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Le Vagabond

Fritz LEIBER

Titre original : The Wanderer, 1964
Première parution : New York, USA : Ballantine Books, février 1964
Traduction de Jacques BRÉCARD
Illustration de Philippe ADAMOV

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7072
Dépôt légal : février 1987
Réédition
Roman, 512 pages, catégorie / prix : 9
ISBN : 2-253-04095-9
Format : 11,0 x 16,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Les étoiles bougèrent dans le ciel, et le Vagabond surgit du vide interstellaire. C'était une planète entière qui menaçait la Terre. Elle dévora la lune. On la prit d'abord pour un astre errant, puis on découvrit qu'elle était habitée, pilotée et servait de refuge à un peuple fugitif.
     Mais sur Terre, le Vagabond avait déclenché l'apocalypse. Des tremblements de terre, des raz de marée de plus de cinq cents mètres de hauteur, la panique. Sans le vouloir, sans le savoir, le Vagabond avait ébranlé les fourmilières humaines.
     Il portait aussi l'amour. Celui de Paul Hagbolt pour Tigrishka, la femme-chat, un amour impossible entre deux espèces, deux mondes, deux désespoirs.
     Ou deux espoirs.
     Prix Hugo 1965, Le Vagabond, le plus célèbre roman de Fritz Leiber, est l'un des grands classiques de la science-fiction, comparable par son originalité et sa qualité littéraire à La Guerre des mondes de H.G. Wells et aux Chroniques martiennes de Ray Bradbury.
Critiques
     Il y a deux façons d'envisager Le Vagabond  : si on le compare à d'autres romans parus à la même époque, il ne ressort guère  : moins acerbe qu'un Brunner, plus pudibond qu'un Farmer, moins déroutant qu'un Dick, Le Vagabond, publié en 1964 et lauréat du Prix Hugo l'année suivante, apparaît d'une facture assez classique et relativement peu novatrice pour l'époque.
     Si à présent on le mesure aux productions de certaines superstars actuelles de la science-fiction américaine, Le Vagabond soutient parfaitement la comparaison. L'avantage de l'ancienneté mis à part, il apparaît clairement plus rythmé, mieux écrit et de surcroît plus imaginatif, ce qui tend malheureusement à illustrer la thèse selon laquelle la SF US récente a parfois une fâcheuse tendance à tourner en rond.
     Leiber a signé avec Le Vagabond un texte très solide, qui bénéficie d'une progression dramatique remarquable – un modèle du genre – et d'une construction efficace, même si elle nous semble aujourd'hui bien plus ordinaire qu'à l'époque de la rédaction du roman (un même événement, de préférence très spectaculaire, vécu simultanément par un grand nombre de personnages que l'auteur suit tour à tour). L'ensemble, qui aurait pu apparaître un peu brut de décoffrage, est judicieusement tempéré par des passages plus psychologiques, notamment par l'évocation de la relation entre Paul et Tigrishka, qui aurait cependant gagné à être traitée avec davantage de sensibilité.
     Rien à redire sur ce plan  : l'histoire fonctionne bien, elle est contée avec habileté, et l'impression qu'elle laisse n'est pas désagréable... Pourtant il est difficile de s'enflammer pour ce livre. Peut-être parce qu'il n'exacerbe pas suffisamment les sentiments du lecteur. Qu'il ne semble peut-être plus aussi exceptionnel aujourd'hui qu'à l'époque de sa publication. Qu'on a confusément l'impression d'avoir déjà lu une histoire similaire quelque part ailleurs... On se sent quand même un peu coupable vis-à-vis de Leiber, car ce n'est après tout pas sa faute si son texte subit le contrecoup d'en avoir inspiré tant d'autres. Ce n'est cependant pas faire injure au vénérable Grand Master que de souligner l'implacable logique des choses : il est particulièrement rare qu'un roman de SF passe le cap des trente-cinq ans sans se banaliser un tant soit peu.
     Bref, comme tout genre littéraire, la science-fiction a ses classiques, dont on ne remet pas en cause la qualité même si leur lecture ne provoque plus le grand frisson. Le Vagabond est l'un d'eux, et comme tout classique, il mérite d'être lu par tout amateur soucieux d'étoffer sa culture littéraire. Il est même très probable qu'il impressionnera grandement le lecteur occasionnel de science-fiction, qui sera – espérons-le pour lui  ! – moins blasé que votre serviteur.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 10/12/2001 nooSFere

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1970)

     Fritz Leiber est un auteur déroutant ; son œuvre est semblable à une immense forât vierge où pousseraient toutes les plantes de la Galaxie. Malheur à l’explorateur peu entraîné qui s’aventure dans cette jungle traîtresse ! Quelques minutes suffisent pour se perdre dans un paysage luxuriant qui offre au cortex visuel des Informations d’une confusion extrême.

     Avant de commencer à lire une nouvelle de Fredric Brown, le lecteur sait toujours plus ou moins à quoi s’attendre : toute l’œuvre de Brown possède une coloration bien particulière et une unité de ton qui garantissent à ses admirateurs une lecture toujours pleine d’agréments. Rien de tel avec Fritz Leiber : si l’on excepte un humour grinçant, qui se retrouve à travers toute son œuvre, et quelques thèmes récurrents dont nous aurons l’occasion de parler un peu plus loin. Il y a autant de rapport entre deux récits de Leiber qu’entre La cité et les astres (Clarke) et Le chemin de la Lune (Kazantzev). Nous nous souvenons d’une nouvelle comme Les lendemains qui chantent (Galaxie n° 44) : la mémoire est encombrée par bien des détritus ; nous nous souvenons aussi, mais cette fois avec délice, de petites merveilles appelées Les Pieds et les Roues (Galaxie n° 2) ou L’infra-monde (Fiction n° 171). C’est pourquoi notre admiration pour Leiber a toujours navigué dans des eaux tièdes. Aussi nous n’en avons que plus de joie devant la parution en France d’une œuvre majeure de Fritz Leiber : Le Vagabond (Hugo 1964 du meilleur roman de l’année aux États-Unis), dans la nouvelle collection Ailleurs et Demain, dirigée par Gérard Klein aux éditions Robert Laffont.

     Fritz Leiber, qui est licencié en psychologie, a sans doute gardé assez d’intérêt envers les sciences humaines pour connaître le livre de Festinger, Rlecken et Schachter, When prophecy fails, qui rapporte une étude de ces mêmes auteurs sur la psychologie d’un groupe de mystiques qui vivaient près de Salt Lake City. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ce n’était pas des mormons mais une secte qui se figurait que la fin du monde était proche et que, seuls d’entre les hommes, ses fidèles seraient sauvés du désastre par une soucoupe volante qui les emmènerait dans son univers. Ces braves gens croyaient vivre dans un monde de science-fiction. Et si ce monde devenait réalité ? Si un thème traité, traité à nouveau et traité encore jusqu’à la nausée par des dizaines d’auteurs envahissait le réel, quelles seraient nos réactions à nous, lecteurs de Fiction ? Comment réagirions-nous à « une situation où la science-fiction serait notre seul guide »– ? C’est un peu ce que Fritz Leiber a essayé de décrire dans Le Vagabond.

     Tout commence dans un futur Indéterminé, assez proche pour que rien ne semble avoir changé dans la vie quotidienne du Terrien moyen, assez lointain pour que les États-Unis aient cinquante et un États. Du fond de l’hyper-espace surgit une planète artificielle, aussi grosse que la Terre, que les humains baptisent Vagabond. Quelques heures après son arrivée les catastrophes ne se comptent même plus ; la Lune s’est brisée en une infinité de morceaux disparates ; sur Terre la hauteur des marées est multipliée par quatre-vingts, les volcans explosent, le monde se coupe une nouvelle vêture. Ces événements sont l’occasion de quelques belles descriptions dont voici un exemple : « Durant un long moment, ils eurent l’impression que l’océan, tout noir, s’avançait dans Olive Street. (…) Puis la foule dut se rendre à l’évidence : les vagues étaient faites, non pas d’eau noire, mais d’asphalte. Sous l’action de violentes secousses sismiques, la chaussée se soulevait. (…) La marée de bitume engloutit la foule, et les maisons s’écroulèrent comme un château de cartes, en une vague de pierre et de béton. Pendant une seconde, une sinistre lueur violette parut jaillir des orbites profondes du grand Beethoven métallique, tandis qu’il basculait lentement à la renverse. »

     La surface du Vagabond est cachée par un écran qui lui prête un aspect fort peu planétaire : « Le Vagabond était là, ruisselant de lumière sang et or. (…) Sa surface, seize fois plus vaste que celle de la Lune, comportait deux moitiés, l’une dorée, l’autre marron, qu’une ligne irrégulière séparait, en forme de S renversé. » En tournant sur elle-même, la planète artificielle présente différents visages, suivant la manière dont se placent les couleurs. Elle devient ainsi, en quelque sorte, une planche d’un test projectif, un croisement du Rorschach et du T.A.T. de Murray. Quand un personnage croit voir dans la configuration du jaune et du marron la représentation d’un « morceau de gâteau glacé », il interprète, il donne à l’objet une signification qu’il prend en lui-même et il exprime tout simplement qu’il a faim. Dans l’absolu, on devrait pouvoir avoir une idée de la personnalité des individus qui peuplent le livre en étudiant la manière dont ils perçoivent le Vagabond ; mais, bien évidemment, il faudrait tout d’abord que Fritz Leiber ait eu la patience d’attribuer un type de réponse bien déterminé à chacun de ses personnages.

     Des personnages qui sont très nombreux. L’action est surtout centrée sur un groupe de soucoupomanes : particulièrement Margo Gelhorn et sa chatte Miaou, ainsi que sur un journaliste, Paul Hagbolt, qui sera enlevé par une soucoupe volante. Autour d’eux gravitent une multitude de gens dont les aventures nous sont contées par bribes, le point de vue passant sans cesse de l’un à l’autre, un peu à la manière de Philip K. Dick dans ses derniers romans. Nous avons ainsi droit à deux pages sur Sally Harris et son amoureux : puis à deux autres sur Barbara Katz et son milliardaire Knolls Kelsey Kettering III qui est, bien sûr, un des chefs du Klu Klux Klan ; les paragraphes suivants braquent le projecteur sur quelque autre personnage qui hante l’imagination de Leiber, et leur liste est impressionnante. Ce procédé, qui pourrait mener rapidement à la confusion, procure dans Le Vagabond une impression de vie grouillante, et pour ainsi dire de vérité, qu’un récit plus linéaire ne donnerait certainement pas. Comme disait le roi Priam en entendant Cassandre se lamenter : « On y croirait presque ! »

     Dans les profondeurs du Vagabond coexistent une multitude d’espèces ; nous avons l’occasion d’en entrapercevoir quelques-unes, au cours d’une longue scène que nous trouvons pour notre part magnifiquement évocatrice. En voici un échantillon : « Si les félinoïdes ou les félidés (…) formaient une importante minorité dans la population du Vagabond, (…) elle comportait des créatures qui semblaient être les dérivés de presque toutes les espèces ayant existé au cours de l’évolution terrestre, ainsi que d’autres espèces inconnues sur la Terre : des chevaux à grande tête, dotés d’organes de manipulation blottis dans leurs sabots ; des araignées géantes aux yeux tranquilles, dont la puissante circulation artérielle se devinait aux pulsations de leurs articulations ; (…) des créatures en forme de roue épaisse et qui se déplaçaient comme telle, mais dont le cerveau et le système sensoriel central tournaient en sens inverse… » Parmi ces êtres plus bizarres les uns que les autres vit Tigrishka, magnifique créature qui a l’aspect d’un félin : « Elle ressemblait davantage par sa carrure à un guépard qu’à tout autre chat terrestre, quoique en beaucoup plus grand. (…) Elle avait la tête aux oreilles pointues de tous les chats, mais avec un front plus haut et plus large, qui accentuait la forme triangulaire du visage. (…) La queue, verte et zébrée de violet, se balançait gracieusement au-dessus d’une patte arrière à demi repliée. » Tigrishka, qui est une des plus charmantes (et dangereuses) héroïnes d’une œuvre de science-fiction depuis qu’Arcadia Darell a découvert la seconde Fondation, enlève Paul Hagbolt, la chatte Miaou et… Mais nous nous refusons à en dire plus ; sachez que la suite du roman fera ressortir la personnalité bien particulière des extra-terrestres qui habitent le Vagabond, en même temps que nous verrons les Terriens s’adapter plus ou moins bien à l’état de catastrophe permanente où se trouve leur planète, que nous partagerons les espoirs et les craintes des nomades de l’univers et que nous assisterons même à une bataille entre planètes artificielles digne du créateur du space-opera, Edward Elmer Smith.

     Le Vagabond est d’ailleurs un livre où les auteurs de science-fiction, et leurs lecteurs, tiennent la vedette. En effet les personnages ne cessent de rappeler qu’ils sont des amateurs de science-fiction et citent leurs auteurs préférés à la moindre occasion : « Enfant, Don Merrian avait lu Les Dieux de Mars, d’Edgar Rice Burroughs. Dans cette épopée spatiale, John Carter, le plus grand guerrier des deux planètes, s’évade avec ses camarades de l’immense empire volcanique, souterrain, des pirates noirs de Barsoom… » Nous entendons ainsi parler de Arthur Clarke, Don A. Stuart (John W. Campbell), Robert Heinlein… Leiber, qui a mis près d’un an pour écrire ce roman, y intègre un nombre impressionnant d’éléments pris ici et là. Par exemple, l’erreur que fait Tigrishka quand elle pense que Miaou est l’être intelligent et Paul Hagbolt l’animal domestique, prend sa source dans la belle novelette de Ross Rocklynne Quietus (Astounding SF, septembre 1940), où des extra-terrestres à forme d’oiseau découvrent que la vie sur notre planète est pratiquement éteinte ; après bien des recherches, ils tombent sur deux créatures qui leur semblent engagées dans une lutte à mort. L’une d’entre elles est une bête repoussante, avec sa peau blafarde où ne pousse aucune des jolies plumes aux couleurs chatoyantes qui caractérisent l’autre créature dont les ailes déployées sont un plaisir de la vue. On comprend aisément que les extra-terrestres n’auront aucune peine à désigner l’être intelligent et à éliminer son adversaire… et la race humaine du même coup. Dans un même ordre d’idées, le « voyage mental de l’astronaute Don Merrian à l’intérieur du Vagabond doit être rattaché à l’œuvre d’Olaf Stapledon, Créateur d’étoiles, où le narrateur visite l’univers à l’état de « corps astral ».

     On peut dire que le roman de Leiber est plus qu’un livre de science-fiction, c’est tout autant un livre sur la science-fiction : il met en scène des amateurs du genre confrontés à des événements qu’ils vivent quotidiennement en imagination. Le thème de la « planète-qui-entre-dans-le-système-solaire-et-menace-la-Terre », cent fois rabâché dans des œuvrettes comme ce faux chef-d’œuvre : Le choc des mondes de Balmer et Wylle (Rayon Fantastique), reçoit enfin son traitement définitif (et nous espérons en être définitivement débarrassés). Quand tout a été dit. Il est temps de passer à autre chose, et avec Le Vagabond le point final est mis. Au lieu d’essayer de renouveler un sujet qui tombe en lambeaux, Leiber prend l’attitude inverse et accumule de multiples réminiscences. Son livre devient un « vagabondage » à travers un esprit qui fait ressurgir tour à tour les souvenirs de ses meilleures lectures et de ses thèmes préférés. Car Leiber ne s’est pas oublié dans le décompte des auteurs dont il pille les idées Le Vagabond peut aussi être reçu comme résumé de l’œuvre de Fritz Leiber. On retrouve ainsi sa passion pour le théâtre : « … Cette idée, purement théâtrale, avait été une fâcheuse improvisation, digne d’un troisième acte et décidée en désespoir de cause. Ainsi, lors de la création de La décision d’Alger, on s’était imaginé que l’apparition de Jeanne en scène, nué sous un déshabillé transparent, sauverait la pièce, et cela ne l’avait pas empêchée d’être un four » ; la drogue sous toutes ses formes (vous rappelez-vous Chants secrets dans Fiction n° 109 ?) ; etc. etc., sans oublier l’animal préféré des auteurs de science-fiction : le chat, que Leiber avait déjà célébré dans L’univers est à eux (Fiction Spécial n° 3).

     Le Vagabond est alors un ouvrage qui s’adresse autant à ceux pour qui science-fiction est un mot plus ou moins obscène qu’aux fanatiques du genre. D’un côté de la barrière on sera attiré par le sujet (les anti-utopies sont bien vues par l’intelligentzia) ; on louera les « qualités d’imagination » de Leiber et la psychologie des personnages (« enfin un livre de science-fiction qui s’intéresse aux hommes »). De l’autre côté, on appréciera les nombreuses allusions et l’inhabituelle sensation que « les choses se passeraient bien ainsi », due sans doute à ce que la plupart des héros sont des amateurs de science-fiction. Ceci n’empêchera pas de savourer quelques pages remarquables.

     Un critique américain a dit, parlant du Vagabond, avoir été déçu par tout ce qui se passe en dehors de la Terre, car il « se croyait revenu en 1930 », ce qui est bien évident quand on sait que la partie du roman qui se rapproche le plus du space-opera rend hommage à E.E. Smith et Olaf Stapledon, deux auteurs qui appartiennent à la préhistoire de la science-fiction. Pourtant nous pensons que les pages les plus intellectuellement excitantes ne doivent pas être cherchées ailleurs ; d’une part, elles aident à changer le rythme d’un roman qui tendrait, sinon, à devenir un peu monocorde et, d’autre part, elles répondent au besoin de merveilleux que ressent tout amateur de science-fiction. Nous trouvons particulièrement fascinant le passage où Tigrishka spécule sur l’hyperespace, « un grouillement noir et venimeux, qui est à l’espace ce que l’inconscient est au conscient » : « Nous pensons que d’innombrables cosmos, en plus du nôtre, tourbillonnent dans le vide de l’hyperespace. (…) Des mondes de solidité ou de vide. Des mondes sans lumière. Des mondes dans lesquels la lumière pourrait se déplacer aussi lentement que des mots prononcés ou aussi vite que la pensée. Des mondes où la matière pousse sur la pensée, comme ici la pensée semble croître à partir des molécules. »

     « Des mondes sans parois séparant un esprit d’un autre. (…) Un univers fluide – ses planètes étant des bulles – et des mondes qui se ramifient dans le temps, comme de puissants sarments. Des mondes dans lesquels l’espace est traversé de toiles d’araignées, au lieu d’être parsemé d’étoiles – des cosmos de lianes et de routes… » Nous pourrions continuer à citer Leiber pendant des pages et des pages. Nous pourrions même dégager cent autres aspects de son livre, tant celui-ci est riche : on apprend que des êtres qui ont des milliards d’années d’évolution de plus que nous ne se sont pas débarrassés d’un défaut tel que l’anthropocentrisme ; que la peur du néant ne les a pas quittés ; que la lutte entre le conservatisme et le changement fait toujours rage et que certains préfèrent encore fuir une société qui leur semble sclérosée. « Plus ça change et plus c’est la même chose » – doux et cruels, aventureux et pleins de crainte, ces êtres ultra-civilisés ne nous ressemblent que trop… si ce n’est que leurs problèmes ont évolué dans le sens de la complication.

     Nous pourrions encore dire que, contrairement à ce qui est sinistrement habituel en science-fiction, les personnages confrontés à une catastrophe ne se divisent pas immédiatement en « héros » et » bêtes humaines » ; il faut en féliciter Fritz Leiber. Mais il faut bien conclure ; aussi dirons-nous que la collection Ailleurs et Demain débute sous d’heureux auspices. Espérons que son succès provoquera le réveil d’une certaine collection Présence du Futur qui joue, depuis bien longtemps, à l’homme-montagne de La planète Shayol, endormi dans son sommeil éternel. Souhaitons qu’il incite aussi les éditeurs pusillanimes à se lancer dans la plus grande aventure qui soit : éditer de la science-fiction !

Marcel THAON
Première parution : 1/3/1970
Fiction 195
Mise en ligne le : 11/9/2022


Edition J'AI LU, Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) (1976)

     Encore un très grand roman mis à la disposition du grand public (il avait paru chez Laffont en 1969). Le « wanderer » du titre, c'est une planète brusquement apparue dans nos cieux territoriaux, et causant d'épouvantables perturbations (destruction de la Lune, raz de marée, éruptions, tremblements de Terre). Alors, ce livre encourt-il la condamnation formulée par un des personnages : « La science-fiction... est aussi superficielle que toutes les formes d'art qui traitent de phénomènes plutôt que de personnes ». Non, justement : tout est perçu, subi, ressenti, par des personnes très diverses et très nombreuses, mais toutes très vivantes, entre lesquelles mes préférences personnelles vont à Dai Davies, modelé sur le poète gallois ivrogne Dylan Thomas, et à Paul Hagbolt, pour une des plus belles idylles avec une extra-terrestre — T'grishka, la femme-chatte — qui le traite en animal. Mais la planète elfe-même est une personne, un hippy géant, admiré et même aimé en dépit de (ou à cause de) ses ravages dédaigneux.

George W. BARLOW
Première parution : 1/2/1976
dans Fiction 266
Mise en ligne le : 17/7/2003

Prix obtenus
Hugo, Roman, 1965


Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Jacques Sadoul : Anthologie de la littérature de science-fiction (liste parue en 1981)
Jean Gattegno : Que sais-je ? (liste parue en 1983)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Denis Guiot, Stéphane Nicot & Alain Laurie : Dictionnaire de la science-fiction (liste parue en 1998)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)

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