Christian Grenier, auteur jeunesse
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     Ces pages ne seront plus mises à jour ( pour l'instant ...).
Les notes de lecture étant publiées sur le blog chaque semaine, cela devenait difficile de mettre ces pages à jour en parallèle. Donc rendez-vous sur le blog pour les nouvelles "lectures de la semaine" ! CG, le Lundi 18 février 2013
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 Mai 2010 : Les lectures de mai 

  Adieu, truqueur , Olivier Lécrivain ( Lancosme Editeur )  
     Sébastien Lefaucheux, enseignant de collège désabusé et écrivain laborieux, vient de perdre son père Jehan — un type étrange et un rien canaille mais très attachant. Et voilà qu'il retrouve, au détour d'une séance chez son psy ( ah... dur à assumer, la mort du père ) un vieux camarade à lui qui a réussi : Damien Faulques ( dit Foku ), médiocre et prétentieux animateur littéraire dans une station de radio.
     Alors naît chez Sébastien une idée géniale... ce roman qu'il peine à écrire, il va le transformer en ( un faux ) chef d'œuvre d'Alfred Maillard ( obscur écrivain local décécé ), un manuscrit que le dit Faulques va retrouver comme par miracle dans un secrétaire. Une façon de se venger d'un copain qui l'a autrefois humilié — car Sébastien envisage évidemment de révéler la vérité pour couvrir publiquement de ridicule l'animateur ( et ancien rival ) trop sûr de lui...
     Notre faussaire peaufine le travail, faisant recopier le texte sur une machine d'époque, avec du papier d'époque, le tout par une secrétaire-et-mère-célibaitaire improvisée rencontrée lors d'un banal accrochage... Eh oui, il faut bien qu'il mette un ou deux complices dans la confidence. Et puis trois.
     Jusqu'au jour où, une fois la machine infernale mise en marche, Sébastien prend conscience qu'il est prisonnier de sa propre mécanique !
     Un piège qui finira très, très mal...

     Olivier Lécrivain publie rarement — et c'est bien dommage !
     Il nous livre ici un vrai polar au ton très particulier ( et très polar ), humoristique, un rien détaché et très jubilatoire... Mené à la première personne, Sébastien entraîne son lecteur dans une aventure au départ assez légère qui, de chapitre en chapitre, prendra du poids et de la gravité. Et cela, avec un style éblouissant de drôlerie, truffé de références ( anglo-saxonness ) au cinéma, au western et à la chanson style blues des années soixante.
     Rarement ce faux auteur pour la jeunesse ( mais ce véritable écrivain qui ne publie même pas sous pseudo ! ) se sera autant livré dans cette fausse autobiographie romancée. Car Olivier est bel et bien enseignant, auteur, amateur d'armes à feu, membre d'un club de tir... mais en aucun cas truqueur ( sauf avec ses lecteurs ! ) et sûrement pas assassin, je peux en témoigner !


  Nuigrave , Lorris Murail ( Robert Laffont , Ailleurs & Demain )  
     Arthur Blond, responsable de la « restitution patrimoniale », est chargé de mission en Egypte où l'ex obélisque de la Concorde vient de se briser alors qu'il allait retrouver son emplacement d'origine. Mais voilà : Arthur est arrêté lors d'un banal contrôle à Roissy, car il porte, scotché sur la fesse, un patch de nicotine teinté d'un rien de coarcine, une drogue qui modifie la perception du temps.
     Or, en 2030, fumer constitue ( entre autres ! ) un grave délit — voir le titre.
     Contraint à résidence, Arthur finit par rejoindre Sidonie, son ancienne compagne, qui a justement découvert autrefois la coarcine ( une plante d'Amazonie devenue rare... ) ; il n'en reste que deux plants que Sidonie a réussi à conserver et cultiver — mais elle est assassinée sous ses yeux ! Ces plants sont convoités et très recherchés...
     Arthur les récupère et, poursuivi, il finit par se réfugier au Petit Kossovo, une zone de banlieue sans doute proche de Paris ( et du stade de St Denis ? ) où survivent tant bien que mal sans papiers, hors-la-loi et autres réfugiés d'une société où respirer et réfléchir deviendront sans doute bientôt de graves délits. Eh oui, on évolue désormais dans un monde dominé par les puissants Emirs et quelques trusts bien connus comme Total, qui affiche sa publicité sur le nouvel obélisque transparent de la place de la Concorde...
     Arthur survivra au « PK » jusqu'à ce qu'un incendie détruise ses plants ( mais on met au point le TTC, produit de synthèse de la coarcine ! ) et le fasse rencontrer Wellman, l'époux ( donc le veuf ) de Sidonie, et ancien responsable de la société chargée d'exploiter les étranges propriétés de cette plante...

     Attention SF !
     Si vous n'êtes pas familier du genre et si le futur ne vous préoccupe pas, inutile d'aborder ce roman qui dresse le portrait vraisemblable et terrifiant de la société qui attend vos enfants. Un monde dur où la science, la recherche, la chimie, les nanotechnologies, la biologie ( et l'économie de marché ) font très bon ménage avec les nouvelles lois destinées à mettre de l'huile dans les rouages. Dommage pour Arthur qui, à cause de sa dépendance à la cigarette ( pardon... la Nuigrave ), va plonger dans un véritable cauchemar plein de réminiscences, de temps désorientés et de lois à contourner... Dissident malgré lui, détenteur de plants dont les qualités particulières ont d'abord intéressé les toxicomanes et leurs filières, Arthur entraîne le lecteur dans un monde qui rappelle La méthode albanaise, un récit méconnu du même auteur.
     Rares sont les auteurs français à publier aujourd'hui un roman inédit dans la prestigieuse et presque mythique ( elle a plus de quarante ans ! ) collection Ailleurs et Demain.
     La lecture de ce roman est un vrai plaisir pour qui connaît et apprécie le genre. Etrange moment que celui qui permet à Arthur de retrouver ses plants, qui ont survécu et grandi grâce au sang du jeune garçon qui avait réussi à les sauver... on n'est pas loin des larmes de Muad Dib de Dune !
     Cela dit, on quitte le monde de Nuigrave avec un goût amer et la gorge très serrée... car malgré le titre de la collection, on n'est pas du tout ailleurs — et le « demain » de ce récit est sans doute très, très proche d'aujourd'hui...
Vous pouvez aussi lire les notes de lecture sur d'autres livres du même auteur :
Les Pommes Chatouillard du chef | Les semelles de bois | La grande roue | Ce que disent les nuages


 
  Paranoïd Park , Blake Nelson ( Hachette , Livre de poche jeunesse )  
     Réfugié dans la maison de son oncle, un jeune skater de 17 ans se livre à une confession en forme de journal intime...
     Amateur de skate board, il est allé raccompagner son copain Jared à la gare routière avant d'aller flâner du côté de Paranoïd Park. Au centre ville de Portland, ce lieu un peu louche est apprécié des skaters de tous bords. Ce soir-là, le héros est abordé par une bande de zonards désoeuvrés à la tête de laquelle se trouve un certain Scratch et la ( très ) jeune Pailey... une bande qui lui propose de « brûler un dur », c'est-à-dire d'attraper en marche un train de marchandises qui rentre au dépôt tout proche.
     Aussitôt dit, aussitôt fait.
     Mais voilà : un vigile survient, surprend la bande au cours de la manoeuvre et tabasse les jeunes montés sur les wagons en leur courant après. Le narrateur se débat, réplique — et fait tomber le vigile qui... passe sous les rails !
     Stupéfait, le héros s'aperçoit qu'il est ( sans doute ) un meurtrier.
     Affolé, traumatisé autant par le spectacle de l'homme déchiqueté que par cet acte qu'il a commis malgré lui, il fuit, se lave, jette sa planche, ses vêtements, va se réfugier chez Jared et revient chez ses parents ( qui sont en train de divorcer )
     Les jours suivants, il guette l'info à la radio et fait la connaissance d'une fille sympa à laquelle, peu à peu, il va se confier à mots couverts...
     Ce récit, dont Gus van Sant a tiré un film en 2006, ne se lit pas sans qu'on soit très secoué — Hachette le conseille aux lycéens.
     Sur le fond, il pose de façon subtile de multiples questions : responsabilité de ses actes, nécessité des aveux, notion de culpabilité...
     Sur la forme, il pose... d'autres problèmes !
     Les deux premiers concernent la notion d'identification... et la morale.
     Nous sommes aux USA, au sein d'une famille désunie, et en compagnie d'adolescents dont l'attitude est peu recommandable : ça zone, ça nique, ça baise... Mais après tout, il est sans doute intéressant que de jeunes Français se frottent à un pays, un milieu et des habitudes de vie qui ne sont pas ( forcément ) les leurs.
     Sur le plan moral, c'est sans doute plus délicat.
     Certes, ce jeune délinquant ( on a du mal à l'appeler meurtrier ) panique et culpabilise.
     Sur ces deux critères, la morale est sauve. Car pour le reste, même s'il a les circonstances atténuantes d'un milieu défavorisé et désuni, son langage et son mode de vie ne me semblent pas un modèle...
     J'entends d'ici votre réaction outrée et d'ailleurs plausible : de quel droit ne publierait-on pas un ( bon ) récit avec un langage lycéen « contemporain et relâché », où se pose un problème de violence que le lecteur pourra un jour rencontrer ?
     Certes !
     Mais j'avoue être perplexe : ce langage ( qui se veut être fidèle à celui d'un milieu particulier ) ne risque-t-il pas de finir par être adopté par des lecteurs soucieux d'être à la page ? Je formulais déjà cette remarque dans mon roman @ssassins.net en affirmant qu'hier, la réalité servait de modèle à la fiction, mais qu'aujourd'hui, c'est plutôt la fiction qui sert de modèle à la réalité.
     Enfin, troisième et dernière remarque, sous forme de question ( car je n'affirme rien ! )...
     Même si Paranoïd Park traite de leur monde, et s'il est rédigé avec leurs mots, les jeunes de ce milieu vont-ils lire cet ouvrage ?
     Quant aux jeunes lecteurs potentiels de ce roman, ceux qui ont 16 ou 17 ans ( et fréquentent Le Livre de Poche jeunesse ?... ), liront-ils ce récit rédigé avec un vocabulaire qui n'est sans doute pas vraiment le leur ?
     A titre d'exemple, le narrateur, qui évoque Jared, déclare : « Je l'ai regardé mettre des capotes dans sa fouille. Je lui ai dit que c'était nul de sa part de faire l'impasse sur Paranoid pour une nana zarbi — surtout celle-là, qui l'avait fait tartir tout l'été.
     Il a secoué la tête. Il était certain qu'il allait baiser. » ( p. 18 )
     A noter que le narrateur, au lieu de « brûler un dur » ( et de tuer un vigile ) aurait mieux fait d'accompagner Jared, qui raconte sa soirée à son copain ( page 60 ) «  Je me suis tapé trois gonzesses (...) Là, sa coturne se met à danser et à faire un petit strip tease. Et puis, pendant que les autres nanas regardaient ailleurs, voilà qu'elle nous flashe sa chatte ! Je te jure c'est Meufs en folie non stop, là-bas. Elles passent leur temps à faire la teuf et à se dépoiler ! »

     Quoi qu'il en soit, un coup de chapeau sincère et appuyé à Daniel Bismuth, le traducteur, qui a accompli là une véritable prouesse !


  Les années , Annie Ernaux ( Gallimard , NRF )  
     De photos en souvenirs, de réflexions nostalgiques en flashes back tour à tour émouvants et intimes, Annie Ernaux nous raconte sa vie en même temps que celle des époques qu'elle a vécues : faits d'actualité, accidents, catastrophes, élections, vêtements, rapports humains, habitudes, chansons, émissions, rencontres, habitudes, traditions...
     De l'après-guerre à nos jours, ce n'est pas seulement une vie et des impressions personnelles que l'auteur nous livre ; c'est le portrait de cinquante ou soixante années qu'elle nous brosse, de l'après-guerre à nos jours.
     Si vous avez entre soixante et quatre-vingts ans vous serez forcément touché(e) par ce récit inclassable qui tient moins des Mémoires d'une jeune fille rangée que d'un Georges Pérec revisité, des Choses à son célèbre : Je me souviens...

     Depuis La place et Une femme, Annie Ernaux ne cesse de m'impressionner.
     Comme j'ai entrepris la rédaction d'un récit personnel qui se situe dans les années soixante, toute entreprise biographique qui couvre cette période m'intéresse.
     Et là, Annie Ernaux a fait très fort, au point de m'arracher des larmes. Car son bilan désenchanté et amer, cette liste de faits et de souvenirs entrecoupée de réflexions personnelles ou générales nous plongent d'emblée dans cette littérature particulière et attachante qui est celle de l'écho. Un écho qui, chez moi, n'a cessé de faire mouche de page en page, et de faire rejaillir en moi mille et un souvenirs et impressions que je croyais oubliés.


  La route d'Ithaque , Carlos Liscano ( Belfond )  
     Le clandestin Vladimir raconte ses voyages et son interminable errance : Uruguay, Paraguay, Brésil, Suède... un pays où il fini par se marier avec Ingrid, qui l'avait recueilli, et dont il a eu un enfant. Mais il a fui. Car partir, échapper aux autres ( et à soi-même ? ) est devenu une nécessité, presque une drogue.
     Parfois, Vladimir parvient à se poser, à dénicher un gîte ( qu'on lui fait payer très cher ) et même un emploi clandestin. Il travaille ainsi dans un restaurant puis dans un asile d'aliénés avant de devenir le faux gardien de nuit d'une étrange entreprise...

     Ce récit au langage et au ton décalé ( monologue perpétuel, où les dialogues sont insérés sans crier gare ) met mal à l'aise et bouleverse. La route d'Ithaque offre un regard froid, lucide et terrifiant sur le sort des SDF, des sans-papiers, des sans-logis — et propose par la même occasion un constat implacable sur une société qui rejette les étrangers ( les métèques, ceux qui n'ont aucun droit ), et entretient un système qui broie autant les corps que les âmes.
     Le séjour de Vladimir comme aide-soignant à l'hôpital psychiatrique est à lui seul un morceau d'anthologie, le microcosme-miroir d'un monde en proie au désarroi et à la folie.
     Un livre fort, très fort... qu'on n'oublie pas.


  Savoir-vivre , Hédi Kaddour ( Gallimard , NRF )  
     Dans les années vingt et trente, à Londres, au cours d'un défilé, le journaliste Max et son ex amante ( et toujours amie ) Lena Hellström font la connaissance du colonel William Strether, un héros de la bataille de Mons ( en août 1914 )
     Max, fort jaloux de Thibault ( pianiste et jeune amant de Lena ), fréquente l'étrange Strether qui est devenu un maître d'hôtel très stylé au Regent's, où Lena vient souvent les rejoindre...
     En vue de publier un article pour son journal L'Excelsior, il interviewe l'ancien colonel, qui se montre intarissable sur la bataille de Mons, et finit par présenter au couple son épouse, une femme grande, timide et banale...
     Commence alors, de façon très étrange, le récit d'un autre destin — du moins en apparence, celui de Gladys, jeune veuve d'un militaire décoré, Gladys qui rencontre Mark, l'épouse et en divorce... Gladys qui travaille dans un théâtre à Londres, puis fait la connaissance de la jeune Marian avec laquelle elle part s'installer à Birmingham... avant que le lecteur ( et Max ) ne soient confrontés à une révélation stupéfiante !

     Quelle révélation ?
     Impossible de la révéler ici !
     Car Savoir-Vivre dissimule à la fois une enquête et un fait divers historique authentique, relaté de façon troublante et originale par Hédi Kaddour — l'auteur de Waltenberg ( Prix du premier roman 2005 ).
     Disons seulement que, de façon fort inattendue, le colonel Strether se fait arrêter dans le restaurant où il officie et que le secret qu'il dissimule depuis tant d'années est enfin révélé. Un secret qui vaut bien la lecture attachante et attrayante de ce récit de moins de 200 pages à la morale et aux implications ( et réflexions ) très contemporaines.


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