll. Horizons illimités) ; Matières grises de William Hjortsberg (Ed. Robert Laffont, coll. Ailleurs et demain) ;
     Le corps transformé (le cyborg) : Homme-Plus de Frederik Pohl (Ed. Calmann-Lévy, coll. Dimensions) ;
     Le corps simulé : Le désert du monde de Jean-Pierre Andrevon et Fœtus- Party de Pierre Pelot (Ed. Denoël, coll. Présence du futur) ;
     Le corps incomplet ou difforme : Deus irae de Dick et Zelazny (Denoël, Présence du futur) ; L'homme total de John Brunner (Ed. Presses de la Cité, coll. Futurama) ;
     Les clones : Hier, les oiseaux de Kate Wilhelm (Denoël, Présence du futur) ; Les clowns de l'Eden (c'est-à-dire les clones de l'ADN...) d'Alfred Bester (Laffont, coll. Ailleurs et demain) ;
     Le corps recréé : Cette chère humanité de Philippe Curval (Ed. Robert Laffont, coll. Ailleurs et demain)...
     Bien entendu, cette liste n'est nullement limitative !
     En 1957, l'époque mégalanthropique de la science-fiction devait être à son apogée. James Blish inventait la pantropie, « ce terme qui, librement traduit signifiait « métamorphose intégrale », convenait à merveille, » (p. 12). Quant au mot « mégalanthropie », librement construit, il voudrait désigner une sorte de mégalomanie de la race humaine, en évitant ce qu'il y a de péjoratif dans l'expression entière.
     La première partie du roman est le récit d'une mission accomplie sur Ganymède par Sweeny, chargé de ramener sur la Terre ses frères, les Hommes Adaptés du Dr Rullman. Sweeny est adapté lui aussi « au froid mordant à la faible pesanteur, à l'atmosphère tenue et méphitique qui prévalaient sur Ganymède. Le sang qui coulait dans ses veines et le substrat non solide de chacune de ses cellules étaient pour les neuf dixièmes composés d'ammoniac liquide. Ses os étaient de la glace IV, » (p. 12). On est un peu surpris que, malgré cela, Sweeny et la belle Mickie, son amie, aient un aspect tout à fait humain, au point que des tests biologiques soient nécessaires pour distinguer les hommes adaptés.
     L'adaptation diffère de la transformation, en ce sens qu'elle s'engage avant la naissance du sujet. « Les cellules germinales qui s'étaient par la suite conjuguées pour le former avaient été soumise è une multitude de manipulations techniques hautement élaborées... » (p. 12). Ces manipulations dépassent évidemment de très de loin les possibilités de l'ingénierie génétique que l'on met au point actuellement dans les laboratoires de « risque IV ». Pantropie = risque cent... ou cent mille. Mais là n'est pas la question...
     Comme le lecteur le prévoyait, Sweeny restera sur Ganymède avec ses frères de race ; et il participera au lancement en catastrophe d'un autre vaisseau, emportant vers les étoiles une cargaison d'Hommes adaptés. La pantropie est définitivement lancée.
     Dans le livre second, Tellura, on suit l'aventure de quelques-uns de ces adaptés, ou plutôt de leurs lointains descendants, sur une planète de type Omnyle. Ces bannis, Honnath, Mathild et Alaskon vivront, en gagnant le sol de leur planète, une étape nécessaire de leur initiation, à la fin de laquelle ils rencontreront les Géants, les Envoyés du programme d'ensemencement. Le récit et passionnant mais tourne court : on n'a pas le temps de s'arrêter sur un monde sans importance alors que des millions d'autres nous attendent ! Mais James Blish ne peut raconter que deux ou trois expériences parmi toutes celles que le Conseil de la Colonisation développe dans la Galaxie. C'est trop peu. L'ampleur de la conception écrase l'inévitable modestie de la réalisation : un écueil fréquent pour la science-fiction mégalanthropique...
     Dans le livre troisième, on découvre les hommes microscopiques d'un monde marin, leurs amis protozoaires, leurs ennemis rotifères, leurs amours, leurs guerres, leurs espérances et leur soif de connaissance... Et Blish conclut sur cette réflexion d'un Proto sur le point de mourir : « C'est la leçon que nous a enseignée l'Homme : la connaissance. Avec... la connaissance... les hommes... ont traversé... traversé l'espace, » (p. 210). En fait, seuls comptent la connaissance, son agent abstrait, l'intelligence, et son instrument matériel, le cerveau. Le corps n'est qu'une machine, un vaisseau... Est-il mieux d'adapter l'homme aux planètes que les planètes à l'homme (terrafomnation) ? Est-ce « plus écologique » ? James Blish est certainement très sincère lorsqu'il l'affirme dans le livre quatrième, consacré au retour à la Terre et à une longue réflexion sur l'ensemencement. Il a été aussi, sans doute, un des premiers dans la science-fiction à dénoncer le saccage de la Terre... Mais jamais l'idée que ses « manipulations techniques hautement élaborées » pourraient être incroyablement dangereuses ne semble l'effleurer Ou peut-être s'en moque-t-il. L'important, c'est la colonisation. Il faut préserver l'objet à coloniser, les planètes ; tant pis si l'on perd en route, par accident, quelques milliards de vaisseaux humains...
     Et puis, vers le milieu du siècle, seuls quelques observateurs attentifs et quelques prophètes, aussi rares les uns que les autres, pensaient au danger. L'humanité dans son ensemble était encore en enfance. Les observateurs et les prophètes étaient des enfants précoces. Nous sommes arrivés à la fin de l'enfance.
     Cependant, le problème de la colonisation des planètes {Mars surtout) se pose toujours, du moins en science-fiction. En 1976, Frederik Pohl écrit Homme-Plus. Vingt ans ont passé. Beaucoup d'illusions se sont envolées. Bien des espoirs fous ont été perdus. Les Terriens se sont fait une nouvelle image de l'univers. Elle est encore, cette image, floue et incertaine, mais ce n'est plus celle, immensément naïve, de l'enfant mégalanthrope...
     Frederik Pohl nous raconte avec beaucoup de finesse, d'intelligence, de sensibilité et de métier l'aventure du « premier Martien », le cosmonaute Roger Torraway que l'on a transformé chirurgicalement et électroniquement : presque un cyborg. La psychologie de Torraway est étudiée avec la plus grande attention : ce n'est pas un simple vaisseau humain comme les héros de Blish. Ces derniers se sentent bien dans leur peau : après tout, ils sont nés comme ça. Sweeny rêve de devenir un homme comme les autres ; mais pas longtemps. La transformation est plus difficile à supporter. « Ça n'est pas chose facile pour un être humain an chair et en os, que d'accepter l'idée qu'une partie de sa chair va lui être arrachée pour être remplacée par de l'acier, du cuivre, du plastique, de l'aluminium et du verre. Nous pouvions voir que Torraway ne se comportait pas de manière très rationnelle » (p. 71 ).
     Ici, le sujet du roman est bien Torraway et son corps. Le corps prend parfois plus d'importance que Torraway ; mais il reste sujet, ne devient objet que par renversement de point de vue, et on s'intéresse plus à ce qu'il est qu'à ce qu'il fait. D'autre part, l'auteur est très conscient du danger qu'il y a à manipuler le matériau humain (bien qu'on ne fasse pas d'ingénierie génétique avec Torraway). Certes, l'explication finale affaiblit un peu le livre. Elle ressortit à la mythosociologie la plus classique : c'est la Mafia !... Eh bien, voici les coupables : ce sont les machines.
     Le meilleur du livre, c'est pour moi le retour de Torraway vers le dôme, alors qu'un accident s'est produit quelque part dans ses connexions cyborganiques, pour une cause à la fois banale, minime et saisissante. Les sensations et les hallucinations de Torraway sont admirablement décrites de l'intérieur. L'auteur réalise ici un miracle : le lecteur, avec son corps ordinaire, son cerveau composé de sept dixièmes d'eau, devient Torraway. Il est, un bref instant, le cyborg Torraway ; et il sent le poids du « frère » électronique sur son dos. Il me semble que c'est une première ?
     Le roman de Pohl est aussi bien fabriqué que celui de Blish est mal composé. Mais une bonne fabrication peut donner un produit étriqué ; et l'absence de composition peut favoriser une impression de démesure. A la fin des Semailles humaines, Blish s'écroule sous le poids de son rêve. Dans les derniers chapitres d'Homme-Plus Pohl s'enfonce sous la pression de ses (mauvaises) habitudes... Dans les deux cas, la nouvelle race se prépare à prendre la place de l'homme. Mais il a fallu d'innombrables générations aux Adaptés. Les Cyborgs sont plus pressés. Sur ce point, la meilleure crédibilité est du côté de Blish.
     Homme-Plus est un bon roman moderne, d'une originalité moyenne, avec quelques faiblesses et une excellente réussite dans le détail. Semailles humaines est un très haut jalon de la science-fiction de tous les temps et un sommet de la science-fiction classique.
     On peut aussi voir dans ce livre, a contrario, un ardent plaidoyer contre l'acharnement des hommes à transformer la Terre pour l'adapter à un certain type humain, dont les besoins sont en partie imaginaires : le citadin occidental du XXe siècle.
     Ce qu'on pourrait appeler l'urbaformation...
 

Michel JEURY
Première parution : 1/11/1977 dans Fiction 285
Mise en ligne le : 25/9/2011

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition GALLIMARD, Folio SF (2007)

     Fix-up à l'ancienne, ces quatre nouvelles des années 1950 esquissent une épopée : l'ensemencement, de la galaxie par des humanités modifiées, adaptées aux conditions spécifiques de planètes diverses. Les situations sont elles aussi fort variées : premiers post-humains, sur Ganymède, persécutés à cause de leur différence ; société arboricole, archaïque, lancée à la conquête de son monde malgré ses blocages religieux ou à cause d'eux ; micro-univers créé dans une flaque après un naufrage ; retour sur une Terre dévastée d'humains adaptés, d'ailleurs encore en butte au racisme des descendants du modèle originel... Le message immédiat est évident : l'unité de l'humanité, par-delà les apparences physiques. Cela avait quelque résonance dans l'Amérique de l'époque, et n'en manque toujours pas ici et maintenant. Mais la conquête se fait par extermination des espèces concurrentes, dinosauriens ou prédateurs aquatiques, et si cela relève d'une légitime défense ce n'en est pas moins un génocide... ce qui est beaucoup moins sympathique. Un procureur sourcilleux ajouterait de menues incohérences, une confiance abusive dans l'inné, l'idée que des êtres microscopiques se comporteraient et raisonneraient grosso modo comme des humains parce qu'ils en posséderaient les gènes, etc. Mais après tout, même si la SF est un genre plutôt matérialiste, un auteur a bien le droit, comme un feu président, de croire « aux forces de l'esprit ». Et puis, honnêtement, cela fait de bons textes, sans fioritures ni graisse inutile là ou d'autres commettraient une dodécalogie : on ne peut que se réjouir de les voir de nouveau disponibles en poche, alors que l'éditeur précédent les avait laissés en déshérence. Ceux qui les découvriront passeront un bon moment, ceux qui les avaient lus il y a quelques dizaines d'années aussi.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/5/2007
dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 24/2/2009

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Jacques Sadoul : Anthologie de la littérature de science-fiction (liste parue en 1981)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

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