Interview de Jean-Claude Mézières, par Olivier Maltret
Extrait du dossier Mézières de la revue DBD, septembre 2001, révisée en novembre 2002


- Publicité et cinéma

     Avant de passer à d'autres domaines, nous aimerions que vous nous parliez d'un livre un peu particulier : Lady Polaris...
     C'est d'abord une idée de Christin, puisqu'il avait réalisé auparavant chez Lady Polaris Autrement L'Étoile Oubliée de Laurie Bloom, avec Bilal. Pierre, on le sait, aime toujours faire des livres différents. Dans Valérian, nous avons la possibilité de bouger beaucoup, mais il y a les limites inhérentes au genre Bande Dessinée. Il avait donc fait cette première tentative hors BD en réalisant le voyage à Los Angeles avec Enki qui retouchait les photos qu'il avait prises. A cette époque, la maison Autrement était en pleine expansion et Laurie Bloom a fort bien marché. Sur la lancée, deux ans après, Pierre me propose une autre idée : faire un récit très documentaire, précis, crédible, qui, à un moment, dérape en fiction policière. Sans que l'on sache vraiment à quel moment... C'était aussi un prétexte à balade (nous sommes, l'un comme l'autre, toujours prêts à partir), puis à faire des choses totalement différentes : voyages en bateau, repérages (par exemple, des photos sur le port de Hambourg par moins vingt degrés),...

 

Graphiquement aussi, c'était expérimental pour moi, avec des croquis, des relevés, des peintures... Un grand plaisir. Le livre n'est peut-être pas sorti au meilleur moment, mais il a eu un sort tout à fait honorable et continue à se vendre très régulièrement. Voilà le genre de choses que je préfère réaliser plutôt que de me lancer dans une autre histoire en bandes dessinées.

     Autres livres étonnants : Les Extras de Mézières. Qui a eu l'idée de cette collection ?
     C'est moi qui l'ai proposé à Dargaud. Ils ne me refusent rien (rires) ! J'avais d'ailleurs commencé cela dans Mézières et Christin avec..., le livre qui reprenait Les mauvais rêves. Mais c'était un peu bâtard puisqu'il y avait un mélange entre diverses BD et quelques images... Ensuite, Alain Beaulet, pour qui j'ai fait les sérigraphies pour la petite boîte sur l'Impératrice Akanyah et qui est un bon copain, a eu un rôle important. Il me disait que les croquis que j'avais faits pour le film de Fleischmann, Un dieu rebelle, étaient beaux. A l'époque, je considérais que ces croquis, très libérés, très jetés (comme ceux du Cinquième Élément plus tard), étaient peut-être bien, mais pas publiables. Beaulet m'a vraiment poussé et, une fois que nous les avons mis en pages, j'ai été convaincu. Donc, j'ai publié le premier Extras. Ce qui est amusant, c'est qu'à l'époque, j'avais déjà travaillé pour Besson, mais le projet du Cinquième Élément semblait abandonné. Je l'ai donc appelé pour lui demander si je pouvais passer quelques illustrations dans Les Extras. Il m'a répondu : « Dans un mois, je saurais si le projet redémarre ou pas. Si je te dis oui, c'est que le projet est définitivement foutu et que tu pourras montrer tes dessins ». Un mois plus tard, j'ai reçu : « Non ». Et on connaît la suite !

     Quel est votre niveau d'implication dans la fabrication de ces livres (choix des visuels, mise en page,...) ?
     Je les fais avec Beaulet, à qui j'amène un carton à dessins (que j'ai déjà 'épuré' auparavant) et nous décidons quelles illustrations nous allons faire figurer, à quel format, dans quelle présentation... J'aime bien que quelqu'un apporte un regard extérieur sur mon travail. Ensuite, j'ai voulu accompagner chacun de ces dessins par un petit commentaire, non pas pour faire le malin, mais pour raconter l'histoire derrière l'image, et donner des précisions que les amateurs apprécient. Personnellement, je déteste aller à l'index d'un livre pour trouver : « Inédit ». Ça me frustre !

     En feuilletant Les Extras, on s'aperçoit que vous avez réalisé beaucoup de publicités...
     Beaucoup, non, quelques unes... Pendant la réalisation d'un Valérian, en général, je refuse les propositions. Je ne suis pas quelqu'un qui passe facilement d'un exercice à l'autre, d'une page de Valérian le matin à une petite aquarelle l'après-midi. Mais c'est vrai qu'entre deux albums je fais quelques publicités... de préférence qui paient bien et qui sont intéressantes à réaliser.

     Certains auteurs se sont laissés 'avaler' par la publicité...
     Oui, mais c'est peut-être d'abord parce que leurs albums ne leur permettaient pas de vivre assez bien et qu'en plus, ils avaient un dessin élégant. Ce n'est pas mon cas. Mon dessin est rustique, efficace, mais pas élégant. Je veux bien que l'on agrandisse très fort le portrait de Valérian pour vendre le parfum Dior, mais je ne suis pas vraiment sûr du résultat (rires)... Les gens qui sont très sollicités (je pense à Floc'h, Loustal, Dupuy & Berbérian...) ont un dessin véritablement élégant, épuré, et 'neutre'. Le mien est codé, très lourdement codé même, et ne passe pas toujours. Mes publicités sont soit mes personnages mis en situation (à la Caisse d'Épargne, etc.), soit une image BD. Mais ce n'est pas de l'image pure. Mon imagerie est peut-être attachante, mais elle n'a pas la neutralité d'une image de pub...

     Un peu dans le même ordre d'idée, vous avez fait des illustrations pour la presse. Notamment en 1993, pour Le Monde...
     C'est quelque chose qui me plaît bien : retrouver un peu le côté à la fois journaliste et feuilletoniste. On me téléphonait le lundi soir pour me demander si je voulais faire une illustration pour le jeudi après-midi. Ce genre de choses aussi, je ne peux pas les accepter quand je suis à fond dans Valérian... Donc, je recevais le texte par fax, je graffitais le truc le lendemain, je livrais le surlendemain et le jeudi ça sortait. Il faut trouver l'idée tout de suite, et ce n'est pas gagné d'avance. Je ne ferais pas cela à longueur d'année, je ne me vois pas faire du dessin politique, mais, ponctuellement, cela me plaît bien. C'est un sacré challenge de trouver l'idée graphique pour exprimer des sujets parfois abstraits.

     Avec Le Monde, vous avez 'récidivé' quelques années plus tard...
     Oui, en 1998. C'était une série de sept ou huit articles sur les utopies scientifiques qui arrivent, ou vont arriver très bientôt. J'avais la possibilité de concevoir mon illustration très librement, la mise en page étant faite après. L'exercice était sympa... La presse quotidienne utilise de plus en plus la couleur et cela rend souvent bien, même sur ce genre de papier.

     Est-ce exact que vous avez été à la base de la série de douze timbres consacrés aux Grands Prix d'Angoulême ?
     J'ai eu le Prix en 1985 et, peu de temps après, La Poste m'a contacté. Ils voulaient faire des timbres avec un dessinateur BD et me proposaient de les réaliser. C'était des timbres classiquement gravés, en deux couleurs, et au format des timbres ordinaires ! Je leur ai dit que s'ils invitaient la Bande Dessinée, ils fallait des couleurs, un format un peu plus grands, et, bien sûr, s'adresser à plusieurs auteurs plutôt qu'à moi seul. Comme ils voulaient faire un carnet, j'ai proposé de demander aux douze Grands Prix. Panique ! Je bousculais les habitudes... Cela a traîné et c'est remonté jusqu'au bureau du ministre (ou du sous-ministre) qui a trouvé que c'était une excellente idée. Gagné ! Mais, après, c'était l'inquiétude pour savoir le temps que cela allait prendre pour contacter les dessinateurs et obtenir leur accord. Je les ai rassurés en leur disant que les douze numéros de téléphone étaient dans mon carnet d'adresse et que cela me paraissait possible d'amener les dessins dans les quinze jours (rires) ! L'affaire a été Timbres TAAF rondement menée pour le plaisir de tous... Récemment, j'ai fait, tout seul cette fois, deux séries de timbres pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises, et j'en ai une troisième en commande qui va m'amener à aller faire des croquis en Terre Adélie. Avec des moufles (rires) !

     Pourriez-vous nous parler du dessin animé de Valérian, en projet depuis de nombreuses années ?
     J'ai commencé en 1976 ! J'ai fait des essais, d'abord en Suisse, puis au Centre Pompidou... J'en ai refait d'autres en 1982 avec la maison Dargaud, pour Les Astéroïdes de Shimballil. J'ai fait une tonne de beaux dessins... pour rien. Mon idée était d'éviter l'animation parce qu'à l'époque, il faut le dire, c'était risqué ! Donc, j'avais proposé que l'on travaille en bancs-titres, avec juste quelques effets. Je me trompais, mais nous aurions sans doute pu faire quelque chose de mieux avec un peu de moyens... que nous n'avions pas. Ensuite, nous avons fait un pilote en 1991-1992. Sans résultat. Avec le recul, je dirais que je suis plutôt content que cela ne se soit pas fait. Enfin, aujourd'hui, on parle beaucoup de Valérian pour un film d'animation... Tout ce que l'on peut dire pour l'instant, c'est qu'il vaut mieux attendre encore pour en parler !

     En 1984, vous avez participé à Billet doux, une série de téléfilms dans lesquels Pierre Mondy interprétait un éditeur de bandes dessinées...
     J'ai réalisé le personnage de BD qui était sensé être publié par cet éditeur. On avait fabriqué un faux album dont j'avais dessiné la couverture. Le dessinateur était Kopula interprété par un acteur allemand pour qui j'avais réalisé de fausses dédicaces qu'il n'avait plus qu'à regraffiter par dessus et signer de son 'nom'. Nous avions fait le tournage de la séance de dédicaces au Pavillon du Bois de Boulogne, un truc très chic, avec carrément huit danseuses habillées en Kopula (puisque l'héroïne s'appelait ainsi !). J'ai glissé à Mondy : « Vous me donnez une idée : je vais demander à mon éditeur de lancer mon prochain Valérian ici ». L'humour lui a un peu échappé. Peut-être pensait-il que c'est réellement ainsi que se passait la sortie d'une BD (rires) !

     On va maintenant parler de cinéma. Un domaine qui vous attire depuis longtemps...
     Oui ! Au début des années 60, pendant que je travaillais sur les encyclopédies Hachette, j'ai été assistant sur des décors de théâtre pour des festivals d'été et j'ai adoré ça. J'ai enchaîné, toujours comme assistant décor, sur un petit film qui n'est jamais sorti. Tout jeune déjà, je travaillais pour des films qui ne sortaient pas (rires)... Puis, il y a eu ce réalisateur américain, Jeremy Kagan, qui est venu me voir. Il voulait adapter La nuit des Temps, de Barjavel. J'ai fait de beaux décors mais, malheureusement, il n'y a que mes dessins qui subsistent du projet. Je crois qu'un des principaux producteurs était iranien et avait vu ses plans quelque peu bousculés par le retour de l'ayatollah Khomeyni en Iran... Je n'ai plus de nouvelles du réalisateur. C'est dommage parce que nous avions bien sympathisé.

     Si on parle de cinéma, il nous faut aborder Star Wars, qui présente d'étranges similitudes avec Valérian. Qu'avez-vous pensé en découvrant ce film ?
     Je l'ai vu au festival de science-fiction de Metz, juste avant la sortie officielle, en 1977. Il y avait eu une projection la veille de mon arrivée, et tous les copains qui l'avait vu me parlaient de ce film en me disant qu'ils avaient beaucoup pensé à moi. Et, effectivement, pendant la projection, j'ai moi ="Luke aussi beaucoup pensé à moi (rires) ! En toute modestie, mais c'est vrai : Monsieur Lucas, qui passe pour un grand amateur de bandes dessinées, a dû regarder les Valérian. Et cela a continué par la suite.

     Vous n'avez jamais eu l'occasion de lui parler ?
     Non, il ne m'a jamais écrit, ni téléphoné. C'est dommage parce que je parle très bien anglais (rires)... S'il m'avait demandé, j'aurais peut-être dit oui. Cela aurait pu être amusant. Mais, visiblement, il n'avait pas besoin de moi. Et il n'en a toujours pas besoin : un copain américain qui est passé chez son chef-décorateur, Doug Chiang, avant la sortie de La Menace Fantôme, m'a confirmé que Valérian et Les Extras sont en très bonne place dans sa bibliothèque. 

     Avez-vous eu d'autres mésaventures de ce genre ?
     Il y a des coïncidences troublantes aussi dans d'autres films comme Conan le Barbare, notamment entre la tanière du grand méchant et les cuisines du Maître des Oiseaux ! Tellement de gens travaillent dans les équipes de décoration. Qui amène les idées ? Ce n'est pas facile à cerner... J'ai là par exemple un extrait du making-off de Independance Day. Et, bizarrement, il y a des croquis de recherche pour des vaisseaux spatiaux qui sont bien ressemblants avec celui de Valérian dans L'Ambassadeur des Ombres... Planche 4 !

     Comment réagissez-vous à ce genre de 'découvertes' ?
     Je ne passe pas à mon temps à chercher ce genre de trucs, mais ce qui est bien, c'est que cela commence à se savoir. Libération a fait un article à ce sujet au moment de la sortie française de La Menace Fantôme. Et une revue de cinéma a fait le rapprochement entre Wattoo et les Shingouz. Donc, je suis content que la presse en parle un peu, c'est tout...

     Ce genre d''emprunts' existent aussi en BD ?
     Alors là, on ne va pas commencer ! Qui n'a pas repompé un dessin qu'il aimait bien ? Évidemment, plus on entre dans le domaine du fantastique et de l'imaginaire, plus les emprunts sont désagréables... Mais arrêtons là, personne n'a inventé un genre à lui tout seul...

     Le premier gros projet de cinéma dans lequel vous avez été impliqué est le film de Peter Fleischmann, Un Dieu rebelle...
     Oui. J'ai commencé par aller me balader en Ouzbékistan en 1985 pour faire des repérages !

     Vous ne deviez pas être gêné par les touristes !
     Ni par les touristes, ni par rien d'autre (rires)... Enfin, si : par les poteaux électriques qui entouraient la très belle citadelle en ruines choisie comme décor ! En arrivant, un matin au lever du soleil, dans ce petit coin de désert au sud de la mer d'Aral, nous avons découvert qu'il y avait, accolé à la citadelle, un petit village, des champs de coton, des tracteurs, des bourricots, un grand mur de briques et des poteaux partout ! L'équipe russe qui avait fait le repérage photographique n'avait fait que des gros plans. Des images magnifiques, mais que des gros plans !... Finalement, le film ne s'est pas tourné là, mais en Azerbaïdjan et dans les studios de Yalta. A l'origine, nous devions donner le premier tour de manivelle dans des studios de Kiev, qui se situent à une cinquantaine de kilomètres de Tchernobyl... en avril 1986 !

     Finalement, Un dieu rebelle n'a été tourné que quelques années plus tard...
     Oui, en 1989. Je n'ai pas suivi, mais j'ai vu le film, qui est sorti en salles huit jours à Paris en 1991. Ce n'était pas très bon. C'est dommage parce que c'était un beau sujet... Je crois que Fleischmann était un remarquable représentant d'un certain cinéma allemand très contemporain et donc politique (Scènes de chasse en Bavière, etc.), mais ce n'était pas l'homme pour ce film mêlant Moyen-Age et science-fiction, avec des bagarres, des chevauchées, des foules, etc...

     A-t-il conservé beaucoup de votre travail d'origine ?
     Non. Il y a deux ou trois photos de tournage où des étais, posés contre des murs, me renvoient vaguement à un de mes croquis (rires)... Pourtant, j'ai quand même travaillé sur ce projet pendant trois mois, et avec un grand plaisir. Je démarre toujours au plaisir pur, mais la suite n'est pas forcément à la hauteur de mon enthousiasme... Bon, j'ai quand même eu droit à un séjour en Ouzbékistan et à Moscou. Je me rappelle m'être retrouvé, un samedi soir, coincé dans un ascenseur de mon hôtel russe (parce que j'étais logé chez les russes, pas chez les touristes), entre des officiers de l'armée soviétique couverts de médailles, qui tanguaient dignement dans une forte odeur de vodka. Un grand souvenir (rires) !

     Le film suivant, quelques personnes ont réussi à le voir puisque c'est Le Cinquième Élément. Avec Luc Besson, voilà enfin un réalisateur qui assume ses références BD !
     Oui. D'ailleurs, quand il est venu me voir, il m'a dit : « Je suis un vieux lecteur de Valérian et je trouve que les américains vous ont pas mal pompé. Moi, je prépare un film de science-fiction, je vous engage et je vous paie ! ». J'ai signé pour cent jours de travail, ce qui était un gros contrat. Il a aussi demandé à Moebius, mais Jean n'est venu que quelques fois, nettement moins souvent. Une équipe d'une dizaine de jeunes dessinateurs avait également été engagée.

     Comment s'est organisée votre collaboration ?
     J'ai d'abord lu le scénario, ce que les autres n'avaient pas eu le droit de faire (le secret dans le monde du cinéma !). J'ai beaucoup discuté avec le chef-décorateur, Dan Weil, avec qui je suis devenu très ami, puis, pour imaginer à quoi ressemblait ce New York du futur, j'ai crobardé très librement des trucs d'approche, des vues panoramiques, l'astroport... Nous ne dessinions pas les fantasmes de Besson. Nous apportions nos interprétations. Chacun réagissait par rapport à ce qu'il connaissait de l'histoire et, ensuite, Luc venait choisir les choses qui l'intéressaient. Le principe, c'était : « Allez-y, étonnez moi ! ». Moi, je l'ai surtout étonné quand j'ai commencé à lui dessiner des petits taxis volants, comme ceux que j'étais en train de mettre dans l'histoire de Valérian, Les Cercles du Pouvoir...

     Les taxis n'étaient donc pas prévus au départ ?
     Non. Le scénario que j'avais lu ne comportait pas de scènes de voitures volantes. Le héros circulait en métro aérien entre son boulot à l'usine de fusées et son domicile de New York. J'avais dessiné mes taxis parmi les décors que je proposais à Luc. Il les a trouvés marrants et m'a demandé de lui en dessiner d'autres, ainsi qu'une voiture de police. Puis c'est tout... L'année 1992 se termine, le film va mal parce qu'il va coûter très cher. Face à nos dessins, Luc et les producteurs de la Gaumont voient bien l'ampleur du budget et la nécessité de trouver une distribution internationale. Apparemment, les américains étaient prêts à croire en Luc, mais ils voulaient le voir sur le terrain. Donc, Luc arrête tout et va préparer Léon à New York. L'équipe est dissoute et moi, bien sûr, je retrouve Valérian et termine Les Cercles du Pouvoir... et leurs taxis volants !

     L'album était terminé avant la reprise du film ?
     Oui, et je l'envoie à Luc à New York. Peut-être sa lecture lui confirme-t-elle que les taxis peuvent être une bonne idée (rires)... Léon fait un succès, les américains investissent dans le projet, et le film peut enfin redémarrer. Luc m'a bien sûr recontacté, mais il n'y avait plus grand chose à dessiner. J'ai juste bricolé deux ou trois scènes, notamment une se passant dans un garage (et qui n'a finalement pas été tournée). J'étais un peu étonné par ces nouvelles scènes... mais c'était à mon tour de ne plus savoir tout ce qui se passait ! J'ai été invité sur le tournage dans les Studios de Pinewood à Londres, mais ce n'est qu'à l'avant-première du film que j'ai découvert l'importance de mes taxis dans l'histoire ! Finalement, les distributeurs américains n'ont pas eu regretter leur investissement : à sa sortie aux États-Unis, le film a été numéro un pendant quinze jours, jusqu'à l'arrivée de Jurassic Park 2. Les taxis volants étaient une bonne idée !

     Luc Besson est un personnage souvent décrié. Humainement, comment étaient les relations entre vous ?
     Avec moi, cela s'est toujours extrêmement bien passé. Il prenait ce qui lui convenait de ma production journalière. S'il adorait, il bâtissait sa mise en scène sur mes dessins... Bien sûr, avec Luc, il y a une règle à respecter : SILENCE sur le projet ! C'est pour cela que je me suis tu pendant cinq ans. Mais c'est normal, il faut laisser les projets se mettre en place...

     Le succès du Cinquième Élément a-t-il amené de nouveaux lecteurs vers Valérian ?
     Probablement. En tout cas, le film a donné un sacré coup de projecteur sur mon travail. Et cela se prolonge encore aujourd'hui... En plus, Besson a renvoyé l'ascenseur de façon très sympa. Il n'y a pas un article de l'époque où il ne dit pas que c'est Jean et moi qui lui avons inspiré le Cinquième Élément...

     Depuis, avez-vous reçu d'autres propositions de collaborations à des longs métrages ?
     Non... Vu l'ampleur d'un film comme cela, il n'y a pas beaucoup de gens qui peuvent s'y mettre en France... Quant aux américains, comme on le disait tout à l'heure, ils n'ont pas besoin de faire appel aux dessinateurs : ils se servent (rires) ! Cela dit, j'ai reçu un petit mot très gentil du directeur américain des effets spéciaux sur Le Cinquième Élément, Mark Stetson, avec qui j'avais longuement discuté. C'est touchant la fidélité avec laquelle tous ces gens ont reproduit le moindre détail de mes croquis sur les décors qu'il fallait réaliser en maquette et en vidéo...

     Dernière question : avez-vous d'autres projets que ceux que nous avons déjà abordés ?
     Oh, du calme ! Je viens de terminer le Valérian Par des Temps Incertains il y a une quinzaine de jours et, bien sûr, tout ce que je n'ai pas eu le temps de faire depuis un an me retombe sur la figure !... Déjà, le Correspondances sur l'Ouest a démarré et je vais aller faire un petit voyage là-bas en octobre avec mes crayons de couleurs, histoire de voir si mes petits chevaux se portent bien... Et d'ici là, plein de choses seront à nouveau sur le feu. Quant à Pierre, il dit qu'il a déjà en tête le scénario du prochain Valérian, le salaud (rires) !

***

     Novembre 2002 : sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
     Ça y est, le nouveau Valérian est vraiment commencé. Le titre de travail est « Au bord du grand rien ». Mais je n'ai pas arrêté de faire d'autres travaux, comme l'affiche d'Utopiales, la nouvelle plaquette de timbres 2003 pour les TAAF, des illustrations pour le stand GM du Mondial de l'automobile (mais leur voiture ne vole pas encore !) et... d'autres trucs encore confidentiels. Bref, je ne manque pas de pain sur ma planche à dessin !!!

 

     Mais que c'est-il passé depuis Novembre 2002 ?
Vous le saurez ... dans un prochain interview !

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Dernière mise à jour : 25 septembre 2019