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La Ruche d'Hellstrom

Frank HERBERT

Titre original : Hellstrom's Hive, 1973

Traduction de Robert LATOUR
Illustration de Jackie PATERNOSTER

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7264
Dépôt légal : juin 2004
480 pages, catégorie / prix : 7,50 €
ISBN : 2-253-10922-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Hellstrom est un spécialiste réputé des insectes et en particulier des fourmis et des termites. Il a installé ses laboratoires dans une vallée perdue de l’Oregon.

     Mais quel est son véritable projet, le fameux et mystérieux Projet 40 ? Trois hommes de l’Agence, le plus puissant des services secrets américains, parfaitement équipés et entraînés, ont disparu en se contentant d’observer la Vallée.

     Comme s’ils avaient été avalés par la terre, par cette monstrueuse termitière humaine souterraine qui est l’avenir qu’une secte pluriséculaire a promis à l’humanité.

     Hellstrom n’est qu’une façade.

     Le roman le plus inquiétant de l’auteur de Dune.

    Sommaire    

    Prix obtenus    
Apollo, [sans catégorie], 1978

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
     Le décor : une paisible vallée américaine. Un dénommé Hellstrom y a construit de vastes installations où il produit, en toute discrétion et avec une équipe dévouée, des documentaires animaliers essentiellement consacrés aux insectes. Mais la découverte fortuite d'inquiétants documents par l'Agence (puissant organisme gouvernemental) conduit ses responsables à soupçonner le scientifique de mener de dangereuses recherches dans ses laboratoires, sous le nom de code de Projet 40. Et lorsque des agents envoyés sur place pour espionner les activités du centre disparaissent mystérieusement, le doute ne semble plus permis. Mais que manigance Hellstrom, et pourquoi les insectes le fascinent-ils autant ? Le Projet 40 est-il cette arme secrète que redoute l'Agence ?
     Signalons d'entrée la principale curiosité du récit : le personnage d'Hellstrom a bel et bien existé avant ce roman. Non dans la réalité, mais au cinéma, puisqu'il fut dans les années 70 le héros fictif d'un documentaire entomologique à succès, The Hellstrom's Chronicle. Herbert, passionné d'écologie, en fut inspiré au point qu'il sollicita du producteur l'autorisation de réutiliser le nom du personnage pour en faire le protagoniste de son récit. Ainsi que le remarque Gérard Klein dans sa préface (particulièrement éclairante, comme souvent), nous avons donc avec La ruche d'Hellstrom l'un des rares exemples de roman original inspiré par un film.

     Ne pas être un fanatique de Frank Herbert, voilà qui peut causer quelques complexes à un amateur de science-fiction. Je dois confesser que c'est mon cas. À ce jour, j'en suis à ma deuxième tentative avortée de lecture de Dune, dont je n'ai jamais dépassé la page 15 (ce qui devrait peut-être m'inciter à écrire ces lignes sous pseudonyme, de peur de voir ma crédibilité de chroniqueur tomber en vrille). Je ne peux donc pas prétendre avoir entamé d'un œil très favorable un roman dont Gérard Klein souligne de plus, dès la première phrase de sa préface, qu'il ne s'agit pas d'une œuvre maîtresse de son auteur...
     Comme pour Dune, j'ai eu bien du mal à entrer dans ce roman. Il faut dire que son côté monobloc ne m'a pas particulièrement facilité la tâche : 450 pages en apnée, sans aucun chapitrage, c'est une distance qu'il n'est pas donné à tout le monde de tenir (qu'on soit lecteur ou auteur, d'ailleurs). Bien sûr, des transitions sont ménagées entre les différents foyers d'intrigue, mais cette forme très sèche de séquençage aurait gagné à la variation rythmique et à l'aération. J'ai donc tourné page après page avec une curiosité sincère, mais sans réel enthousiasme pour une histoire dont les mécanismes (progression dramatique, suspense, action...) ne m'ont guère paru ressortir de l'ensemble. Et c'est dommage, car j'ai le sentiment confus que sous la plume d'un autre auteur, cette intrigue, dotée d'une intéressante idée de départ, aurait animé ma courbe de lecture de plus d'un pic.
     À titre personnel, ce roman m'a donc conforté dans une certaine indifférence vis-à-vis de la prose de Frank Herbert. Mais comme je l'ai dit, je ne partage pas l'engouement quasi général pour Dune et ses sequels, et j'envisage aisément que d'autres accorderont de plus évidentes qualités à La ruche d'Hellstrom. Les (très) nombreux fans de l'auteur se plongeront ainsi avec profit dans ce récit, couronné en 1978 par le défunt prix Apollo (qui distinguait alors en France le meilleur roman de SF paru dans l'année). Il leur offrira la possibilité de découvrir un aspect méconnu de l'œuvre de Herbert, éclipsé par la notoriété de sa célébrissime saga — que j'arriverai peut-être à lire un jour...

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 1/12/2004 nooSFere


[Critique commune à quatre romans de Frank Herbert. Les parties traitant des trois autres — Le Dragon sous la mer, Les Yeux d'Heisenberg et La Barrière Santaroga — ne sont pas reproduites ici.]

     Qui dit Frank Herbert, le plus souvent, est en train de parler du roman Dune et de ses suites (ou bien de ses préludes produits par le fils, Brian Herbert, avec Kevin J. Anderson). La réédition toute récente de ces quatre romans « hors série », œuvres mineures certes, permet néanmoins un aperçu d'autres facettes d'un auteur assez complexe.
     [...]
     La ruche d'Hellstrom, roman qui date de 1972, développe une thématique assez proche du livre précédent mais avec une intrigue encore plus paranoïaque. Une Agence appartenant au milieu des services secrets américains s'intéresse de près aux agissements d'un certain Hellstrom, entomologiste réputé pour ses documentaires sur la vie des insectes. Les premiers agents envoyés sur place pour observer les studios d'Hellstrom dans une ferme isolée dans l'Oregon disparaissent sans traces. Or, Hellstrom et sa ferme ne sont que la face visible d'une expérience secrète menée depuis des siècles pour établir une nouvelle forme de société, inspirée du modèle des insectes à vie collective, qui serait au mieux pour assurer la survie humaine. Habitant une vaste termitière souterraine et visiblement très en avance sur le reste de l'humanité sur le plan de la génétique et d'autres domaines scientifiques, les membres de la secte s'apprêtent à essaimer sur toute la surface de la planète. Seul leur fait défaut un moyen de dissuader toute agression venant de l'Extérieur. On vous laisse découvrir les détails sur comment cela fonctionne, assez fascinants. Plus inquiétant encore est qu'on retrouve dans ce roman une certaine ambiguïté, car si la Ruche possède bien des aspects repoussants, l'Amérique contemporaine est décrite comme un État policier avec des gouvernants lâches et veules qui ne peuvent prétendre à aucune supériorité sur le plan moral.

     Voilà, quatre romans d'une qualité assez inégale, mais qui ont tous en commun une véritable capacité de provocation intellectuelle.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/9/2004 dans Galaxies 34
Mise en ligne le : 6/1/2009

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition ALBIN MICHEL, Super + fiction (1978)


     PRECISION ET REALISME 1

     Les Editions Albin Michel ont repris pour l'excellent roman de Frank Herbert, déjà publié par Galaxie sous le titre de Projet 40, le titre original Hellstrom's hive : La ruche d'Hellstrom. La publication en volume d'une œuvre importante — en quantité et en qualité — parue trois ans plus tôt en revue n'est pas injustifiée. Pas injustifiée dans un cas ordinaire. Quand il s'agit d'un livre aussi passionnant que La ruche d'Hellstrom, on ne peut qu'approuver le choix de Georges H. Gallet et Jacques Bergier.
     J'ai aimé Dune, comme tout le monde ; moins que certains, peut-être. En tout cas, je l'ai lu d'une traite : rares sont ceux qui peuvent en dire autant. J'avoue que je n'étais pas frais. L'étoile et le fouet m'a enthousiasmé. Ce roman reste un des meilleurs titres de la collection Ailleurs et demain. Je l'évoque toujours quand je vois les inventions débiles des gens qui prétendent avoir rencontré des extraterrestres soucoupiens. La Calibane de L'étoile et le fouet c'est l'être totalement et radicalement étranger. On n'a jamais fait mieux sur ce plan.

     Dans La ruche d'Hellstrom, la réussite est sensiblement égale. Ce qui manque peut-être au second roman, par rapport au premier, c'est un traducteur nommé Guy Abadia. Jacques Polanis, pour Galaxie, et Robert Latour, pour Albin Michel, ont fait de leur mieux, dans des registres différents. Je ne leur adresserai aucun reproche. Mais la tâche était rude, surtout à cause de l'importance des nuances. La traduction de Galaxie est, semble-t-il, plus proche du texte original. Jacques Polanis a conservé par exemple le mot Outsiders pour désigner (dans le langage de la ruche) les gens de l'extérieur que Robert Latour appelle... les gens de l'extérieur. Les habitants de la ruche appellent Hellstrom « premier mâle », selon Polanis-Galaxie. Pour Latour-Albin Michel, c'est seulement, en général, « le chef »...

     La comparaison entre ces deux textes est fort intéressante. Je ne connais pas Robert Latour et je me trompe peut-être tout à fait sur son compte. J'ai l'impression qu'il vient de la littérature générale (bien qu'il ait déjà traduit plusieurs ouvrages de la collection Super-Fiction). Le langage de la science-fiction paraît quelquefois lui faire un peu peur et il n'est pas toujours très à l'aise avec les termes techniques. Voici un exemple :

     La ruche d'Hellstrom (Latour) : « Peruge peut posséder un appareil qui révélerait que nous explorons son matériel, » (p. 137).
     Projet 40 (Polanis) : « Peruge risque d'avoir un dispositif qui lui révélera que nous sommes en train de sonder son équipement » (Galaxie n° 126, p. 32).

     Souvent, ainsi, Polanis se montre plus élégant et plus exact. D'une façon générale, la version d'Albin Michel paraît très légèrement édulcorée par rapport à celle de Galaxie. La « francisation » est peut-être un peu plus forte. C'est une réflexion, non une critique. Le résultat est (semble-t-il) que les habitants de la ruche humaine sont plus proches des « gens de l'Extérieur » dans la version d'Albin Michel que dans la version Galaxie. L'inquiétante étrangeté, le fantastique psychologique sont un peu gommés. La crédibilité en est-elle pour autant renforcée ? Je ne sais pas. Il serait passionnant de le découvrir. Voilà un beau sujet de thèse pour un universitaire aventureux. Et Frank Herbert est un auteur assez important et assez célèbre pour justifier ce travail.

     ... Le film réalisé par David L. Wolper à partir du roman a été couronné par un Oscar, nous dit-on. L'écriture de Herbert est très cinématographique. Les dialogues sont d'une intelligence et d'une solidité à toute épreuve. Les descriptions ont une précision visuelle étonnante. L'action avance comme un fauve en train de traquer une proie dans les hautes herbes.

     Mais l'éco-humaniste de Dune est toujours présent par ses réflexions : Propos de Nils Helstromm, Paroles de la mère fondatrice. Paroles de Trova Hellstrom, Rapport de Mimeca Tichenum sur l'emploi à l'Extérieur des produits de la Ruche... Et ces brèves coupures enrichissent toujours le récit sans couper l'action.

     Je m'aperçois que je n'ai encore donné aucune esquisse de l'intrigue pour ceux qui ne la connaîtraient pas. Mais il est difficile de rendre justice à ce livre en le racontant. Tout commence aux Etats-Unis, à l'époque contemporaine, par l'intervention d'une agence tellement secrète que... il y a beaucoup d'agences tellement secrètes que, dans l'espionnage et dans la science-fiction. Mais Herbert est un maître : il fait passer n'importe quoi. Et les rapports entre les membres de l'agence sont eux-mêmes passionnants. Des gens aux noms à consonance française, Depeaux, Janvert, Beauval (devenu Merrivale dans l'édition Albin Michel), mènent une enquête sur le très mystérieux « Projet 40 » du Dr Hellstrom. Cette enquête les conduit en Oregon, au Val gardé, où la ferme du Dr Hellstrom n'est que « la partie émergée de l'iceberg », comme dit le Premier mâle à l'ouvrier Saldo qui n'a jamais entendu parler d'un iceberg. La partie immergée, c'est la formidable Ruche souterraine où vivent cinquante mille hommes-insectes, effrayante menace pour la civilisation, selon les uns, et l'avenir de l'humanité pour Nils Hellstrom.

     Sur la jaquette du livre (quatrième de couverture), le monde de la Ruche nous est présenté comme sinistre et horrible. Ce n'est pourtant pas l'impression que donne le récit. Frank Herbert éprouve sans aucun doute une certaine sympathie pour ses hommes-insectes.

     L'affrontement entre l'Agence d'une part, Hellstrom et les siens d'autre part, est décrite avec une précision et un réalisme admirables. La fin reste ouverte. Un grand bouquin.

Notes :

1. La présente critique a été republiée sans son titre et son premier paragraphe dans le numéro 63 "spécial Frank Herbert" (juillet 2011) de la revue Bifrost, précédée dela présentation suivante : « Cette critique de Michel Jeury, disponible sur le site noosfere.org, a été publiée à l'origine dans le numéro 288 de la revue Fiction ; le film cité, Des Insectes et des hommes (The Hellstrom Chronicle) est un documentaire de 1971 réalisé par Walon Green et Ed Spiegel ; David L. Wolper n'en est que le producteur exécutif. Ecrit par David Seltzer, présenté comme un thriller de science-fiction, ce documentaire-catastrophe n'a qu'un lointain rapport avec le roman de Frank Herbert. Comme ce dernier s'en expliquait dans un entretien paru dans le magazine américain Prevue en 1984, la maison de production lui a commandé une préquelle mettant en scène le "docteur Nils Hellstrom", narrateur fictif de ce "docudrama". Herbert, qui avait déjà terminé un roman intitulé Project 40, titre sous lequel il est d'ailleurs paru en feuilleton dans le Galaxy US puis le Galaxie français, l'a alors modifié dans ce sens... » [Note de nooSFere]

Michel JEURY
Première parution : 1/3/1978
dans Fiction 288
Mise en ligne le : 5/2/2011




 
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