Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Horizons lointains

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Robert SILVERBERG

Titre original : Far horizons, 1999


Illustration de Jean VOUILLON

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (2001 - 2007) n° 7631
Dépôt légal : avril 2005
640 pages, catégorie / prix : O
ISBN : 2-290-32483-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Ursula K. Le Guin, Robert Silverberg, Dan Simmons, Greg Bear, Orson Scott Card, David Brin, Gregory Benford, Anne McCaffrey, Joe Haldeman, Nancy Kress et Frederik Pohl...
     À l'aube du troisième millénaire, onze des plus grands auteurs de la science-fiction américaine reviennent à leurs cycles célèbres pour de nouvelles histoires complètes et inédites.
     Joe Haldeman comble ainsi une lacune importante dans l'histoire de « La guerre éternelle », Orson Scott Card renoue avec les personnages du « Cycle d'Ender », David Brin ajoute une nouvelle pierre à l'édification de sa monumentale épopée spatiale « Élévation », Dan Simmons revient à l'univers d' « Hypérion », etc. Autant de récits qui raviront les néophytes et surprendront les connaisseurs.

     Né en 1935, Robert Silverberg est l'un des géants de la SF américaine. Ses principaux romans, L'oreille interne, Les ailes de la nuit, L'homme dans le labyrinthe ou encore Le château de Lord Valentin se sont imposés comme des chefs-d'œuvre du genre et ont été couronnés par de nombreux prix.
     Il est aussi un remarquable anthologiste, comme en témoigne Légendes, qu'il a consacré aux maîtres de la fantasy.

    Sommaire    
1 - Robert SILVERBERG, Introduction (Introduction), pages 7 à 10, Introduction
2 - Ursula K. LE GUIN, Old Music et les femmes esclaves (Old Music and the Slave Women), pages 11 à 74, trad. Nicolas RICHARD
3 - Joe HALDEMAN, Une guerre à part (A Separate War), pages 75 à 125, trad. François VIDONNE
4 - Orson Scott CARD, Le Conseiller financier (Investment Counseler), pages 127 à 161, trad. Jean-Pierre ROBLAIN
5 - David BRIN, Tentation (Temptation), pages 163 à 230, trad. Jean-Pierre PUGI
6 - Robert SILVERBERG, À la rencontre du dragon (Getting to Know the Dragon), pages 231 à 269, trad. Jean-Pierre ROBLAIN
7 - Dan SIMMONS, Les Orphelins de l'Hélice (Orphans of the Helix), pages 271 à 341, trad. Guy ABADIA
8 - Nancy KRESS, Méfiez-vous du chien qui dort... (Sleeping Dogs), pages 343 à 390, trad. Marianne THIRIOUX
9 - Frederik POHL, L'Enfant éternel (The Boy Who Would Live Forever), pages 391 à 453, trad. Bernadette EMERICH
10 - Gregory BENFORD, Une soif d'infini (A Hunger for the Infinite), pages 455 à 505, trad. Marie-Catherine CAILLAVA
11 - Anne McCAFFREY, Le Vaisseau qui rentrait à sa base (The Ship That Returned), pages 507 à 555, trad. Simone HILLING
12 - Greg BEAR, Le Chemin de tous les fantômes (The Way of All Ghosts), pages 557 à 639, trad. Gregory DUCHESNES

    Prix obtenus    
Locus, anthologie, 2000
Prix obtenus par des textes au sommaire :
Les Orphelins de l'hélice : Locus, novella / Court roman, 2000
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Millénaires (2000)


     Nous connaissons essentiellement Robert Silverberg pour son travail d'écrivain, et en particulier pour l'univers de Majipoor, auquel il a consacré de nombreux romans. Mais il a également édité des dizaines d'ouvrages, dont un certain nombre d'anthologies. Avec Horizons lointains, Silverberg poursuit dans le domaine de la science-fiction une entreprise débutée pour la fantasy avec l'anthologie Légendes (parue aux éditions 84) : amener des auteurs notoires à revisiter, l'espace d'une nouvelle, l'un des univers qui les ont fait connaître. Horizons lointains affiche donc une distribution impressionnante : Ursula Le Guin pour les Ekkumen, Joe Haldeman pour la Guerre éternelle, Orson Scott Card pour la Saga d'Ender, David Brin pour l'Univers de l'Elévation, Robert Silverberg lui-même pour Roma Eterna, Dan Simmons pour les Cantos d'Hypérion, Nancy Kress pour les Insomniaques, Frederik Pohl pour l'Histoire des Heechees, Gregory Benford pour le Cycle du Centre galactique, Anne McCaffrey pour le Vaisseau qui Chantait et enfin, Greg Bear pour le Chemin. Une telle brochette de célébrités de la SF incite à la gourmandise : on s'attend, en ouvrant le livre, à savourer de nouvelles facettes de nos univers préférés... La réalité est assez décevante.

     Tout d'abord, la science-fiction n'est pas la fantasy. Les univers qu'elle développe sont souvent relativement techniques et d'une grande complexité. Il est donc extrêmement difficile, pour qui n'a pas lu les cycles dans lesquels ces nouvelles s'enracinent, de saisir exactement de quoi il s'agit. La nouvelle de Greg Bear, par exemple, restera très énigmatique pour qui n'aura pas déjà fréquenté l'univers du Chemin. Alors que Légendes pouvait servir de bonne introduction aux différents mondes de la fantasy moderne, Far Horizons s'adresse donc plutôt à un public averti, désireux de se replonger dans des mondes déjà connus. Bien sûr, on pourra toujours dire que l'incompréhension génère un désir de savoir, et peut donc inciter à lire les œuvres originales. Mais dans les faits, le plaisir de la lecture est souvent singulièrement gêné par la méconnaissance des univers concernés. Nul doute d'ailleurs que les auteurs aient eu conscience de ce problème, puisque chacun préface (et parfois même postface) sa nouvelle d'une brève introduction à son œuvre. Bonne idée, qui permet au moins de suivre l'intrigue à un niveau superficiel, mais qui s'avère le plus souvent insuffisante pour donner au lecteur les clefs d'une compréhension approfondie.

     Ensuite, il n'est pas évident pour un auteur de revisiter un univers qu'il a déjà exploité de façon intensive. Le risque est de ne plus avoir grand chose de nouveau à révéler et de se contenter de développer un point de détail sans grand intérêt ou une simple suite, qui ne permet ni d'introduire le nouveau lecteur à l'univers de l'œuvre, ni d'éclairer le lecteur averti sur un aspect fondamental, resté obscur ou peu approfondi. C'est clairement le cas d'un certain nombre des nouvelles de ce recueil. Celles de Nancy Kress, Anne Mc Caffrey et Orson Scott Card, par exemple, ne nous apprennent rien de vraiment nouveau — les auteurs se contentant de colmater une brèche dans les histoires préexistantes au lieu de véritablement revisiter leur univers. Bien sûr, ce sont de bons petits récits bien agréables à lire, mais on est en droit d'espérer mieux d'une telle entreprise. Sans doute est-ce à cause de cette difficulté que Silverberg lui-même n'a pas choisi le cadre d'un de ses univers les plus connus, mais celui de Roma Eterna, qui n'avait, à ma connaissance, fait l'objet que de quelques nouvelles isolées. Solution de facilité sans doute, mais qui lui permet de produire un récit très correct, non tant pour son scénario, somme toute assez faible, que pour son analyse du phénomène de l'illusion rétrospective de l'historien — qui se construit des héros là où les personnages réels apparaîtraient sans doute comme beaucoup moins reluisants.

     Cette anthologie, quoique décevante, comporte donc quand même quelques récits tout à fait satisfaisants. Un certain nombre d'auteurs joue vraiment le jeu et nous révèle de nouveaux pans de leur univers littéraire. C'est le cas par exemple d'Ursula Le Guin, qui explore de nouveau le thème de l'esclavage et nous permet de mieux comprendre la culture des asservis, ou encore de David Brin, qui s'attache à analyser la réaction des néo-dauphins face à la double possibilité de l'élévation et de la rédemption. La nouvelle de Greg Bear est également fort intéressante, mais malheureusement réservée à ceux qui connaissent déjà l'univers du Chemin. Bref, comme dans toute anthologie de ce genre, la qualité est extrêmement variable et il est difficile de qualifier l'ensemble sous un terme unique.

     Pour résumer, le principal intérêt de ce livre est de nous présenter un panorama relativement ouvert des univers produits par la science-fiction durant ces deux dernières décennies. Bien sûr, on pourrait contester la définition qui a conduit Silverberg à classer Pern dans Légendes et non dans Horizons lointains, condamnant Anne Mc Caffrey à se contenter ici de l'univers pâlichon du Vaisseau qui Chantait. On pourra toujours dire que le concept de science-fiction est encore plus étendu que ça. Mais un tel recueil permet quand même de comprendre que la SF ne se limite pas au space opera auquel l'opinion la réduit souvent, et que Benford, Brin ou Le Guin n'ont pas grand-chose en commun, ni pour le fond, ni pour la forme. Il est donc d'autant plus dommage que les nouvelles n'aient pas été conçues pour les nouveaux lecteurs mais requièrent au contraire, le plus souvent, la connaissance préalable de l'œuvre. Cela en aurait fait un merveilleux ouvrage introductif.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 25/6/2000
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Millénaires (2000)


     Robert Silverberg a demandé à des auteurs de science-fiction d'écrire une nouvelle se situant dans l'univers de leurs cycles les plus célèbres, comme il l'avait fait un an plus tôt avec des auteurs de fantasy pour son anthologie Légendes. Le résultat est un épais volume contenant onze textes d'un bon niveau général. Toutefois, au vu du sommaire prestigieux de cette anthologie, le résultat est un peu décevant. Certaines nouvelles, si elles se laissent lire agréablement, n'apportent rien de vraiment neuf à l'univers de leur auteur. C'est le cas pour Une guerre à part de Joe Haldeman qui revient sur le parcours de Marigay Potter lorsqu'elle est séparée de William Mandalay dans La guerre éternelle. Ou encore avec Le conseiller financier où Orson Scott Card nous raconte la rencontre entre Ender le xénocide et Jane, l'intelligence née au cœur du réseau d'information. De même, Le vaisseau qui rentrait à sa base d'Anne McCaffrey est une histoire un brin longuette et sans véritables enjeux. Frederik Pohl quant à lui revient dans l'univers de La Grande Porte avec L'enfant éternel et parvient à nous raconter une belle histoire dont la toile de fond reprend tous les événements importants racontés dans les précédents romans du cycle. Gregory Benford complète son cycle du centre galactique avec Une soif d'infini, long récit de hard-science sur fond de guerre entre humains et Mecas, dont les froides descriptions amoindrissent l'impact des décors grandioses, et qui reste assez hermétique pour qui ne connaît pas le cycle. C'est également le cas pour Le chemin de tous les fantômes de Greg Bear, autre long récit assez ardu qui se déroule dans l'univers de La voie. Avec La tentation, David Brin raconte ce qu'il advient des dauphins renégats qui ont fui le Streaker sur Jijo et complète ainsi un point laissé de côté dans Rédemption.

     Quelques nouvelles réussissent toutefois à sortir du lot. C'est le cas pour Old Music et les femmes esclaves de Ursula Le Guin, longue nouvelle située dans l'univers des Ekumens. Un membre de l'ambassade de l'Ekumen est pris en otage et se retrouve prisonnier à la fin d'une guerre opposant d'anciens esclaves et leurs anciens maîtres. L'autrice s'attache à nous décrire la vie des petites gens, ceux qui sont les victimes de la guerre quel que soit le camp victorieux, ceux dont le sort n'intéresse personne. Une longue nouvelle, au rythme un peu lent, mais magnifique et bouleversante.

     Avec A la rencontre du dragon, Robert Silverberg poursuit le cycle uchronique de Roma Eterna constitué de plusieurs nouvelles dont une seule a été traduite en français à ce jour. (Légendes de la forêt Veniane dans le recueil Le nez de Cléopâtre.) Dans ce cycle de nouvelles, Silverberg imagine un monde où l'Empire romain aurait perduré jusqu'à nos jours. Ici, il s'attache à décrire la décadence de son Empire, symbolisée par l'incompétence des empereurs qui se succèdent. Un historien poursuit tant bien que mal un travail d'étude sur Trajan XVII, l'un des plus grands empereurs de la longue histoire de l'Empire. En même temps, ses talents d'architecte sont mis à contribution par Demetrius, le fils de l'empereur actuel, qui élabore des projets aussi grandioses que grotesques. Entre ces deux empereurs, il ne semble pas y avoir de point commun, et pourtant la folie de Demetrius n'est peut-être pas si éloignée de celle de Trajan XVII. L'historien découvre que lorsqu'on fouille dans le passé, on s'expose à découvrir des choses peu reluisantes.
     Cette longue nouvelle est un passionnant récit d'une histoire qui n'a pas été, et elle pose bien des questions sur le pouvoir et la responsabilité.

     Dan Simmons, lui, revient avec Les orphelins de l'Hélice à son grand cycle d'Hypérion.
     Environ 500 ans après la fin de L'éveil d'Endymion, un vaisseau transportant des centaines de milliers de colons partis à la recherche d'un monde à coloniser interrompt sa quête pour répondre à l'appel de détresse d'un anneau forestier extros. L'intrigue est assez minimaliste, mais après un début un peu trop surchargé, on retrouve toute la richesse de cet univers et l'on découvre ce qu'il devient après le moment partagé d'Enée. Cette nouvelle est finalement un bien bel épilogue à la saga d'Hypérion.

     Enfin Méfiez-vous du chien qui dort... permet de découvrir l'univers des insomniaques de Nancy Kress. Les insomniaques sont des humains génétiquement modifiés pour ne jamais dormir. L'un des effets secondaires de cette modification, découvert a posteriori, est que les tissus des insomniaques se régénèrent, les rendant ainsi éternels. Dans la nouvelle proposée ici, les insomniaques sont déjà nombreux et organisés. Ils ont également déjà des ennemis...
     Plutôt que de suivre le parcours de ces mutants, Nancy Kress s'attache à une famille pauvre, dont le père croit avoir trouvé le filon de la fortune en vendant des chiens de garde génétiquement modifiés pour être insomniaques. Mais la modification n'a pas les mêmes effets que sur les humains et provoque un drame. Un récit très poignant qui raconte la souffrance humaine face à la science aveugle qui, à vouloir avancer trop vite, provoque des bouleversements inattendus...
     L'un des textes forts de l'anthologie, qui fait regretter que Nancy Kress ne soit encore quasiment pas traduite en France.

     Au final, malgré la qualité de l'ensemble, c'est un léger sentiment de déception qui domine une fois la lecture achevée. Force est de reconnaître que la plupart des auteurs ne semblent pas s'être trop foulés, livrant des textes pour la plupart sympathiques, mais inférieurs à leurs capacités, se contentant de prolonger leurs univers sans y apporter d'idées nouvelles. Ce constat fait que cette anthologie est à réserver aux fans de SF, aux inconditionnels qui connaissent déjà la plupart des auteurs au sommaire.

Frédéric BEURG (lui écrire)
Première parution : 1/9/2000
nooSFere


 

Edition J'AI LU, Millénaires (1999)


     Cette anthologie est plus ou moins la jumelle de Légendes, déjà parue chez le même éditeur, et présentée aussi par Robert Silverberg. Tandis que le précédent volume était consacré à la fantasy, celui-ci est dévoué entièrement à la science-fiction. Mais les règles du jeu sont les mêmes, c'est-à-dire que Silverberg a demandé à onze des meilleures plumes de la SF américaine d'écrire une nouvelle qui se rattache à l'univers fictif de l'un de leurs plus célèbres cycles ou séries.
     Le sommaire est très impressionnant. Ursula K. Le Guin nous donne Old Music and the Slave Woman, qui appartient à son univers de l'Œcumène. Plus spécifiquement, cette nouvelle fait partie d'un sous-ensemble (les histoires précédentes sont recueillies dans Four Ways to Forgiveness, encore inédit en français) qui se déroule sur la planète Werel et sa colonie Yeowe, où une société basée sur l'esclavagisme est en train de subir une transformation douloureuse. A Separate War de Joe Haldeman comble une lacune importante dans l'histoire de La Guerre éternelle, qui forme une sorte de trilogie « thématique  » sur l'amour et la guerre, avec ses romans 1968 et La Paix éternelle (une suite directe, Forever Free, paraît aux États-Unis cet automne). Dans Investment Counselor, par Orson Scott Card, on se retrouve entre La Stratégie Ender et La Voix des morts, au moment où Ender découvre pour la première fois l'existence de Jane, l'intelligence artificielle qui hante les réseaux informatiques interstellaires, et qui devient par la suite sa partenaire la plus fidèle. Avec Temptation, David Brin revient à son univers d'Élévation (et plus précisément à sa deuxième trilogie dans ce cycle, en cours de publication chez J'ai lu).
     Robert Silverberg lui-même s'en sort aisément dans Getting to Know the Dragon, qui fait partie d'une série de nouvelles intitulée Roma Eterna (dont un recueil doit paraître quand le cycle sera achevé). Il s'agit d'une uchronie où l'Empire romain a réussi à se maintenir intact jusqu'à nos jours. Dan Simmons a produit un récit, Les Orphelins de l'« Hélice  » (prépublié cet été dans Le Monde), qui se passe quelques siècles après la fin des Cantos d'Hypérion. Sleeping Dogs de Nancy Kress offre un aperçu nouveau sur l'un des aspects de l'avènement des « Sans sommeil  », des êtres humains supérieurs créés par la science génétique (ce cycle a commencé avec la nouvelle L'une rêve et l'autre pas, traduite dans Futurs qui craignent, et développée plus tard dans le roman Beggars in Spain, suivi par Beggars and Choosers et Beggars Ride).
     Dans The Boy Who Would Live Forever, Frederik Pohl raconte un voyage fait par des jeunes aventuriers à partir de la Grande Porte (voir son roman du même nom et les suites) qui les amène jusqu'au sanctuaire des Heechees caché au cœur d'un trou noir formé au centre de notre Galaxie. Gregory Benford a lui aussi exploré longuement ce même centre galactique dans un cycle qui débute avec Dans l'océan de la nuit et s'achève avec Sailing Bright Eternity (prochainement chez Laffont). Sa nouvelle A Hunger for the Infinite se situe au moment où les humains, attaqués par la civilisation des « Mécas  », des machines intelligentes, ont dû abandonner leurs habitats spatiaux pour se réfugier sur des planètes. Quant à Anne McCaffrey, elle a livré une nouvelle histoire d'Helva (héroïne du roman Le Vaisseau qui chantait et ses suites), femme-cyborg dont le corps est un vaisseau interstellaire, intitulée The Ship That Returned. Et pour en finir, Greg Bear nous fait revisiter la Voie, un chemin extra-dimensionel qui relie un vaisseau-astéroïde à une infinité d'autres mondes, d'autres temps, et même d'autres univers. Avec The Way of All Ghosts, on retrouve Olmy Ap Sennen (après ses aventures dans Héritage, mais avant celles d'Éon et d'Éternité), qui doit cette fois-ci affronter une étrange intrusion dans la Voie qui risque d'engouffrer tout notre univers.
     Comme on pouvait s'y attendre avec des auteurs de ce calibre, les nouvelles de cette anthologie sont extrêmement bien écrites. Ceux qui connaissent à fond tous ces univers différents vont sans doute se régaler, en découvrant des facettes et des détails nouveaux. Mais il faut dire qu'aucun de ces récits n'avance ni n'altère les grandes lignes de leurs cycles respectifs (étant donné que la plupart sont déjà achevés, cela aurait été assez difficile). Par contre, pour ceux qui en sont moins familiers, c'est peut-être une vraie boîte aux trésors. Ces histoires réussissent à exprimer la saveur authentique des autres œuvres dont elles dépendent. Et en prime, chacune est précédée par un résumé par l'auteur qui explique l'histoire globale. Il s'agit donc d'un échantillon hors pair de ce qui se fait de mieux en matière de SF aux États-Unis, en allant de la hard-science au space-opera, où tout lecteur pourra trouver son bonheur.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999
dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 1/8/2001


 

Edition J'AI LU, Millénaires (2000)


     Robert Silverberg avait déjà réalisé une anthologie de fantasy (Légendes, éd. 84) basée sur le même principe : prolonger, pour un nouveau tour de piste, les cycles célèbres de la science-fiction, en partant du postulat que leurs univers sont suffisamment riches pour justifier de nouveaux prolongements. Silverberg ne parle pas ici des concepts de séries qui se répètent inlassablement mais évoque, dans sa préface, les sagas évolutives qui approfondissent idées et univers au fil des volumes.

     Curieusement, sa propre nouvelle, appartenant à la série Roma Eterna, uchronie où l'empire romain a survécu, contredit ses ambitions ; l'intérêt des univers parallèles est en grande partie motivé par les divergences provoquées par la modification d'un événement. Celles-ci admises, raconter un énième récit situé plusieurs siècles après le point de divergence n'ajoute ni ne retranche rien à la série, le référent étant situé trop loin dans le temps. Cette réserve n'ôte rien au mérite du récit, dont le propos est ailleurs, et qui reste agréable à lire.

     Il en va de même avec Orson Scott Card qui envoie Ender, alors que celui-ci cherche une planète pour les Doryphores, sur un monde où il a maille à partir avec un inspecteur des impôts véreux et où il fait la connaissance de Jane, le « compagnon » logé dans son ordinateur : ce prudent épisode d'une malversation déjouée serait sans rapport avec la saga si le riche voyageur des étoiles n'avait été Ender.

     Il n'y a en fait qu'un seul texte vraiment médiocre dans cette anthologie, c'est celui d'Anne McCaffrey. Séquelle du Vaisseau qui chantait, la nouvelle n'est qu'un épisode supplémentaire des aventures d'Helva, le vaisseau-femme, centré autour d'une idée maintes fois ressassée : la planète capable de se défendre seule contre l'envahisseur.

     Mais comment ajouter une pierre à l'édifice sans dérouter le lecteur qui ignorerait tout du bâtiment lui-même ? Le plus souvent, celle-ci n'est pas d'une incidence qui nécessite la connaissance de la série au complet. Dans le cas de Frederick Pohl, par exemple, qui reprend son concept de la Grande Porte, les éléments de base, à savoir la capacité de voyager pour des destinations inconnues mais peut-être fabuleuses dans des vaisseaux abandonnés par les énigmatiques Heechees, suffit pour raconter un épisode très réussi. L'exercice est moins évident dans le cas de Tentation, du cycle Elévation de David Brin, malgré la présentation que chaque auteur fait de sa série, en introduction à la nouvelle : lorsque le décor est aussi riche que foisonnant, il est difficile de livrer en quelques lignes les informations qui furent développées sur plusieurs milliers de pages. Le texte de Gregory Benford approfondit la réflexion sur la spécificité humaine, un des thèmes développés dans sa série des Organiques contre les Machines (on retrouve d'ailleurs Nigel Walmsley combattant la Mante), mais, bien que non dénué d'intérêt, il restera probablement hermétique à ceux qui ne connaissent rien du cycle du Centre galactique, en raison justement des détails non explicités qui se réfèrent directement à la trame de base.

     La plupart des auteurs retiennent donc un aspect peu abordé de leur univers : Ursula Le Guin, dont le cycle des Ekumen est suffisamment lâche pour proposer des romans lisibles séparément, raconte fort intelligemment une guerre qu'on suit uniquement par le biais de ceux qui ne la pratiquent pas ; se référant à Endymion plus qu'à Hypérion, Dan Simmons choisit de raconter avec brio comment les Enéens, à bord de leur vaisseau spatial, sauvent une civilisation régulièrement agressée par un engin aussi gigantesque que ravageur ; Greg Bear envoie à nouveau Olmy sur la Voie présentée dans Éon, Éternité et Héritage, pour empêcher que l'univers ne soit phagocyté par un autre où c'est l'ordre, grand dévoreur d'énergie, et non l'anarchie qui a pris le pouvoir : les implications philosophiques qu'en tire Bear sont à la hauteur de ce cycle ambitieux.

     Une Guerre à part est la seule nouvelle qui se réfère à un roman isolé, La Guerre éternelle en l'occurrence, mais qui ne le restera pas, la proposition de Silverberg ayant donné à Joe Haldeman l'idée d'une suite. Le texte lui-même ne manque pas d'intérêt, ne serait-ce que par le point de vue décalé qu'adopté l'auteur en plaçant ses héros dans une société où l'homosexualité est la norme et l'hétérosexualité la perversion.

     Tous ces romans appartiennent au space opera, comme si seul ce genre était susceptible d'offrir de grandes sagas. Nancy Kress apporte un flagrant démenti avec une nouvelle appartenant au cycle des Insomniaques, une trilogie scandaleusement inédite en France quand on sait que la nouvelle qui lui donna naissance, L'une rêve et l'autre pas, a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire. Méfiez-vous du chien qui dort s'attaque à la modification génétique des animaux : priver les chiens de sommeil n'a pas sur eux le même effet que sur les humains.

     Avec près de 650 pages bien serrées, ces dix nouvelles qui prennent le temps de développer leur sujet (entre 50 et 70 pages en moyenne) donnent le sentiment de lire plusieurs courts romans à la suite. La reprise des cycles célèbres n'est pas étranger au plaisir global qu'on retire de cette anthologie, tant ceux-ci rappellent de riches et passionnants moments de lecture. Avec Horizons lointains, Silverberg nous offre un beau bouquet final de la SF du XXe siècle.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/10/2000
dans Bifrost 20
Mise en ligne le : 16/9/2003




 

Dans la nooSFere : 62429 livres, 58430 photos de couvertures, 56908 quatrièmes.
7958 critiques, 34224 intervenant·e·s, 1310 photographies, 3653 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.