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L'Ombre du bourreau

Gene WOLFE

Titre original : The Shadow of the Torturer, 1980
Cycle : Le Livre du Nouveau Soleil / le Livre du Second Soleil de Teur  vol. 1 

Traduction de William Olivier DESMOND
Illustration de Stéphane DUMONT

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 321
Dépôt légal : 2ème trimestre 1981
Première édition
Roman, 352 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction

Autres éditions
   DENOËL, 1985, 1990
   in L'Ombre du bourreau - 1, 2006
   GALLIMARD, 2009

Quatrième de couverture
     Une autre civilisation, aux moeurs étranges, très loin dans l'avenir.
     Elevé depuis toujours dans la Guilde des Bourreaux, Sévérian est nommé Exécuteur dans une cité lointaine qu'il doit rejoindre à pied, par villes, monts et vaux, alors qu'il ignore tout des usages du monde. Voyage pittoresque dans l'espace et le temps, mais aussi voyage initiatique qui le confronte aux situations les plus étranges, dans un univers qui ne dévoile jamais complètement ses mystères. Premier volume d'une saga en passe de devenir l'une des plus belles de la SF, l'Ombre du Bourreau réconcilie avec une subtile audace le lyrisme de l'heroic fantasy et la vérité aiguë de la science-fiction dans un futur si lointain qu'il ressemble à un passé très ancien.

     L'auteur :
     Gene Wolfe est né à New York en 1931.
     Son premier texte de SF parait en 1967, et il obtient en 1973, le Nebula de la meilleure novella pour La mort du Dr Ile (Ed Seghers). Auteur d'une centaine de nouvelles et d'un remarquable roman La cinquième tete de cerbère (Ed. Laffont), Gene Wolfe s'affirme comme l'un des plus talentueux écrivains de science-fiction.
Critiques
     Sous la plume de l'auteur de La cinquième tête de Cerbère (Laffont et J'ai Lu) et de Peace (toujours inédit en français), l'heroic fantasy ne pouvait être que « wolfienne », c'est-à-dire voir ses règles et ses composantes traditionnelles éclater pour envahir l'espace mémoriel, le lieu imaginaire où se confondent chez le narrateur (et son lecteur) passé, présent et futur, fausses réalités et fragments de souvenir, où « le temps transforme nos mensonges en vérités ».
     Quand Severian trahit la Guilde des Bourreaux pour l'amour d'une de ses victimes, il doit quitter la citadelle et s'exiler. Commence alors un très long voyage, dont ce premier volet n'est que le début qui va le conduire aux portes de la gigantesque cité de Nessus. Itinéraire frustrant pour le lecteur (qui atteint à peine, au bout de 350 pages, les murs qui ouvrent sur le monde inconnu), mais ô combien riche pourtant, par son foisonnement d'images, de couleurs et d'odeurs, où s'animent des personnages qui semblent surgir de quelque imaginaire doué pour les progressions géométriques. Itinéraire vital pour Severian, tellement « accoutumé à l'idée de la mort », qui tente ainsi de s'inventer un passé, de se créer un personnage et une histoire, en saturant le récit de fiction pour « tendre à une réalité ». Réassemblant les morceaux d'un puzzle infini. Gene Wolfe, styliste accompli servi ici par l'excellente traduction de William Desmond, laisse entrevoir avec ce premier volume du Livre du Nouveau Soleil ce qui sera certainement, une fois la tétralogie achevée, l'une des plus fabuleuses odyssées de la mémoire et de l'imaginaire.

Pierre K. REY
Première parution : 1/12/1981 dans Fiction 324
Mise en ligne le : 28/1/2007

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition GALLIMARD, Folio SF (2021)

- Est-ce que jack Vance vous a beaucoup influencé, et à quel point le cycle de la Terre Mourante vous a servi de modèle pour le Livre du nouveau soleil ?
- C’est considérable. Je n’ai pas essayé d’imiter la Terre mourante, mais j’ai certainement pris cette idée de Jack Vance. Je l’ai lu de nombreuses années avant et cela m’avait énormément impressionné. Donc oui, ça a été une influence considérable. Je suis sûr que c’est là que j’ai pris l’idée de base qui sous-tend le Livre du nouveau soleil, l’idée d’une antiquité distante et d’une catastrophe imminente.

Fanzine Nova express, entretien réalisé par Lawrence Person, automne hiver 1998.

 

Alors que Mnémos va republier en juin prochain l’intégrale du Livre du nouveau soleil en un volume, j’ai replongé dans ce cycle, quarante ans après le début de sa parution française et presque autant après ma première lecture. Il est très rare que je relise un livre : mes goûts ont considérablement évolué, la science-fiction aussi, et la peur d’être déçu par des œuvres qui m’ont marqué plus jeune est un frein total. Mais Gene Wolfe est un peu à part : ses livres m’avaient laissé l’impression d’une œuvre plus littéraire, plus aboutie, à la construction plus réfléchie que la moyenne de mes lectures de l’époque.

Le Livre du nouveau soleil est un cycle composé à l’origine de quatre romans, écrits entre 1980 et 1983, alors que Gene Wolfe était éditeur dans une revue technique, Plant Engineering, où il s’occupait notamment de la section robotique. (fun fact : avant de travailler dans cette revue, Wolfe était ingénieur chez Procter et Gamble où il a développé le four à cuire les Pringles.) C’est suite au succès de ces quatre livres qu’il devint écrivain à plein temps. Le cinquième roman, le Nouveau soleil de Teur, n’est pas considéré comme faisant partie du cycle, même s’il est présenté ainsi en France. Ajoutons enfin que chaque tome du cycle a été récompensé d’au moins un prix majeur : BSFA, Locus, Nebula ou Campbell.

Mais revenons à ce premier tome, l’Ombre du bourreau. Sur une Terre tellement future que le soleil décline, Sévérian, jeune apprenti de la guilde des bourreaux, termine sa formation lorsqu’il tombe amoureux d’un prisonnière, la noble Thècle. Après que celle-ci subisse sa première séance de torture, Sévérian lui fournit discrètement un couteau pour qu’elle mette fin à ses jours. Cette trahison de son serment de bourreau devrait normalement le condamner à mort, mais la guilde ne voulant pas de mauvaise publicité décide de l’envoyer dans une province lointaine. Ainsi commence le long périple de Sévérian…

Écrit à la première personne, l’Ombre du bourreau a tout du roman d’apprentissage : on suit aussi bien la formation de ce jeune bourreau que ses premières rencontres, ses multiples erreurs dues à sa naïveté et sa découverte du monde lors de sa sortie de la citadelle où il a passé toute sa jeunesse.  Tout cela est raconté par un Sévérian plus âgé dont on comprend par diverses allusions qu’il a connu un destin hors du commun, devenu depuis autarque, le dirigeant de ce monde. Élevé dans un milieu exclusivement masculin, le principal moteur du roman est la relation entre ce jeune homme et les femmes, femmes qu’il va aimer, torturer, accompagner, qui vont l’aimer aussi, le détester, le trahir. Cette relation, mélange de naïveté et d’idées préconçues, est parfois déroutante et représentative de son esprit en cours de construction.

Parmi ses qualités, Sévérian dispose d’une mémoire totale : il décrit donc précisément tout ce qui lui arrive, n’omet aucun détail. Nous sommes loin d’une fantasy vitaminée où les scènes d’actions s’enchainent sans répit, mais plutôt dans une autobiographie minutieuse, permettant à Gene Wolfe de déployer tout son talent, décrivant des lieux mystérieux comme les jardins de la ville, insérant des personnages secondaires dotés de leurs propres histoires et mystères, ajoutant un caractère fantastique à un récit très concret, situé dans un monde dont on ne saisit pas s’il est en déclin ou en renaissance, encore peuplé de références à son passé lointain.

L’ombre du bourreau risque de frustrer les lecteurs avides de sensations fortes : Sévérian, sur ces quelques centaines de pages, ne parcourt que peu de chemin et n’est qu’au début de sa découverte du monde. Gene Wolfe y diffuse pourtant énormément d’informations, donnant dès le début un ton unique à ce livre. Une œuvre majeure, un roman en quatre tomes, une écriture magnifique mélangeant avec finesse des éléments fantastiques à une science-fiction du futur lointain.

 

René-Marc DOLHEN
Première parution : 25/4/2021
nooSFere

Prix obtenus
British Science Fiction, Roman, 1981
World Fantasy, Roman, 1981


Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)  pour la série : Le Livre du Nouveau Soleil / le Livre du Second Soleil de Teur
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)  pour la série : Le Livre du Nouveau Soleil / le Livre du Second Soleil de Teur
Association Infini : Infini (2 - liste secondaire) (liste parue en 1998)  pour la série : Le Livre du Nouveau Soleil / le Livre du Second Soleil de Teur

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