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Au carrefour des étoiles

Clifford Donald SIMAK

Titre original : Way Station / Here Gather the Stars, 1963
Première parution : Galaxy Magazine, juin et août 1963 (sous le titre "Here Gather the Stars"). En volume : Doubleday, 1963

Traduction de Michel DEUTSCH
Illustration de DEPOUILLY

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. SF (1ère série) n° (2)
Dépôt légal : 4ème trimestre 1968, Achevé d'imprimer : 27 septembre 1968
Roman, 272 pages, catégorie / prix : 4,60 F
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   J'AI LU, 1978, 1981, 1985, 1990, 1992, 1997, 2020
   in Les Mines du temps, OMNIBUS, 2004
   in Galaxie (2ème série) n° 1, OPTA, 1964
   in Galaxie (2ème série) n° 2, 1964

    Quatrième de couverture    
     C'est là que se trouve Enoch Wallace, choisi par la centrale galactique pour être le gardien de la station par laquelle transitent les voyageurs de l'espace. Quel étrange destin que le sien !
     Par l'humanité et la tendresse douce-amère qui l'imprègnent, comme par sa prfondeur psychologique, ce roman, haletant et fertile en rebondissements, confère une dimension nouvelle à la science-fiction. Nous n'attendions pas moins de l'auteur de l'inoubliable « Demain les chiens ».

    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1964

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)
François Rouiller : 100 mots pour voyager en science-fiction (liste parue en 2006)

 
    Critiques    

                Le 6 septembre de cette année, Clifford Simak fêtera son soixante-cinquième anniversaire. Il est donc un des vétérans de l’âge d’or de la science-fiction, et Robert Heinlein, Edmond Hamilton, Jack Williamson et Eric Frank Russell – pour ne citer qu’eux – sont ses cadets. Plus que ceux-ci, Simak a su s’accommoder de l’évolution du genre, au point de devenir une des valeurs les plus sûres de la période qui a suivi cet âge d’or. Cette adaptation a été à la fois plus et moins méritoire qu’elle ne paraît à première vue, car elle a été due en réalité à une maturation pure et simple. Clifford Simak a longtemps cherché le ton et le climat qui convenaient le mieux au message qu’il estimait devoir communiquer à ses lecteurs, et il n’a véritablement trouvé ce ton et ce climat que dans les nouvelles qui formèrent ensuite City (Demain les chiens) et dont la première fut publiée en 1944. Cette « nouvelle manière » se manifesta encore plus clairement dans les récits que Simak devait écrire à partir de 1950 pour Galaxy – et elle se retrouve d’ailleurs, depuis cette date, dans ses nouvelles et ses romans publiés dans d’autres périodiques.

                C’est dans Galaxy précisément que ce roman parut primitivement, dans les numéros de juin et août 1963, sous le titre de Here gather the stars, dont Au carrefour des étoiles constitue une traduction heureuse (ce fut l’édition ultérieure en livre qui s’intitula Way station). Ce récit fut proclamé le meilleur roman de science-fiction de 1963, lors de la « Convention » réunie à Berkeley l’année suivante.

                Le sujet en est assez simple. Il y a, au centre, Enoch Wallace, né dans le Wisconsin le 22 avril 1840, ancien vétéran des troupes nordistes lors de la guerre de Sécession, et qui est toujours en vie, sans laisser apparaître de vieillissement appréciable, cent vingt-quatre ans plus tard. Comme il vit en marge d’une petite communauté rurale dont chaque famille est assez repliée sur elle-même, ses voisins ne se posent guère de questions à son sujet. Mais la C.I.A. découvre son cas, s’intéresse à cette ahurissante longévité, et envoie un enquêteur dans la région.

                L’individualité de Simak se manifeste clairement à ce point. Un autre écrivain eût placé l’enquêteur de la C.I.A. au premier plan de son récit, et la révélation progressive du mystère eût constitué la substance essentielle de celui-ci, le lecteur découvrant en même temps que l’envoyé de Washington les liens qui unissent Enoch Wallace à de nombreux extra-terrestres. Rien de tel sous la plume de Simak. L’auteur quitte rapidement l’enquêteur, et apprend au lecteur l’étrange histoire d’Enoch Wallace. Peu après sa démobilisation, il y a cent ans, ce dernier reçut la visite d’un étranger qui se révéla rapidement être un extra-terrestre à la recherche d’un certain type de Terrien : il voulait que celui-ci eût, entre autres, « tourné ses regards vers les étoiles et se fût posé des questions à leur sujet » ; qu’il eût, aussi, cet instinct de fraternité cosmique auquel Simak attache manifestement tant de prix, tout comme l’extra-terrestre bientôt surnommé Ulysse par Wallace (et pourquoi Ulysse ? non point en souvenir du héros homérique, mais bien en hommage au général Grant, qui mena l’armée nordiste à la victoire).

                Ulysse offre un emploi à Wallace. La vieille ferme ou vécurent ses grands-parents est bientôt transformée (intérieurement, tandis que son apparence extérieure demeure intacte) en poste de relais pour un vire-matière que les races de la confédération galactique utilisent lors de leurs déplacements dans le cosmos. La Terre possède ainsi une station-étape galactique, mais un seul de ses habitants le sait : Enoch Wallace, qui ne vieillit pas tant qu’il reste à l’intérieur de l’édifice transformé par ses nouvelles connaissances. Comme il ne sort qu’une heure par jour, le temps d’une promenade, il garde, à cent vingt-quatre ans, l’aspect d’un homme dans la trentaine.

                Mais il a évidemment acquis, par certains côtés, la mentalité d’un vieillard, et Simak montre très clairement cette distinction lorsqu’il présente Wallace examinant une fleur, un oiseau, avec l’attention et la tranquillité d’un homme âgé, qui prend le temps de s’occuper des petites choses. Mais n’est-ce pas aussi parce qu’Enoch Wallace est en mesure, mieux que n’importe quel autre Terrien, de connaître un double infini : la richesse et la complexité d’un modeste végétal, d’une part, et d’autre part le rapprochement réalisé par toutes les civilisations qui ont aboli les distances en réalisant leur confédération galactique ?

                Enoch Wallace est en effet resté un homme ordinaire, quelque extraordinaire que soit la situation dans laquelle il a été placé. Cette situation dépasse fréquemment son intellect, mais pas nécessairement sa sensibilité, et on retrouve là un autre thème cher à l’auteur.

                L’entrée de Wallace dans le système de communication galactique, ses expériences au contact d’extra-terrestres de diverses races et de mentalités différentes, les conversations qu’il a avec certains d’entre eux et les inquiétudes que lui inspire la situation internationale sur sa propre planète, tout cela est raconté sans plan apparent, avec un recours fréquent aux retours en arrière et aux rapprochements fortuits, à la manière dont les souvenirs reviendraient à quelqu’un qui les retrace sans plan préétabli. L’habileté du romancier est considérable, car il parvient ainsi à renseigner le lecteur sur le décor devant lequel Wallace fait son travail depuis un siècle, sans encombrer sa narration de détails accumulés, mais en approfondissant et précisant progressivement ceux-ci. Le rythme est tranquille, exempt de précipitation, et suggère fort bien le temps très long qui s’est déroulé – sans créer d’impression de monotonie pour autant.

                Wallace se trouve par hasard au centre de l’action lorsqu’une crise grave éclate dans la confédération galactique. Cette crise met en jeu le problème de la Terre par rapport à la confédération : notre planète est-elle suffisamment « mûre » pour faire partie de celle-ci, alors que les dirigeants des grandes puissances paraissent préparer un nouveau conflit mondial ? Ulysse suggère quelques remèdes radicaux à cet état de choses. Le cas d’un extra-terrestre mort par hasard dans le relais de Wallace vient compliquer encore le problème, et une jeune sourde-muette, voisine de Wallace, se révèle soudainement un facteur important dans la crise que traverse la confédération. Au carrefour des étoiles n’est pas un roman pour immobilistes, Simak ayant pensé à ceux qui tiennent à voir de l’action. Il a réussi à présenter celle-ci sur un rythme bien différent de celui de la première partie (qui raconte progressivement le passé d’Enoch Wallace et de la station) sans créer de rupture. Au contraire, l’accélération qui amène le dénouement est habilement préparée au moyen de ruptures de cadence dont la fréquence s’accroît.

                Au carrefour des étoiles est une œuvre construite par un romancier en pleine possession de son métier – lequel est aussi un artisan qui cherche à rendre ce métier aussi peu apparent que possible. C’est un récit dans lequel le naturel, la simplicité, s’imposent les premiers à l’attention. L’habileté ne se découvre que petit à petit, sans nuire à la cohésion du tout. Et c’est sans doute cette cohésion qui fait de ce roman un des plus beaux de la science-fiction contemporaine.

Simak avait quelque chose à dire, et il l’a dit avec la clarté d’un homme convaincu de la validité de son message. La fraternité qu’il propose, entre l’homme et les autres races du cosmos, mérite d’être méditée : non seulement dans sa modeste transposition à l’échelle planétaire, mais encore au sens littéral, à l’heure à laquelle l’homme va peut-être découvrir d’autres races dans le cosmos. Lorsqu’Enoch Wallace grave sur la tombe de l’extra-terrestre mort accidentellement : « Ici repose un être venu d’une planète lointaine. Mais cette terre ne lui est pas une terre étrangère car, dans la mort, il appartient à l’univers », lorsque Simak écrit que le regard d’Ulysse se tendait vers Enoch comme une main d’amitié, il y a là l’essence de messages qui peuvent suffire à valider la science-fiction.

                Comme d’autres auteurs s’attachent lucidement à inculquer à leurs lecteurs l’idée que la science et ses progrès apporteront – apportent déjà – des changements dans notre vie humaine, Simak nous montre que les qualités les plus profondément humaines qui soient conserveront leur pleine valeur à travers ces changements. L’un et l’autre de ces messages méritent d’être médités. Et le second a rarement été aussi bien exprimé qu’en ces pages. Celles-ci ont été excellemment traduites par Michel Deutsch, qui a fait ici un travail digne de l’original. C’est là un compliment qu’on souhaiterait pouvoir adresser plus fréquemment aux auteurs des versions françaises. De même qu’on souhaiterait pouvoir saluer plus fréquemment la pertinence des responsables qui choisissent les ouvrages de science-fiction à traduire en français. Dans ce cas particulier, on est heureux de pouvoir applaudir sans réserve.


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1969 dans Fiction 183
Mise en ligne le : 10/5/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) (2001)


     «Le vacarme avait maintenant pris fin. » Telle est la phrase qui ouvre ce livre.
     En effet, il serait difficile de trouver, même dans l'œuvre de Simak, peu renommée pour son fracas, un roman plus quiet. Si Demain les chiens est une pavane, et Chaîne autour du soleil une ronde, Au carrefour des étoiles n'évoque rien tant qu'un requiem.
     Tout commence par la description de l'après d'une bataille. Mitraille et chevaux, bannières multicolores... Vite, une liste de régiments nous éclaire. Nous sommes pendant la guerre de Sécession. A cette bataille, un homme a survécu : Enoch Wallace. Aussitôt — on n'a pas encore lu deux pages — , cut, et on se retrouve dans le bureau d'un médecin, qu'un agent secret est venu interroger. Sur Enoch Wallace. Qui intrigue l'administration, pour la simple raison qu'à présent, en 1964, il a cent vingt-quatre ans, et n'en paraît pas trente. Il mène une vie de reclus ; son facteur lui livre quelques provisions, au mépris de la réglementation postale, et des tombereaux de livres et de magazines. Il achète quantité d'encre, et des cahiers d'écolier. Il doit écrire beaucoup. Sa maison non plus n'a pas changé ; intacte, elle résiste de manière surnaturelle ou presque aux ravages du temps et du climat.
     Tout au long des premiers chapitres, et d'ailleurs du roman, quoique moins frénétiquement, Simak use avec maestria de la technique du flash-back, des points de vue multiples. On n'attendra guère pour connaître la clé du mystère : Wallace est devenu le gardien d'une sorte de relais galactique, un poste de transit d'un réseau de communications qui véhicule des données dont des machines installées dans sa cave se servent pour reconstituer sur place les voyageurs téléportés dans l'attente de la prochaine étape. En échange, il bénéficie — et sa maison avec lui — d'une protection contre les effets de l'âge. Et de relations privilégiées avec la galaxie entière, puisque le visitent des êtres aussi étranges que fraternels. Mais ces extraterrestres sont-ils moins étranges que la jeune Lucy, dotée de pouvoirs paranormaux, ou que les spectres qu'il a appris à conjurer par un procédé mathématique ?
     Et quand une crise majeure éclatera, menaçant la Terre d'une mise au ban définitive de la société des planètes où sa position actuelle de simple relais n'était jusqu'alors qu'un prélude à une admission comme membre de plein droit, Wallace devra-t-il choisir entre sa loyauté à son espèce, et ses devoirs envers ses bienfaiteurs ?
     Plus encore que d'autres romans ultérieurs (même Projet Vatican XVII), Au carrefour des étoiles baigne dans une mystique qu'on pourrait qualifier de chrétienne — ainsi, le partage de l'eau joue à deux reprises un rôle fondamental dans les relations qu'Enoch noue avec son prochain — , si elle ne participait d'une sorte de panthéisme. C'est, surtout, un ouvrage marqué par la mort, et la perte. On l'a vu, la scène d'ouverture, avec ses accents qui semblent sortis du fameux poème de Rimbaud, « Le dormeur du val », donne le ton, mais la mort intervient plusieurs fois, et une des causes de la crise que doit dénouer Wallace est une violation de sépulture. La récompense sera à la mesure du sacrifice consenti.
     Au carrefour des étoiles est un véritable chef d'œuvre, un roman qui transcende les limites du genre auquel il ressortit. Si l'on ne doit lire qu'un seul Simak (mais pourquoi ?), ce doit être celui-ci. Parce qu'il résume et englobe toute l'œuvre, jusque dans son ambiguïté, jusque dans sa douce amertume : à la fin, quand tout est résolu, l'auteur ne peut se contenter d'un banal happy end, si bien que le lecteur, gorgé de soleil automnal, referme le livre secoué par un de ces frissons qui annoncent la froidure de l'hiver.
     Tout l'art de Simak, tout son équilibre et toutes ses nuances résident dans le paradoxe de ce frisson sous le soleil.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/4/2001
dans Bifrost 22
Mise en ligne le : 17/12/2002


 

Edition J'AI LU, Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) (1979)


 
     VIEILLE MAISON, VIEUX AMIS, VIEUX SOUVENIRS

     Pour faire un bon Simak, il faut un bon thème-cher-â-l'auteur (ici la ferme isolée du Wisconsin et le héros solitaire-mais-humaniste) qu'on fera lever à l'aide d'une histoire-d'extra-terrestre. On fera mijoter sur une bonne angoisse de la IIIe (l'Atomique) cru 1963 en assaisonnant régulièrement de discours humanitaires et de débats sur la foi et la connaissance. Ajouter une sourde-muette-aux-pouvoirs-mystérieux et touiller en évitant les facilités linguistiques et autres magouilles politico-galactiques. Saupoudrer d'antimilitarisme un peu curé et glacer avec un humanisme solide. Servir accompagné d'un Pouilly-Fuissé 1948 et de musique de chambre. Déconseillé aux claustrophobes, mais ravira les vieux sédentaires.

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/1/1979
dans Fiction 297
Mise en ligne le : 1/3/2010




 
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