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Les Monades urbaines

Robert SILVERBERG

Titre original : The World Inside, 1971

Traduction de Michel RIVELIN

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Pavillons poche
Dépôt légal : octobre 2016
352 pages, catégorie / prix : 9,50 €
ISBN : 978-2-221-18907-8
Format : 12,2 x 18,2 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     En 2381, l'humanité a trouvé une solution à la surpopulation : c'est en se développant verticalement dans des monades urbaines, des tours de mille étages, qu'elle continue de croître. L'altitude détermine le niveau social des habitants, qui quittent rarement leur étage. Au sein de cette société, pandémonium sexuel sans tabou, les hommes semblent nager en plein bonheur. Toutefois, la création, l'imagination et l'individualité y sont considérées comme des notions dangereusement subversives. C'est dans ce monde étrange que vont se croiser les destins de Micael, un électronicien qui rêve d'un monde antérieur, Jason, un historien qui découvre les affres de la jalousie, et Siegmund, un citoyen modèle. Tout se précipite quand Siegmund connaît une « défaillance » suite à une descente dans les bas étages. Bientôt, la situation vire au tragique.

     « Ce roman a une originalité, une densité et une espèce de véracité dans l'imaginaire qui lui permettent de traverser impunément les années. » Gérard Klein

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Annick Béguin : Les 100 principaux titres de la science-fiction (liste parue en 1981)
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Denis Guiot & Jean-Pierre Andrevon & George W. Barlow : Le Monde de la science-fiction (liste parue en 1987)
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)
Lorris Murail : Les Maîtres de la science-fiction (liste parue en 1993)
Stan Barets : Le Science-Fictionnaire - 2 (liste parue en 1994)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
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Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Science-fiction (liste parue en 2002)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (1980)


 
     MONADE GONADE

     Monade Urbaine 116 : 3000 mètres, 1000 étages, dans la Constellation des Chippitts : 50 monades, bientôt une cinquante et unième... 880 000 habitant par monade, plus une centaine par jour. Des dizaines de constellations, 75 milliards d'humains sur la Terre. Surpopulation ? Non, pas du tout : grâce à la civilisation verticale, Dieu soit loué, le problème de la surpopulation est résolu. Dans la liberté la plus onctueuse, la vénération de la vie et de Dieu, par l'acte le plus divin qui soit : la procréation. Faire l'amour, faire des enfants, emplir la ruche, l'entité bio-électronique, la monade. Faire l'amour, être onctueux, ne jamais refuser — surtout pas de friction — contribuer à ce que la machine tourne rond et s'étende — la Terre peut nourrir cent milliards d'habitants, et plus encore ! Grâce à Dieu... consacrons-lui nos enfants, fruits de nos amours, élevons-nous vers lui... moralement et physiquement, par l'ascension sociale, but de la vie — l'ascension des étages. Des paupos de Reykjavik et de Prague vers les artistes de San Francisco, les bureaucrates de Rome, les intellectuels de Shanghai... les administrateurs de Louisville, au sommet. Les maîtres. Ceux que Mattern, Quevedo, Kluver, rêvent de devenir, la nuit dans les bras de femmes altières et solides, pendant que d'autres encore, connus ou inconnus, aiment leurs femmes et leur ascension d'une nuit. Personne n'est frustré, et tout ça tourne bien, dans la mesure où on a foi en Dieu et en la monade. Malheureusement la foi est fragile, et le spectre de l'inadapté, du débranché, de l'asocial hante tous les étages et frappe toutes les classes sociales. Pourtant, chacun sait que l'anomo est condamné à « dévaler la chute », nourrir les entrailles du monstre... 880 000 personnes, c'est un équilibre fragile. Rien ni personne ne doit le briser. Mais le sexe et l'onctuosité, même Dieu ne font pas un humain. Si vous perdez votre propre équilibre...
     Chacun le sait. Pourtant, Charles Mattern, socio-computeur à Shanghai, a des doutes. Aurea Holston, 14 ans, jeune mariée, a une peur maladive d'être envoyée dans Monade 158 — hors du cocon, dans un endroit vide ! Dillon Chrimes, musicien de San Francisco, se défonce pour mieux vibrer avec la ruche — mais la monade l'oppresse. Pourtant, il a son vibrastar pour l'évasion. Jason Quevedo, lui, s'évade dans le passé. Il s'étonne des tabous sexuels du XXe siècle — pourtant la jalousie, émotion anisociale s'il en est, nourrit ses soupçons et créé des frictions... Micael Statler s'évade réellement — découvre avec horreur et joie la dure civilisation des communes agricoles. Mais la monade l'appelle dans ses gonades — pour mieux l'anéantir. Trop tard. Siegmund Kluver, 15 ans, déjà presque à Louisville — un modèle de fertilité et d'ascension sociale — retrouve chez ces maîtres qu'il admire et aspire le vide programmé de sa propre existence. Il trouvera un refuge à son désarroi dans l'extase mystique — un peu trop poussée...
     Oui, il y a des inadaptés, bien sûr. On les élimine discrètement, pour le bonheur et l'équilibre de tous ces petits lapins.
     Une œuvre magistrale, dans le style froid, précis, efficace et direct de Silverberg — une loupe acérée sur la fourmilière humaine. Les monades urbaines, une civilisation verticale à laquelle certains pensent déjà — j'en frémis — avec délices. Une œuvre aux trois quarts publiée dans Galaxie en 72, reprise en 74 dans la collection dorée de Gérard Klein, mais qu'importe ? Des milliers de nouveaux petits lapins vont pouvoir revisiter la Monade Urbaine 116 — dans le silence et le recueillement. Gare à la chute !

Jean-Marc LIGNY (lui écrire)
Première parution : 1/4/1980
dans Fiction 307
Mise en ligne le : 14/6/2009


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2000)


     Silverberg a écrit les Monades urbaines en 1971. Pour pleinement comprendre sa problématique, il faut se replacer dans le contexte des années 70. Jusqu'à la fin des années 60, l'urbanisme s'est fortement inspiré des idées de Le Corbusier : il s'agissait de conquérir la troisième dimension de l'espace, la verticalité, pour offrir à l'humanité reconnaissante la vision d'un avenir radieux dans des unités d'habitation collectives toujours plus vastes, fonctionnelles, quasi-organiques dans leur structuration. La « Ville contemporaine », prévue pour un minimum de 3 millions d'habitants, serait un assemblage mécanique d'organes interdépendants, de la simple cellule individuelle aux grandes structures collectives, qui ne devraient plus être conçues seulement comme une extension de l'habitat, mais comme participant activement au fonctionnement de la collectivité. Importance des réseaux de circulation interne, ateliers standards, laveries communes, unités de productions agricoles rationnellement organisées, climatisation intérieure, tout visait à remodeler la Ville comme instrument majeur de la civilisation, à en faire un « lieu intérieur » (a World Inside) à la mesure des ambitions humaines — démesuré. Les années 70 voient ce concept perdre de sa superbe. Les grands programmes de construction des barres et des « machines à habiter » est arrêté, et l'on commence à voir les enfants du baby-boom, eux-mêmes bien timides en matière de procréation, quitter les grands ensembles pour leur préférer l'habitat individuel, ouvert sur l'extérieur.

     Les Monades urbaines de Silverberg, dont le titre anglais est précisément the World Inside, pourraient être considérées comme une extrapolation de ce contexte architectural. Une monade, ce n'est rien d'autre qu'une Cité Radieuse étendue à une échelle dont même Le Corbusier n'aurait osé rêver : mille étages, des structures collectives omniprésentes, du dormitoire pour jeunes couples sans enfant au copulatorium dont on s'imagine très bien la fonction, une opacité totale au monde extérieur et une fonction de civilisation incontestable. Le monde tel qu'il aurait pu devenir (tel qu'il le pourrait encore) si le concept de rationalité architecturale avait perduré et si le Baby-Boom n'avait pas viré au Baby-Crack. Bien sûr, à l'heure où l'on détruit les cages à poules pour les remplacer par des habitats plus traditionnels et où les centre-villes se vident de leurs habitants, le roman peut sembler dépassé. Mais ce serait témoigner là d'une grande étroitesse de vue : le monde ne se limite pas à l'Occident et la plupart des pays connaissent encore une poussée urbaine constante et n'ont adopté qu'à leur corps défendant le programme de limitation des naissances nécessaire à leur survie. Ce que nous dépeint ici Silverberg constitue donc bien un avenir possible — même s'il paraît beaucoup plus improbable qu'en 1971.

     Outre la conception du futur qu'il développe, ce livre présente deux intérêts majeurs. Le premier, c'est sa composition. Plus qu'une série de sept nouvelles, les Monades urbaines sont un roman à épisodes, au sens où peut l'être une série télévisée. Le récit n'y est pas linéaire, mais se focalise tour à tour sur des personnages différents, dont on comprend peu à peu les relations. Une intrigue en boucle, parce que rien ne change jamais dans les monades, que les hommes n'en sont finalement que les résidents transitoires et que leur mort ne modifiera pas fondamentalement les choses — impression de déshumanisation qui se trouve confirmée par le fait que le roman s'achève sur les deux paragraphes qui l'avaient débuté. Une monade, au sens leibnizien du terme : un univers spirituel, « sans fenêtre » et clos sur lui-même. Une telle coïncidence de la forme et du fond contribue sans conteste au plaisir de la lecture. Le second intérêt des Monades urbaines se reflète aussi bien dans le titre original que dans sa traduction française : de même que le « world inside » peut tout aussi bien évoquer la vie à l'intérieur que la vie intérieure, de même le concept de « monade » implique à la fois la fermeture sur soi et la présence d'une spiritualité. Et c'est bien là ce qui intéresse Silverberg : quel effet sur le psychisme, sur la culture, pourrait bien avoir l'enfermement et la promiscuité ? Quelles nouvelles normes sociales, sexuelles, hiérarchiques apparaîtraient pour compenser l'artifice d'une telle existence ? Les hommes peuvent-ils vraiment s'adapter à tout, même à cela ?

     Les Monades urbaines constituent donc un classique de la fiction spéculative, à classer dans la même catégorie que le Meilleur des Mondes ou 1984. Comme ces deux autres romans, il nous présente une utopie qui ne fonctionne qu'à condition de lui sacrifier une part essentielle de notre humanité. « Futur inhabitable », comme le dit Gérard Klein ? Même pas vraiment : la plupart des habitants des monades urbaines effectuent bien volontiers ce sacrifice — de même que nous avons volontiers troqué la liberté de mouvement du nomade contre le confort d'une maison bien chauffée. Inhabitable sans doute à nos yeux — comme nos villes modernes le sembleraient sans doute à nos ancêtres éloignés. Bref, un livre à lire ou à relire, ne serait-ce que pour se rappeler que nos standards de civilisation sont arbitraires et fortement dépendants du rapport à l'espace et au temps.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 1/9/2000
nooSFere


 

Edition LIVRE DE POCHE, SF (2ème série, 1987-) (2000)


     Fin du XXIVe siècle. 75 milliards d'habitants. Des immeubles de mille étages abritant près d'un million de personnes... Personne, pourtant, ne parle de surpopulation. Au contraire, le mot d'ordre est  : « Croissez et multipliez  ! »
     Voici trente ans, alors que le spectre de la surpopulation générait de pessimistes avenirs, Silverberg prenait le contre-pied absolu en peignant une société qui semble n'avoir d'autre finalité que de prospérer aveuglément, conformément au message biblique.
     L'organisation pratique bannit le gaspillage  : tous les déchets sont recyclés, la chaleur humaine est reconvertie en énergie. Les voyages sont désormais inutiles  ; la géographie, d'ailleurs, n'existe plus. La promiscuité, inévitable, génère de nouveaux comportements bannissant les conflits. La sexualité y est, par exemple, très libre. Chacun peut pénétrer la nuit dans l'appartement de son choix pour y avoir des relations sexuelles, qu'il est de bon ton de ne pas refuser. Mais derrière ce vernis de paix sociale et de bonheur individuel on trouve des personnes en proie au doute, écrasées par une organisation totalitaire qui ne perdure que par l'élimination immédiate des déviants.
     Jason, historien en proie à d'ataviques sentiments de jalousie, comprend que l'homo urbmonadus n'est qu'une illusion  ; Michael, son beau-frère épris de grands espaces, découvre le rude monde des paysans  ; l'ambitieux Siegmound nourrit des doutes préjudiciables à sa carrière. Les trajectoires croisées de quelques individus de la Monade urbaine 116 démontent les rouages de cette civilisation verticale qui n'est évidemment qu'une transposition radicale de quelques excès de notre société.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2000
dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 1/11/2001




 
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