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Histoires des temps futurs

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Alain DORÉMIEUX



Illustration de Michel CARLIER

CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Anthologies
Dépôt légal : novembre 1968
330 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 13,5 x 20,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Vue de l'extérieur, c'est sous son aspect populaire — donc le plus naïf — que la science-fiction est le plus souvent considérée. Aux yeux du lecteur qui se veut cultivé, elle apparaît au pire comme un ramassis d'infantilismes désarmants, au mieux comme une amusette mineure. Science-fiction, cela évoque un petit nombre de clichés sommaires : des fusées, des Martiens, des monstres géants, des soucoupes volantes et des robots de fer-blanc.
     Bien sûr, la science-fiction c'est (ce fut) aussi cela. Mais de plus en plus elle devient surtout une vraie littérature. L'un des buts de cette série d'anthologies de science-fiction est d'en montrer, par facettes successives la véritable image. Dans la précédente : Histoires fantastiques de demain, l'accent était plutôt mis sur le délire intellectuel et les étourdissants jeux de l'imagination. Dans celle-ci, c'est une approche différente qui a été le plus souvent recherchée. Sans renier les grands thèmes du genre, la plupart des histoires ici présentées font appel à des effets plus intimes.
     La science-fiction, ce n'est pas simplement une littérature d'idées, mais aussi une littérature de climats psychologiques, subtilement déviés par rapport au réalisme. Plus que dans les galaxies et les planètes, c'est dans les régions mentales que nous entraînent ces histoires. Mais on trouvera aussi dans ce volume quelques-unes de ces nouvelles humoristiques savoureuses où la science-fiction excelle, ainsi que plusieurs récits où elle retrouve sa vocation foncière : susciter les vertiges de l'étonnement.

    Sommaire    
1 - Alain DORÉMIEUX, Préface, pages 9 à 12, Préface
2 - Lewis PADGETT, L'Armoire temporelle (Time locker), pages 13 à 40, trad. Michel DEUTSCH
3 - Lester DEL REY, Le Monstre, pages 41 à 58, trad. Michel DEUTSCH
4 - Philip José FARMER, Mort prénatale (How Deep the Grooves), pages 59 à 72, trad. Michel DEUTSCH
5 - Wilson TUCKER, N'oubliez pas le guide (The tourist trade), pages 73 à 86, trad. Alyette GUILLOT-COLI
6 - Idris SEABRIGHT, Des mondes à profusion (Change the sky), pages 87 à 106, trad. Jean de KERDÉLAND
7 - Fritz LEIBER, A perdre la raison (Sanity), pages 107 à 126, trad. Jacques PAPY
8 - Algis BUDRYS, La Guerre est finie (The war is over), pages 127 à 138, trad. Michel DEMUTH
9 - Mack REYNOLDS, Le Plouc et les martiens (The Martians and the coys), pages 139 à 154, trad. Arlette ROSENBLUM
10 - Henry KUTTNER & Catherine L. MOORE, Sans espoir de retour (Home there's no returning), pages 155 à 184, trad. Michel DEMUTH
11 - Richard MATHESON, Tina a disparu (Little Girl Lost), pages 185 à 200, trad. Michel DEMUTH
12 - Fredric BROWN, Etaoin Shrdlu (Etaoin Shrdlu), pages 201 à 228, trad. Arlette ROSENBLUM
13 - Kris Ottman NEVILLE, Bettyann (Bettyann), pages 229 à 268, trad. Frank STRASCHITZ
14 - Philip K. DICK, En ce bas monde (Upon the Dull Earth), pages 269 à 296, trad. Michel DEUTSCH
15 - Alfred Elton VAN VOGT, L'Automate humain (Automaton / Dear Automaton), pages 297 à 312, trad. Michel DEUTSCH
16 - Theodore STURGEON, L'Homme qui a perdu la mer (The Man Who Lost the Sea), pages 313 à 326, trad. Alain DORÉMIEUX

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
La Quatrième Dimension ( Saison 3 - Episode 26 : La Petite Fille perdue ) , 1962, Paul Stewart (d'après le texte : Tina a disparu), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
     La collection des anthologies Casterman s'est depuis longtemps affirmée comme l'une des meilleures qui soient dans les domaines qui intéressent les lecteurs de cette revue. Dans celui de la science-fiction anglo-saxonne, c'est à notre bien-aimé rédacteur en chef qu'a incombé une nouvelle fois le devoir difficile d'un choix significatif. Je dirai tout de suite, quoique certains me trouvent si intransigeant qu'ils m'ont surnommé Caton, que Dorémieux mérite une fois encore l'acquittement et même les félicitations du jury.
     Plus qu'aucun esprit de système, l'anthologie reflète bien l'éclectisme et en même temps la dominante des goûts de son auteur. Et l'on comprend qu'il renonce dans sa préface à donner une définition de la science-fiction quand on se trouve en présence d'aspects apparemment si divers du genre. Je ne crois pas que la tâche soit pour autant impossible, mais Dorémieux, pensant peut-être à certains critiques, a mis un soin malicieux à la rendre délicate.
     Ces nouvelles ont pourtant en commun quelques traits. Elles ont toutes été écrites pendant le véritable âge classique de la science-fiction, que l'on peut situer entre 1940 et 1955 et non rejeter avant la guerre comme font certains spécialistes peut-être plus sensibles à leur souvenir de la découverte du genre qu'aux qualités objectives des œuvres. C'est certes entre 1925 et 1940 que sont inventés les principaux thèmes de la science-fiction, mais ce n'est guère qu'à partir de 1940 que les meilleurs auteurs américains découvrent assez l'autonomie du genre par rapport aux idées pour se soucier de donner à leurs œuvres la meilleure forme littéraire. En Europe, ce processus avait pris place beaucoup plus tôt. Dès la fin du siècle dernier avec Wells en Angleterre, et Rosny aîné ou Maurice Renard en France.
     Après 1955 et surtout après 1960, le genre entre aux États-Unis dans une période de mutations dont il a été question ici même et qui n'est pas achevée. Il n'est pas inutile de souligner que c'est aujourd'hui en Grande-Bretagne que les formes les plus avancées de science-fiction voient le jour.
     Second trait commun de ces nouvelles que de faire porter l'attention, comme le relève Dorémieux, sur des atmosphères, sur des « pays d'esprit » plutôt que sur des inventions à caractère technologique. L'invention est certes toujours présente mais ce sont ses conséquences qui sont explorées ici plutôt que son principe. Cette science-fiction-là est volontiers psychologique et quelquefois sociologique. L'aversion de Dorémieux pour tout ce qui est technique a certainement joué un rôle dans ce choix, mais il est tout de même significatif de la tendance de l'époque.
     L'habileté de Dorémieux a été de mêler ici les œuvres de maîtres reconnus, comme Lewis Padgett. Idris Seabright, Fritz Leiber, van Vogt, Philip José Farmer, Richard Matheson, Théodore Sturgeon, celles d'auteurs qui, à l'époque, en sont encore à leurs relatives premières armes, Philip K. Dick, par exemple, et enfin celles de « petits maîtres » : Wilson Tucker, Kris Neville, Mack Reynolds, Algis Budrys. Dorémieux a affirmé par là un trait essentiel de la science-fiction : il est rare, sinon exceptionnel qu'un écrivain même très moyen qui a longtemps œuvré dans ce domaine, n'ait pas produit au moins une nouvelle excellente.
     Quelques-unes de ces histoires ont déjà été publiées dans Fiction, mais dans des numéros si anciens qu'il faut être chenu, milliardaire ou disposer de l'improbable confiance d'un collectionneur de la première heure pour les lire. Il y a des trésors qu'il faut régulièrement dépoussiérer. Ainsi Des mondes à profusion d'Idris Seabright et L'homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon.
     Mais la plupart de ces histoires ont surtout en commun un thème profond, celui de la mort ou plutôt de l'incapacité à vivre, qui prend parfois les allures d'un univers qui se referme. Dans L'armoire temporelle de Padgett, l'univers se contracte à une vitesse surprenante. Dans Le monstre de Lester Del Rey, un robot humanoïde ne peut trouver de solution à ses problèmes et à ceux de son espèce que dans la mort. Dans Mort prénatale de Farmer, le destin se révèle être totalement inscrit dans les gènes, et les souvenirs ne sont pas gravés après les événements, mais avant. Les hommes sont donc des machines, des enregistrements. Dans Des mondes à profusion, un homme se réfugie dans son univers artificiel idéal, celui de son enfance. Dans La guerre est finie de Budrys, une espèce tout entière a été conditionnée en vue d'un but absurde, transmettre une information depuis longtemps périmée. Dans Le plouc et les martiens de Mack Reynolds, c'est l'inconscience et elle seule qui triomphe du péril. Dans Sans espoir de retour de Kuttner et Moore, les humains se trouvent confrontés à un problème qu'ils savent insoluble et que leurs machines refusent d'assumer : la capacité de vouloir est génératrice de névroses. Dans Etaoin Shrdiu de Fredrick Brown, une machine folle ne trouve une sorte de paix que dans le Nirvana, l'anéantissement intellectuel. Dans Bettyann de Kris Neville, une enfant extra-terrestre refuse ses origines pour demeurer sur Terre, parmi son peuple d'adoption, mais aussi parmi les « sauvages ». Dans En ce bas-monde de Dick, l'humanité entière est ramenée à un type unique, l'individualité disparaît. Dans l'admirable nouvelle de Sturgeon enfin. L'homme qui a perdu la mer, un homme meurt sur Mars, loin des siens, et son cri : « Nous avons réussi » rachète à peine l'absurdité apparente de son sacrifice. Cette nouvelle, pourtant, appelle une mention particulière. Elle est sans doute l'une des plus belles de la science-fiction sinon de la littérature américaine contemporaine. Et ce n'est peut-être que superficiellement qu'elle est pessimiste. Au lieu de faire ressortir l'immolation d'une victime inutile sur l'autel de la science, elle nie au contraire, en profondeur, l'échec et la mort. Le cosmonaute mourant sait que sa victoire transcende sa disparition parce qu'elle est l'aboutissement d'un immense effort collectif. « Dieu, » crie-t-il en mourant sur Mars, « Dieu, nous avons réussi. »
     Des hommes vivront depuis longtemps sur Mars qu'on se souviendra encore de cette histoire. Et peut-être la présente anthologie figurera-t-elle, pieuse relique, dans la Bibliothèque des Antiques de Syrtis Major.
     Mais elle témoignera alors, d'une manière peut-être excessive, de l'angoisse de l'avenir qui habitait certains de nos contemporains. Les seules nouvelles qui échappent ici au passé, au soi, à la mort sont celles de Tucker, de van Vogt et de Leiber. Encore s'agit-il pour les deux premiers de textes mineurs. Et l'excellente histoire de Leiber, A perdre la raison, change presque de sens, dans ce contexte et apparaît comme célébrant le triomphe de la folie, alors qu'elle est consacrée au relativisme de la raison.
     Ce recueil est donc marqué du sceau du pessimisme. C'est dans le pessimisme qu'il trouve sa cohérence, inapparente au premier coup d'œil. Et ce pessimisme est bien particulier : il ramène sans cesse à la négation des valeurs humaines, à l'idée que l'homme ne peut, en fin de compte, ni résoudre ses problèmes, ni dépasser la malédiction. Aussi ne s'étonnera-t-on pas de ne trouver ici ni Heinlein, ni Anderson, ni même Simak dont l'humanisme impénitent aurait fait presque figure de rayon de soleil, malgré son scepticisme à l'endroit de l'homme moderne, ni Blish, ni Asimov. Mais peut-être ce choix est-il suprêmement habile si l'on songe qu'il s'adresse à un public français qui a plus le goût du tragique que celui de l'épique et qui se sent, lui aussi, peut-être plus menacé qu'exalté par le « grandiose avenir ».


Gérard KLEIN
Première parution : 1/4/1969 dans Fiction 184
Mise en ligne le : 19/1/2003


 

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