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Limbo

Bernard WOLFE

Titre original : Limbo, 1952

Traduction de Alex GRALL

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Pavillons
Dépôt légal : 4ème trimestre 1955
432 pages, catégorie / prix : 960 FF
ISBN : néant   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Après « Le meilleur des mondes » d'Aldous Huxley, après « 1984 » de Georges Orwell, « Limbo » poursuit brillament la série des grands romans philosophiques d'anticipation. Celui-ci se situe en 1990 après une troisième guerre mondiale, atomique, qui a laissé le monde en partie détruit et inhabitable. Les hommes, groupés en deux blocs, Est et Ouest, et n'aspirant plus qu'à une paix éternelle, se sont délibérément fait amputer de leurs membres pour détruire en eux l'instinct d'agressivité. Ils ont pris pour guide le journal d'un jeune chirurgien, le Dr Martine, disparu pendant la guerre et devenu ainsi le créateur de cette nouvelle philosophie « immob ». Mais les cybernétistes ne tardent pas à mettre au point des membres artificiels décuplant les facultés mécaniques des hommes. Dès lors, le cercle infernal se referme. Une nouvelle guerre se prépare. Et le Dr Martine, en réalité réfugié sur une île de l'atlantique sud, découvrira en revenant en amérique, dix-huit ans après la guerre, l'immense canular tragique surgi de ses notes intimes. Dans quelle mesure se sentira-t-il solidaire de cette nouvelle civilisation, caricature de sa pensée ? Ce beau livre, où les connaissances scientifiques et philosophiques de l'auteur sont mises au service d'un grand talent romanesque, place d'emblée Bernard Wolfe sur le plan de ses deux illustres prédécesseurs.
     Bernard Wolfe, a été, avec Mezz Mezzrow, le co-auteur de « La rage de vivre ».

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Denis Guiot & Jean-Pierre Andrevon & George W. Barlow : Le Monde de la science-fiction (liste parue en 1987)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2002)


     En 1972, la troisième Guerre Mondiale faisait rage. Le Docteur Martine, jeune et brillant neurochirurgien, a déserté son camp pour trouver refuge sur une île d'Afrique, microscopique et coupée du monde, où il exerce ses talents au sein d'une tribu indigène dont il est devenu un membre estimé. Mais dix-huit ans plus tard, une bande d'athlètes aux membres curieusement remplacés par des prothèses ultra-perfectionnées, investit l'île le temps d'un séjour. De peur que sa retraite ne soit découverte, Martine se voit forcé de regagner incognito le monde qu'il a quitté. Mais ce monde a bien changé  : Immob, la doctrine immobiliste qui le régit, proscrit formellement toute violence, et en signe de bonne volonté, chacun est invité à se faire couper les membres pour les faire remplacer par des prothèses confiscables à la moindre intention belliqueuse : impossible de faire la guerre sans bras ni jambes  ! Incrédule, Martine va évoluer dans cette utopie abracadabrante et découvrir avec effarement qu'il est loin d'y être étranger.
     Seul roman de Bernard Wolfe, Limbo est un texte culte pour les anglo-saxons, mais demeure bizarrement assez peu connu en France. Outre le fait qu'il s'agit d'un roman passionnant et bien écrit, le plus remarquable est que son propos, quoiqu'inscrit dans le temps (l'action se déroule entre 1972 et 1990), reste intemporel, ce qui est le propre des grands livres (l'année 1984 n'a pas ressemblé à celle décrite par Orwell, mais son roman n'en perd pas pour autant son intérêt et sa qualité). Le pacifisme passe-t-il par la passivité  ? la globalisation peut-elle se concevoir sans bipolarisation  ? Klein évoque dans sa préface Marshall MacLuhan pour des raisons d'ordre typographique (et plus précisément l'emploi de caractères démesurés) mais la mention du personnage est bien loin d'être innocente  : la notion de « village planétaire » développée par MacLuhan apparaît en filigrane du texte de Wolfe, par le parallèle, ou plutôt l'homothétie qu'il établit entre le village « primitif » où s'est réfugié le protagoniste et le siècle dont il s'est évadé et qu'il redécouvre avec stupeur.
     Impossible de s'y tromper  : plus qu'un ouvrage simplement érudit, il s'agit bien là d'une réflexion politique et sociologique d'une grande finesse, qu'il faut à tout prix se garder de dénigrer sous le prétexte qu'elle utilise des accessoires science-fictifs et se teinte fortement d'humour. De plus, il n'est pas si fréquent de trouver un excellent roman de science-fiction dont la qualité soit inversement proportionnelle à l'égotisme et à la prétention de son auteur (sauf peut-être chez Dick). Diverses péripéties éditoriales (relatées par Gérard Klein dans sa préface) ont empêché ce livre de toucher un large public en France, malgré une première traduction en 1955,  trois ans seulement après sa publication originale américaine. La réédition de cet ouvrage en mars 2001 au Livre de Poche procède donc d'une intention louable (et d'un choix éditorial courageux) de la part de son directeur de collection, Limbo étant de surcroît un texte infiniment moins commercial que les parutions récentes du catalogue Hachette... Tout lecteur peut aujourd'hui se rendre dans sa librairie préférée, et pour la modique somme de 7 €, se procurer un chef-d'œuvre méconnu. En plus, la couverture de Jackie Paternoster est plutôt réussie (j'ai d'abord cru qu'elle était de Manchu, c'est dire  !). On se demande ce qu'il attend encore, le lecteur.

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 22/3/2002
nooSFere


 

Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain - Classiques (1972)


     Limbo, roman écrit en 1952 par l'Américain Bernard Wolfe, publié en 1955 par ces mêmes éditions Laffont qui le rééditent aujourd'hui sous la jaquette or des « Ailleurs et Demain/classiques » est une œuvre qui ressortit à un genre aux limites assez floues qu'on pourrait répertorier comme « anticipation sociologique » (plutôt que comme anti-utopie, le terme me paraissant assez usé) et qui regrouperait des ouvrages aussi divers de forme et de fond que 1984 d'Orwell, Les cavernes d'acier d'Asimov ou A l'aube des ténèbres de Leiber. Un seul point commun à ces trois livres arbitrairement (et très subjectivement) choisis : leur très grande qualité. Et ce n'est pas un hasard si j'ai retiré ces trois excellents titres du flot de mes lectures passées : il se trouve simplement, pourquoi ne pas le dire tout de suite, que Limbo est de la taille des ouvrages cités et que, parmi tous les produits édités par Gérard Klein jusqu'ici, il vient se classer tout en haut de la pile, aux côtés du Vagabond et de Ubik (on me permettra de sauter Dune !).
     Nous sommes en 1990, dix-huit ans après la fin d'une meurtrière guerre nucléaire russo-américaine qui a embrasé le monde de 1970 à 1972. La Terre a eu le temps de panser ses blessures et de se remettre sur pieds. Sur deux pieds comme il se doit, blocs pas morts : l'Hinterland, qui occupe le centre des anciens Etats-Unis, et l'Union Orientale, beaucoup plus vaste, qui s'étend de l'Europe à l'Asie du sud-est. Cependant, pour que les risques d'une nouvelle guerre soient éteints à jamais, les deux puissances renaissantes ont adopté en commun une philosophie politique qui s'est formée pendant les quelques années ayant succédé au conflit ; cette philosophie porte un nom : l'Immob. Elle est fondée sur un amalgame complexe de théories, qui prend ses assises sur les études de l'agressivité de William James (Moral equivalent of war), passe par Freud et la violence dans le comportement sexuel, pour en arriver à Norbert Wiener, père de la cybernétique moderne, le tout étant soudé par divers ciments pacifistes (Gandhi) et surtout par l'application des préceptes de sémantique générale de notre vieille connaissance Alfred Korzybski (les insuffisances et le manque de précision du langage étant la source de tous les conflits : voir Science and sanity). Né d'un conglomérat de pensées aussi hétérogènes (mais, sous la plume de Wolfe, le cheminement de la théorie devient rigoureusement logique, donc crédible), l'Immob est le type même de l'aberration philosophico-socio-historique dont l'application revêt des formes particulièrement inattendues et atroces. (Wolfe a certainement pensé à la trajectoire qui va de Mein Kampf au génocide des Juifs.)
     Baignant dans des slogans universels tels que :

     QUI A DES BRAS A DES ARMES  1,
     DEUX JAMBES EN MOINS, UNE TETE EN PLUS,
     PACIFISME EGALE PASSIVITE,
     PAS DE DEMOBILISATION SANS IMMOBILISATION,
     la majeure partie de la population active des deux blocs (les moins de quarante ans à l'exclusion des femmes) a subi, est en train de subir une mutilation volontaire des quatre membres, lesquels sont remplacés par des appendices prothétiques faits en un métal spécial, le columbium, et qui fonctionnent grâce à des piles atomiques miniaturisées, une fois raccordés aux nerfs des moignons. Les raccours (ainsi se nomment ces... raccourcis) vivent heureux, ayant sublimé cette terrible amputation grâce à la certitude que, la main qui pouvait tenir une arme et la jambe qui pouvait les mener au combat étant supprimées (et remplacées par des mécanismes dociles et détachables à volonté), les causes de la guerre, de toutes les guerres, le sont aussi. Comble de la puissance du verbe, apogée du slogan, triomphe de la sémantique générale (et dénonciation par l'absurde de tous les bourrages de crâne) : la carte a fait le territoire...
     Mais Immob porte aussi en son sein une contestation encore plus radicale : pourquoi des membres de remplacement, pourquoi des prothèses ? disent les anti-pros. C'est encore trop, Immob doit être vécu jusqu'au bout. Et, forts de cette logique, les anti-pros refusent les membres prothétiques portés par les pro-pros ; couchés dans des paniers-berceaux, ces hommes-troncs dérisoires retournent à toute allure au fœtus, au néant, l'accélération de leur pratique poussant les plus fanatiques des raccours anti-pros à se faire châtrer... aboutissement logique de l'existence dans une société qui a déjà mis le sexe entre parenthèses.
     Cela, c'est le décor. Un décor qui, je l'ai déjà souligné, s'impose par sa logique absolue, et que quelques lignes d'exposition ne peuvent bien sûr que très imparfaitement faire valoir au lecteur qui ignorerait encore Limbo. Mais ce décor, s'il occupe le centre de la scène, n'est pas tout. Encore faut-il le découvrir peu à peu, et qui plus est, dans une période de vacillement, de transformation. (Et on sait que c'est le propre des meilleures œuvres que d'organiser méticuleusement des structures pour le seul plaisir de les voir éclater.) L'observateur par les yeux duquel le lecteur est invité à pénétrer la société Immob est le docteur Martine. Il eût été tentant d'en faire soit un voyageur du temps ou de l'espace (voire un endormi qui s'éveille à temps), soit simplement un raccours qui, selon la bonne tradition, prend conscience de sa condition et se révolte. Bernard Wolfe a choisi d'être plus simple, plus naturel et donc plus plausible : combattant de la guerre de 72, le docteur Martine, lobotomiste en renom, s'est simplement échappé du camp où se trouvait son antenne médicale, juste avant un bombardement nucléaire ; parti d'extrême justesse dans un avion, il a volé jusqu'à une île perdue au milieu du Pacifique, un endroit hors du temps et isolé dans l'espace (et surtout hors d'atteinte de la guerre), où vivent les Mandunji, peuplade croisée de Bantous, de Malais et d'Arabes, rejetée sur l'île lors d'un ressac vieux de plusieurs siècles. Et c'est l'arrivée sur l'île (en 1990) d'une équipe olympique de raccours commandée par « Frère Théo » qui décide Martine à renouer avec le monde qu'il a quitté depuis dix-huit ans. Il gagne donc incognito l'Hinterland, où tout le monde le croit mort...
     Son voyage sera celui de la désillusion, puis de l'horreur, de la révolte enfin, le tout étant articulé sur une révélation terrifiante : Martine, en effet, finit par découvrir que les slogans sur lesquels s'appuie la philosophie Immob, c'est lui-même qui les a écrits, en pleine guerre, dans un carnet journalier ou le combattant qu'il était alors jetait des réflexions ironiques et désabusées, mais aussi de dangereux fantasmes. Retrouvé à la fin de la guerre, après la disparition de Martine, le carnet a été à la base de la construction de cette société basée sur l'automutilation. Le présent vient ainsi s'appliquer avec force sur la brèche d'un passé artificiellement refoulé : de même que « Frère Théo » n'est autre que « Baby Face » héros de l'aviation ayant des millions de morts sur la conscience et que Martine avait opéré juste avant sa fuite, de même que Helder, le président de l'Hinterland, est son ancien compagnon de tente, l'Immob est issu des propres divagations de Martine. Chaque homme est double, sinon dans l'espace, au moins dans le temps — comme « Baby Face-Théo » qui, d'ardent pacifiste qu'il était avant la guerre, est devenu bourreau pendant. Et Martine, qui se croyait (qu'on croyait) simple observateur, se découvre créateur d'univers — et de quel univers ! Le voici donc au milieu du livre gonflé à la stature d'une sorte de dérisoire héros van vogtien (et comment en aurait-il pu être autrement, l'ombre de Korzybski planant sur le monde !), au présent broyé par son passé chargé d'un crime contre l'humanité.
     Un double crime. Car qu'a fait Martine, au cours de ces dix-huit années passées au milieu des Mandunji ? Martine poursuivait sur les mâles de la tribu des expériences de lobotomie préfrontale ayant pour but d'extirper les centres de l'agressivité. Le résultat en était des hommes certes pacifiés, mais à la personnalité diminuée, devenus apathiques, incapables de créer, inaptes sexuellement. Ainsi le « bon docteur » (qui fabriquait de « bons sauvages » — n'y a-t-il pas un peu de Schweitzer en lui ?) sent-il brusquement peser sur lui le poids de deux malédictions, de deux méfaits : ces mutilations du cerveau dont il est directement responsable, ces mutilations corporelles dont il est indirectement l'instigateur.
     Il ne lui reste plus qu'à essayer désespérément, en contactant Théo et Helder (l'apôtre et le technocrate), de faire faire machine arrière à Immob. Mais il est trop tard : la réapparition de ce créateur négatif tardivement touché par la conscience a lieu au moment précis où une nouvelle guerre nucléaire éclate entre l'Hinterland et l'Union, une guerre qui a cette fois des causes économiques clairement énoncées : la possession des rares gisements de columbium, ce métal qui, ô ironie, est indispensable à la fabrication des membres prothétiques prétendument garants du pacifisme intégral...
     ATTENTION AU ROULEAU COMPRESSEUR ! énonçait un des autres slogans de Martine. Slogan aussi vide que les autres : le rouleau compresseur est revenu, plus lourd et plus aveugle que jamais. Il ne reste plus à Martine, dont l'avenir est aussi bouché que le passé (son propre fils, devenu anti-pro, est mort devant lui dans son panier, pauvre petite chose sans membre et sans sexe), qu'à retourner dans son île, où rien ne dit qu'il trouvera la paix : le rouleau compresseur est toujours en marche.
     Limbo, ainsi que le souligne avec justesse Gérard Klein dans sa préface, est un livre au pessimisme absolu (la date de sa rédaction — on croyait alors à l'imminence d'un conflit nucléaire — éclaire naturellement ce pessimisme).
     Puisque :
     — les hommes « entiers » se font la guerre,
     — les hommes au corps bousillé se font la guerre quand même,
     — les hommes au cerveau bousillé ne sont plus des hommes,
     que faut-il faire pour s'en sortir ? Bernard Wolfe ne répond pas. A peine laisse-t-il entendre, la guerre pour le columbium à l'appui, que Marx peut bien avoir raison contre Freud et que le phénomène guerre ne vient pas de l'agressivité des hommes en tant qu'individus, mais de la stratégie planétaire des Etats. A vrai dire, on s'en serait douté... Mais l'avion de Martine plafonne toujours au point fixe, à la dernière ligne du beau livre de Wolfe. Beau parce qu'à la fois clair et profond, à la fois politique et poétique. En un mot : complet. Rarement a été atteinte avec une telle puissance d'évocation la description d'un univers cohérent dont toutes les lignes de force convergent vers un seul homme, lequel est loin d'être un surhomme ni même un « salaud » au sens sartrien du terme. Plutôt une victime, un être aliéné, un « traître objectif » peut-être mais, comme tel, dépassé, décalé, et finalement prodigieusement présent, compréhensible, donc sympathique : roman sur l'Homme, Limbo se devait d'être un livre sur un homme, qui peut-être est le révélateur de toute l'humanité.
     Je ne reprocherai à Wolfe que les longues considérations sur la frigidité féminine qu'il met dans la bouche de Martine (mais on sent bien que c'est l'auteur qui parle) et qui, n'étant pas accompagnées de références psychosociologiques, rendent un son désagréablement misogyne : il faudra mettre l'auteur dans les bras de Kate Millet ou de Germaine Greer...
     Mais ce n'est là qu'un tout petit reproche en passant : on aura compris bien sûr que Limbo est un livre essentiel.

 

 


 

 

Notes :

1. (1) Jeu de mots sur arm, qui signifie à la fois en anglais bras et arme.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/3/1972
Fiction 219
Mise en ligne le : 28/4/2002


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (1ère série, 1977-1981) (1978)


 
     UNE ENIGME

     Ce texte de 1954, deux fois publié par Laffont — en 1955 d'abord, puis en Ailleurs et Demain classiques — reste une sorte d'énigme pour moi. Comment expliquer la fascination qu'exerce ce roman ? Ce n'est pas le style : il est peu original. Le thème alors ? Cette espèce de variation sur la Parabole du grand inquisiteur est en effet fascinante. Voir le livre qui fonde une société, puis les étonnements de l'auteur dudit livre, de nombreuses années après, ou comment une utopie devient une idéologie. Cela doit jouer. En fait, en ces périodes où la croissance zéro est un choix possible, où les moratoires nucléaires sont à envisager, ce livre est désespérant. Il insiste sur l'impossibilité de freiner l'agressivité humaine. Du moins au premier abord : à y regarder de près, si l'échec est avéré, ce ne semble pas « parce que les hommes sont ainsi », c'est plutôt que dans le monde d'Immob, on a bien changé de religion officielle, mais on a gardé le reste. Comme le rappelle le Docteur Martine « le chiendent c'est qu'il existe des hiérarchies, et qu'elles constituent une survivance de la période pré-immob » 301). Et pas uniquement des hiérarchies : voir ce qui est dit du racisme (299). Rien dans les sociétés qui se réclamant d'Immob n'a changé : les mêmes cadres, les mêmes technocrates. Aussi est-ce lé même résultat qu'on laisse présager comme probable. Il faut féliciter les directeurs d'avoir gardé la préface de G. Klein ; elle est toujours d'actualité, et elle aidera sûrement de lecteurs neufs à prendre contact, et avec le texte, et avec le genre.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/6/1978
dans Fiction 291
Mise en ligne le : 9/7/2010




 
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